liecLieil de divers écrits, p. par Saint-Hyacinthe
l’expérience dans la formation de la philosophie 181
Les honnêtes gens, qui « savent toujours ce qu’ils font », sauront régler leurs inclinations et « goûter le plaisir par l’esprit et avec réflexion... Et c’est ce goût de l’esprit, c’est cette réflexion qui distingue la volupté de la débauche... La débauche n’est autre chose qu’un emportement qui vient tout entier des sens ‘ ».
Il n’est pas difficile d’apercevoir que cette distinction n’est pas déduite a priori : elle n’est que l’observation fine d’un Français habitué à l’analyse, sur sa pratique et sur celle du monde où il vit. La volupté, c’est le plaisir pénétré d’intelligence : la sensation pure est brutalité, mais la conscience de la sensation est délicatesse. de Lambert, un peu plus tard, disait la même chose du plaisir de l’amitié : « Rien n’est si doux qu’une sensible amitié », c’est-à-dire que, non pas d’aimer, mais de se sentir aimer. Tout le xvnû siècle, jusqu’à Rousseau, donnera raison à Rémond le Grec et à M"’" de Lambert.
Fontenelle écrit vers 1700 son exquis traité Du Bonheur qui ne parut qu’en 1724. Il y définit avec sa finesse ordinaire le bonheur et les conditions du bonheur. Le bonheur est un état où le changement n’est pas désirable ; les conditions du bonheur ne sont pas toutes en nous, ni toutes hors de nous. Nous pouvons quelque chose pour nous. R faut analyser les maux, dissoudre ainsi les maux imagiginaires, atténuer les maux réels par l’élimination des circonstances imaginaires. Nous pouvons ne pas céder à ce goût de la douleur si réel et si fort dans riiomme. Nous ne mépriserons pas les petits plaisirs ; nous choisirons les plaisirs les plus sûrs, faciles et durables. Nous nous souviendrons que la vivacité est exclusive de la durée, et nous aimerons les plaisirs doux. Nous tâcherons de ménager toutes choses pour en tirer les plaisirs et laisser les maux : opération délicate qui demande un bon naturel et « tout l’art de la philosophie ».
« Quels seront les objets extérieurs auxquels nous laisserons des droits sur nous ? Ceux dont il y aura plus à espérer qu’à craindre. Il n’est question que de calculer, et la sagesse doit toujours avoir les jetons à la main. Combien