Ce dernier morceau depuis lapidem est, comme je l’ai déjà
dit, dans le manuscrit avant le passage de l’avare : Bourdaloue commence ici par l’exemple de la mondaine.
T (Tournemeulle), A (Abbeville), il y a un écart qui n’est pas seulement celui qu’y ont pu introduire les copistes par des notations diversement incomplètes. Ce sont des reprises représentant évidemment (môme T par rapport à Ph) des prédications dill'érentes. Le fond est le même, mais à côté d’expressions communes que cette identité de fond explique, ebaque texte a des expressions marquantes qui manquent aux deux autres ; et ce n’est pas par des lacunes imputables aux copistes; car ces expressions marquantes ont souvent leurs équivalents différents dans l’un des deux autres textes ou dans tous les deux. Tout autre est le rapport du texte B (Bretonneau) aux trois manuscrits. La caractéristique de Bretonneau est de ramasser dans Pb, T et A toutes les expressions les plus marquantes (sauf une réserve que j’expliquerai tout à l’beure). La base de B est Pli ; mais on a inséré dans B ce qu’il y avait déplus saisissant dans T et A. Il est aisé de s’en rendre compte en étudiant le tableau que j’ai dressé.
Ainsi l’invitation à venir au tombeau de Lazare, inexacte dans Ph, étriquée dans T, s’étoffe dans A : c’est A qui dessinera le mouvement et dictera les expressions saillantes de B.
L’appel à l’avare, sec dans Pb, terne dans A, est vif effort dans T : la base du développement de B sera donc ici T.
La description de l’avare vivant sera une contamination de Ph et d A ; celle de l’avare au tombeau une contamination de Pb, T et A.
L appel à l’ambitieux sera un mélange de Ph et de T, mais, on remontant à un passage précédent dans A, on a recueilli deux traits qui ont renforcé l’accent.
L image de l’ambitieux en sa vie est faite dans B avec les trois textes manuscrits. La conclusion sur l’ambitieux mort mêle A et T.
L appel à la mondaine utilise Ph et A, mais surtout Iranstorme les traits qui, dans T, se dirigeaient à l’adresse ■du voluptueux : ce qu’il sent pour la femme devient dans B ce que la temme sent poui“ elle-même.
Lutin la description de la jeune personne, jadis si brillante, et aujourd’hui horrible à voir, rassemble les traits ilivers des trois textes.
SUR UNE PAGE DE BOURDALOUE
Il est permis de conclure que B, c’est-à-dire le texte de Bretonneau, est une mosaïque des trois autres textes. Cela tranche la question de savoir si nous sommes en présence d’une nouvelle prédication de Bourladoue. Il y a une complète et frappante opposition entre la manière dont Ph, T et A diffèrent entre eux, et celle dont ils concordent avec B. Ce travail de mosaïque ne dénonce pas un orateur qui reprend un thème faAmri ; c’est un travail de cabinet qui ne se fait bien que la plume à la main. Si c’est Bourdaloue qui l’a fait, il a dû le faire non, en vue de prêcher, mais en vue d’éditer, afin de ramasser tout le meilleur de ses diverses prédications.
Mais est-ce Bourdaloue qui a fait ce travail ?
Ici il nous faut faire une seconde constatation et expliquer la réserve que je faisais tout à l’heure. B rassemblet-il toutes les expressions saillantes des trois textes? Non, pas toutes. B recueille quelques expressions réalistes, mais il laisse tomber toutes les plus fortes et les plus crues r cadavre tout décharné, tout rongé de vers, tout plein d’ordure, tête décharnée, dents dérangées, vers qui fourmillent dans cette chair, tète pourrie, sein tout fourmillant de vers. La décomposition de la chair est rappelée dans B relativement à ce qui se trouve dans A, T et Ph, avec discrétion et timidité.
Est-ce Bourdaloue qui a opéré cette retouche ?
C’est possible. Il a pu concevoir que ce qui pouvait se dire n’était pas bon à écrire. Il a pu consulter des gens de goût et céder à leurs scrupules.
Mais combien ce double travail de mosaïque et d’épuration convient mieux à un éditeur ? comme tout s’explique plus simplement par les ciseaux et Je goût de Bretonneau !
Rappelons-nous ses déclarations ‘ qu’il a « tasché de suppléer » le P. Bourdaloue qui « n’avait guères eu le loisir de retoucher luy-même ses sermons et d’y mettre la dernière main » ; qu’il est parvenu enfin « par une assiduité assez constante au travail à faire paroistre un cours de sermons pour toute l’année ». Rappelons-nous les témoignages anciens : le Président Dugas disant tenir du P. Bourgeois