L. I, ch. V
Sapience
instruictz es disciplines libérales les secrets de la sapience divine les circules (des astres) sapience
apercevoir en la composition du corps humain une telle conjonction
une composition tant ingénieuse l’ouvrier
Ibid., § 6... attire à la considération de soy luy rendre sa sérénité toute paisible nuysance
L. III, ch. VI, § 4, loquacité Ibid., ch. VII, subjuguée abnégation
expéter
il n’y a point d’autre dispensation bonne ne droicte c’est un abus damnable, lequel...
fortunes
se convertira à ceste cogitation Ibid., ch. VIII. le futur vertu de patience ces locutions son indulgence
Puissance
entendus et expers en science Les secrets de Dieu les sieges sagesse
déduire le bastiment, les liaisons... du corps humain
un ouvrage tant singulier l’autheur à la considérer
le rendre clair et paisible
Supprimé par changement de tour babil dontée
renoncement (dans tout le chapitre)
désirer
...d’autre façon de bien et droictement dispenser il n’y a qu’abus damnable, quand...
événements
se tournera à ceste pensée l’advenir
vertu et constance de souffrir ces façons de parler sa doulceur et son traitement amniable
1. 11 est vrai que gouvernement et monstre (1541) cèdent la place à régime et argue (1560): ce sont ces revirements, ces inégalités de mouvement, ces retours partiels en arrière qui font que nos systèmes ne représentent jamais exactement la vie.
ÉÏKDRS LITTÉRAIRES
i n qnolqiio iniiiioileslie r.ogiliilions
Ibid., cil. IX. hriganilei'ios nosirc niorlalité aniinanl
lind., cil. X. (lii'igera dirigé.
en quelque despileuicut ou nuire exces
considérations
brigandages
nostre condition mortelle animai! ('l.abO), animal (-lobl) rangera adressé.
'Pons cos juisscif^n's du livre III sont, nolons-lo, do ceux où la version do 1541 a été conservée ; il y a là un visible el volontaire rarraîcliissement de la lansfue.
Je veux terminer cette comparaison par rexamen de la laineuse lettre à François 1", ce beau morceau d’éloquence d’où sont tirés la plupart du temps les extraits de Calvin qu’oiïrent les recueils de morceaux choisis. Le texte latin n’a presque point été modilié de 1536 à 1559 ; le fond du texte français est resté aussi le même ; et pourtant les variantes de l’édition primitive en changent toute la physionomie.
O très noble Roy, très excellent Roy, très illustre Roy, très gracieux Roy, Roy très vertueux, Roy très magnanime, Roy très magnifique, Irès fort et très illustre Roy
la majesté (partout tu et ton)
Entre le populaire sont semés contre icelle horribles rapports ...conspirent en la condamnation de nous et de notre doctrine
De ceste alï'eclion ravis et transportez ceux qui sont const itui'z pour en Juger
Or à toy appartient...
cogitation briganderie
Eeliiy est abusé qui attend...
abjection
Nous ne lisons point ceux avoir été reprins qui ayent...
sont aspremeni corrigez ceux sommes oppressez
■l.=>fiO.
Sire (iiartout)
voslre majesté (partout vous et vost re)
Entre le populaire on sème, etc.
conspirent à condamner, etc.
Ceux qui sont, etc... estant ravis el transportez de telle affection
Or c’est vostre office...
pensée brigandage
On s’abuse, si on attend...
petitesse
Nous ne Usons point qu’il y en ail eu de reprins pour avoir...
...corrige aspremeni ceux... travaillons'
I. Le latin dit lahoramus. « Travailler » est resté dans ce sens Jusqu’d la lin du xviO siècle. Oppresser, du reste, a été confondu avec opprimer Jusque dans le même siècle.
l’institution chrétienne de CALVIN
ceste eslre la vie éternelle implicite
...(jue l'auN Prophètes viendroyent
Outre, injuslemenl ilz...
