EmI) (biffé
4. Au-dessus : Malheureux enfants, dit M'“% d’où venez-vous O. Ed. Flammarion, p. 47 et suiv. Fld. 1788, p. 33 et suiv.
UN MANUSCRIT DE PAUL ET VIRGINIE
d’ailleurs dans cette île, si couverte de rochers, je ne crois pas qu’on puisse trouver une seule pierre à fusil. [Lanécessité donne de l’industrie], et souvent les inventions les plus utiles ont été dues aux hommes les plus misérables.
Ainsi le récit est mieux lilé, enrichi de détails vraisemblables et qui donnent de la couleur ; l’attente est prolongée. Et ce qui n’est pas moins appréciable, une platitude {irétentieuse de la rédaction disparaît.
Pour expliquer comment Paul allume du leu en tournant un morceau de bois sur un autre, B. de Saint-Pierre ajoute pittoresquement :
...Comme on roule un moulinet dont on veut faire mousser du chocolat.
Le repas aussi est développé ; mais surtout dans le sens moral et sentimental :
Le feu lui servit encore à dépouiller le chou de l’enveloppe de ses longues feuilles ligneuses et piquantes L..
Ils firent ce repas frugal remplis de joie, par le souvenir de la bonne action qu’ils avaient faite le matin, mais cette joie était troublée par l’inquiétude où ils se doutaient bien que leur absence de la maison jetterait leurs mères. Virginie revenait souvent sur cet objet. Cependant Paul, qui sentait ses forces rétablies, l’assura qu’ils ne tarderaient pas à tranquilliser leurs parents.
Dans la suite, les cbangcments sont moindres : une heurede marche, au lieu do deux, les conduit à la rivière, que Virginie, efï'rayée, et non soulFrante, ne peut passer. Le détail de Virginie qui a oublié de se chausser est transposé.
Pour tout ce commencement du récit, il doit n’y avoir entre nos brouillons et l’imprimé qu’un seul manuscrit, qu’on n’a pas. Mais toute la lin n’était guère (ju’ébaucbée, et incomplètement.
Occupé d’étolfer le centre de l’épisode, il avait à peine attaqué la partie essentielle du canevas de la deuxième rédaction (p. 244). Il voulait introduire le chien de la maison ; il
1. Bernardin reprend celle caractéristique des feuilles à une phrase du brouillon qui précédait l’invenlion d’allumer du feu. 11 y avait là une notation pitloresque qu’il n’a pas voulu perdre, en supprimant la phrase, et il l’a transportée ici.
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-est arrivé, à ramener mais le développement n’est pas fait. Il n’a pas tiré parti de l’indication qu’il avait jetée sur la manière dont le chien retrouve les enfants. Il restait aussi à développer l’idée du brancard de feuillage. Primitivement c’étaient Domingue et Paul qui le portaient (p. 244) : dans l’imprimé ce sont des nègres marrons qui s’empressent de ramener ainsi chez elle la bienfaisante demoiselle : le germe même de celte invention ne se trouve pas dans nos brouillons.
Connaissant les habitudes de Bernardin, nous devons penser qu’il a gâché plus d’une feuille de papier avant d avoir mis au point toute cette fin, et nous avons sans doute perdu deux ou trois esquisses. Voici la version définitive qui fut imprimée en 1788. On y retrouvera aisément ce que nos brouillons indiquaient déjà.
Paul descendit alors de l’arbre, accablé de fatigue et de chagrin : il chercha les moyens de passer la nuit dans ce lieu ; mais il n y avait ni fontaine, ni palmiste, ni même de branches de bois sec propre à allumer du feu. Il sentit alors par son expérience toute la faiblesse de ses ressources, et il se mit à pleurer. Virginie lui dit . « Ne pleure point, mou ami, si tu ne veux m’accabler de chagrin. C’est moi qui suis la cause de toutes tes peines, et de celles qu’éprouvent maintenant nos mères. Il ne faut rien faire, pas même le bien, sans consulter ses parents. Oh! j’ai été ^bien imprudente. Et elle se prit à verser des larmes. Cependant, elle dit à Paul : « Prions Dieu, mon frère, et il aura pitié de nous .» A peine avaient-ils achevé leur prière, qu ils entendirent un chien aboyer. « C est, dit Paul, le chien de quelque chassenr qui vient le soir tuer des cerfs à l’atfût. » Peu après, les aboiements du chien redoublèrement. « Il me semble, dit Virginie, que c’est Fidèle, le chien de notre case : oui, je reconnais sa voix; serions-nous si près d’arriver, et au pied de notre montagne ?»
