Cela résulte de l’ensemble du livre de l’abbé Deberre
2. On peut se poser la question à pi’opos des curés poitevins, futurs députés ou prêtres constitutionnels, envers lesquels M. le chanoine
ÉTUDES LITTÉRAIRES
A (jui'l point l('s classi's supérii'ures, noblesse, Paiienients. haul clergé, sont-elles t'ntainées dans les di\'erses régions ! eoniinent sont touchées les classes plus humbles, petite uiagisirature locah', marchands, lahricants, artisans, moines, curés de campagne?
Ouels sont les ouvrages populaires et elTicaces ? oîi les chefs d'œuvre n’arrivent pas, (juelle est l’action des ouvrages médiocres ? la médiocrité qui pullule, et qui satisfait tout le monde sans dépasser personne, est souvent plus puissante que les chefs-d’œuvre auxquels nous attribuons à l’ordinaire l’opération. Ici se placerait l’étude, qui n’i'st pas faite dans les deux ouvrages de Hatin, de la fonction de la presse littéraire au xvui“ siècle. Les journaux ont été des intermédiaires aclils entre la philosophie et le public, déjà en plus d’un lieu presque substitués aux livres. Chacun des journaux du xviii'" siècle devrait être l’ohjet d’une étude (lui ne serait pas uniijuement hibliographique ou anecdotique, et qui porterait sur le caractère, l’intérêt et surtout la diffusion de la publication.
En un mot, dans l’investigation minutieuse des phénomènes de la vie littéraire, en réunissant les résultats de l’enquête à conduire sur la France provinciale, avec ceux de l’en([uète en partie faite, mais à compléter encore, sur la société de la cour et de Paris, en ayant soin surtout d’ohserver partout la pénétration dans la petite hourgeoisie et A'ers le peuple, on trouverait sans doute la réponse à la question souvent posée, et toujours résolue par des hypothèses prématurées ou des décisions arbitraires ; quelle part faut-il faire à la liftérature du xviii® siècle dans la Révolution lran(;aise? Grande, selon Taine; nulle, selon M. Faguet et selon M. Aulard.
Au xix“ siècle, on aurait à rechercher oîi, comment le classicisme survit. Comment la province a ressenti, ou suivi, ou (qui sait ?) précédé parfois les grands mouvements littéraires, romantisme, naturalisme et Parnasse, symbolisme. On étudierailJes réveils de littératures provinciales. On montrerait le rôle littérairi' des journaux, c’est-à-dire
Aiilier {Histoire générale, civile, religieuse et littéraire du Poitou, l. IX, |i. 487) manque de symitalhie et peut-être de justice.
non pas seulement la part faite à la littérature dans les journaux sous tonne de productions originales ou de critiques, mais aussi la répercussion du développement de la presse périodique sur la littérature, la substitution partielle et, en beaucoup d’endroits, totale de la revue, du magazine, ou du journal au livre, la liaison ici ou là des restaurations de littératures provinciales à une presse puissante animée d’un vif esprit régional.
Enfin partout, à chaque siècle, le problème toujours controversé des influences étrangères s’éclairerait par ces études de la vie littéraire en province. L’intensité et l’efficacité de ces influences apparaîtraient plus précisément si l’on savait ce qui était réellement lu, goûté, imité dans les provinces. On mesure mieux la prise qu’eut Gessner sur l’ànie de notre xviiû siècle et la part qui lui revient dans l’idylle du règne de Louis XVI, quand on ajoute aux noms illustres de Turgot, Diderot, Berquin, Léonard, Lespinasse, les noms obscurs de Bernard Brunei qui « gesnerise » à Amiens ‘ et de l’abbé Cazaïntre qui « gesnerise » à Foix^
Voilà quelques-unes des questions qui pourraient être posées. L’efibrt doit être collectif. Le travail peut se faire simultanément sur vingt points à la fois. Il serait à souhaiter que chaque province, chaque région qui eut sa vie propre, chaque ville grande ou médiocre trouvât un historien. Si toutes ces recherches étaient l’application d’un même programme, d’une même méthode, se proposaient de répondre aux mêmes questions, on conçoit combien ils se donm-raient mutuellement de support et se renverraient de lumière, et combien leur rapprochement donnerait d’extension et de force aux résultats particuliers que chacune d’ elles aurait dégagés.
Le groupement et la comparaison de ces résultats montrerait quel a été le rôle de la littérature dans la formation ou la direction des forces morales que les causes économiques ou politiques déterminent à des réactions parfois inattendues. On distinguerait si ce rôle a été de décoration et d’amusement, ou réellement efficace et vital. Et l’on