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Le mot <( leu » revient sans cesse dans le Discours

DISCOURS SUR LES PASSIONS DE l’ AMOUR 121

S ouvre de toute sa largeur aux passions, qui les appelle, qui les envie, qui en fait le but et Tétoffe de la vie. Mais c’est une âme qui ne rêve que les grandes passions, et le remuement qu’elles occasionnent ; il ne veut rien de médiocre et d’uni, ni dans le sentiment, ni dans l’action.

« La vie tumultueuse est agréable aux grands esprits. »

Il admire même « ceux de la Cour » pour « la vie de tempête » (|ui est la leur’.

C’est un homme qui accepte la nature, ses lois et ses instincts. 11 remarque les effets de l’amour-propre, ne s’en étonne pas, et s’en prévaut. 11 s’enchante de la félicité des passions; il en savoure même les inquiétudes : jamais il ne paraît en soupçonner la corruption. 11 ne songe qu’à en remplir la vie, et n’imagine pas qu’elle puisse être appliquée à une autre fin.

« Qu’une vie est heureuse quand elle commence par l’amour, et qu’elle finit par l’ambition. »

C’est un homme qui a l’orgueil de la raison, qui adhère à Descartes en métaphysique et en psychologie^ ; mais c’est un iiomme qui appelle raison l’abandon à la passion, la recherche du bonheur dans la passion.

« L’homme est né pour le plaisir, il le sent, il n’en faut point d’autre preuve. Il suit donc sa raison en se donnant au plaisir. »

L’emploi du sentiment est une méthode rationnelle, et c’est l’acte de la raison d’écouter la nature.

Enfin, c’est un liomme que le sentiment et la raison ont conduit à l’épicurisme, au sens où Montaigne est un épicurien.

Je ne sais pas si Pascal aimait quand il écrivait ces pages; je ne sais pas s’il a jamais aimé. Mais ce qui est bien plus intéressant que de dire les yeux qui l’ont pris (s’il y en a eu), c’est de savoir l’état de sa pensée et de son cœur, quand il se jetait dans le monde: cet état, nous le déchiffrons dans

1. Notez que les courtisans de Louis XIV ne vivent plus « la vie de tempête ». L’expression se comprenait au temps de la Fronde ou de Richelieu. Autre indice de la génération pour laquelle cet écrit a été tait, et de sa date approximative.

2. Pascal s’opposait à Descartes en physique, mais non on métaphysique et en psychologie.

ÉTUDES LITTÉRAIRES

le Discours. H n’aimait peut-être pas, mais il aimait à aimer> il admirait, il désirait la vie d’amour, et ses tempêtes; il ouvrait des yeux lins, des yeux avides sur la vie ; il ne pensait qu a la terre, au bonheur que la nature assigne et procure; il était rationaliste avec Descartes, voluptueux avec Montaigne.

Qu importe le détail anecdotique, le fait-divers de son existence? Nous l’ignorons, mais nous avons mieux. Par ce Discours sur les Passions de l’amour nous touchons du doigt les « horribles attaches », nous respirons la « senteur du bourbier » dont Jacqueline nous parle. De là son inestimable prix. Il est l’unique document qui nous ouvre le jour sur la vie intérieure de Pascal dans la période la plus obscure de son existence.

SUR UNE PAGE DE BOURDALOUE

Contribution a l’étude critique des origines DU texte de l’édition de Bretonneau ^

Le P. Griselle et, après lui, M. Castets, dans leurs remarquables études, ont posé et discuté la question du texte de Bourdaloue: les éditions clandestines et les copies manuscrites qui nous sont parvenues rendent très suspect le texte de Bretonneau ; on peut se demander s’il n’a pas édité Bourdaloue comme MM. de Port-Royal les Pensées de Pascal, et Déforis les Sermons de Bossuet.

Je voudrais apporter une petite contribution à cette recberche en examinant de près une page fameuse et très belle du sermon sur la Pensée de la mort. M. Griselle me fournit tous les éléments de mon étude.

Je prends dans la Revue Bourdaloue (n" 1, 1" janvier 1902, pp. 42-4S) le texte du manuscrit Pbélipeaux^; dans l’Histoire critique de la Prédication de Bourdaloue (t. I, p. 102), l’extrait du manuscrit Tournemeulle^ ; enfin, dans le même ouvrage (t. I, p. 181-182); le texte du manuscrit d’Abbeville Nous avons ainsi trois rédactions du développement dont l’édition Bretonneau nous fournit une quatrième forme. Les textes Phélipeaux et Tournemeulle font partie, comme celui de Bretonneau, d’un sermon sur la Pensée de la mort. Le texte d’Abbeville appartient à un quatrième point

t. Revue universitaire, 190 t. 2. p. 331-342.

