‹ Études d'histoire littéraireChapitre 27 sur 125 · Voit' noliimineiil los articles 2 cl 3 du livre I · texte numérisé non relu

Voit' noliimineiil los articles 2 cl 3 du livre I

"2. .le suis de ceux ([ui oui le plus fortement aflirmé ce désordre ; je n’ai pas réussi à délirouiller le plan de l’Esprit des lois dans la rédaction première de mon Histoire de la littérature française.

Fout S éclairé, et la matière se distribue régulièrement.

Je ne puis songer à donner ici une exposition détaillée du plan méthodique de FEsprit des lois: je dirai seulement Fessentiel.

Le dessein de Montesquieu eût mieux apparu s’il avait ordonné la division de sa matière en trois étages au lieu de deux : les chapitres se groupent en livres ; on se serait moins égaré dans cette longue succession de trente et un livres, si ces livres étaient à leur tour groupés en parties. J’en reconnais trois, (jui vont, la première du livre ï au livre XIII, la seconde du livre XIV au livre XXVI, la troisième du livre XXVII au livre XXXI. Je constitue ces trois parties en considérant les données des problèmes que Montesquieu pose. Les treize premiers livres étudient les choses en soi ; au livre XIV est introduite la donnée de l’espace, et du livre XIV au livre XXVI sont analysés les rapports qui résultent de la considération des choses dans l’espace* ; au livre XXVII apparaît la donnée du temps, et du livre XXVII au livre XXXI se développent les enchaînements logiques qui résultent de la considération des choses dans le temps 'h

Dans la première partie, Montesquieu part des notions simples et premières : une raison ordonnatrice de l’univers, des rapports naturels de justice antérieurs aux rapports d’institution humaine ; il considère l’homme « avant l’étahlissernent de toute société », puis en société, puis dans une société gouvernée de telle ou telle manière. Il pose quelques vérités évidentes, et quelques définitions : définition de la loi, définitions des formes du gouvernement.

1. Le livre XXVI ne pose pas de nouveaux problèmes: c’est un livre de pédagogie sociologique, si je puis dire, où l’on enseigne à reconnaître la nature des problèmes, et à distinguer les ordres de rapports qui correspondent aux grandes divisions de la science du droit : droit naturel, droit politique, droit religieux, droit civil, etc.

2. Je dois dire ici que je ne saurais rendre compte du livre XXIX, dont la place, dans aucun système, ne peut se justifier. Ce livre sépare deux par deux les quatre livres qui exposent l’évolulion de certaines institutions : et c’est comme un petit manuel du législateur, qui donne des préceptes pour la composition et même pour la rédaction des lois. De toute façon, il devrait ouvrir ou plulôt fermer la troisième partie. (On sait que les 1. XXX-XXXI ont été ajoutés en cours d’impression).

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On pourrait se demander si ces délinitions ne sont pas obtenues par induction et généralisation : si Montesquieu n’a pas considéré diverses républiques, diverses monarchies, diverses lois, pour en dégager les caractères généraux de la république, de la monarchie, de la loi. Ftien n’autorise à croire que tel ait été son procédé : « Je suppose, dit-il, trois définitions. » Tl en est de ces délinitions politiques comme des définitions géométriques: l’expérience a pu suggérer à l’esprit l’idée de les former plutôt (jue d’autres, mais elles ne sont pas formées des données de l’expérience, non plus que les définitions du cercle et du triangle. Elles sont à priori : elles n’impliquent aucune nécessité d’existence pour leurs objets, et la réalité connue de ces objets n’est en aucune mesure leur soutien ni leur garantie. Quand il n’existerait, quand jamais il n’aurait existé une monarchie ni une république, une oligarchie ni un despotisme, les propriétés et conséquences de toutes ces formes de gouvernement subsisteraient, et la construction de l’Esprit des lois resterait debout.

Une fois posées ces définitions, Montesquieu fait voir quelles sont les lois qui « suivent directement » de la nature et du principe de chaque gouvernement. Pour toutes ces analyses, qui vont du livre II au livre XIII, il n’a besoin que des notions générales qui se découvrent aisément dans l’idée d’une société politique : pouvoir et sujets, éducation des enfants, condition des femmes, jugements et peines, force offensive et défensive, impôts, puissance judiciaire, législative, exécutive. Chacune de ces notions communes est mise en rapport avec les définitions, les natures, et les principes de gouvernements ; tous les problèmes qui se posent ainsi sont traités par l’analyse et résolus dans l’abstrait.

Eorsque la matière semble épuisée, Montesquieu la renouvelle, et s’ouvre un vaste cliamp de recherches parla considération do l’espace. Voilà pourquoi l’iniluence des climats, apparaît ici, et non plus tôt. Si Montesquieu partait des faits, et procédait par des généralisations d’expérience, il serait inadmissible qu’il eût attendu au X1V“ livre pour nous parler du facteur le plus considérable qui fasse varier les lois et les institutions. Mais il n’avait pas à .s’inquiéter

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des climats, quand il regardait les définitions pures et les rapports universels. Maintenant que, s’élevant à un degré supérieur de complexité, il va supposer les gouvernements dans l’espace, la première donnée à introduire est celle du climat ; car le climat (selon lui) est la grande cause de variation des lois dans l’espace. Tous les rapports, tous les problèmes qui supposent l’étendue, dépendront de la considération du climat : esclavage, nature du sol, esprit et mœurs des nations, commerce (où se rattache la question des monnaies), population, enfin religion. Toutes ces matières seront donc traitées, en allant du plus général au plus particulier et du plus simple au plus complexe, dans cette seconde partie le facteur dominant du climat intervenant sans cesse à côté des données universelles que la première partie a posées.

