SUR UN DENIER GAULOIS INÉDIT
 LÀ LEGENDE «lAMlliOS
Plusieurs monnaies gauloises de bronze à légende GIA MILOS sont depuis longtemps connues, bien que certaines soient peu communes.
Mais aucune pièce d'argent à cette légende n'a été décrite et publiée avant celle dont nous présentons la gravure, qui est récemment entrée dans notre collection, et qui fait Tobjet du présent mémoire (1).
Il sera divisé en quatre parties :
La première contiendra la description de ce denier gaulois, et sa comparaison avec les monnaies de bronze connues à légende analogue ou identique ;
La deuxième déterminera la provenance de ce denier ;
La troisième fixera Pépoque de son émission ;
La quatrième et dernière contiendra l'examen des raisons de décider ou de conjecturer, relativement à la grave etdifficile question du lieu d'émission et de Tattribution de cette monnaie à un peuple déterminé de la Gaule.
(1) Lu à la Sorbonne, à la 15« réunion des délégués des Sociétés savantes, le 4 avril 1877.
Desanptioii de ce denier^ et sa comparaison avec les monnaies de bronze connues à légende analogue ou identique.
En 1846, Duchalais a décrit trois sortes de bronzes à légende GIAMILOS, dans l'ouvrage qu'il a consacré à la description de toutes les monnaies gauloises faisant alors partie des collections de la Bibliothèque royale.
Mionnet les a également catalogués sous les n^ 67, 68 et 69.
De ces trois bronzes, depuis longtemps connus, il en est deux qu'il convient de réunir; ils occupent, dans l'ouvrage de Duchalais, les n^618 et 619 (pages 258 et 439) ; le type en est « très barbare », suivant l'expression de l'auteur ; ilsportejit àl'avers la légende GIAMILO, avec tête imberbe tournée à droite, et, au revers, -la légende SIFNVI, avec oiseau à gauche courbant sa tête vers la terre, et divers symboles.
C'est d'une masse homogène de ces bronzes gaulois que l'éminent directeur de la Revue numismatique, M, Adrien de Longpérier, a signalé la découverte près de Sens, dans le volume de 1863 (page 74).
Le même membre de l'Institut a publié dans le même volume (planche xvi, n'* 4) un autre bronze à légende SENV ; et notre savant confrère M. Hucher (page 308 du même volume) fait le rapprochement de ces deux mots SIINVI et SENV.
Sur le troisième bronze, décrit par Duchalais sous le n** 617, ne seretrouve plus, au contraire, le mot SIINVI. Ce bronze porte le même mot sur les deux faces : GIAMILO à l'avers et GIAMILOS au revers.
Ce troisième bronze, d'un très beau style, présente au droit le calque presque exact de la tête laurée et diadé-
LE D£PnER GAULOIS GIAMILOS. 259
mée de Vénus, qui se trouve sur les deniers de la république romaine des familles Comidia, Pomponia et Vibia (Cohen, planches xiii , 8; xxxiv, S à 15 ; xli, 3 et 15).
Le type du revers est un aigle les ailes semi-éployées, tourné à droite , posé surun foudre et déchirant un serpent. C'est à l'exergue sous le foudre que se trouve placée la légende GIAMILOS, qui, au droit, est au-devant delà tête. Duchalais fait observer (page 439) que ce type du revers paraît également emprunté à un denier romain de la famille Fomponia, dont Taigle porte le corps tourné à gauche et la tête adroite, avec la légende Q. Pomponi placée aussi à Texergue (Cohen, planche xxxiv, 3). Enfin le même auteur signale cette pièce comme ayant le degré de rareté le plus élevé (page 449).
M. Hucher, dans la planche Lxxxn(n^2) àe^V Art gaulois^ a publié ce beau bronze du Cabinet de France, en le notant comme étant « de provenance inconnue ».
Telles sont les monnaies gauloises, les unes à légende GIAMILO-SIINVI, la dernière à légende GIAMILO-GIA- MILOS, publiées jusqu'à ce jour ; et toutes sont de bronze.
Notre denier était, au contraire, inconnu aux savants auteurs, MM. Duchalais et Hucher, que je viens de citer, et jusqu'à cette heure il est inédit.