2. Sur ce ms., cf. Revue Bourdaloue, n" 1, p. 17; et Griselle,

Histoire critique, p. xxxiii. ^ ,

3. Sur ce ms., cf. Revue Bourdaloue, n° 1, p. 17; et Griselle, Histoire critique, p. xxxiv. .

4. Sur ce ms., cf. Revue Bourdaloue, n“ 1, p. 17, et Griselle, Histoire critique, p. xxvii.

d'un sermon sur la Préparation à la mort: Bretonneau a supprimé ce quatrième point en publiant le reste du discours.

Nous allons comparer ces quatre textes: de leur rapprochement sortira peut-être quelque lumière.

Ms. Phélipeaux (Pli.).

(Sermon sur la Pensée de la mort.)

Nos passions sont vaines ; vous le venez de voir ; mais elles sont aussi sans bornes. Car quel ambitieux, aboyant après les grandeurs, est jamais content des honneurs où il est élevé? quel avare, idolâtre de son argent, est jamais satisfait des biens qu’il possède ?

Quel voluptueux, esclave de ses passions, se contente jamais des plaisirs dont il jouit ?

La nature, disait ingénieusement le grand et le docte Salvien, ne demande que le nécessaire, et l’amour-propre le commode et le délicieux ; l’intérêt, l’ulile et le profitable ; l’ambition, l’honnête et l’éclatant; mais la passion demande toujours le superflu. Quel remède à ceci? Quelle digue opposer à ce torrent impétueux (des) désirs immodérés de nos passions ?

Je vous l’ai déjà dit : c’est la pensée de la mort. Prenons l’avare le plus insatiable de richesses, l’ambitieux le plus avide d’honneurs et de dignités, le voluptueux le plus désireux des plaisirs.

Je n’ai qu’à leur dire à tous ; Memento, homo, quia pulvis es, pour arrêter le cours de leurs désirs.

Je n’ai qu’à dire à cet avare ce que Jésus-Christ dit dans l’Evangile : Veni et vide, venez et voyez.

Venez à ce sépulcre, considérez ce cadavre.

Ms. Tournemeülle (T).

(Fragment de sermon sur la Pensée de la mort.)

Pulvis es et in pulverem reverteris. C’est par le souvenir de la mort que vous détruisez les passions pour n’avoir plus ces désirs déréglez, cette passion enragée de se venger.

Il ne faut que vous inviter à venir à ce tombeau, veni et vide, venez et voiez le Lazare.

Venez, avares qui brûlez d’une cupidité enragée d’avoir du bien, qui estes endurcis et insensibles à

SUR UNE PAGE DE BOURDALOUE

(suite)

Ms. Phêupeaux (Ph).

(Sermon sur la Pensée de la mort.)

C’était un homme riche et opulent comme vous, qui avait un grand train comme vous ; quantité de terres comme vous ; il a eu la folie comme vous de vouloir laisser une famille grande et une postérité riche. Venez et voyez, veni et vide, et qu’est-ce que cet homme ? En est-il maintenant plus riche ? Son or et son argent l’ont-ils exempté de la pourriture?

Ses richesses l’ont-elles défendu contre les vers?

.le n’ai qu’à dire à cet ambitieux : veni et vide. Venez idolâtre de la grandeur, venez adorateur de la fortune, venez esclave de la faveur, et voyez, veni et vide. Ouvrez ce tombeau, tout superbe et magnifique qu’il est, qu’y remarquez-vous ? Ah, le dirai-je, chrétiens ? et votre délicatesse le pourra-t-elle souffrir ?

Vous y voyez un cadavre tout nu, tout décharné, tout rongé de de vers, tout plein d’ordure et de pourriture. Hé bien ! Qu’en pensez-vous ? C’était un homme, comme vous, élevé par ses charges, distingué comme vous par sa qualité, puissant par ses emplois, illustre par ses actions, grand par sa valeur, et encore plus grand par la beauté de son esprit, par la subtilité de son génie et par la sagesse admirable de sa conduite.

Voyez ce qu’il est maintenant.

Veni et vide. Que sont devenus

(suite)

Ms. Tournemeulle(T).

(Fragment de sermon sur la Pensée de la mort.)

la misère des pauvres, veni et vide, venez et considérez ce cadavre.

Voiez-vous cet homme qui était si riche, le voiez-vous bien ?