En effet, un moment après. Fidèle était à leurs pieds, aboyant, hurlant, gémissant, et les accablant de caresses. Comme ils ne pouvaient revenir de leur surprise, ils aperçurent Domingue qui accourait à eux. A l’arrivée de ce bon noir,' qui pleurait de joie, ils se mirent aussi à pleurer, sans pouvoir lui dire un mot. Quand Domingue eut repris ses sens : « 0 mes jeunes maîtres, leur ditil, que vos mères ont d’inquiétude! Comme elles ont été étonnées, quand elles ne vous ont plus trouvés au retour de la messe ou je les accompagnais ! Marie qui travaillait dans un coin de
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riiabitation, n’a su nous dire où vous étiez allés. J’allais, je venais autour de l’habitation, ne sachant moi-même de quel côté vous chercher. Enfin, j’ai pris vos vieux habits à l’un et à l’autre, je les ai fait flairer à Fidèle, et sur le champ, comme si ce pauvre animal m’eût entendu, il s’est mis à quêter sur vos pas ; il m’a conduit, toujours en remuant la queue, jusqu’à la Rivière Noire. C’est là que j’ai appris d’un habitant que vous lui aviez ramené une négresse marrone, et qu’il vous avait accordé sa grâce. Mais quelle grâce ! 11 me l’a montrée attachée avec une chaîne au pied, à un billot, et avec un collier de fer à trois crochets autour ducou. De là, Fidèle, toujours quêtant, m’a mené sur le morne de la Rivière-Noire, où il s’est arrêté encore en aboyant de toute sa force; c’était sur le bord d’une source, auprès d’un palmiste abattu, et près d’un feu qui fumait encore. Enfin il m’a conduit ici ; nous sommes au pied de la montagne des Trois-Mamelles, et il y a encore quatre bonnes lieues jusque chez nous. Allons, mangez et prenez des forces. »
Il leur présenta aussitôt un gâteau, des fruits et une grande calebasse remplie d'une liqueur composée d’eau, de vin, de jus de citron, de sucre et de muscade, que leurs mères avaient préparée pour les fortifier et les rafraîchir. Virginie soupira au souvenir de la pauvre esclave, et des inquiétudes de leurs mères. Elle répéta plusieurs: Oh! qu’il est difficile de faire le bien! » Pendant que Paul et elle se rafraîchissaient, Domingue alluma du feu *, et ayant cherché dans les rochers un hois tortu qu’on appelle hois de ronde, et qui brûle tout vert en jetant une grande flamme, il en fit un flambeau, qu’il alluma, car il était déjà nuit. Mais il éprouva un embarras bien plus grand quand il fallut se mettre en route. Paul et Virginie ne pouvaient plus marcher ; leurs pieds étaient enflés et tout rouges.
Domingue ne savait s’il devait aller bien loin de là leur chercher du secours ou passer dans ce lieu la nuit avec eux. « Oû est le temps, leur disait-il, où je vous portais tous deux à la fois dans mes bras I mais maintenant vous êtes grands et je suis vieux. » Comme il était dans cette perplexité, une troupe de noirs marrons se fit voir à vingt pas de là. Le chef de cette troupe, s’approchant de Paul et de Virginie, leur dit: « Bons petits blancs, n’ayez pas peur ; nous vous avons vu passer ce matin avec une négresse de la Rivière-Noire ; vous alliez demander sa grâce à son mauvais maitre : en reconnaissance, nous vous reporterons chez
I . Le canevas p. n. 7. disail en frotlanl du hois. Mais celte opération ayant été donnée [ilus haut à Paul l’auteur se dispense d’indiquer ce moyen.
