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d’ « omissions )),d’ «additions oiseuses et endjarrassantes », de contresens et même d’hérésies, et leurs notes au texte t'ourmillent d’ohservations du même genre. Voici deux ou trois desexem})les qu’ils donnent : « Liv. I. ch. xr, ^ 8, il est question des Israélites (|ui demandaient qu’ Aaron fît le veau d’or : A prneennte itnagine volehant roçpioscere beuDi Itineris siùi esse ducetn. (ialvin avait traduit (1541) : Idif quelque image précédante Us vouloienl congnoistre (pie Dieu les conduisoyt. Le texte actuel (1560) porte : l/s roulaient avoir quelque image qui les nienast à Dieu. » Liv. III, ch. n, § 12, Calvin, dans son latin, comparait une bonne conscience à l’arche de Noë, arcae, et le traducteur comprend un coffre, ce (jui le fait barhouiller terriblement dans la lin de la phrase, où il est question de naufrage, métaphore congruente à Varche, terriblement incohérente avec le coffre. Enfin, liv. III. ch. iii, § 1, Calvin, selon une des idées capitales de sa doctrine, écrit ; Qui/ms auteni videtur fidem praecedere poemtentia, ce que la traduction de 1541 rendait exactement. Mais, en 1560, « le traducteur a mis tout juste le contraire : Ceux qui cuydent que la foi précédé la pénitence'». Si bien que Calvin combat sa propre opinion, et (jue lout le passage n’a plus de sens.
Il est de toute impossibilité, concluent les éditeurs, que Calvin se soit rendu coupable d’une légèreté telle que nous l’avons rencontrée dans maint endroit de ce texte ; il est impossible de supposer que rauteur ne se soit plus compris lui-même en traduisant, ou qu’il n’ait pas su expiâmer en français ce qu’il avait écrit en latin. Au besoin, sa première traduction elle-même viendrait à l'appui de notie thèse, par sa scrupuleuse exactitude.
On aperçoit toute la gravité de cetfe conclusion. Prés de la moitié de X Institution française de 1560 ne saurait être attribuée à Cad vin. Or, c’est la traduction de 1560 qui a toujours été réimprimée. C’est d’après l’édition de 1560, ou une de ses dérivé('s, (ju’a été faite l’édition de 1859 (Paris, Meyrueis et C'*).; c’était l’édition de 1560 que reproduisait M. fîaumgartner à Cenève en 1887 ‘. Et
1. Je n’ai pu voir l’édition Oaumgartner, et je ne sais par consé-
r/lNSTlTUTION CHRÉTIENNE DE CAI. VIN
natiirellement X Institution qu'éliidient, et jugent tous nos critiques*, X Institution dont nos éditeurs de morceaux choisis, M. Marcou, M. Hatzfeld, M. CaJien. donnent des extraits, (Xq,^\ X Institution 1560, c’est-à-dire un ouvrage où la moitié du texte, ou à peu près, n’est pas de Calvin. Vous voyez le désastre, si les éditeurs du Corpus ne se sont pas trompés.
Ils ne se sont pas trompés tout à fait, mais ils n’ont pas aperçu l’entière, l’exacte vérité.
Je remarque d’abord que certaines des fautes, d’où ils concluent à X inauthenticité de l’ensemble de la traduction, se rencontrent dans des morceaux dont ils ne songent pas à nier l’authenticité. Ils admettent que la nouvelle traduction des premiers cliapitres (liv. T, 1-7) est de Calvin ; or, au ch. V, § 11, ils relèvent un énorme non-sens que Calvin sans doute n’a pu commettre. Faut-il donc dire que ces chapitres même ne sont point de Calvin ? Je ne le crois pas. Au liv. 11, « ch. v, § 8 », disent les éditeurs du Corpus. « Calvin cite comme un écrit de saint Augustin les régies de Ticonius ; le traducteur en a fait des reigles de la doctrine chrestienne. » Il faudrait donc conclure de là que la traduction de 154) non plus n’est pas de Calvin ; car la faute, si faute il y a, s’y rencontre déjà. Mais nul doute ne peut s’élever sur l’authenticité du texte français de 1541, et les éditeurs du Corpus l’ont eux-mêmes démontrée. 11 semble donc qu’on ne puisse tirer de ces fautes les rigoureuses conclusions (|u’ils en tirent. Ensuite, ils relèvent des contresens qui n’en sont point. Au liv. 1, ch. XVII. § 5. le traducteur met : Nous disons que toutes choses dépendent d’icelle {la Providence') comme de leur fondement, et pourtant qu’il ne se fait larrecin ne paillardise ne homicide que la volonté de Dieu n entrevienne. Le latin disait : Nam quia ex ea pendent quaecumque contin-
quent pas pour quelles raisons l’elditeur reproduit le texte de 1560.