Toutefois il en existe maintenant au Cabinet de France un exemplaire, qui a appartenu à M. de Saulcy, et fait partie de la magnifique collection de monnaies gaulpises cédées à l'État en 1873 par l'illustre académicien.
M. le conservateur du Cabinet des médailles a eu l'extrême obligeance de me le faire connaître lors de la découverte de mon exemplaire, et le savant M. Muret, du Cabinet des médailles, a bien voulu me donner l'assurance que je possède le deuxième exemplaire connu de ce denier. Ces données vous indiquent son extrême rareté. J'ajoute que, comparant à Paris, avec ]\I. Murets les deux exemplaires, il nous a été facile de constater que
le nôtre est plus beau que celui du Cabinet deFrance.Nôus établissons plus loin, avec l'époque de son émission, que notre denier n'a dû en effet circuler que fort peu de temps.
Et maintenant que les précédents sont rappelés et que la comparaison va devenir facile, j'ai l'honneur de présenter la description de cette précieuse médaille.
Son avers représente la même tête de femme laurée et diadémée, tournée à droite, que celle du dernier bronze, que, par ce motif, nous avons soigneusement décrit (Duchalais, n? 617 ; Hucher, Art gaulois, planche lxxxii, n® 2). Le profil, les ornements, la couronne, le bandeau, les lemnisques du bandeau, sontles mêmes; mêmegrènetis au pourtour de la pièce ; même place de la légende au-devant de la tête ; même légende, sauf que la dernière lettre du mot GIAMILOS, la lettre S se trouve au droit de uQtre denier et ne se trouve pas au droit de ce bronze ;. enfin mêmes caractères de la légende, dans lesquels A et M sont liés en monogramme.
Lereversdes deux pièces varie au contraire, et ce denier révèle un type nouveau.
Ce n'est plus l'aigle sur un foudre.
C'est un cavalier, allant à droite, tenant son cheval en bride, et portant un rameau. Il a sous son pied le symbole que sur le bronze on voit derrière la tête du droit (derrière de tête qui manque à notre denier, comme à celui du Cabinet de France, par suite d'un accident de frappe), et que Duchalais (p. 258} signale sous le nom de grecque.
Toutefois, même sur ces revers à types différents, nous trouvons encore certaines ressemblances dans les deux pièces. La légende y est également placée à l'exergue. Elle est illisible sur notre exemplaire, et nous nous sommes assuré qu'elle l'est encore davantage sur l'exemplaire du Cabinet de France. Jusqu'à preuve du contraire, résultant de la lecture d'un troisième exemplaire de ce denier (quand il se rencontrera), nous tenons pour certain que c'est la légende GIAMILOS qui figure au revers comme
aa droit. Nous fondons cette assertion : !*• sur la partie supérieure de quelques-unes des lettres, apparente sur notre exemplaire et qui se prête à cette lecture ; nous reconnaissons, en effet, sur ce revers, le sommet du monogramme AM, et surtout des lettres ILO : et 2** sur les ressemblances frappantes et multiples que nous venons de signaler entre notre denier et le bronze GIAMILO-GIAMILOS. J'achève cette description en constatant : que ce denier est également d'un très beau style (1) ; que notre exemplaire est dans un état de conservation remarquable ; que son poids est de 1 gramme 90 centigranimes ; et enfin que son diamètre est de 14 millimètres.
Détermination de la provenance de ce denier.
Après avoir ainsi décrit ce denier et l'avoir comparé aux pièces à légendes identiques ou analogues antérieurement connues et publiées, nous devons faire connaître et constater la provenance de notre exemplaire.
Il fait partie de ce trésor de Vernon (Vienne) dont la découverte en 1874 fut pour lascience une heureuse fortune, qui a fourni au Cabinet de France l'occasion de réaliser plusieurs acquisitions, et dont les Bulletins et Mémoires de la Société des Antiquaires de TOuest ont rendu compte d'une manière approfondie (2).