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VOUS sur nos épaules. » Alors il fit un signe et quatre noirs marrons des plus robustes firent aussitôt un brancard avec des branches d’arbres et des lianes, y placèrent Paul et Virginie, les mirent sur leurs épaules ; et, Domingue marchant devant eux avec son flambeau, ils se mirent en route aux cris de joie de toute la troupe, qui les comblait de bénédictions. Virginie, attendrie, disait à Paul : « O mon ami ! jamais Dieu ne laisse un bienfait sans récompense. »
Ils arrivèrent vers le milieu de la nuit au pied de leur montagne, dont les croupes étaient éclairées de plusieurs feux. A peine, ils la montaient, qu’ils entendirent des voix qui criaient : « Est-ce vous, mes enfants? » Ils répondirent avec les noirs: « Oui, c’est nous ! » Et bientôt ils aperçurent leurs mères et Marie qui venaient au devant d’eux avec des tisons flambants. « Malheureux enfants, dit M“® de la Tour, d’où venez-vous ? Dans quelles angoisses vous nous avez jetées ! — Nous venons, dit Virginie, de la Rivière-Noire demander la grâce d’une pauvre esclave marrone à qui j’ai donné ce matin le déjeuner de la maison parce qu’elle mourait de faim; et voilà que les noirs marrons nous ont ramenés. » M”" de la Tour embrassa sa fille sans pouvoir parler, et Virginie qui sentit son visage mouillé des larmes de sa mère, lui dit: « Vous me payez de tout le mal que j’ai souffert ! » Marguerite, ravie de joie, serrait Paul dans ses bras, et lui disait : « Et toi aussi, mon fils, tu as fait une bonne action ! » Quand elles furent arrivées dans leurs cases avec leurs enfants, elles donnèrent bien à manger aux noirs marrons, qui s’en retournèrent dans leurs bois en leur souhaitant toute sorte de prospérités.
LTnvention de Bernardin de Saint-Pierre est, on le voit, très économe, ou plutôt très réfléchie. Ce laborieux artiste sait ce qu’il veut, et ne laisse rien perdre du détail qui est une fois bien venu, relativement à son idéal littéraire : il va le recbercber dans les incertitudes des premières, deuxième et troisième rédactions, sans d’ailleurs que son esprit cesse de le retourner et de le retoucher.
Dans la partie nouvelle de cette longue addition dont nous n’avons pas les ébaudies, ce qu’il y a de plus caractéristique, c’est la couleur plus sentimentale. Le pittolesijue, cette lois, est tout a tait subordonné. Bernardin tourne décidément l’anecdote touchante v^ers l’édification, vers la morale en action. Il ne lui suffit plus que le bon
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petit cœur des enfants s’étale dans leur conduite, ni la douceur de Virginie, ni le courage de Paul : il faut que la Providence ait l’œil sur eux, que leur bonne action ait ses récompenses immédiates.
A peine ont-ils prié que leur chien les retrouve. Lorsqu’ils sont le plus embarrassés, les noirs marrons viennent démontrer que Dieu ne laisse jamais le bien sans récompense. Toute l’optimiste religiosité, toute la philosophie providentielle de l’auteur se satisfont dans ce développement.
Je ne puis mettre fin à cette étude, si sommaire qu’elle soit, sans essayer de répondre à quelques questions qu’on ne manquera point de se poser. Dans tous ces tâtonnements, repentirs et reprises, distingue-t-on une certaine direction ? Le développement se fait-il, sinon constamment, du moins principalement dans un sens? Toutes les facultés de l’auteur entrent-elles ensemble en jeu ? ou y en a-t-il une, dans chaque état de l’exécution, qui prédomine? Tous les caractères de l’œuvre se marquent-ils simultanément, et le travail ne consiste-t-il qu’à les renforcer tous ? Ou bien chaque reprise fait-elle surgir ou perfectionne-t-elle un ordre particulier d’effets?
On ne peut donner aucune réponse absolue à ces questions : il ne s’agit pas d’une suite d’opérations mécaniques, mais de l’effort d’une spontanéité vivante à (jui la réflexion porte secours.
Évidemment Bernardin est tout entier dans sa première ébauche, curieux d’exotisme, homme sensible, et philosophe humanitaire. H y a de tout cela dans la rédaction courante des plus anciens feuillets. Mais on peut pourtant remarquer un ordre, une progression dans la série de ses efforts.
