‹ Études d'histoire littéraireChapitre 58 sur 125 · Dialogue des morts ; Socrate et Alcibiade · texte numérisé non relu

Dialogue des morts ; Socrate et Alcibiade

^. L Examen de conscience pour un roi parut seulement en 1734: les Flans de (jouvernement en 1808.

l’eXPÉRIEjSCE dans la formation de la philosophie 195

plus libéral, plus « philosophe », quand on ne voyait que ses maximes générales, et ses sentiments.

D’ailleurs, pour tous les hommes de cette période, pour Boulainvilliers comme pour Fénelon, ce serait une erreur de les juger sur le caractère rétrograde de beaucoup de leurs idées. Les hommes n’imaginent qu’avec leur mémoire, et les images du passé sont souvent nécessaires pour donner une forme concrète aux rêves de 1 avenir. Le progrès peut se présenter sous une apparence de réaction ; l’esprit, tout de même, est libéral. L’essentiel, par où il faut juger la doctrine, c’est la volonté de reforme, et le sentiment qui fait vouloir une réforme.

On pourrait penser que Fénelon, un bel esprit chimérique, un utopiste mystique à la fois et rationaliste, n’est pas l’écrivain qu’il faut considérer pour diminuer la part de Va priori, de l’idéal abstrait dans la formation des doctrines politiques du xviiù siècle. Mais voyons qui marche à côté de lui dans le même sens. C’est Boisguillebert, lieute nant-général au bailliage de Rouen j c est le maréchal de Vauban ; c’est le comte de Boulainvilliers. Voilà des espritstrès différents entre eux, et très différents de Fénelon. Qu’y a-t-il de commun à tous ces gens-là, qui les meuve à peu près en même temps à concevoir des plans de réformes ?

L’un, Boisguillebert, a vu dans sa province l’état du peuple • Vauban, en courant d’un bout à l’autre du royaume pour ses travaux de fortification, l’a vu dans vingt provinces ; Fénelon et Boulainvilliers ont connu les documentsauthentiques qui découvraient la misère du peuple et ses causes : par exemple, les Mémoires rédigés par les intendants pour l’éducation du duc de Bourgogne. Tous ont connu ou par leurs yeux ou par des témoignages irré¬

cusables — les faits qui rendaient un changement nécessaire dans le gouvernement de la France.

Aussi n’est-ce pas chez des écrivains de rang médiocre, chez de petits bourgeois n’ayant que leur raison et leur imagination pour guides, c’est chez des administrateurs ou des grands seigneurs bien informés que s ébauché la politique réformatrice. Joignez à ceux que j’ai nommes ce M. de Fougerolle qui présentait en 1711 un mémoire publie plus tard par Boulainvilliers; joignez-y 1 abbe Llaude

ÉTUDES LITTÉRAIRES

Fleury, sous-précepteur du duc de Bourgogne, l’abbé de Saint-Pierre, aumônier de la duchesse d’Orléans ; joignez-y le duc de Saint-Simon, ami de Pontcbartrain et de Torcy: vous trouverez toujours que dans cette première période, tous les réformateurs, hardis ou timides, réactionnaires ou libéraux, utopistes ou pratiques, sont des gens qui ont su l’état du royaume.

Le moteur de tous les projets a été la douleur de la ruine publique, fondé, sur la connaissance précise de cette ruine.

Écoutez comment parle Vauban, si bon sujet et si respectueux qu’il veuille être :

« Je ne suis ni lettré, ni homme de finance, et j’aurais mauvaise grâce de chercher de la gloire et des avantages pour des choses qui ne sont pas de ma profession. Mais je suis Français, très affectionné à ma patrie, et très reconnaissant des grâces et des bontés avec lesquelles il a plu au Roy de me distinguer depuis si longtemps... C’est donc cet esprit de devoir et de reconnaissance qui m’anime, et me donne une attention très vive pour tout ce qui peut avoir rapport A luy et au bien de son État...

« Les causes de la misère des peuples de cet Etat sont assez connues ; je ne laisse pas néanmoins de représenter en gros les principales ; mais il importe beaucoup de chercher un moyen solide qui arrête ce désordre pendant que nous jouissons d une paix dont les apparences nous promettent une longue durée b

^ «... Si de 1 heure que j’écris ceci, il plaisait à Sa Majesté d envoyer nombre de gens bien affidés dans les provinces poui en faire une visite exacte jusqu’aux coins les plus leculés et les moins fréquentés avec ordre de lui en rendre ■compte sans déguisement, Sa Majesté serait très surprise d a,pprendre que, hors le 1er et le feu qui. Dieu merci, n’ont point encore été employés aux contraintes de ses peuples,

I 11 y a rien qu on ne mette en usage, et que tous les

pays qui conqiosent ce royaume sont universellement ruinés^. »

Voilà le lait certain constaté, qui lui fait un devoir de

1. Dîme royale, {)réface. Vaui)an écrit ^aierre de la succession d’tspaffnc.

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