AUTRES PIECES ROMAINES D'ARGENT
du même Type
Quinaire
Denier
ET l'histoire de SA FABRICATION. 241
RégîUe et du voeu de Posthumius ; cette fête (1) consistait surtout en uae procession militaire des jeunes Romains, puis des chevaliers eqiio publico, au temple de ces divinités.
Ainsi, Messieurs, cette première émission, à ce type des Dioscures, de la monnaie romaine d'argent^ — y compris notre sesterce, — est à la fois une conséquence de& transformations économiques de la société et de la puissance romaines, un effet manifeste de Tinâuence exercée par le génie grec, un trait d'union entre la Grèce et Rome, par cette première manifestation romaine en métal précieux de Tart monétaire, par un plus utile et plus actif moyen d'échanges internationaux.
Il résulte de ce que nous venons de dire que le sesterce du trésor de Vernon n'a pas pu être frappé avant Tannée 486 de la fondation de Rome (268 avant J.-C.) et qu'il a pu être frappé dès cette année 486.
Nous allons établir maintenant qu'il n'a pas pu être frappé après l'année 537 de la fondation de Rome (217 av. J.-C), et que par conséquent son émission se place nécessairement entre ces deux dates extrêmes : 486 et 537.
L'émission de la monnaie d'argent, commencée en 486, ne devait plus s'arrêter désormais, ni sous la République, ni sous l'Empire, jusqu'aux heures de décadence; les besoins qui l'avaient provoquée devaient désormais s^accroître sans cesse, sans diminuer jamais. Mais des trois pièces d'argent, le denier seul, qui à toute époque a été la plus abondante (2)^ n'a jamais cessé d'êlre fabriqué ; à travers les siècles, les types ont subi des modifications nombreuses et successives ; mais il a survécu, jusqu'à une date lointaine (3), aux changements les plus divers.
Il en est autrement des quinaires, etsurtout des sesterces*
(1) Emile Bellot, Histoire des ehevaliers romains^ t. I", pages 193 à 195.
(2) Sauf la désastreuse concurrence que lui firent bien plus tard Vargen,' tem Antoninianvs et le cuivte saucé sous les prédécesseurs de Dioclétien.
(3) Jusqu'à l'an 360 de notre ère, sous l'empereur Constance II et au temps du grand évêque de Poitiers saint Hilaire*
Pour eux y ce ne sont pas seulement^ comme pour les deniers consulaires, les modifications de types, les biges, puis les quadriges, remplaçant les Dioscures, les sigles, les monogrammes, les noms des monétaires survenant plus tard, (q[ui servent à déterminer leurs dates de fabrication ; il y a des circonstances bien plus déterminantes encore pour fixer dans des limites précises l'âge de ces pièces divisionnaires du denier.
C'est qu'on a cessé de les fabriquer !
DansTannée 537 de la fondation deRome(217 av. J.-G.}, une crise monétaire considérable se produit. Vous n'en êtes pas surpris. L'année o36 voit commencer la guerre d'Annibal. Donc, en 537, Tannée de la bataille du lac Trasimène, Tas^ successivement et abusivement abaissé depuis la première réduction régulière de 490, est réduit à une once (1) en vertu de la loi Fabia , sous la dictature de Q. Fabius Maxiraus ; la monnaie debronzea cessé d'être une monnaie-marchandise ; sa valeur réelle n'est plus conforme à sa valeur nominale ; le denier lui-même est réduit (2) ; on voit apparaître les premières pièces fourrées (3), c'cîst-à-dire des pièces formées d'une âme en cuivre ou en fer recouverte d'une mince feuille d'argent.
A côté du denier, dans une position indépendante de lui, on voit deux autres pièces d'argent, le vicioriat et le demi'Victoriat.
(1)(( Nous pouvons considérer comme un fait acquis à l'histoire que lafa- « brication de Tas libral dura jusque vers 490, et que celle de l'asoncial ne •( commença pas avant 537. 9 {HUtoire de lamannaie romaine, deMommsen^ traduite parle duc de Blacas, et publiée par M. de Witte, t. II, p. 14.)
(2) De 4 grammes 55 centigrammes (1 f r. 1 c. Ii9) à 3 grammes 90 centigrammes ^0,86 centimes 1^3), — d'après le tableau déjà cité de M. J. de Witte, — ce qui porte la réduction du sesterce de 1 gramme 14 centigrammes à 0, 98 centigrammes (0, 21 centimes 7/9).
(3) Les pièces fourrées sont loin d'être toutes l'œuvre de faussairâi. Il faut y voir aussi une détestable application de la théorie de la monnaiesigne et des altérations monétaires, décrites dans notre Etude sur La Monnaie au point de tme de Véeonoviie politique et du droit, et le service
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Mais rémission des quinaires et des sesterces, cette même année 537 (1), est suspendue.
Cette suspension a duré pour les sesterces plus d'un siècle, et lorsqu'ils ont reparu, c'est avec de nouveaux types et d'autres caractères qui ne laissent place à aucune confusion.