.1 M. Brunelière est le seul, je crois, à faire ses réserves, qui ont attiré mon attention sur le problème.
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gnnt, ergo, inquiiint, nec fur ta nec adulter ia nec homicidia perpetremtur (juin Dei voluntas intercédât . Le traducteur attribue donc à Lailvin ce que le latin met dans la bouche des libertins. L’erreur est forte. Mais je remarque : 1“ que la phrase est un déhris de la traduction de 1541, qui est bien de Calvin ; 2" que le sens général du passage ne soulfre pas de cet apparent contresens ; 3® que ce qui est contresens au texte de 1559 est la traduction fidèle du texte de 1539-1551, où on lit ; Omnia quae fiuntin ordinem respiciwit divinae Providentiae . Ergo nec furta nec adulteria nec hoynicidia perpetrantur, quin Dei voluntas intercédât. Ce n’est qu’ici que les libertins parlent : Cur ergo, inquiunt. Calvin, en 1559, renvoie aux libertins une expression qui lui semble décidément trop forte pour la prendre à son compte ; si la traduction reste telle qu’elle était, n’est-ce pas une inadvertance qu’un auteur même peut commettre ?
Il ne faut pas compter comme contresens un certain nombre de passages où il y a substitution de métaphore, changement de tour ou d’expression. Ainsi, liv. Il, ch. ni. § 4, Platon dit que les enfants des rois sont composés d’une masse précieuse. Cela ne rend pas en elïét le littéral du latin ; creari aliqua singulari nota insignes. Mais ce mot nota pouvait être embarrassant à rendre. Le traducteur a rendu par un à peu [irès l’idée générale du texte. Y a-t-il de quoi conclure : « Il est évident que Calvin n’a ni traduit ni vu ce passage » ? Au même livre, ch. x, § 41, où l’on veut trouver un non-sens, il n’y a tout au plus qu’une équivoijue, un prénom rapporté à un nom déjà un peu éloigné, ce qui iCa rien de rare, même au xvii® siècle, lequel voile leur demeurera toujoiu's jusques à ce qu’ils apprennent à le réduire à Christ. Ce le, quoi qu’en piMisimt b'S éditeurs, n’est, pas le voile, mais Moïse, nommé à la phrase précédente.
Il y a nombre*, de fautes, iiu'xactitudes, omissions, additions, (jui me seinbh'iit [eoinoir venir aussi bien d’un auteur sur de son se'iis, et qui ne s’inquiète pas outre me'sui'e de rendre la [ihysionomie de* chaque expression latine ; il ne s’asservit pas à un texte qui est le sien. C’est le cas (b* (juebpies-uns des exemples qui précèdent. On
l'institution chrétienne de CALVIN
peut objecter que la version française de 1541 est au contraire très littérale. Oui, mais coinpte-t-on pour rien les vingt années qui séparent les deux traductions ? Vingt années pour Calvin de prédication incessante, et, si je puis dire, de multiples écritures ; vingt années pendant lesquelles de sa bouche et de sa plume il n'a cessé de rompre le français et de se rompre au français. En 1541, le latin le soutenait ; en 1560, le latin le gênait, du moins il s’en affranchissait ; il allait à l’esprit, non à la lettre ; il achevait sa pensée presque sans regarder son texte, et il trouvait sans peine des mots qui ne devaient rien au latin, et parfois n’y ressemblaient guère.
11 y a en particulier un genre d’infidélité qui, loin d’autoriser le doute, trahit la main de Calvin. C’est cette expression de reigles de la doctrine chrestienne , substituée aux règles de Ticonius: une explication vague, mais claire, substituée à une indication de source, précise, mais sans signification pour la plupart. Il ne faut pas oublier que Calvin a mis en français son Institution pour en faire un livre d’instruction et d’édification ; il l’adresse non aux savants, qui lisent son ouvrage latin, mais aux petits, au commun peuple français. De là toute une catégorie d’inexactitudes qui adoucissent en quelque sorte l’érudition du livre original, quand il s’agit de particularités trop curieuses, et surtout de littérature profane ; Calvin ôte, ajoute, paraphrase, explique, de façon que rien n’arrête le simple lecteur. Dans un seul chapitre (liv. 1, ch. v, § 3-5), je note: ex Arato, « d un poète païen » (sans le nommer) ; « selon Aristote », et rien dans le texte où les lettrés reconnaîtront suffisamment l’auteur à la doctrine; apud Xenophontem, « Xénophon, philosophe païen bien estimé », les humanistes n’ont pas besoin de cet éloge ; impjuri cams Lucretii, « d’un autre vilain poète nommé Lucrèce », pour ceux qui ne sauraient pas que Lucrèce est poète. Rien de plus caractéristique que cette inexactitude dont on trou^'erait des exemples d un bout à l’autre de l’ouvrage*.
