Examen de conscience pour un roi, art. 4, § 18 et
2. Détail de la France, III. 7. Collectioii des Économistes, t. I, p. 327 (F. Alcan).
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au premier président de Harlay ; il n’y a que la différence du ton :
« J’ai été dans un si grand accablement depuis quelque temps qu’il ne m’a pas été possible penser à rien par rapport au bien public, mais seulement d. procurer quelques secours au roi par une légère saignée sur les gens d’affaires ‘ .»
Les mêmes faits qui imposent cette distinction, obligent à chercher des garanties qui empêchent le roi de sacrifier la nation à lui-même, comme on voit que Louis XIV a fait trop souvent. Il entre si peu à’ a priori dans cette recherche que. si vous mettez à part les protestants réfugiés en Hollande et en Angleterre dont les nouvelles doctrines sont d’ailleurs trop hardies pour faire impression sur la France catholique, on ne trouve encore de contrepoids positif au despotisme que dans une restauration des institutions du passé, des privilèges que la monarchie absolue avait abolis ou affaiblis. Et chacun fait son plan selon son rang. Le duc de Saint-Simon et le comte de Boulainvilliers rêvent d’une réaction nobiliaire; Fénelon, grand seigneur et archevêque, renforce la noblesse et le clergé. Saint-Simon, Boulainvilliers, d’autres encore songent à rétablir ou organiser les États généraux, les États provinciaux. Tout ce qui tient à la robe veut que le Parlement représente la nation, et l’encourage à reprendre, à étendre son ancien droit de remontrances.
En fait, ce sont les Parlements seuls ^ qui jusqu’en 1789 mettront parfois une barrière aux volontés despotiques de la royauté; et cela parce que seuls ils étaient en 171 S un pouvoir réel, un pouvoir vivant. Encore faudra-t-il que le moteur du fanatisme religieux mette ces grands corps en action. Leur opposition doctrinale à l’absolutisme procédera toujours de l’esprit de corps ou de l’esprit janséniste.
Bayle et d’autres protestants avaient défendu la tolérance. Bayle avait posé les bases rationnelles de la liberté de conscience. La France catholique ne les avait guère écoutés. Elle ne s’était guère émue de la Révocation qu’elle n’avait
1. Depping, Correspondance administrative, t. III, p. 319. d. Soutenus par l’opinion publique.
ÉTUDES LITTÉRAIRES
pas désirée. Elle taxait de fanatiques les protestants qui s’obstinaient à se laisser dragonner, ruiner, exiler, pour quelques formules et quelques cérémonies : cela ne lui paraissait pas matière à martyre, raisonnablement. Et puis on croyait que la pluralité des religions était un danger pour un État : on se souvenait des guerres civiles. Mais dix ans, quinze ans, vingt ans s’écoulent. On s’aperçoit que l’opération a été désastreuse pour le royaume. On voit le commerce et la marine atteints. On n’a même pas la paix intérieure par l’unité, puisque les Cévennes sont en révolte. Déjà Pontcbartrain lui-même avait fait négocier par l’envoyé français en Suisse le retour des négociants protestants. Vauban adresse un Mémoire à M™" de Maintenon sur les mauvais effets de la Révocation. Son esprit est tout pratique : émigration des sujets, pertes du commerce et de l’industrie, diminution des effectifs de l’armée et de la flotte, etc., voilà ce qui l’émeut, et ce qui l’induit à réfléchir. Et, comme il est raisonnable, comme il parle à des esprits raisonnables, il découvre et il note que toutes ces ruines sont la conséquence d’une erreur : les rois ont tort de croire qu’ils aient le droit d’imposer leurs opinions à leurs sujets. Le fondement rationnel de la tolérance est trouvé, mais après que les effets ruineux de l’intolérance ont été constatés.
Le principe de l’égalité se dégage aussi, mais d’où ? Delà considération de l’inégale et oppressive répartition des tailles. L’égalité qu’on rêve d’abord, et pour laquelle toutes les autres seront peu à peu réclamées, c’est l’égalité devant l’impôt, dans la proportion des charges aux moyens. Toute la doctrine sort de l’observation souvent réitérée que les plus riches sont ceux qui paient le moins. Boisguillebert Fougerolle, l’abbé de Saint-Pierre réclament la taille proportionnelle. Il faut que « les riches paient comme riches et les pauvres comme pauvres - ».
Fougerolle s’exprime presque avec violence :
« L’imposition arbitraire de la taille cause des maux infinis. La taille réelle en cause véritablement beaucoup ; mais ils sont moindres sans comparaison et, par conséquent, plus
Détail de la France, éd. Guillaumin, Alcan, II, ii, p. 172 2, Ibid., p. 209.
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supportables; ce qui fait qu’en comparant les effets de l’une et de l’autre, on désire généralement que le ministre se détermine à établir partout une taille qui fût réglée sur la proportion de la valeur des fonds, et non sur l’opinion des facultés du contribuable. Jamais il n’y a eu d’État où l’on n’ait envisagé l’égalité dans la distribution des impôts ; et il n’est aucun exemple de gouvernement qui ait établi le pouvoir arbitraire jusqu’au point de réduire tous les peuples qui lui sont soumis à la condition d’une ville emportée de force, en laquelle le vainqueur exige de chaque citoyen ce qui lui plaît »
La proportion dans la taille, voilà la justice; et voilà aussi l’intérêt public ; car l’impôt ne rendra que s’il est mis sur ceux qui ont l’argent. Colbert et ses intendants 1 avaient bien compris. Mais l’argent, où y en aura-t-il plus que dans les deux ordres qui échappent à la taille, noblesse et clergé ? Peut-on soulager le peuple et rétablir les finances sans les faire payer? Et Vauban lait le projet de sa Dime Royale qui sera payée par tous, sans aucun privilège, selon leurs revenus.
Toutes les doctrines de franchise économique, de liberté du commerce national ou international, toutes les oppositions à la réglementation ou à la protection excessives, aux douanes intérieures, taxes de circulation, prohibitions d’entrée ou de sortie, apparaissent également comme la suite de l’expérience, comme des idées suggérées par les abus et les plaintes dont on a connaissance. Alors on invoque la raison et la nature, les négociants tout les premiers ; et ils ne croient pas faire de Va 'priori ni spéculer pour V homme en soi.
C’est l’observation aussi qui réhabilite le travail : « On ne peut, dit Boulainvilliers, acquérir de richesses légitimes que par les arts (l’industrie), l’agriculture et le commerce ^ .» Hors de là, il n’y a que le brigandage et la finance. C’est vrai des États comme des particuliers.
C’est encore, l’observation qui conduit à proposer « l’entretien des chemins, des ponts et autres ouvrages publics »,