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Daire, Histoire littéraire de la Ville d’Amiens

2. Duclos, Histoire des Ariégeois, 1881, t. I, Les poètes p. 292, note.

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pourniit alors écriri' à côté de cette « Histoire de la littérature française », c’est-à-dire de la production littéraire, dont nous avons d’assez nombreux exemplaires, une « Histoire littéraire de la France » qui nous manque et qui est presque impossible à tenter aujourd’hui : j’entends par là non pas un catalogue descriptif ou un recueil de monographies comme ce que les Bénédictins et l’Académie des Inscriptions ont donné pour l’ancienne littérature française, mais le tableau de la vie littéraire dans la nation, rhistoire de la culture et de l’activité de la foule obscure qui lisait, aussi bien que des individus illustres qui écrivaient.

Mais ce programme est-il réalisable ? Où, comment atteindre les documents et les faits qui nous livreront cette histoire? C’est ce que je voudrais brièvement indiquer.

Je prendrai un exemple : la vie littéraire en France au xvin® siècle, et la dilfusion de la littérature philosophique. Taine (Ancien Régime) paraît nous renseigner là-dessus. Il nous offre quatre à cinq douzaines de faits pittoresques ({ui font des tableaux amusants; mais que représentent ces anecdotes? sont-ce des cas moyens et représentatifs? ou des faits extrêmes et singuliers? Puis nous sommes promenés aux quatre coins du royaume : tel fait, ordinaire pour la Picardie, ne sera-t-il pas exceptionnel en Bresst* ou en Bretagne? Quand on sert tout pêle-mêle, on suppose ce qui est en question, l’homogénéité intellectuelle, l’unité de culture et d’esprit de toute la France’, au moins do tout ce qui n’est pas peuple. Si rbomogénéité des classes au-dessus du peuple est grande, il y aurait pourtant une carte à dresser, ([ui teinterait en noir, au moins partiel-

1. Cr. j)ar ex. Taine, Ane. rég., dans l’éd. in-18, i. I, [). t8o-t90, ‘229-243; t. Il, p. 172 el suiv., 'l92et suiv. Trop souvent c’est l’opinion d’un contemporain, une atïirmation tranchante, absolue, générale, où entre tantôt un effet littéraire, tantôt nn esprit de parti, qui est présentée comme un fait ou une synthèse de faits. 11 faut se délier des gens d’esprit qui disent tro[) volontiers : « tout le monde » et >< partout ».

lement certaines régions, peut-être la Bretagne, peut-être aussi le massif centraP, etc., etc.

On devrait réunir les matériaux que contiendraient les catégories suivantes de documents :

1° La production littéraire provinciale.

Les travaux ne manquent pas sur les littératures locales. « Histoire littéraire du Poitou », par Dreux du Radier ; « du Quercy », par Cathala-Couture ; « de la ville d'Amiens », par l’abbé Daire ; « du Maine », par Hauréau ; « Histoire générale et littéraire du Poitou », par le chanoine Auber ; « Bibliographie bourguignonne », par Milsand ; « du Périgord », par A. de Roumejoux, P.-L. de Bosredon et F. Villepelet ; « Bio-bibliographie bretonne », par Kerviler ;

(c normande », récemment commencée par Tony Genty et l’abbé Bourienne ; « Les Ariégeois », par Duclos, etc. Et je ne sais combien de monographies et d’articles de journaux, de revues, de bulletins de sociétés savantes. Les écrivains de beaucoup de provinces et de villes ont été catalogués, leurs œuvres analysées, leurs biographies précisées. Que de villes, toutefois, et de départements pour lesquels manque un travail d’ensemble ! Et d’ailleurs là où le travail est fait, il n’a pas été fait précisément comme il faut pour notre étude. On peut en profiter, mais il y a autre

1. Faute de distinguer les régions, on se trouve en présence de témoignages incompatibles, les uns insistant sur la langueur delà province mal reliée à la vie du centre, à la cour et fi Paris, les autres peignant la communication rapide des passions de Paris à la province. La part faite à l’effet esthétique et aux sentiments de ppti, il faut voir si la diversité régionale n’explique pas les contradictions qui restent. Généraliser d’abord le début des mémoires de Montlosier, pour l’étendre à toute la France, me parait une imprudence. Il faut d’ailleurs remarquer que la difficulté et la lenteur des communications ont pour effet beaucoup moins de séparer la province du centre, puisqu’enfm les nouvelles arrivent, que de laisser à la province une certaine spontanéité de réaction. Ainsi, le coche n’arrivant partout qu’une, deux ou trois fois la semaine, les informations intermittentes qu’il apporte peuvent ici enflammer les cerveaux, et là ne pas secouer la léthargie. Donc, j’en reviens là, ne pas généraliser sans avoir beaucoup et longtemps regardé.