t. L. I ch. III, ^ t. Il dil, faisant allusion à une phrase du De natura deoruin de Cicéron : iicut ethniciis illc ait. Les lettres qui lisent ce latin comprennent. Parlant au peuple français, il écrit, pour la même raison, plus généralement en toil : comme les payons mesmes
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l^ri fi;énéral, nombre d’additions oiseuses soni de eelles qui onl pu «'chapper, en iS60, à l’écrivain plus exercé, qui ont pu nièine solliciler sa l'acilité acquise. Quand le traducteur écrit : soit que les hleds et vignes, ajoutant les vignes aux blés de sa jilirase latine, quand il dil en latin qu’Abrahaiu, serviteur de Dieu, na pas refusé d’immoler son fils, et que le français prolonge la phrase par l’intenlion de l’acte, /Jour lui complaire, quand il ajoute, ici un mot, là une ligne, ailleurs deux, qu’est-ce que cela prouve? Que le traducteur délaye, soit : mais que le traducteur ne soit pas Calvin, non.
Il est donc évident que les éditeurs de Strasbourg se sont souvent exagéré la gravité des fautes de la traduction et en ont tiré des conséquences excessives. 11 reste cependant dans la traduction de 1560 assez de contresens, même de nonsens incontestables, pour qu’on répugne à y voir l’œuvre de Cab in, qui eût été incapable de telles légèretés. Voilà la difficulté de nouveau posée.
La solution nous est fournie par un texte (jueles éditeurs de Strasbourg ont eux-mêmes publié, et dont je ne m’explique pas qu’ils n’aieni pas reconnu le sens; ils l’ont donné dans leur Préface de Y Institution latine, et ils l’ont sans doute oublié en préparant leur édition de X Institution fran- (^•aise. C’est un fragment de la Préface, en forme de lettre, que Colladon mit en tète d’une édition de X Institution epeXW donna en 1576. Voici ce qu’on y lit:
Comme celui-ci (Calvin) préparait la version française de son Inslitulion conformément à la nouvelle édition (latine) qu’il allait donner, il dicta une foule de choses, tant à son frère Antoine qu à un domestique faisant oflice de secrétaire ; il inséra aussi en maint endroit des pages arrachées d’un exemplaire français précédemment imprimé ; aussi lui fallut-il souvent donner ses papiers à relier, mais, a la fin, il était absolument nécessaire que quelqu un révisât I ouvrage. En effet, il y avait eu, dans un très grand
confessent, cl plus précisément en 1560: comme dit Cicéron, homme pay en.
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nombre de passages, changements considérables ; les ratures et les additions embrouillaient d’un bout à l’autre le texte, le rendaient difficile à lire, souvent fautif, d’autant que des secrétaires ne saisissent pas toujours les mots qu’on leur dicte. Donc, à la prière d’Antoine Calvin, aux frais de qui l’édition française devait bientôt s’imprimer chez Jean Crespin, qui fut jadis notre hôte (comme Henri Estienne ‘ fut chargé de l’édition latine), j’ai revu tous ces brouillons, latins et français, tels qu’ils étaient dans les papiers de l’auteur, et je me suis chargé de les relire, corriger, collationner, afin de rendre tout plus sûr, plus clair, plus facile, moins embrouillé tout au moins pour l’impression
Ceci, je pense, est assez clair. Comment les éditeurs du Corpus n’y ont-ils lu que la façon dont l’édition latine de 1559 s’était préparée? Les détails les plus particuliers, les plus significatifs, regardent l’édition française de 1560. Quatre faits en ressortent nettement : 1" Calvin a préparé luimême le texte français de 1560^ ; 2° il n’a pas écrit, mais dicté les additions ; 3" il a découpé lui-même ou fait découper sous ses yeux la version précédemment imprimée pour répartir chaque passage à sa nouvelle place ; 4” il n’a pas pré-
1. L’édition latine de 1559 a paru chez Robert Estienne, qui mourut cette même année. Son fils Henri donna sans doute ses soins à l’édition.