Voiez-vous la pauvreté où il est réduit. Où sont toutes les richesses qu’il a amassées avec tant de soin? il n’a plus qu’un suaire qui le couvre. Le voilà qui sera bientôt rongé des vers.

Veni et vide, venez et voiez cet homme qui était du grand monde, qui était idolâtre de la grandeur, qui avait l’ambition de s’élever par-dessus tout le monde, qui était rempli de jalousie, ne pouvant souffrir personne au-dessus de luy.

C’était un homme qui estoit considéré de tous les grands, qui estoit en passe d’estre tout.

Le voiez-vous où la mort l’a borné ?

ÉTUDES UITTÉRAIRES

(suite)

Ms. Phéijpeaux (Ph).

(Sermon sur la Pensée de la mort.)

tous ces avantages? Cette éloquence, ce grand esprit, cette valeur, ce grand génie, l’ont-ils défendu contre la mort ?

Je n’ai qu’à dire enfin à cette mondaine, à cette superbe, à cette femme sensuelle, à cette voluptueuse : « Venez. « Vous qui avez tant de soin de votre corps, vous qui le couvrez d’habits si superbes et si magnifiques, vous (qui) le couvrez en tant de manières, peutêtre que l’ouverture de ce tombeau offensera votre délicatesse ; mais il n’importe, veni et vide, il faut aux dépens de votre délicatesse vous apprendi'e à modérer les mouvements de vos passions.

Voyez-vous cette femme, ou plutôt ce cadavre, dans lequel on ne reconnait jias même le sexe, tant il est défiguré? Voyez-vous cette tête décharnée et ces dents dérangées, ces cheveux dispersés, ces joues enfoncées, ces vers qui fourmillent dans cette chair, les voyez-vous ? C’était une personne comme vous, belle et bien faite comme vous, de qualité et peutêtre encore meilleure que vous.

Ah ! chrétiens, encore un coup, quel est l’avare, quel est l’ambitieux, quel est le voluptueux et le sensuel qui n’arrêtera pas les désirs immodérés do sa passion, pour peu qu’il considère attentivement tout ce (lue je viens de dire ?

(suite)

Ms. Tournemeulle (T).

(Fragment de sermon sur la Pensée de la mort)

Je vous attends icy, mesdames.

Venez donc, voluptueux qui aviez tant de passion pour cette beauté, tant de complaisance pour cette femme dont l’entretien et la compagnie vous charmaient, venez à l’ouverture de ce tombeau, entrez là-dedans.

C’estait une personne bien faite. Elle estait jeune, spirituelle, belle, galante, veni et vide, voiezvous ces yeux enfoncés, voiezvous cette tête pourrie ? Voilà où se terminera cette beauté que vous idolâtrez.

Tant il est vray que la pensée de la mort rend nos passions vaines, les borne dans les sentiments qu’elles excitent et à l’égard de soy et à l’égard d’autruy.

SUR UNE PAGE DE BOURDALOUE

Ms. d’Abbeville (A).

{Sermou sur la Préparation à la mort.)

Ah ! Chi'étiens, la grande règle.

Et si vous voulez éviter les actions criminelles, charnelles, corrompues, scandaleuses et inutiles, ne cherchez point d’autre chose que cette règle. Ne vous attachez pas à d’autre pensée qu’à la pensée de la mort ;

et pour vous le montrer, souffrez que je vous dise de même que les juifs dirent au Fils de Dieu sur le tombeau de Lazare, veni et vide Seigneur, venez et voyez ; de même permettez-moi que je vous conduise jusqu’à un tombeau et

Ed. Bretonneau (B) {Sermon sur la Pensée de la mort.)

Non seulement nos passions sont vaines; mais quoique vaines, elles sont insatiables el sans bornes (I). Car quel ambitieux, entêté de sa fortune et des honneurs du monde, s’est jamais contenté de ce qu’il était (I)?

quel avare (I), dans la poursuite et dans la recherche des biens de la terre (1), a jamais dit: C’est assez? Quel voluptueux, esclave de ses sens a jamais mis de fin à ses plaisirs (I)?

La nature, dit ingénieusement Salvien, s’arrête au nécessaire ; la raison veut l’utile et l’honnête ; l’amour-propre, l’agréable et la délicieux ; mais la passion, le superflu et l’excessif (I). Or, ce superflu est infini ; mais cet infini, tout infini qu’il est, trouve, si nous voulons, ses limites et ses bornes dans le souvenir de la mort (II) comme il les trouvera malgré nous dans la mort même.