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cliose à faire (ju’à en profiter. Les bibliographies, les biographies, les catalogues d’ieuvres nous indiquent où chercher sans nous olfrir les résultats tout prêts. Trop souvent aussi le point de vue exclusivenieni local a dominé : on ignore trop riùsloire générale de la littérature fran(;aise, ou Ton s’en soucie trop peu ; ou bien l’on suit de trop loin le mouvement de nos études, et l’on s’appuie sur des travaux détruits ou dépassés. Souvent un fâcheux esprit de clocher ne s’appliijue qu’à des réhabilitations. On recherche dans un livre comme dans un devoir d’écolier la bonne page qu’on peut citer, en faveur de laquelle on mendiera un peu de gloire pour le grand homme de la localité. Puis on ne regarde que des individus : l’état, le mouvement du milieu ne ressortent pas. Or c’est ce qu’il faudrait rechercher. Les individus doivent nous arrêter surtout par leur valeur ou leurs aspects représentatifs. Qu’un prêtre ariégeois ou un philosophe amiénois ait eu un peu plus, un peu moins de style ou d’esprit, qu’il ait écrit deux ou dix pages qui se font lire encore: il n’importe guère. Mais il est intéressant de démêler ce qui a formé ces hommes, ce qu’ils ont lu, à quels mouvements ils se rattachent, de quel groupe ils sont le produit ou le résumé. Au lieu de souiller les médiocrités en talents originaux, il faut comprendre tout ce qu’une médiocrité, perçue comme telle, contient d’instruction.

2" L’histoire des académies.

M. Stein, dans son « Manuel ». ne cite que « l’Histoire de l’Académie de Lyon » deJ.-IL Dumas. Il v en a d’autres *• Il serait à souhaiter qu’on eût sur chacune de ces compagnies une publication qui m' fût pas un catalogue de procèsverhaux ou une collection de pièces ollicielles, mais qui en fit apparaître l’espril, les modes d’activité, avec leurs variations, enlin toute la fonction littéraire et sociale. Le livrt', de l’ahhé Deherre sur la « Vie littéraire à Dijon »

l. Tout l'écenimeiil M. Plisler a donné celle de l’Académie Stanislas de Nancy (note de 1903).

renferme au moins les principaux chapitres crime histoire de rAcadémie de cette ville et en explique bien le caractère. On s’occupe de l’Académie de Dijon à cause du président de Brosses, de Butlbn, et de quelques autres noms illustres. Des compagnies plus obscures ont eu une vie plus intéressante. Ces académies, d’aspect aujourd’hui suranné et d’activité parfois un peu puérile, étaient exactement adaptées à l’état de la science et aux besoins des intelligences du xviih siècle h Elles étaient des foyers de culture et de rayonnement scientifiques, travaillant non seulement au progrès mais à la diffusion des connaissances, à leur application pratique, mettant la science au service de l’utilité publique, organisant parfois des cours, des établissements de recherche et d’enseignement. Chacune avait sa physionomie qui reflétait tantôt l’aspiration actuelle des esprits, tantôt le passé et la nature de la région : archéologie à Nîmes ; beaux-arts à Toulouse ; économie et utilitarisme à Caen ; histoire et sciences naturelles à Metz ; à iMilhau, parlotte innocente de lettrés ; à Toulouse, à Amiens, direction d’enseignement supérieur et d’établissements scientihques. Presque partout, mélange curieux de littérature niaisotte et de vive intelligence scientilique ou industrielle. Les plus attardées littérairement ou religieusement participent, par le godt des sciences, de l’industrie et du commerce, au progrès social.

3" L’histoire des théâtres provinciaux,

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