2. K Nam cum ille, ad novae turn futurae editionis instar, gallicam Institutionis vei'sionem compararet, et, excipiente partim frati'e Antonio, partim amanuensi famulo dictasset multa, paginas etiam ex priori gallico exemplari impresso inseruisset non paucis in locis, glutinatoribus sanè ei saepe utednum fuit, inspectore etiam tandem totius operis omnino res egebat. Immutatio enim quam plurimis in locis magna facta erat, ut lituris et additamentis pleraque essent implicita valde, et lectu obscura, atque etiam mendosa, quemadmodum ab excipientibus non semper intelliguntur verba dictitantis. Ego rogatus ab Antonio fratre, cujus sumptibus Joannes Crispinus, hospes quondam noster, versionem illam gallicam paulo post erat excusurus (ut Henrico Stephano latinum exemplar mandabatur), chartas illas omnes et latinas et gallicas, ut ei’ant in autoris adversariis, relegendas, emendandas, et inter se conferendas suscepi, ut operis typographicis omnia essent securiora, explicatiora et faciliora, minus saltern intricata. » (Corpus, 1. Calvini opera, t. I. Prolegomena, p. xli).
3. Il faut noter que la traduction française de 1560 a été mise par les protestants contemporains exactement au même plan que le texte latin de 1559. Ainsi j’ai remarqué en divers endroits que la traduction espagnole de Cipriano de Valera (1597) suit le français et non pas le latin. Il serait intéressant d’étudier à ce point de vue les traductions étrangères.
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paré ](' dernier état du inanuscril, l’état définitif sur lequel se. l'ait l’impression: Colladon s’est (diarg-é de ce soin. Un cinquième tail n’est pas allirmé, mais peut se conclure: il n’a pas r<'vu les épnmves. Uolladon nu Anioine Cahdn ont dû s’en charger.
Ce texte aussi permet de résoudre la difficulté des sept premiers chapitres, .l’admets, comme les éditeurs du Corpus, que Calvin avail entamé une traduction entièrement nouvelle de son livre. Il avait sans doute adopté ce procédé comme préférable pour un ouvrage (jue les additions doublaient presque, et dans lequel toute la distribution des matières était changée. Puis, trouvant cette méthode trop lente, il traduisit seulement les additions et découpa le reste dans son ancienne traduction. Mais on peut admettre que ces sept premiers chapitres aient été dictés ; on s’expliquera ainsi qu’ils offrent le même genre de fautes que le reste, moins nombreuses cependant parce que le travail était moins précipité.
Ainsi s’expliqueront toutes les erreurs de la traduction : celles qui ne peuvent d’aucune façon s’imputer à l’auteur viennent des secrétaires oudu re viseur. C’est le cas des erreui's de doctrine qui résultent d'un mot déplacé. C’est le cas des grossières ignorances: ainsi, liv. I,ch. viii,^ f, la traduction porte: Joseph contre Apius. Il faut lire Apion. « Cvidemment, » disent les éditeurs du Corpus, « ce ne peut pas être Calvin qui a traduit ce passage. » Kvidemment, dirai-je, évidenimenl Calvdn dictait. Le secrétaire a bien ou mal écrit; Colladon, à coup sûr, a mal lu ou n’a pas remarqué, l't h' typographe a bien lu ce qui était mal écrit, on mal lu ce qui était bien écrit. Il y a trois erreurs possibles et vraisemblables, qui loutes supposent ou laissent supposer que le traducteur est Calvin.
On voit à ([iielle conclusion l’on est mené. Calvin a fait la traduction de 151)0, Mais toute la partie matérielle d’écritui’e, révision, correction d’épreuves, il ne l’a pas faite : les ])reu\es d(‘s édileui's du (Corpus valent poui' cela, et pour c)da si'ulement. La IradiK'tion de 1560 esl très fautive, mais elle )‘st de Cad vin.
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Seulement, — et ici je rejoins les conclusions des éditeurs du Corpus, — cette traduction a beau être de Calvin, elle manque absolument d’autorité, au point de vue littéraire s’entend, qui est le seul où je doive et veuille me placer. Car elle s’est faite dans des conditions de précipitation, d’ « incurie », qui en ont fait une besogne matérielle, et non un Iravail littéraire.
Pourquoi, pour les œuvres classiques, reproduit-on d’ordinaire le texte delà dernière édition publiée du vivant de l’auteur ? Parce qu’il est plus correct, parce que, revu, modilié par lui, il enregistre les derniers progrès de son goût, de sa réflexion, parce qu’il est l’expression définitive la plus adéquate et parfaite de sa pensée. Est-ce le cas pour YTnstltation chrétienne'} Bien au contraire. 11 ne s’agit que de mettre bàtivomcnt l’édition française au courant des améliorations, — doctrinales et confessionnelles, — introduites dans le texte latin. Aucune raison, donc, ici pour préférer la dernière édition à la première.