Car je n’ai qu’à (I) me servir aujourd’hui des paroles de l’Eglise : Memento, homo, quia pulvis es (I). Souvenez-vous, homme, que vous êtes poussière, et in pulverem reverteris (II), et que vous retournerez en poussière. Je n’ai qu’à (I) l’adresser, cet arrêt, à tout ce qu’il y a clans cet auditoire d’âmes passionnées, pour les obliger à n’avoir plus ces désirs (II) vastes et sans mesure qui les tourmentent toujours et qu’on ne remplit jamais.

Je n’ai qu’à (I) leur faire la même invitation (II) que firent les juifs (III) au Sauveur du monde, quand ils le prièrent d’approcher du tombeau de Lazare, et qu’ils lui dirent (III) ; Veni et vide ; venez et voyez (1. II, III).

ÉTUDES LITTÉRAIRES

(suite)

Ms. (I’Abbeville (A).

(Sermon sur la Préparatioii à la

mort.)

qu’en vous l'aisant voir un speclacle triste, émouvant, et en vous exposant le souvenir de la mort, permettez-moi de vous dire ces deux paroles, veni et vide, venez et voyez. Et je n’appréhende pas que ces paroles ne puissent vous guérir. Vous donc qui êtes possédés de la passion d’orgueil et d’ambition qui vous ôte tout senliment d’amour pour Dieu, vous que la dureté de cœur pour les pauvres rend insensibles et impitoyables à leur misère, veni et vide, venez et voyez. Vous qui êtes insatiables des cupidités de la terre et qui êtes engagés dans une restitution du bien d’autrui, veni et vide ; vous qui êtes infatués de l’amour d’une créature, et qui perd(ez) votre àme et votre fortune et votre honneur, veni et vide, venez et voyez. Car si vous comprenez bien ce que veulent dire ces deux paroles, voilà la source de tous les bons mouvements qui peuvent naître dans votre cœur. Et si vous ne le concevez pas, il faut que nous eu fassions encore la peinture. Quand le Fils de Dieu fut proche du tomlieau de Lazare, il dit : Tollite lapidem, ôtez celte pierre (pu couvre ce tombeau. Ah! dit saint Chrysostome, le giaind méd('cin qui guérit la corruption d’un corps mort et qui cluisse la pourriture du tombeau M...

...Venez ouvrir cet autre tombeau et voyez cet homme qui n’avait }ioint d’autre passion que son propre intérêt, et qui immo-

(suite)

Ed. Bretonneau (B) (Sermon sur la Pensée de la mort.)

Venez, avare (11): vous brûlez d’une insatiable cupidité (II) dont rien ne peut amortir l’ardeur, et parce que cette cupidité est insa-

I. lœ ms. d’Abbeville donne ici le morceau de la dame chrétienne, que J’ai rejolé plus loin pour la commodité do la comparaison.

SUR UNE PAGE DE BOURDALOUE

(suite)

Ms. d’ Abbeville (A).

(Sermon sur la Préparation à la mort.)

lait tout à son avarice, Tollite lapidem.

C’était un homme de fortune comme vous, c’était un homme de pouvoir et de crédit comme vous :

Tollite lapidem. Le voyez-vous.

Messieurs ?

Voyez-vous cette nudité horrible où le tombeau l’a réduit? Que sont devenus tant d’honneurs et de richesses qu’il a volés ?

Tollite lapidem. Venez, grands de la terre, venez, vous qui ne vous contentez pas d’être élevés dans ce rang d’honneur, et qui voudriez vous élever presque à la qualité de dieux. Venez et voyez.

C’était un seigneur de marque, c’était un grand homme de cour, et plus grand que vous.

(suite)

Ed. Bretonneau (B).

(Sermon sur la Pensée de la mort.)

tiable, elle vous fait commettre mille iniquités, elle vous endurcit aux misères des pauvres (II), elle vous jette dans un profond oubli de votre salut.

Considérez bien ce cadavre (I et II) : veni et vide, venez et voyez (I, II, III).

C’était un homme de fortune comme vous (III) ; en peu d’années, il s’est enrichi comme vous ; 11 a eu comme vous la folie de laisser après lui une maison opulente et des enfants avantageusement pourvus (I). Mais le voyez-vous maintenant (Il et III) ? voyez-vous la nudité (III), la pauvreté (II) où la mort l’a réduit (II et III) ?

Où sont ses revenus? Où sont ses richesses (II)? où sont ses meubles somptueux et magnifiques ? A-t-il quelque chose de plus que le dernier des hommes (I) ? Cinq pieds de terre et un suaire qui l’enveloppe (II), mais qui ne le garantira pas de la pourriture (I): rien davantage. Qu’est devenu tout le reste (III) ? Voilà de quoi borner votre avarice.