Mais ce trésor n'était pas sorti de terre tout entier en 1874, malgré la masse de 2,500 pièces environ de monnaies d'argent romaines consulaires et gauloises, acquise alors par le commerce parisien et par les amateurs poitevins. Le sol de Vernon en conservait encore des débris. L'inventeur, qui dans l'opération avait de sérieux motifs
(1) Voir la planche ci-dessous page 272^
(2) Voir ci-dessus pages 212 à 253^
de se hâter, en brisant le vase ou les vases qui renfermaient ce considérable amas de monnaies, en avait répandu un certain nombre dans le sol. Elles viennent de s'y retrou- Ver fortuitement par suite de la mort et de l'arrachage, en 1876, de Tarbre dont la plantation en 4874 avait fait découvrir le trésor.
he Bulletin àe la Société des Antiquaires de TOuest du quatrième trimestre deTaunéé 1876 constate (notre x« élude ci-dessus, p. 249 à 253) toutes les circonstances de fait qui ont amené et qui caractérisent cette nouvelle découverte ou plutôt ce complément de découverte. Nous devons nous borner ici à renvoyer à cette note. Là Société des Antiquaires de rOuest a donné à ces faits un caractère d'authenticité qui s'ajoute à leur notoriété.
Nous avons annexé au présent mémoire pour sa production à la Sorbônne, et comme preuve justificative sur cette question de provenance, un exemplaire de ce Bulletin du quatrième trimestre de 1876 de la Société des Antiquaires de rOuest.
Il en résulte que ces débris du trésor de Vernon se trouvaient, pour partie, entre les mains de la municipalité de Vernon, qui depuis les a vendus aux enchères (60 pièces environ trouvées dans des fouilles accomplies sous nos yeux, le 6 novembre 1876, sur le terrain communal séparé du cimetière de Vernon et désigné comme étant le lieu précis de la trouvaille de 1874), et, pour autre partie, « dans la main de la plupart des habitants de la corn- « mune de Vernon (1) », qui presque tous s'étaient livrés sur le même emplacement à des recherches publiques et personnelles.
C'est de l'un de ces habitants que nous avons acquis notre denier àla légende GIAMILO-GIAMILOS.
Il est certain et en dehors de toute contestation que ce
(1) Page 468 de notre rapport du 16 novembre 1876 sur les fouUles faites à Vernon le 6 du même mois ; quatrième JBulletîn de 1976 de la Société det Antiqvaireu de V Chiest ; formant notre' x« étude, ci-dessus, page 263.
très rare denier, comme toutes les autres pièces trouvées à Vernon dans les derniers mois de 1876, fait partie du trésor de Vernon découvert en 1874 et forme (comme nous l'avons démontré dans notre rapport du 16 novembre 1576 àla Seeiété des antiquaires de l'Ouest) (1) l'un de ses débris répandus dans le sol par l'inventeur.
La détermination formelle et précise de la provenance de notre denier a une importance d'autant plus grande que la provenance de l'exemplaire du Cabinet de France est inconnue.
Nous devons nous demander maintenant quelles sont les conséquences qui résultent tant delà provenance cidessus déterminée, que de la description de la pièce et de son type comparé aux pièces antérieurement connues, au double point de vue de l'époque de son émission et du lieu d'émission.
Fixation de T époque démission de ce denier.
La première de ces questions, relative à l'époque d'émission, est désormais la plus simple, et par ce motif nous l'examinons en premier lieu. Elle nous parait même résolue par la présence de ce denier dans le trésor de Vernon.
La petite partie de ce trésor (un peu plus de 200 pièces) décrite par nous dans le mémoire lu à la Société des Antiquaires de l'Ouest dès le 18 juin 1874 et inséré dans ses Bulletins (1874, pages 84 à 98) (2), fixe l'époque de l'enfouissement de ce trésor peu après l'année 710 de la fondation de Rome (44 ans avant J.-C).
Un savant numismatiste, M. Anatole de Barthélémy, après avoir examiné le gros lot de la trouvaille acquis par
(1) Ci-dessus, page 253.
(2) Ci-dessus, page 223.
le commerce parisien, a conclu dans le même sens que nous, dans une remarquable étude principalement consacrée à la partie gauloise du trésor de Vernon, insérée quelques mois plus tard dans les Mémoires de la Société des Antiquaires de l'Ouest (tome XXXVII, p. 308 à S32).
Cette détermination de l'époque de Tenfouissement aux environs de Tannée 710 n*a été Tobjet d'aucune contestation ultérieure. Elle doit donc être considérée comme acquise au trésor de Vernon.