Cestuy estoit un Père, qui
cl ceux esloyent Pères, qui...
oraison
reputoit cela eslre Voysenl maintenant vos adversaires
enracher sédition telles cu})iditez
aucuns de nous ausquels ce seul point estoyt puni par mort, qui...
Vingt-troisième jour d’aonst (véritable date primitive).
(nous croyons) que c’est la vio éternelle
enveloppée
...qu’il surviendroit des faux Prophètes.
Outre c’est injustement qu’ilz C’estoit aussi un Père qui disoit..
et ceux qui... etc. cstoyent Pères propos
tenoit cela pour Oue maintenant nos adversaires s’aillent
arracher
tumulte
telles entreprinses lesquelz on faisoit mourir pour ce seul point, qui...
premier jour d’aoiist.
En voilà assez pour nous permettre déjuger en connaissance de cause. On voit par tous ces rapprochements qu’en 1360 Calvin supprime nombre de mots empruntés du latin et les remplace tantôt par des synonymes, tantôt par des locutions composées, tantôt par des verbes ; qu’il remplace la proposition inlinitive par l’indicatif précédé de que ; qu’il change la construction du relatif pour se rapprocher de l’usage actuel ; qu’enfin il est tout à fait moderne par la façon dont il réduit le plus [lossible les inversions, tantôt par substitution de l’actif au passii, et notamment avec l’indéfini on, tantôt par l’emploi de cette locution commode : c’esi... que. Évidemment, tous ces changements qui rendent sa phrase plus nette el plus coulante, c’est le résultat et du progrès de la langue el d(“ son progrès, à lui, pendant vingt années. Je sens dans la forme dernière de. \ Institution française, je sims partout l’homme habitué à la parole, que l’exercice assidu de l’improvisation dans la prédication a fourni d’une abondance de mots et de tours pour l’endre sans peine et vite n’importe quelle pensée.
Et voici le revers : non seulement historiquement, le texte de 1560 n’est pas celui qui marque un soudain et considérable gain de notre langue et de notre littérature, mais, littérairement, il est inférieur au premier et authentique texte de 1341. Car il ne faut pas se laisser prendre aux apparences ; cette aisance, cette netteté du texte de
ÉTUDES LITTÉRAIRES
1560, c’est la fluidité tro[) souvent prolixe et banale du parleur <le profession que rien n’arrête ; j’y sens souvent les formules, les locutions toutes préparées qu’on emmagasine et ((u’on j)orte dans une chaire et une tribune. Cette foule de petits mots, de jietites phrases, négligemment ajoutés au texte latin et qui ne sont ni du tout oiseux ni du tout nécessaires, nous connaissons cela, c’est le délayage de l’ora teur, (jui continue mécaniquement sa pensée déjà suffisamment manifestée, pendant que la phrase à venir se forme et vient à sa conscience. Sur ce point, les éditeurs du Corpus ont eu un assez juste sentiment de la différence des deux textes, fis ont eu grande raison de préférer le premier, comme « un chef-d’œuvre de simplicité, d’élégance, de concision et de mâle vigueur ».
Avec ses archaïsmes, ses latinismes, ses embarras, ses pesanteurs (et tout cela pourtant moins que chez Rabelais ; même ici, Calvin est plus moderne), ce texte de 1541 est en effet savoureux, robuste ; la phrase se ramasse nerveusement ; et souvent éclate un bonheur original d’expression. La traduction suit le latin de très près : et c’est mieux pourtant qu’une traduction. Car c’est sa pensée que le traducteur reprend dans son texte. Et l’on saisit alors le secret de ce chef-d’œuvre: ni Calvin ni personne, en 1540, n’était en état d’écrire un tel livre en français.
Pour Calvin, homme d’église, homme des Universités, humaniste, le latin était sa vraie langue ; et, défait, 1’/??.^titution latine est admirable à la fois de correction classique et d’énergie personnelle. De plus, la langue française était insuffisante. Il a fallu que Cahin déposât d’abord sa pensée dans le latin, lui donnât ordre et forme ; après quoi, il a j)u la faire passer dans la langue vulgaire, retenant une notable part de la simple et forte gravité inhérentv au latin, si bien que notre [lauvri' et sec idiome s’est trouvé soudain bénéficier des qualités artistiques de l’éloquence antique.
