‹ Études d'histoire littéraireChapitre 15 sur 125 · DE LA RENAISSANCE · texte numérisé non relu

DE LA RENAISSANCE

Lorsqu’on se place en France, à la lin du premier tiers du xviP siècle, on constate quatre genres dans Fart dramatique : la tragédie, la tragi-comédie, la pastorale, la comédie. Il semble naturel de les grouper symétriquement deux à deux ; la tragédie et la tragi-comédie d’un côté, de l’autre la pastorale et la comédie.

(( Le Poème Dramatique est la tige de l’arbre. Ses deux branches principales sont le Poème Héroïque et le Poème Comique; le Poème Héroïque fait deux rameaux, la Tragédie et la Tragi-comédie ; le Poème Comique en fait deux autres, la Comédie et la Pastorale »

Cette division, qui paraît spécieuse et qui a été reprise plus d’une fois, repose sur une assimilation superlicielle et contient une erreur historique. S’il est vrai que la tragicomédie soit une espèce de la tragédie, un rameau détaché du genre, il n’est pas exact de considérer la pastorale comme soutenant le même rapport avec la comédie. 11 suffit de considérer le grand nombre de tragi-comédies pastorales ou pastorales tragi-comiques qui se sont faites en Italie et en France pour comprendre que la pastorale est un genre bien distinct de la comédie, puisqu’il subsiste dans la forme de tragi-comédie.

Pour comprendre le rapport véritable de ces variétés du poème dramatique, il faut se rapporter à leur pays d’origine, c’est-à-dire en Italie. Là nous apercevons d’abord

t. Revue de la Renaissance, 1904. t. v, p. 72-84.

2. Chappiizeau, le Théâtre français, 1674, 1. I, ch. IV, p. 11.

que la tragi-coinédic, au xvi® siècle, n’arrive pas à se constituer à part, à se donner une vie propre, un caractère distinct, une l'écondité vivace en face de la tragédie, tandis que la pastorale, après des essais divers et de multiples tâtonnements, se dégage puissamment dans VAmmte. Ce drame pastoral n’a rien de commun avec la comédie, telle que la conçoit et la pratique la Renaissance italienne, sauf le dénouement. Il y a vraiment en Italie trois genres dramatiijues : la Tragédie, la Comédie, et, à distance égale des deux, la Pastorale, qui, entre les horreurs pitoyables des grands sujets héroïques et la gaieté facétieuse des sujets bas et familiers, introduit’ sa douceur sentimentale et un amour dont les tourments n’ont rien d’atroce, ni les joies rien de lascif.

Mais d’où est venu ce troisième genre? C’est une (juestion encore débattue, et il est peut-être difficile de déterminer les origines littéraires de l’œuvre du Tasse. Faut-il avec V. Rossi chercher les antécédents de la pastorale dans les églogues de cour dont les représentations furent assez fréquentes pendant la première moitié du xvi® siècle ? Faut-il avec G. Carducci nier ce rapport de fdiation, et rattacher directement VAminte à l’idéal pastoral de la Renaissance, dont les éléments, transportés de l’antiquité dans la poésie et le roman, auraient été associés par le Tasse avec la forme et les règles dramatiques que la tragédie fournissait ‘ ?

« Les documents, remar([uaitM. V. Rossi, sont peu nombreux, mais non pas si rares pourtant qu’on ne puisse discerner la persistance sur la scène d’une tradition bucolique de caractère classique^. » Les documents discutés dans ce débat ont été des documents littéraires. Je voudrais, sans m’engager à faire une étude complète de la question qui dépasserait ma compétence, signaler à mes savants confrères d’Italie l’imporlance d’un texte que sans doute ils connaissent bien, et dont il ru' me parait pas que la valeur ait été jusqu’ici mise eu lumière comme il faut.

Ce texte qui éclairt', à mon avis, la question des origines

\. Giqsué Carducci, su VAminta di T. Tasso, Firenze, 1896. — V. Rossi, dans le Giornale storico della letteratura italiana, t. ol, p. 108. — W. Creizenaoli, Geschichte des neueren dramas, 1. II, p. 367.

Page 1