‹ Études d'histoire littéraireChapitre 42 sur 125 · Il une présompüon de raison en faveur des lois bizarres · texte numérisé non relu

Il une présompüon de raison en faveur des lois bizarres

{FenseeSy 1, 206): raison signifie ici utilité sociale.

3. On ne peut s’empêcher de sourire amèrement à la lumière des

événements de 1870 et de 1914, quand Montesquieu pousse le respect du tait jusqu a juger qu « en France, par un bonheur admirable, la capitale se trouve plus près des différentes frontières justement cà proportion do leur faiblesse ». j i

Montesquieu vendait pourtant son vin; mais vendre du vin, quand on en récolte, n’est pas commercer.

Les Considérations sur les Romains étaient une application de la méthode à un cas choisi, un essai de synthèse nh le jeu complexe des causes était suivi dans le temps, de la naissance à la dissolution de l’État.

Dans les Lois, l’analyse prévaut, et fait passer devant nos yeux les principaux ordres de causes et de rapports qui modifient les institutions et les expliquent. Elles dépendent d’abord de la nature du principe du gouvernement, despotique, monarchique ou républicain, mais en outre de tout un ensemble de causes physiques et morales qui déterminent chez une nation un « esprit général » auquel il est nécessaire que les lois s’adaptent.

Le climat domine parmi les causes physiques (XIV); et son action est irrésistible. Mais les causes ynorales ne sont pas moins impérieuses ; et elles limitent l’effet des premières, celui même du climat.

On a parfois hésité sur l’extension et sur la signification que Montesquieu donnait à sa théorie des climats ; et f on n’a pas toujours bien compris comment, l’ayant posée si forte, il pouvait soustraire quelque chose à cette influence. Sa pensée s’éclaire par un court chapitre qu’il faut aller chercher au livre de V Esprit général (%W, 4).

Plusieurs choses gouvernent les hommes ; le climat, la religion, les lois, les maximes de gouvernement, les exemples des choses passées, les mœurs, les manières ; d’où il se forme un esprit général qui en résulte.

A mesure que dans chaque nation une de ces causes agit avec plus de force, les autres lui cèdent d’autant. La nature et le climat dominent presque seuls sur les sauvages ; les manières gouvernent les Chinois; les lois tyrannisent le Japon; les mœurs donnèrent autrefois le ton dans Lacédémone ; les maximes de gouvernement et les mœurs anciennes le donnaient à Rome.

Ainsi le progrès de la civilisation donne peu à peu la prépondérance aux causes morales sur les causes physiques.

Mais ces causes morales, et l’esprit général qui en résulte, sont toujours des forces qui agissent avec continuité sur la collectivité h Elles enveloppent et emportent

i. C’est une erreur de croire qu’il suffise de remarquer les époques nu les passages où Montesquieu paraît donner la prépondéiance aux

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si bien Tindividu, elles semblent laisser si peu de place à son libre choix, au jeu de son esprit et à l’effort de sa volonté, que l’énergie individuelle paraît condamnée à l’impuissance.

Dans ces vastes drames que sont tes histoires des nations, les hommes, les grands hommes même, sont toujours plus agis agissants . Tls paraissent plutôt comme des résultantes que comme des causes. C’est visible dans les Considérations sur les Romains : César et Auguste viennent à point opérer le changement nécessaire ; il fallait qu’il fût opéré, et si le grand homme eût manqué, un médiocre, n’importe qui, eut fait tant mal que bien son rôleC

Dès sa jeunesse, Montesquieu apercevait cette loi de determination historique. A tout moment, chez un peuple, il y aune certaine allure générale des affaires qui emporte tout, une certaine pente sur laquelle les choses roulent forcement: ni la sottise ou l’incurie d’un gouvernement ne ruinent l’État, s’il doit prospérer, ni le génie d’un roi ou d’un ministre ne le sauve, s’il doit périr.

La plupart des effets arrivent par des voies si singulières ou dépendent de causes si imperceptibles et si éloignées qu’on nepeut guère les prévoir...

Rappelons-nous ce que nous avons vu dans la minorité d’un grand prince de l’Europe 2. On peut dire qu’il n’y eut jamais de gouvernement plus singulier, et que l’extraordinaire y a régné depuis le premier jour jusqu’au dernier; que quelqu’un qui aurait fait le contraire de ce qui a été fait, qui, au lieu de chaque résolution prise, aurait pris la résolution contraire, n’aurait pas laissé de finir sa régence aussi heureusement que celle-là a fini ; que si, tour à tour, cinquante autres princes avaient pris le gouvernement et s étaient conduits chacun à leur mode, ils auraient de même fini cette régence heureusement ; et que les esprits, les choses, les situations, les intérêts respectifs étaient dans un tel état, que cet effet en devait résulter, quelque cause quelque puissance qui agît... ’

-.T” ^ ^ ' échappe au déterminisme, au

« natciidlisme » historique. Si les « causes morales » existent nécessairemenl cl agissent nécessairement, qii’a-t-on gagné?

se l^orneille, les révolutions nécessaires,

se contentent d un La Chaussée.

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