Toutes les raisons, au contraire, engagent à préférer la première à la dernière. On ne saurait trop y insister: le vrai texte, au point de vue littéraire, — le vrai texte de /’Institution française, le seul dont il y ait à tenir compte, c’est le texte de 15hl. Non pas seulement à cause des fautes de l’édition de 1560, mais pour des motifs plus graves et plus généraux.
Mais écartons d’abord une objection. Si on prend le texte de 1541, on mutile V Institution, on la réduit de près de moitié. L’objection serait grave si l’on se plaçait au point de ^'ue religieux, s’il s’agissait de faire une édition confessionnelle. Elle tombe dès qu’il s’agit de littérature. Car les additions portent surtout sur des questions de dogme; ce qu’il y a de plus humain, de plus littéraire, ce qui est vue profonde de l’âme humaine, haute doctrine morale, le plus important du moins et le plus beau, se trouve déjà dans l’édition de 1541 . Ce n’est pas par un hasard que, des extraits choisis par MM. Marcou, Hatzfeld, Calien, aucun ne répond
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aux additions du texte latin de 1559. On pourra toujours, quand on voudra pénétrer toute la pensée et toute ràme de Calvin, se reporter à l'ouvrage complet, ainsi qu’on lit les Méditations d(‘ Descartes après son Discours de la Méthode, mais comme texte littéraire et, si j’ose dire, classique, il n’y a, je le répète, que le texte de 1341 qui compte.
Nul doute, d’abord, n’était possible pour celui-ci ; le titre même annonce V Institution de Jean Calvin comme translatée en françoys par lui-mesme . Et dans \ argument du présent livre qui se substituait à la préface de l’édition latine de 1539, sur laquelle il traduisait, Calvin disait expressément de son livre : « Désirant de communiquer ce qui en pouvoit venir de fruit à notre nation françoise, l’ay aussi translaté en notre langue. »
Mais la grande raison qui doit faire préférer le texte de 1541, c’est sa date. En elfet, si un ouvrage de Calvin est important dans l’histoire de la langue et de la littérature, c’est Vlnstitution de 1541 et non celle de 1360. En 1541, qu’avons-nous dans la langue ? Deux livres de Rabelais; c’est encore ce qu’il y a de plus « sérieux ». En 1560, le Contruri n’est pas imprimé, mais il est fait depuis quinze ans; l’Hôpital parle. Depuis un an on lit les vies d’Amyot. Depuis dix ans, la Pléiade fait son œuvre. Dans la foule, et avec le caractère des ouvrages qui paraissent aux environs de 1560, Y Institution perd toute signitication. Surtout elle se noie au milieu delà prédication, de l’apologétique, de l’exégèse protestantes, elle a l’air de continuer un mouvement qu’on 1541 elle avait au contraire glorieusement commencé.
Il est si vrai (lue l’ouvrage de Calvin n’a sa valeur qu'en 1541 ({ue tous les bistoriens de notre littérature le placent en effet à cette date, ([uand ils ne le placent pas en 1536 et môme 1535. « Li' prt'inier traité de théologie écrit en français est 'é Institution chrétienne de Calvin », dit M. Hatzfeld dans son ('xcellent Tableau de la littérature française au XVT siècle. Cela est vrai à la date de 1541, mais dans ses Morceaux choisis, qui font suite au tableau, il donne le texte’ de 1560, (|ui n’est plus « le premier
t. M. llatzi'eèt ilil 1559 : c’esi qu’il confond l’édition latine de Rob. Eslienne (1559) avec l’édition française de J. Crespin (1560). En géné-
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traité de théologie écrit en français », puisque Calvin seul, dans l’intervalle, a donné en français son Traité des reliques, sa traduction des Loci communes de Melanchthon, puisqu’on a fait des traductions de divers écrits latins qu’il a composés, recueilli de sa bouche et imprimé des Sermons. Ne voit-on pas ce qu’il y a de bizarre à nous faire juger du merveilleux progrès réalisé d’un coup par notre langue en lo41, par un texte postérieur de dix- neuf ans à cette grande date ?
L’erreur est d’autant plus grande que les deux éditions présentent des différences vraiment considérables et que, selon qu’on adopte l’une ou l’autre, le jugement à porter sur le style de Calvin en est notablement modifié. On pourra s’en convaincre si on veut comparer les deux versions entre elles dans quelques passages des sept premiers chapitres ;