La conclusion qui se dégage impérieusement de ces recherches, c’est qu’il nous faut une édition, si je puis
l’institution chrétienne de CALVIN
dire, « littéraire w, de V Institution chrétienne. Et cette édition devra se faire conformément au texte de 1541. Le texte de 1560, considéré comme « premier monument » de l’éloquence religieuse des temps modernes, est un document faux, bien qu’il soit de Calvin ; le texte de 1541 seul est vrai. Le texte de 1560 est sans valeur historique ; tout ce qu’on dit de l’inlluence de Calvin sur la littérature se rapporte au texte de 1541. Le texte de 1560 est, littérairement, inférieur ; le texte de 1541 a la forme d’un chef-d’œuvre. Le texte de 1560 est incohérent et disparate; il contient sept chapitres (liv. I, ch. t-vn), qui sont du Calvin de 1560 ; toutes les additions du texte latin de 1559 sont aussi du Calvin de 1560 ; là-dedans s’insère et s’éparpille la version de 1541 ; le Calvin de la première manière elle Calvin de la dernière manière s’amalgament confusément ; et, pour achever le désordre, une foule de corrections passent en quelque sorte une couche du style de 1560 sur les morceaux de 1541, ce qui n’empêche pas que sous le badigeon ne reparaisse la couleur primitive du vieux langage. Au contraire, la version de 1541 est homogène, toute d’une venue, d’une parfaite unité de ton et d’allure.
On trouve le texte de 1541 aux tomes III et IV des Opera omnia de Calvin dans le Corpus Reformatorum ; qui ira l’y chercher ? Par le prix, par le nombre ties volumes, le Corpus (49 volumes à 16 francs pour Calvin seul) ne peut se trouver que dans les bibliothèques publiques et de rares bibliothèques privées. De plus, pour diverses raisons, les éditeurs du Corpus ont préféré ou dû suivre comme texte principal la traduction de 1560, qu’ils estimaient inauthentique ; il faut aller chercher au bas des pages la traduction primitive, déchiquetée, rompue en mille tronçons, pour l’ajuster au plan définitif de Calvin qui a bouleversé l’ordre primitif de son ouvrage. 11 est impossible dès lors de se représenter la suite et le naturel développement de la véritable Institution française ; impossible d’en laire ni étude ni usage sérieux.
Il faudrait donc réimprimer le texte de 1541 ; on y joindrait les sept premiers chapitres de 1560 et toutes les variantes des passages communs aux deux traductions. On mesurerait ainsi les transformations de la langue et les
ÉTUDES LITTÉKAIRES
ac(|uisitions ou perles de Calvin dans cet espace de vingt années. Il faudrait aussi donner au bas des pages le texte latin de 1539 ; alors seulement la composition de VJmfiluliou s’(‘-xpli(juera, on verra comment l’expression latine est en quelque sorte l’échelon (jui permet au Français d’atteindre la hauteur de cette pensée religieuse. Tous les chapitres, paragraphes, phrases, qui ne sont point représentés dans l’édition de 1541, pourront être supprimés ou «tonnés en appendice ; leur importance littéraire est toute secondaire. Alors seulement on pouri-a juger Calvin et son iniluence en connaissance de cause. Alors .seulement on aura dans sa pure et réelle forme l’un des deux premiers chefs-d’œu>'re de la prose moderne. Il y a plus de ti'ois siècles et demi qu’il a paru, il est bien temps (|u’il reparaisse.
Il est inadmissible qut' l’on continue à lire un ouvrage de cet ordre dans un texte, non pas inauthentique, si l’on veut, mais informe et, en somme, faux pour l’usage qu’on en fait.
NOTE SUR UN PASSAGE DE VITRUVE
Origine de la distinction des genres dans le théâtre