Veni et vide. Venez (I, II), homme du monde (II), idolâtre d’une fausse grandeur ; vous êtes possédé d’une ambition qui vous dévore (III, p. 128), et parce que cette ambition n’a point de terme, elle vous ôte tous les sentiments (III, p. 128) de la religion; elle vous occupe, elle vous enchante, elle vous enivre. Considérez ce sépulcre (I, p. 124) ; qu’y voyezvous (I) ?

C’était un seigneur de marque (III) comme vous (I), peut-être plus que vous (III); distingué par

ÉTUDES LITTÉRAIRES

(suite)

Ms. d Abbeville (A)

(Sermon sur la Préparation à la (mort).

Le reconnaissez-vous maintenant ? Voyez-vous jusqu’où le tombeau l’a pourri? Voyez-vous comme il a borné ses grands desseins et où toute sa grandeur est réduite Veni et vide.

Il semble que la mort ait enveloppé toute sa gloire dans la confusion et tous ses brillants dans les ténèbres. Et c’est pour cela qu'il est dans le tombeau, sans faire sortir ni un rayon ni un éclat de cette ancienne lumière, mais qu’il n’en sort qu’une pourriture et une puanteur qu’il répand sur tous ceux qui ont été les objets de son affection...

Tollite lapidem, levez, levez cette pierre, et détrompez-vous de ce que vous croyez être une dame chrétienne qui a été recherchée et lant flattée par (?) sa beauté, et qui a tant causé de scandale.

Eettc jeune personne qui a malheureusement aimé le monde plus que son Dieu, Tollite lapidem, levez cette pierre; la voyez-vous maintenant? La connaissez-vous ?

(suite)

Ed. Bretonneau (B).

(Sermon sur la Pensée de la mort.)

sa qualité comme vous (I) et en passe d’être toutes choses (II).

Mais le reconnaissez-vous (III) ?

Voyez-vous où la mort (II) l’a fait descendre ? Voyez-vous à quoi elle a borné ses grandes idées (III) ?

Voyez-vous comme elle s’est jouée de ses prétentions ? c’est de quoi régler les vôtres. Veni et vide (III).

Venez (I, II), femme mondaine (I), venez : vous avez pour votre personne des complaisances extrêmes (II) ; la passion qui vous domine est le soin de votre beauté (I et II) ; et parce que cette passion est démesurée, elle vous entretient dans une mollesse honteuse ; elle produit en vous des désirs criminels de plaire ; elle vous rend complice de mille péchés et de mille scandales (III).

Venez et voyez : c’était une (I) jeune (11) personne aussi bien que vous (I) ; elle était l’idole du monde comme vous, aussi spirituelle (II) que vous, aussi recherchée (III) et aussi adorée que vous. Mais la voyez-vous maintenant (III). Voyez-vous (I, II) ces yeux (II) éteints, ce visage hideux (II) et qui fait horreur?

SUR UNE PAGE DE BOURDALOUE

(suite)

Ms. d’ Abbeville (A)

(Sermon sur la Préparation à la mort)

Voyez comme le sein est tout fourmillant de vers. Veni et vide^.

...Tandis donc que vous ne mesurez les grandeurs du monde sur cette grande règle qui est la mort, elles vous paraissent grandes, mais approchez-les de la mort, et elles vous paraîtront incontinent ce qu’elles sont. Juges de la terre, mesurez toutes vos actions sur toute autre chose que la mort, elles vous paraîtront justes ; mais si vous les mesurez sur la grande règle de la mort, elles vous paraîtront injustes et indignes même de vous. Tout le reste vous trompe, messieurs ; il n’y a que le tombeau et la cendre qui ne déguisent point.

(suite)

Ed. Bretonneau (B).

(Sermon sur la Pensée de la mort.)

C’est de quoi réprimer cet amour infini de vous-même. Veni et vide (111).

Quelle interprétation faut-il donner aux concordances qui apparaissent dans le tableau précédent ? Deux hypothèses sont possibles :

D le texte imprimé représente une reprise oratoire du sujet, une quatrième version prêchée comme les trois autres par Bourdaloue ;

2" le texte imprimé est une combinaison des trois autres faite la plume à la main et précisément en vue de l’édition. Mais cette seconde hypothèse à son tour se subdivise : (a) ce travail de combinaison a été fait par Bourdaloue entre la date où il a pris un privilège et l’année de sa mort ; (ô) ce travail a été exécuté par Bretonneau.

Pour nous décider entre ces trois hypothèses, examinons les concordances. Entre les trois versions Ph (Phélipeaux),

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