Les conséquences qui en résultent pour la fixation de Tépoque d'émission de notre denier sont manifestes et très précises.
D'une part, il est certain que cette émission est antérieure à l'an 710 (44 ans avant J.-C).
D'autre part, le remarquable état de conservation de cette pièce (1) prouve qu'elle a fort peu circulé avant d'être enfouie dans le sol, et par suite que son émission est fort peu antérieure à cette même année 710(44 ans avant J.-C).
Donc la fabrication de ce denier gaulois est certamement contemporaine de la conquête romaine. Sa présence, en très bel état de conservation, dans le trésor de Vernon, nous parait permettre de considérer ce point comme étant dès à présent et définitivement acquis à la science.
(1) Les membres delà Société des Antiquaires de l'Ooest, dans la séance de la Société dû 9 mars 1877, le bureau et les membres de la section d'archéologie de la réunion des Sociétés savantes à la Sor bonne, dans la séance du 4 avril 1877, en ont jugé par eux-mêmes.
Opinions diverses et conjectures relatives au lieu (T émission de ce denier et à Fattribution des monnaies
à légende GIAMILOS.
Nous avons pu être très affirmatif sur la question d'époque d'émission; nous n'abordons au contraire qu'avec les plus grandes hésitations la question relative au lieu d'émission ou d'attribution de cette monnaie à un peuple déterminé de la Gaule.
Pour conclure en toute sécurité, il nous faudrait quelque chose de plus que cette découverte récente, à l'état d'unité d'un nouvel exemplaire de ce denier longtemps ignoré, et dont hier encore les maîtres de la science ne pouvaient connaître que l'unique exemplaire du Cabinet de France.
Nous surtout, numismatiste à nos heures de loisir, à qui la réserve convient sur une question aussi délicate et aussi compliquée, nous ne pouvons nous permettre que des conjectures.
La difficulté se complique de l'existence même des bronzes à la légende GIAMILOS.
Tous ces bronzes doivent-ils, sans distinction entre eux, recevoir la même attribution ?
Notre denier doit-il la subir?
Faut-il, au contraire, faire un partage entre ces pièces et se prononcer pour des attributions différentes ?
Et quelle sera, soit l'attribution unique, soit les attributions multiples qu'il conviendra de faire ?
On voit qu'il y a place pour une grande diversité d'opinions et de systèmes.
Duchalais, qui ' ne raisonnait qu'avec les monnaies de bronzé à légende GIAMILOS, ne fait aucune distinction entre elles ; il les attribue toutes également à « une peuc plade incertaine de la Belgique du sud-ouest » (pages 427,
266 TRÉSOR DE VERNOX.
432 et 449), et il appelle Giamilus « un chef belge in- « connu » (page 422).
La provenance de Vernon, en ce qui concerne notre denier, permet d'exclure cette attribution lointaine.
M. Anatole de Barthélémy, après avoir rendu compte du millier de monnaies gauloises découvertes à Vernon en 1874 et acquises par le commerce parisien, concluait ainsi (1)^: « On remarque (dans la trouvaille de Vernon) ce que les monnaies du Sud-Ouest sont tellement rares, « qu'elles n'y paraissent que comme exception ; celles du « Sud-Est et de la péninsule armoricaine y manquent « complètement j ainsi que celles de la Belgique. Il semble c( que lions avons là un spécimen du numéraire d'argent « qui circulailprincipalement dans la Celtique proprement a dite, abstraction faite de TArmorique ^.
M. Hucher^ qui, bien qu'à une époque beaucoup plus rapprochée, a dû composer son bel ouvrage de Y Art gaulois sans connaître davantage l'existence du denier à légende GIAMILOS, s'est prononcé pour une attribution de Giamilus aux Carnutes. Il dit (page 35), en parlant du dernier bronze ci-dessus décrit, que « la grande ressem- « blance de son type avec celui du CATAL(pl. v) permet « de lui donner avec presque certitude une origine caret nute ». Le savant auteur fait en outre remarquer, au bas de la planche lxxxii n** 2, que ce bronze est analogue aussi aux bronzes à la légende Pixtilos attribués à un chef carnute ( id,^ page 38). Ce qui paraît encore l'avoir déterminé dans cette attribution, c'est que l'aigle sur un foudre lui semble un signe de ralliement à cette contrée.
