‹ Études d'histoire littéraireChapitre 71 sur 125 · Monurnens remplace ouvrages (dans la 3® rédaction · texte numérisé non relu

Monurnens remplace ouvrages (dans la 3® rédaction

3. (Sur un autre feuillet) Hélas ! le temps qui détruit jusqu’aux monuments des empires, semble avoir conservé dans ces déserts ceux de l’amitié !

Visiblement aussi Bernardin n’est pas de ces génies heureux qui ont le beau français à leur disposition et comme naturel, chez qui il coule comme de source. Voyez les notes de Racine aux marges de ses livres : l’abréviation, l’incorrection]n’y détruisent ni la propriété, ni l’élégance, ni l’aisance de l’expression. Le premier jet chez Bernardin est trouble, embarrassé, cahoteux ; les mots impropres, les phrases inélégantes ou lourdes ne sont pas rares. 11 écrira d’abord, en parlant des deux mères :

Cette amitié qui faisoit le charme de leur vie, se répandoit sur les fruits mutuels de leur amour.

t. Ed. Flammarion, p. 30. Ed. 1788, p. 12. — Les italiques, là où j’en mets n’ont pour objet que de faciliter la dislinclion du texte de Bernardin de Saint-Pierre et du commentaire critique. Quand celte distinction se lait sans effort et sans risque d’erreur, je laisse le caractère romain.

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Ainsi croissoient ces deux enfants, objets mutuels de leur amitié.

Mutuels est d’une impropriété barbare.

11 a aussi un certain manque de délicatesse sentimentale. 11 disait de ces enfants qu’ils sont pour leurs mères le « reste des mêmes plaisirs ». A force de réhabiliter la nature et les fonctions naturelles, à force de considérer avec un respect attendri l’amour conjugal et la maternité, on arrivait aisément à la fin du xvnU siècle à des insistances un peu grossières. La réflexion biffa ces objets ou fruits mutuels, et ce reste des plaisirs.

Naturellement aussi, Bernardin n’a pas beaucoup de goût ou de finesse. 11 est plat quand il veut s’élever, et niais quand il veut penser. 11 lui en restera toujours quelque chose ; mais dans son premier jet, c’est plus gros et plus apparent.

O gens barbares, s’exclamait-il, qui joignés la perfidie à la dureté, et qui, voulant vous décharger sur d’autres du soin d’obliger, pour justifier votre indifférence, ne craignés pas de calomnier votre protégée, faut-il la recommander pour l’avilir?

C’est emphatique, diffus, entortillé: après retouche, on aura ‘ : « Afin de jusfifier auprès du gouverneur sa dureté pour sa nièce, en feignant de la plaindre, elle (la tante de France) l’avait calomniée. »

Après l’ouragan, Virginie dit à Paul :

Vous m’aviés donné des oiseaux, l’ouragan les a tués. Vous aviés planté ce jardin, il est'^ détruit. Mon frère, tout périt sur la terre. Il n’y a que le ciel qui ne change point.

Cette édifiante réflexion a passé dans l’imprimé ^ Mais Virginie ajoufait d’abord :

Après un si grand vent, pas une étoille n’est tombée.

Bernardin s’est repenti de cette sottise.

A la fin de la première partie, le narrateur supposé s’in-

t . Ed. 1788, J). 27. Ed. Flammarion, p. 42.

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