De nouveau, nous sommes au terme de notre analyse, et toutes les parties de la société politique, toutes les pièces et relations, ont été parcourues. Que resle-t-il ? à poser les problèmes dans le temps, comme dans l’espace. Ainsi, partis de l’abstrait, nous touchons maintenant au réel : trois pas nous ont portés, le premier aux choses en soi, le second aux choses dans l’espace, le dernier aux choses dans le temps. Mais ces problèmes du temps sont les plus particuliers et les plus complexes ; et à vrai dire, l’étude des changements dans la durée, c’est Tliistoire. En un sens, l’Esprit des lois est une introduction à l’étude philosophique de l’histoire : la troisième partie du livre, si elle était complète, serait l’histoire universelle. Montesquieu ne pouvait avoir la prétention de mener à bien cette entreprise infinie; il a circonscrit son effort ; il a choisi trois questions, l’une de droit romain, les deux autres de droit barbare et féodal ; et là, appliquant tous les principes, toutes les vérités antérieurement démontrées, il a résolu le problème de l’évolution des lois qu’il examinait ; il a montré comment leur succession, leur transformation s’étaient opérées nécessairement, selon les règles qu’il avait posées.

A cette troisième partie devraient se rattacher les Considérations sur la grandeur et la décadence des Romains. On nous dit communément que c’est un fragment que Montesquieu a détaché du grand ouvrage qu’il préparait. Voici

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(logiquement) la place et Tattaclie du fragment. Montesquieu a considéré le problème des lois de Rome dans toute sa complexité : il a suivi sur un peuple particulier, en une région déterminée de l’étendue, dans une longue période de temps, les conséquences du principe d’une forme de gouvernement, le développement et l’altération de ce principe. C’est un admirable échantillon qu’il a donné de la manière dont sa méthode résout l’explication des faits historiques.

Dans toutes ces recherches, quels sont la part ou l’apport de l’expérience ? C’est par là surtout qu’on peut juger si Montesquieu suit réellement la méthode de Descartes. Qu’on relise l’Esprit des lois : on y verra aisément que pas une vérité n’y est établie sur l’expérience; on n’y trouvera pas une affirmation qui ne soit rattachée évidemment (avec plus ou moins de succès, peu importe) à des principes antérieurement démontrés. Il n’y a rien chez Montesquieu qui soit légitimé seulement par l’expérience, ou comme caractère commun ou constaté de plusieurs existences.

L’expérience lui fournit, d’abord, les figures qui illustrent ses démonstrations, et donnent ainsi à la raison le soutien de l’imagination, par une représentation sensible des objets idéaux. Dans ses deux premières parties, Montesquieu tire de l’histoire le môme secours que Descartes tirait de la géométrie, lorsqu’il se proposait « d’éclairer l’algèhre aux clartés de l’intuition géométrique », et donnait « une théorie générale de la résolution graphique des équations ‘ ». De là l’indifférence de Montesquieu aux oi’igines de ses exemples: Berne ou Rome, la Chine ou la Fi'ance, les sauvages de l’Amérique ou la Turquie, la république de Raguse ou l’Angleterre, tout lui est bon, puisqu’il ne s’agit que de figurer sensiblement les idées abstraites. Et de môme, il n’a pas besoin d’établir par une ci‘itique rigoureuse des textes l’authenticité des faits: ils e.xistent idéalement, dès qu’ils figurent exactement.

En second lieu, l’expérience lui sert de confirmation et comme de preuve. Les effets (ju’il a déduits se retrouvent dans la réalité : donc ils sont bien déduits. Les effets

i. Liartl, [i. (i2.

l’influp:nce de la philosophie cartésienne

contraires se sont produits en réalité là où les principes qu’il détermine n’ont pas été appliqués ; donc ces principes ont été bien déterminés ; c’est une sorte de preuve par l’absurde. Là encore nous voyons pourquoi Montesquieu ne s’enquiei t pas toujours rigoureusement de l’exactitude des faits : s’ils confirment sa déduction, s’ils s’accordent avec elle, il les tient aisément pour vrais.

Enfin l’expérience lui sert à poser des problèmes. Elle lui indique dans quel sens il faut conduire la déduction, qui peut idéalement se développer dans toute direction. Elle lui pose des buts vers lesquels il s’achemine de proposition en proposition. Elle lui suggère des difficultés, des questions obscures et compliquées, qu’il résoudra par les principes. Mais, toujours, dans le maniement de cette réalité il applique constamment le même procédé d’analyse. Le fait historique est l’inconnu ; il le traite comme connu, et, f analysant, il le réduit à une proposition déjà démontrée f Et là encore, dans cet emploi de la matière historique, nous saisissons la cause de l’indifférence de l’auteur à la critique historique.

Ainsi la science des faits politiques est organisée par Montesquieu exactement comme la science des phénomènes physiques par Descartes; l’ohservation a exactement la même place, le même emploi dans l’une et l’autre construction; toutes les deux se développent du simple au composé, ayant pour terme dernier les réalités particulières dont elles donnent l’explication, et qu’ elles font connaître comme les conséquences nécessaires de leurs principes.

Si nous regardons YEsprit des lois de ce point de vue, nous en comprenons à peu près tous les caractères, les singularités, les lacunes même et les faiblesses. Nous concevrons qu’il faut prendre à la lettre, comme une indication de méthode et non comme une fanfaronnade ou une illusion d’auteur, les déclarations que Montesquieu fait dans sa préface : « J’ai posé les principes, et j’ai vu les cas particuliers s’y plier comme d’eux-mêrnes, les histoires de chaque nation n’en être que les suites... Quand j ai découvert ces principes, tout ce que je cherchais est venu à moi. » Descartes n’eüt pas parlé autrement.

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