‹ Études d'histoire littéraireChapitre 59 sur 125 · Ibid., II, 5; éd. G. Michel, p · texte numérisé non relu

Ibid., II, 5; éd. G. Michel, p

entre la paix de Ryswick et la

l’expérience dans la formation de la philosophie 197

parler au roi, et puis de laisser venir au public ce qu’il a dit en vain au roi.

« Je me sens encore obligé d'honneur et de conscience de représenter à Sa Majesté, qu’il m’a paru que, de tout temps, on n’avait pas eu assez d’égard en France pour le menu peuple, et qu’on en avait fait trop peu de cas ; aussi c’est la partie la plus ruinée et la plus malheureuse du royaume ; c’est elle, cependant qui est la plus considérable par son nombre et par les services réels et effectifs qu’elle lui rend... »

Puis, après une page atteignant à l’éloquence, il conclut:

« Voilà en quoi consiste cette partie du peuple, si utile et si méprisée, qui a tant souffert et qui soulfre tant à l’heure que j’écris ceci \ »

Fénelon, dans sa Lettre anonyme à Louis XIV, Boisguillebert dans son Bétail de la France (1695) et son Factum (1707), Boulainvilliers lorsqu’il prépare son État de la France qui ne paraîtra (1727) qu’ après sa mort, tous pensent comme Vauban, en citoyens, en patriotes (deux mots qui commencent à se répandre) ; leur conscience ne peut se désintéresser des maux publics ; ils se sentent une obligation d’en rechercher les remèdes et de les faire connaître, s’ils croient les avoir trouvés

Tous sont excités à poser la question des responsabilités. Les uns, sincèrement ou par prudence, — Boulainvilliers, Vauban, Boisguillebert — s’arrêtent aux commis, aux traitants, aux intendants, aux ministres ; d’autres qui ne dénoncent pas moins vigoureusement les agents et représentants du pouvoir royal — Fénelon, Saint-Simon, l’abbé de Saint-Pierre — vont jusqu’au roi. Et une partie considérable de l’opinion est déjà avec eux.

La politique française, depuis 1661, avait été la politique du roi. On savait qu’il avait voulu gouverner par lui-même. On croyait qu’il l’avait fait, plus encore que ne le peuvent

'1. Dîme royale, préface, p. 15. — « ... le peuple, la plus nombreuse, la plus utile et même la plus vertueuse partie des hommes... » Voltaire, Lettrés philosophiques, IX.

2. « Mes idées sur le bien public, sur l’engagement dans lequel naissent tous les particuliers d’y contribuer de toutes leurs forces et sur l’amour presque surnaturel qu’ils doivent à leur patrie... » (Boulainvilliers, État de la France).

ÉTUDES LITTÉRAIRES

croire les historiens d’aujourd’hui. La gloire des succès avait été au roi : les revers aussi furent siens. La responsabilité des ruines et des misères monta jusqu’à lui. Un fort mouvement se dessina contre le despotisme dont Louis XIV semblait l’incarnation, et il alla grossissant jusqu’en 1715. Dans ce Ilot d’hostilité et de haine se mêlaient les regrets et les rancunes des privilégiés que ce « gouvernement de vile bourgeoisie » avait voulu niveler, et les colères patriotiques contre le pouvoir arbitraire qui avait ruiné la France.

Tous les plans de réformes se branchent, si je puis dire, sur ces deux sentiments.

L’opposition au despotisme ne résulte pas d’une méditation spéculative sur les droits de l’homme, mais c’est la violation répétée de ces droits qui oblige à les concevoir.

Ce sont les guerres de Louis XIV qui obligent Fénelon à demander si le roi a un droit illimité de lever des taxes et de dépenser le sang de ses sujets, et à poser des principes sur ces deux questions.

« Le bien des peuples ne doit être employé qu’à la vraie utilité des peuples mêmes.

« Il est vrai que les peuples se doivent à la défense de l’État ; mais ce n’est que dans les guerres justes et absolument nécessaires (entendez défensives. »

Donc, ce n’est pas à la nation à payer les guerres de conquête, et les sujets ne doivent le service militaire que pour la défense de la patrie.

Cela veut dire que le mot : l’État, c est moi, n’est plus vrai ; que le roi est distinct de l’État, et doit préférer les intérêts de l’État aux siens. Cette distinction est si réellement imposée par les faits, que de tous côtés on arrive à la faire.

Boisguillebert écrivait avec colère ;

« Dans les moyens qu’on emploie pour faire trouver de l’argent au roi, on considère la France à l’égard du prince comme un pays ennemi »

Mais un ministre de Louis XIV, l’honnête Chamillart, laissait échapper le même aveu dans une lettre du 1" juin 1700

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