Il est vrai de dire que la présence de notre denier dans le trésor de Vernon n'exclut pas cette attribution de GIAMILOS aux Carnutes proposée p.ar M. Hucher en dehors de l'existence de cette pièce.
(1) Page 527 du tome XXXVII ^qb Mémoire» delà Société des Antiqmirei de l'Ouest,
LE DENIER GAUtOlB 6UM1L0S. 267
Gela résulte de la citation ci-dessus empruntée à M. de Barthélémy à propos de l'attribution de Duchalais à la Belgique. M. de Barthélémy constate en outre dans le trésor de Vernon (Joco cùato, page S20), sous les n^ 65 à 70, vingt-sept pièces attribuées aux Carnutes (Hucher^ 2® partie, n°' 108, US et H6 ) ;il constate en outre, à Poitiers même, la découverte, à des époques diverses, de sept pièces carnutes (^id., page 507, n^' 24 à3l ).
Donc la provenance de notre denier ne serait pas déterminante pour contredire par elle-même et par elle seule l'opinion toujours si graVe de Mv Hucher.
II y a toutefois, au moins pour certains bronzes à la légende GIAMILOS, une indication plus précise encore pour leur attribution, et que M. Hucher ne conteste pas (Revue fiumtsmatiquey 1863, page 308).
Llexistence du mot SIINVI (1) sur les premiers bronzes signalés fournit cette indication ; il en est de même de la variété SENV, ci-dessus mentionnée.
Malgré l'extrême rareté des ethniques sur les monnaies gauloises, il est difficile de ne pas lire sur celles-ci l'ethnique des Senons. La découverte en nombre de ces pièces auprès de Sens, en 1863, constatée par M. Adrien de Longpérier, et ci-dessus mentionnée, confirme cette interprétation.
Dès lors, dans le système qui voudrait ne disjoindre dans leur attribution ni le denier GIAMILOS des bronzes au même mot dans leur légende, ni ces bronzes entre eux, nous ne voyons pas pourquoi Tattribution aux Senons ne serait pas préférée à toute autre, et c'est en effet celle que M. de Saulcy avait donnée à ce denier dans le catalogue de sa collection.
La présence de notre denier dans le trésor de Vernon ne contredirait pas absolument cette attribution, ainsi que celle aux Carhutes, d'après le passage cité de M. Anatole
(1) M. Adrien de Longpérier a démontré que le caractère II constitae TE gaulois.
de Barthélémy, lesSenons appartenant à la Geltiqueproprement dite aussi bien que les Carnutes. Néanmoins nous pensons que la découverte de ce denier à Vernon et son type autorisent d'autres conjecture s.
Nous ne dissimulons pas notre éloignement à accepter pour ce denier aucune des attributions ci-dessus, aussi bien celle aux Senons que celle aux Carnutes, et que celle aux Belges, la moins acceptable de toutes.
Ce sentiment se fonde, en ce qui concerne l'attribution aux Senons ou aux Carnutes, dans une certaine mesure seulement sur la provenance du denier, et surtout sur son type du revers.
Toutefois nous venons de reconnaître combien étaient déterminantes les raisons d'attribuer aux Senons le» bronzes à légende GIAMILO-SIINVI ; nous nous arrêtons effectivement pour eux à cette attribution. Mais nous résistons à placer à leur suite le bronze GIAMILO-GIAMILOS et notre denier, pour lesquels les raisons de décider déterminantes que nous venons de rappeler n'existent pas.
Nous ne nous dissimulons pas la gravité de l'objection que suggère naturellement ce système de division dans les attributions. Voici en quoi elle consiste. L'histoire de la Gaule ne paraît pas avoir conservé la trace d'un chef du nom de Giamilus ; et lorsqu'il est déjà si difficile d'en retrouver un, l'esprit résiste à se placer dans le cas d'en admettre et d'en rechercher deux, ou d'expliquer le transport du nom d'un personnage unique dans des montrées différentes, obligation qui s'imposerait s'il fallait conclure à une division à établir dans Tattribution de ces pièces diverses.
Si spécieuse qu'elle puisse être, cette objection n'est pas péremptoire. Il n'y a rien d'invraisemblable ni même de difficile à admettre, bien que l'histoire n'en retrouve pas la trace^ l'existence de deux personnages du même nom dans diverses contrées. La numisn^atique gauloise en oflre déjà l'exemple.