C'est ce qui nous autorise à vous dire avec une absolue certitude que si le sesterce trouvé à Vernon peut avoir pour maximum d'antiquité l'année 486 de la fondation de Rome, il a pour minimum de vieillesse, bien respectable encore, Tannée 536 ou le commencement de l'année 337, c'est-à-dire qu'il a pour limite, Annibal, les journées de la Trébie, du lac Trasimène et de Cannes, si funestes aux armes romaines qui surent attendre et préparer Zama.
Ainsi, entre ces deux dates extrêmes 486-537 de la fondation de Rome, 268-217 avant Jésus-Christ, se place exclusivement la fabrication des sesterces, semblables au nôtre, au type primitif de Pallas et des Dioscures.
En 537, ou cesse entièrement celte fabrication. Le seslerce subsiste comme monnaie de compte : ce qui explique les innombrables passages des auteurs latins, qui comptent toujours par sesterces et parlent de millions et de millions de sesterces. Mais, comme pièce de monnaie, le sesterce a disparu de la fabrication.
Il n'y reparait plus que dans les derniers temps du gouvernement républicain, et seulement à deux intervalles de courte durée, avec des types et des sigles qui ne per-
vifuiétaire de la F-rance comparé à celui des principaux États européens Voir ci-dessus 5«»c étude, principalement les pages 97 à 109).
Le gouvernement romain ne craignit pas de recourir à ces pratiques en émettant lui-même des pièces fourrées et en donnant cours forcé à cette fausse monnaie, plue condamnable encore que le papier-monnaie . — « Lege Corif. nelia testamentaria tenetur.,, qui vultuprincipis signât am monetam prœtcr a aduUeritiam reprobaverit. (Sentences de Paul, V, 25 § 1). » — Voir aussi Pline (fiMf . nat, XXXIII, 3, 46).
(1) Mommsen et MM. le duc de Blacas et dç Wittc (t. II, p. 84).
mettent pas de le confondre avec le sesterce de rémission primitive.
En 665 ou 666 (89 à 88 av. J.-C), les monétaires Plson et Silanus émettent des sesterces qui portent les initiales e.Lp. (1), que Ton peut traduire, avec Borghesi (2), « e lege papitia >, en même temps que l'as d'une demi-once est partout et définitivement adopté.
De 703 à 7H, d'autres sesterces (3); de types très divers et entièrement difiérents des types antérieurs, furent émis par Pompée et par César.
Ce furent les derniers sesterces d'argent.
Sous l'Empire, il n'y en a plus; le denier règne seul et sans partage dans le monnayage de l'argent. Le sesterce est toujours la monnaie de compte.
De plus, depuis les réformes monétaires d'Auguste, et pendant de longs siècles, jusqu'aux empereurs Aurélien et Tacite, on frappe des sesterces de cuivre jaune ou de laiton qui de nos jours fournissent au^c musées et collections les grands bronzes des Empereurs romains, des Impératrices et des Césars, si appréciés des numismatistes et des amateurs.
Ainsi, aucun doute n'est possible en présence de l'histoire du sesterce, des vicissitudes de sa fabrication, et de la place intermittente qu'il a occupée dans le système mo^* nétaire de Rome. Le sesterce du trésor de Vernon a été certainement^ frappé de 486 à 537 de la fondation de Rome (de l'an 268 à l'an 217 avant Jésus- Christ).
De sorte que si nous prenons la moyenne entre ces deux termes extrêmes, nous trouvons que cette pièce a été fabriquée 242 ans avant notre ère, qu'elle a 2,117 années
(1) Cohen, Deseriptioi^ des monnaies de la Jlépublique romaine ; famiUe Calpumia, planche ix, 6 et 7 ; famille Jnnia, planche xxiii, 3 et 4.
(2) Annales de l'Institut archéologique, 1849, page 12.
(3) Cohen, Description des monnaies de la République romaine ; famiUe Antia, planche m, 3, 4 et 5 ; Carisia, x, 9 ; Considia , XIIT, 3 ; Cordia^ XIY, 4 et 6 ; Lieinia, xxiv,4 ; Papia, XXX, 6 ; Valeria,Xh, 14 ; ^milia^ xi» 12 et 13 ; SephUia, xxvn, 3 ; Vibia, XLI, 14.
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d'existence ; et en plaçant l'époque de l'enfouissement de ce trésor vers la mort de César, on voit que ce sesterce, avant d'être confié au sol trop discret de notre Poitou, avait circulé dans le monde romain pendant deux siècles.
Je n'ai plus à vous dire maintenant, Messieurs, pourquoi cette pièce est la plus usée de toutes celles de la trouvaille, ni pourquoi elle y est en exemplaire unique.
Si désormais vous éprouviez une surprise, ce serait peut-être de l'y rencontrer; et sans doute dans l'Italiemême, en 710, 44 ans avant Jésus-Christ, les sesterces de l'émission primitive étaient rares dans la circulation monétaire.
Que d'événements cette petite pièce a traversés pendant ces deux siècles de circulation dans le monde romain ! Que de pays elle a parcourus à la suite des légions romaines^d'Annibal à César, sans parler de son long sommeil de 1^920 ans dans la tombe de Vernon !