Il s’attache d’abord à bâtir son histoire. Aussi la première rédaction, partout où nous sommes assurés de la saisir, est-elle assez rapide, cursive, même souvent plutôt sèche. Les épisodes, les tableaux ne sont pas développés. Le naufrage seul semble avoir toute son étendue : c’est
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peut-être lui qui est le noyau primitif de Tœuvre. Mais la préoccupation dominante de l’auteur est alors de dérouler tout le fil de la narration, d’enchaîner les événements, de marquer les physionomies et les effets. Le résultat a été un conte moral d’une allure assez vive, d’une élég'ance un peu grêle, mais rehaussé déjà de couleur en maint endroit.
Tout s’est renforcé, étoilé dans le travail de correction : mais un moment a été décisif ; c’est (luand Bernardin a repris son manuscrit, semé les interlignes, couvert le haut et le has des pages de notes fiévreuses, de cette petite écriture aiguë dont l’encre est toute jaunie. A ce moment, il a la griserie de la couleur ; il charge et recharge. Il accentue les physionomies, les attitudes, les costumes; il multiplie les caractéristiques des mœurs exotiques, du paysage exotique. Une bonne partie du pittoresque du roman se crée dans cette revision.
On y voit aussi se développer l’élément moral, sentimental, et philosophique, mais dans une moindre proportion. Celui-ci, à vrai dire, est allé sans cesse grossissant ; dans toutes les rédactions, avec toutes les encres et toutes les écritures, il s’étend, s’enrichit, se détaille. Les conversations du vieillard et de Paul sont peut-être les morceaux les plus souvent refaits et qui ont coûté le plus de peine à l’écrivain Entre nos brouillons et l’imprimé, il y a eu un travail considérable qui a encore ajouté des traits et des développements à la narration sentimentale et à la moralisation humanitaire.
Tandis qu’en passant de nos brouillons à l’imprimé, on constate que le pittoresque souvent se réduit, se dégage, s’atténue, la sentimentalité et la moralisation suivent constamment une marche ascendante.
Dois-je me hasarder à proposer une explication du fait ? On dirait que Bernardin a coloré son roman pour son plaisir personnel, qu’en relisant sa première ébauche, les sen- .sations de son voyage à l’îlc de France se sont réveillées, les images, des visions ont alllué ; il a été hanté du désir de faire passer dans son œuvre toute la couleur qui l’avait enchanté. Il accroche partout oh il peut des notations pittoresijues ; il ne peut s’arrêter, ni se détacher. Les indications se succèdent, s’enchevêtrent, se pressent: le déve-
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loppement a du mal à les contenir toutes, à les ordonner clairement. Est-ce par scrupule de goût, ou par défiance de son public, qu’il a simplifié et resserré cette abondance pittoresque ? A-t-il eu peur, malgré le succès du Voyage à l île de France, qu on ne le suivît pas, et de ne pouvoir faire accepter toute la couleur qu’il rêvait ? Ou bien était-il trop de son temps, et encore trop classique, pour n’avoir pas des timidités, des reculs devant certaines outrances et surcbarges de la description romantique? Ou encore, et plutôt, n’étail-il pas trop profondément rousseauiste pour se résoudre définitivement à multiplier les idées de peintre et les jeux de couleur, pour ne pas vouloir faire dominer dans son œuvre le ton moral et sensible du philosophe qui condamne la civilisation et réhabilite la nature ?
Assurément son âme et son public se sont unis pour le pousser à développer ce dernier élément. Il se plaisait à luimême, et il était assuré de plaire à ses lecteurs et lectrices, en peignant l’idylle de la vie naturelle et les joies des cœurs innocents, en critiquant les mœurs artificielles et corrompues de la société, en moralisant sur les biens et les malheurs de la vertu. De là vient que rien n’a limité de ce côté le développement de son œuvre.
C’est peut-être le naufrage du Saint-Géran qui l’a tenté d’abord : une belle marine, en vérité, à peindre. Mais, selon le goût du temps, l’intérêt humain ne suffisait pas : il fallait un intérêt sentimental ; il fallait que la catastrophe fît pleurer d’attendrissement et d’admiration sur la vertu malheureuse. La marine s’est donc enveloppée d’un contemoral pour les âmes sensibles ; la vie, les grâces, les amours de Paul et Virginie ont pris le premier plan. Le tableau est devenu le dénouement : sa grandeur et sa beauté attestent, dès les plus anciens brouillons que nous ayons, son importance primitive.