Ainsi Ton reconnaît l'existence de deux chefs du nom ECCAIOS, l'un appartenant aux Senons (pièces de bronze), Tautre à la série pannonienne (pièces d'argent, tétradrachmes) ; on admet aussi deux chefs du nom de KALEDV, runarverne(bronzes), l'autre calète ou éburovice (deniers). Ne se demande-t-on pas également si, indépendamment du chef éduen Divitiacus, ami de César, mentionné par ses Commentaires, il n'y a pas eu un autre Divitiacus chez les Suessions ?
D'autres questions de cette nature sont controversées, comme pour le SOAIMA des Bituriges, auquel on donnerait un homonyme dans le Jura ; mais, sans toucher à ces controverses, il est certain que Texistence de deux GIA- MILOS serait loin d'être un fait isolé dans l'histoire et le monnayage de la Gaule.
En outre, combien de circonstances militent dans le sens de cette distinction entre les bronzes GIAMILO-SIINVI d^une part, et, d'autre part, le denier et le bronze à légende GIAMILO-GIAMILOS !
Les premiers sont d'une frappe barbare ; les seconds sont d'un beau style.
Les uns portent le mot SIINVI ; les autres ne le portent pas.
Les uns se sont trouvés en masse homogène près de Sens ; les autres ne figuraient pas dans ces trouvailles ; et notre denier vient de se rencontrer bien loin de là, dans la direction du sud-ouest, à 19 kilomètres au sud de Poitiers.
Enfin et surtout le type de notre denier, du côté du revers, indique une origine méridionale dans cette direction du sud-ouest.
Ce type constitue un fait nouveau que n'ont pu prévoir ni Duchalais ni M. Hucher, et qui autorise, qui peut-être nécessite de nouvelles conjectures. Sans doute la grande ressemblance du droit, plus haut établie, et la communauté de la légende GIAMILO-GIAMILOS, ne permet-
270 TRÉSOR DE VERNOiX.
lent pas de séparer le dernier bronze décrit et le denier. Mais celui-ci n'indique-Uil pas que, pour l'un et l'autre, une raison de décider nouvelle doit les faire attribuera un peuple de l'ouest ou du sud-ouest de la Gaule^ tandis que les bronzes GIAMILO-SIINVI restent à un peuple du Nord, aux 8enons ?
Il ne s'agit pas seulement, dans notre denier, du type du cheval monté et tenu en bride. On pourrait objecter que ce type se retrouve dans d'autres parties de la Gaule et même dans la Belgique, témoin les monnaies de bronze aunom ANDOB et ANDOBRV que l'on donne auxAtrebates (Hucher, 2* partie de V Art gaulois, page 101 n** 162, et i" partie, page 42; — Dictionnaire archéologique de la Gaule, planches de monnaies gauloises n° 230), et autres.
C'est à l'occasion de ces pièces au cheval monté, au pas ou allant tout au plus au trot, que M. Hermand, dans sa numismatique gallo-belge (Revue numismatiçue belge, tome III, 4® série, page 187), fait ressortir Tan ti thèse entre cette image et le cheval libre et bondissant des dernières années de l'indépendance gauloise : comme si ce nouveau type était le symbole de la Gaule domptée.
S'il y a cela dans le revers de notre denier avec son cavalier tenant son cheval en bride, il y a quelque chose de plus. Il présente en outre une circonstance qui le distingue entre toutes dans le monnayage gaulois. Ce trait caractéristique gît dans le rameau que le cavalier porte sur son épaule.
Or cette particularité nous reporte vers le Sud-Ouest.
II suffit de jeter les yeux sur le monnayage de la péninsule ibérique et, entre autres ouvrages, sur les nombreuses planches du volume Recherches concernant les médailles celtibériennes de M. de Lorichs (pi. ni, ix, xii, xiu, xviu, XXX, xxxiv, xLiv, Li, Lxi, etc), sur celles de la Description générale des mo7inaies antiques de F Espagne par M. Aloiss Heïss, et VEssai de classification des monnaies autonomes d'Espagne de M. de Saulcy, pour reconnaître que le type du cavalier porteur d'une palme est ibérien.
