PUBLICS ET PRIVÉS
C’est la source la plus connue, la plus abondamment exploitée et utilisée. Les travaux sont innombrables, depuis les minces brochures jusqu’aux gros volumes, « l’Ancien théâtre en Poitou » de Clouzot, jusqu’aux quatre et cinq volumes de Bouteiller (Histoire des théâtres de
1. J’ai été heureux de constater, depuis que ceci a été communiqué à la « Société d’histoire moderne», que mon sentiment se rencontre avec le jugement plus autorisé de M. Cl. Perroud (Voir Lettres de Roland, t. II, p. 646-655, Appendice, les Académies).
ÉTUDES LITTÉRAIRES
Rouen) et de F'aber (le Théâtre français en Belgique). Il faudi'ail tirer de ces chi’oniques et de ces répertoires l’instruction qui souvent s’y cache. A côté des détails d’organisation matérielle, intéressants à un autre point de \ uepour l’histoire théâtrale, et des vicissitudes des Iroupes et des comédiens, où l’histoire des mœurs trouve son profit, il y a une connaissance qui sort de la composition et des variations des programmes, du succès ou de l’échec des œuvres, de la composition et de l’attitude du public.
i" L’histoire des collèges.
Toujours intéressante, elle est essentielle pour le xvi“ et le xviii* siècle. Au xvi® siècle, l’introduction et la difl'usion de l’esprit de la Renaissance se font en plus d’un endroit par les collèges, et leur histoire est aussi importante que celte de la littérature. Au xvm'’ siècle, la crise qui suit l’expulsion des Jésuites n’intéresse pas seulement l’histoire de ta pédagogie et de l’enseignement en France. Dans les mémoires qui s’écrivent, dans les essais qui se tentent, s’inscrivent une culture, des besoins intellectuels, des formes d’esprit et de croyance.
L’infiltration faible ou forte de la philosophie peut se mesurer en certains lieux par la façon dont on remplaça les Jésuites. Les travaux sont nombreux : dt' Xamheu sur le collège de Saintes, du P. de Rochemonteix sur le collège de la Flèche, de Boissonnade sur le collège d’Angoulônie, de Tranchau sur le lycée d’Orléans, de Yiausson sur le collège de Metz, de Delfour sur Pau lù Poitiers, de horneron et Thevenot sur broyés, de (lodard l't de Tueflérd sur Montbéliard, de. Deberri' dans le livre déjà cité, sur le collège des Godrans a Dijon : et que d’autres (mcore que je pourrais nomm(*r ! Mais il ariLe trop soinent que l’on s’arrête à l’iiistoire extérieure des bâtiments et des règlements, que l’on dresse di's listes de directeurs, de maîtres et d’élèves, le tout saupoudré de (|uel(jues anecdotes, sans nous taire [lénétrer dans la vie scolaire, sans nous découvrir assez l’esprit et l’effet de l’enseignement, l’orientation [irécise, intellectuelle et morale, des professeurs.
5” Les mémoires, journaux intimes, lettres, etc.
Là encore, rimprimé abonde. Mais il faut distinguer et se défier. Les «Mémoires », auxquels Taine a tant pris, expriment moins la réalité que f humeur ou f intérêt du rédacteur. On sait combien les gens qui prennent la plume après 20 ou 30 ans pour raconter ce quTls ont vu, ont de peine, même en f absence de préoccupations artistiques ou apologétiques, à ressaisir le passé qui s’est déroulé sous leurs yeux, et bouchent à force d’imagination les trous de leur mémoire, coordonnant, rectifiant, composant leurs souvenirs inconsciemment, afin de présenter une chose qui -se tienne, qui ait clarté et vraisemblance. Cependant avec un peu de tact, on extrait de ces mémoires des faits dont la mention involontaire et non travaillée a un caractère authentique. Dans les « Confessions » commentées et rectifiées par M. Mugnier, la vie littéraire d’Annecy et de Chambéry s’entr’ouvre à nos regards ; parles « Mémoires » de Marmontel, la vie des collèges de Mauriac, de Clermont et de Toulouse. Mais les journaux intimes, les lettres et tous les documents personnels rédigés au jour le jour, sont bien plus dignes de foi et plus instructifs que les « Mémoires » . Dans les lettres de M"® Phlipon, avant et après son mariage avec Roland, nous atteignons la vie intellectuelle d’Amiens, du Beaujolais ; nous suivons l’infiltration de Rousseau, de Buffon, de l’Encyclopédie jusque dans une médiocre bourgeoisie, au-dessous de laquelle il n’y a que le peuple. Il nous faudrait surtout beaucoup de journaux et de lettres de médiocres et d’inconnus, comme sont pour le xvi® et le XVII® siècle, ces journaux de Jean de Gfaufreteau (Bordeaux), des Leriche (Saint-Maixent), de Généreux (Partbenay), de Jean Burel, Etienne de Médicis, Antoine Jacmon (Le Puy), le chanoine Pierre le B’olmarié (Cliàlons), etc. 11 n’en manque pas pour le xviii® ; le journal du libraire Hardy, si curieux et qui, pour Paris, nous conduit audessous de la bonne compagnie ; les lettres de M'”® Butet, l’encyclopédiste amoureuse de Linguet C dont M. Brunetière