Puis l’imagination pittoresque s’est appliquée sur les produits de la sensibilité romanesque ; et de nouveau, et toujours, la philosophie humanitaire a débordé, limitant le pittoresque, sans heureusement l’éteindre.
Je ne donne pas ces conjectures pour vérités. Elles me paraissent simplement plausibles. A cette date la cause du pur pittoresque n’était pas gagnée ; la demande de roma-
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nesque sentimental était au contraire considérable*. Il n’est pas étonnant qu’il ait fallu quelques poussées énergiques du tempérament pour conduire Bernardin de Saint-Pierre à jeter dans son œuvre toutes ces sensations et ces visions de peintre qui seules aujourd’hui en rachètent pour nous la fadeur humanitaire et attendrie.
t. Voyez l’ouvrage excellent de M. D. Mornet, Le sentement de la nature de J.-J. Rousseau à Bernardin de Saint-Pierre 1007.
Notes sur le texte de 1831
Il est peu probable (jue bon donne de sitôt une édition critique de {’Histoire de France de Michelet. C’est un bien gros morceau pour un éditeur, et le marché est encore assez encombré des réimpressions récentes pour que l’entreprise ne se présente pas comme une alfaire commercialement sure.
Cependant, dès que l’on étudie Michelet, il y a intérêt à revenir au texte primitif et à le comparer avec le texte définitif. Les changements, à première vue, ne paraissent pas très considérables. Ils ont pourtant leur signification, et je me propose d’en donner la preuve pour le Tableau de la France, qui reste, littérairement, une des parties les plus merveilleuses de l’Histoire de France au moyen âge.
Les deux premiers volumes de cette Histoire parurent à la fin de 1833; le Journal de la librairie les annonce à la date du 21 décembre. Le Tableau de la France ouvre le second volume. En recueillant toutes les minimes particularités qui dillérencient ce texte de 1833 de la forme qui est actuellement accessible au cominun des lecteurs, il me semble qu’on y aperçoit des nuances, des accents, des frémissements qui représentent bien le Michelet d’alors, si différent à certains égards de l’homme de 1860 ou de 1870.
En général l’édition de 1852 reproduit le texte de 1833 ; il y a déjà pourtant (juelques dillérences notables, que je signalerai. La forme définitive du Tableau, texte et notes, date de 1861 ; j’indiquerai les rares occasions où le texte de 1861 reste conforme à celui de 1833 et de. 1852.
t. Mélanges Wilmotte, f. 2H7-299.
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Pour ne pas abuser de la patience du lecteur, je ne lui présenterai que des leçons réellement intéressantes de 1833. Je les classerai méthodiquement sous diverses rubriques.
Je renverrai, pour le texte délinitif, à l’édition Lemerre, in-16, 1885, tome seconde
1" Références et notes critiques.
Les notes de 1833 éclairent le travail de riustorien en nous découvrant mieux ses sources et sa méthode. L’annotation primitive a été fort réduite en 1861, et en même temps rendue moins précise.
En plus d’un lieu où nous ne trouvons aujourd’hui qu’un nom d’auteur, l’édition de 1833 donnait le titre de l’ouvrage, et surtout le tome et la page. Même une fois (édit. Lemerre, p. 427), Peuchet a été séparé de son collaborateur Chaulaire et seul maintenu.
Nombre d’auteurs dont nous trouvons encore aujourd’hui les noms dans l’annotation réduite, étaient cités plus souvent, Cambry, Legrand d’Aussy, Dralet, Millin, etc. M. de
t. Je signalerai quelques fautes d’impression de l’édition Lemerre que l’édition de 1833 aide à corriger. En général le texte de l’éd. Flammarion, in-8", est conforme à celui de 1833.
Ed. Lemerre, p. 69 : ... jusqu’aux murs prodigieux des Pyrénées. 1833 : jusqu’au mur.
