ET LA NAISSANCE DES MORALES RATIONNELLES DE 1680 A
LTine des idées les plus communément acceptées lorsque l’on parle du xviii" siècle français, c’est qu’il a construit a priori une philosophie abstraite, qu’il a formé des concepts généraux de l’homme, de l’égalité, de la justice, de la raison, d’où il a déduit la morale et la politiifue, sans regarder les réalités ni consulter l’expérience.
Taine et Cournot sont d’accord pour marquer ainsi la caractéristique et l’erreur essentielles du xviiF siècle :
« Prenons l’homme en soi, le même dans toutes les conditions, dans toutes les situations, dans tous les pays, dans tous les siècles, et cherchons le genre d’association qui lui convient. Le problème ainsi posé, tout le reste suit. Conformément aux habitudes de l’esprit classique et aux préceptes de l’idéologie régnante, on construit la politique sur le modèle des mathématiques h »
« La grande erreur du xviii® siècle, et qui a eu de si graves conséquences, a consisté à prétendre faire de la politique avec la raison pure, avec la logiqueh.. »
Qu’il y ait dans cette idée une part de vérité, je ne le conteste pas. Mais sous la forme absolue qu’on lui donne, je la crois tausse. Elle procède d’une simplification à
t. Revue du Mois, 10 janvier - 10 avril 1910, p. 4-28, et 409-429.