LE DENIER GAULOIS GlAMILOS. 271
De même qu'après des hésitations et des controverses, les mailres de la science ont établi cette vérité que c'est dans Je sud-est de la Gaule, dans ^le voisinage des Alpes et sur les bords mêmes de la Durance, qu'a été émise la nombreuse série de pièces gauloises portant un cavalier au galop la lance en arrêt, au type romain des Dioscures réduit à un seul personnage ; de même c'est vers l'Aquitaine, et dans la direction des Pyrénées, qu'il est rationnel de chercher le lieu d'origine du type de notre denier au cavalier portant un ranneau.
Les premières pièces au nom complet de DVRNACOS- AVSCROCOS, émises au sud-est de la Gaule, ont pu être trouvées auprès du Mans (Hucher, Art gaulois^ page 23) ; plus naturellement, le second exemplaire connu du denier GIAMILOS s'est trouvé à Vernon (Vienne), en paraissant avoir le sud- ouest de la Gaule pour lieu d'origine.
Il résulte du passage ci-dessus cité du travail de M. de Barthélémy que, dans le trésor de Vernon, se trouvent d'autres exceptions tirées également du monnayage du sud-ouest de la Gaule.
Ce type ibérien du cavalier portant une palme est encore, du reste, d'après M. de Lorichs(/oco ciiato, pages 132 et 133), une autre imitation du type romain des Dioscures véduit à l'unité; elle est admise aussi fréquemment que celle du cavalier armé d'une lance dans le monnayage celtibérien.
N'est-il pas permis de penser que le type de notre denier GIAMILOS, pour lequel il n'existe pas de similaire au cavalier chargé d'un rameau le reportant vers une autre partie de la Gaule, a franchi les Pyrénées, et de l'Ibérie a passé dans la Gaule du sud-ouest ou même de l'ouest ?
Notre denier GIAMILOS au cavalier portant un rameau rappelle incontestablement la partie ci-dessus signalée du monnayage ibérien ; et cette étude du type conduit à admettre une attribution méridionale en Aquitaine
272 LE DEMER GAULOIS GIAMILOS.
OU dans le voisinage de l'Aquitaine, sans qu'il nous soit possible, enTétat de la question, de préciser davantage.
Dans le monnayage consulaire romain, on trouve un cavalier avec rameau sur les deniers de la famille Calpurnia (Cohen, pi. ix, 10, H, 12, 15, 16, 19; Mommsen^ Blacas-De Witte , Histoire de la monnaie romaine, t. lY, pi. XI, 7). Le type de ces deniers romains successivement frappé en 665 ou 666 de la fondation de Rome (89 et 88 av. J.-C.) par le monétaire Lucius Piso Frugi, et en 693 (61 av. J.-C), pour le denier reproduit dans Mommsen, par le fils du précédent, Gaïus Piso, qui, suivant Thabitude en pareil cas, a copié les monnaies de son père, est considéré comme faisant allusion aux jeux apollinaires institués par un de leurs ancêtres, C. Calpurnius Piso (Mommsen-Blacas-De Witte, t. II, page 438, note 2, et t. IV, p. 65). Mais en outre ces monétaires romains eux-mêmes pourraient bien s'être inspirés du monnayage celtibérien, le père de L. Piso Frugi ayant été préteur en Espagne (zrf., t. II, p. 407 et 408, note). Du reste, s'il y a là deux imitations celtibériennes, l'une romaine, l'autre gauloise, il n'existe pas d'autres ressemblances entre elles, en dehors du rameau porté par le cavalier, et rien n'indique que Tune vienne de l'autre.
Ce n'est donc ni vers les Alpes ni vers l'Italie que, pour le type de notre denier, il faut tourner les yeux, mais seulement vers l'Espagne.
Loin de contredire l'attribution par nous proposée à l'ouest ou au sud-ouest de la Gaule, la découverte de ce denier à Vernon, à dix-neuf kilomètres au sud de Poitiers, se prête à cette conjecture.
Nous avons en effet annoncé que nous ne voulions que conjecturer sur cette question difficile et très compliquée de l'attribution de ce rare denier.
Denier gaulois a légende GIAMILOS
De la collection de M. Th. Ducrocq.
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