Ed. Lemerre, p. 74 : ... au xvni®, poursuivis. 1833 ; au xviF... (Michelet considère Duguay-Trouin, agissant dans les premières du xvm® siècle, mais sous Louis XIV, comme un homme du xviF siècle. A la ligne précédente, l’éd. Lemerre donne bien « Richemont » avec 1833 et 1852 ; C’est l’éd. Flammarion qui se trompe en reproduisant la faute de 1861 : « Richelieu »).
Ed. Lemerre, p. 86; ... les eaux des quatre provinces... 1833:... de...
Ed. Lemerre, p. 158: l’esprit disciplinaire et civilisable. 1833: disciplinaire.
Ed. Lemerre, p. 154 : devant la phrase « ils ne sont pas un pays, mais le résumé d'un i)ays », il faut mettre, avec 1833, ces mots : « ils ont reçu, ils ont donné l'esprit national ».
Eli. Lemerre, p. 155 : ... le génie domine. Oui dit Paris, dit lamonarchie tout entière. 1833: le général domine.
Ed. Lemerre, p. 484 ; Le Champenois est en effet le plus discipliné des provinciaux. 1833; disciplinable.
Ed. Lemerre. ji. 441, note è la page 152, ligne 2: primat des Aquitains. 1833 ; Aquitaines. — L. 6 ; métropolitain de la 2“ et 3® Aquitaine. 1833: métropolitaine (Il faut lire; métropolitains). — L. 9 : l’érection de révêché ne lui laissa... 1833; de l’évêché d’Alby en archevêché.
Pradt (Voyage agronomique), qui était cité six fois dans la description de 1 Auvergne, ne paraît plus qu’une seule fois. On ne soupçonnait guère non plus le parti que Michelet avait tiré pour la Loire et la Vendée du très catholique Voyage en Anjou deM, de Genohde.
D autres sources étaient indiquées, dont les mentions ont été tout à fait supprimées.
Pour la Bretagne, un discours d’Arago, un ouvrage de M. deFréminville, le Cours d’antiquités monumentales delà France de M. de Gaumont, l’ouvrage d’O’Higgins, des articles de M. de Romieu, sous-préfet de Quimperlé; Daru, Histoire de Bretagne ; — pour l’Anjou et le Poitou, les Recherches de Bodin, 1 Histoire de la Ifochelle, du P. Arcère, de l’Oratoire ; les Mémoires de M""’ de la Rochejacquelein ; — pour le Limousin, Piganiol de la Force, Boulainvilliers, Texier- Olivier ; — pour la Rouergue, M. Blairier, auteur de la Minéralogie de l’Aveyron; — pour le Languedoc, Depping, Description de la France ; Caseneuve, Traité du franc-alleu en Languedoc ; Augustin Thierry, Lettres sur l’Histoire de France; — pour la Provence, les Bollandistes ; Héliot, Histoire des ordres religieux ; Bouche, Histoire de Provence ; dom Vaissette, Histoire de Languedoc ; Papon ; La Lauzière, Histoire d’Arles; — pour le Dauphiné, Barginet, J. Millet; Salvaing. Usage des fiefs; — pour la Lorraine, Guillaume le Breton ; les Notices des manuscrits de la Bihliothèijue royale à la suite des Mémoires de l’Académie des inscriptions; — pour Lyon, Eusèlie ; Crommerus ap. Duchesne, Anciennes villes de France; — pour la Bourgogne et la Champagne, Rosny; Courtépée, Description de la Bourgogne; l’abhé Soulavie dans les Mémoires de l’Académie de Dijon, 1783; Millin, Loyseau, Pithou, Favin, Froissart; Bourgeois-Jersaint. Statistique de la Marne; — pour la Normandie, le D" Milner dans le cours de M. de Gaumont; le roman de Rou dans « l’excellente édition (|u’en a donnée M. Auguste Prévost, l’un de nos anti(|uaires les plus distingués » ; « l’anglais Dihdin dans son Voyage hihliograpliique » Gaufredi. Malaterra; M. Estancelin; « l’Histoire des villes de France de M. Vitet » ; — à propos de la Flandre, « M. Franchetti l’auteur de la description de cette prodigieuse église » (la cathédrale de Milan) ; Forster, Voyage en Allemagne et en
ÉTUDES LITTÉRAIRES
France; Faulconnier, Histoire de Dunkerque, 1730; — pour le Centre, la Picardie et l’Ile-de-France, les « poèmes chevaleresques du moyen âge » ; Peucliet et Chanlaire, Statistique de l’Aisne ; « deux articles de Victor Hugo et de M. de Montalembert » dans la Revue des Deux Mondes'. Amilà toute une diverse et curieuse annotation qui a disparu depuis 1861.
Parfois 1 a reference était elle-même soutenue par une autre référence. On lit aujourd’hui dans une note (Ed. Lemerre, p. 444) le nom tout sec de « Dugès » ; en 1833, l’indication était précisée : « Mémoire lu à l’Académie des Sciences par M. Dugès. » Mais la note ajoutait encore : « Voy. le journal le Temps, 31 octobre 1831. » Et ainsi la vraie origine du passage de Michelet se décoina'ait. Il n’avait probablement connu le travail de Dugès que par une analyse de journal.
Dans certains cas, on voyait Michelet juger ses sources, les recommander. Voici comment il présentait le Cours d’antiquités monumentales de M. de Caumont :
Ce savant a le premier appliqué une critique sévère à cette partie de 1 archéologie nationale. (Note relatiAC aux pierres renversées de Loc Maria Ker, édition Lemerre, p. 80.)
Cette note avait disparu dès 1852 : la réputation de Caumont avait baissé.
Ayant prononcé le, nom de Guyotde Provins (éd. Lemerre. p. 139), Michelet y ajoutait cette note en 1833 :
Que 1 on persiste à tort à nommer Kiot de Provence, d après l’orthographe de l’allemand Wolfram von Eschenbach. Cette ingénieuse rectification est du .jeune et savant M. Michel, qui a déjà tant fait pour 1 illustration des antiquités littéraires de la France.
Il s’excusait, en 1833, d’une assertion sans référence (éd. Lemerre, p. 425, note sur Sarrelouis) :
Je cite de mémoire un document récent que je ne puis retrouver, mais je ne crois pas me tromper sur les chiffres.
11 discutait ses sources, il les confrontait avec des témoignages orau.x, ou inversement critiijuait un témoignage par un texte.
Ed. Lemerre, 188S. p. 76 : ... « Il s’y perd soixante embarcations par hiver. »
Note de 1833. « Ce nombre qui m’a été garanti par les gens du pays est peut-être exagéré. Il se perd en tout 88 bâtiments par an sur nos côtes occidentales, de Dunkerque à Saint-Jeande-Luz. Discours de M. Arago, Moniteur du 25 mars 1833. »
Ed. Lemerre. p. 78. « Michel Nollet fut l’apôtre de Batz en 1648. »
Note de 1853. « Cambry, t. I, p, 109. Je n’ai pas d’autre garant. Pour tous les autres faits que j’emprunte à cet intéressant ouvrage, ils m’ont été confirmés par des hommes du pays. »
Il maintenait contre un texte son évaluation de la hauteur des pierres de Carnac : « La plus haute a quatorze pieds. » (Ed. Lemerre, p. 81.)
Note de 1833. « Dans le magnifique ouvrage de M. O’Higgins (Celtic Druids, in-4“, 1829), les dimensions sont fort exagérées, il porte à 24 pieds la hauteur des principales pierres de Carnac. »
En indiquant le recul du breton devant le français (éd. Lemerre, p. 83), il nommait le témoin qui l’avait renseigné :
Note de 1833 « Selon M. Romieu, sous-préfet deQuimperlé, on peut mesurer combien de lieues la langue bretonne perd dans un certain nombre d’années. Voyez aussi les ingénieux articles qu’il a insérés dans la Revue de Paris *. »
La Revue des Deux Mondes, dans l’extrait du Tableau publié le 15 juillet 1833, ne donnait pas la référence aux articles, el toute la note fut supprimée en 1852.
Sur les antiques cérémonies du mariage et sur leur abandon progressif (éd. Lemerre, p. 84, la phrase du bazvalan), Michelet fournissait ses garants :
Note de 1853. « Ces faits, et plusieurs autres, m’ont été confirmés par M. Le Lédan, libraire et antiquaire distingué de Morlaix. Je dois d’autres détails de mœurs à diverses personnes du pays. J’ai consulté, entre autres Bretons, M. de R... fils d’une