‹ Etudes d'histoire militaireChapitre 12 sur 25 · TOME II · texte numérisé non relu

TOME II

Celui-ci, décidé à la défensive, au moins jusqu'à ce que Pappenheim l'eût rejoint, fit prendre à son armée l'ordre de bataille suivant :

A l'aile droite 4 escadrons de chevau-légers hongrois et croates, ayant à leur gauche un bataillon d'infanterie de 16 compagnies, puis 6 escadrons de dragons, deux compagnies de mousquetaires et 6 escadrons de cuirassiers. Derrière cette aile se placèrent en réserve 4 escadrons de chevaulégers croates.

Le centre fut formé par une brigade à l'espagnole de quatre forts bataillons échelonnés sur trois lignes, le bataillon de tête comptant 25 compagnies, celui de queue 22 et chacun des deux autres 16.

La gauche comprit 8 escadrons de cuirassiers , ayant à leur gauche huit escadrons de chevau-légers croates et polonais et en réserve 10 escadrons de dragons.

Des groupes de mousquetaires se postèrent en avant et sur le flanc. Une batterie de sept pièces de gros calibre fut établie derrière le front du centre, une autre de 14 pièces de campagne sur les hauteurs des moulins à vent, et une dizaine de pièces sur les pentes du Galgenberg. Les caissons avec les bagages formèrent une dernière ligne.

L'effectif total montait à environ 20 mille hommes, dont 6 mille cavaliers, 11 mille fantassins, 2 mille mousquetaires et quelques centaines d'artilleurs avec 40 canons, la plupart de fort calibre. En outre un millier de charretiers et de valets furent mis à cheval et étendus sur la gauche et en réserve pour y simuler le corps de Pappenheim dont l'arrivée fut annoncée prématurément pour mieux imposer aux Suédois. GoUorédo eut le commandement de la droite, Holk celui de la gauche, Isolani celui des avant-postes; Wallenstein garda plus spécialement celui du centre d'où il pouvait diriger aisément le tout.

Quant à Tarmée suédoise elle prit son ordre habituel comme suit :

A Taile droite en première ligne six escadrons de cavalerie et autant en seconde ligne, avec des pelotons de mousquetaires d'une centaine d'hommes dans les intervalles.

Au centre quatre brigades d'infanterie en première et autant en seconde ligne; derrière la seconde ligne deux escadrons de cavalerie.

A l'aile gauche six escadrons de cavalerie à chaque ligne, avec pelotons de mousquetaires dans les intervalles.

Avec chaque brigade de première ligne cinq pièces de fort calibre et sur chaque aile de cavalerie 20 pièces légères.

L'effectif total montait aussi à environ 20 mille hommes, de sorte que les forces des deux armées étaient à peu près égales, mais.avec un peu plus de cavalerie et surtout d'artillerie de campagne du côté des Suédois. Le centre de la première ligne de ceux-ci fut aux ordres du comte de Brahe, celui de la deuxième ligne sous Kniphausen, la gauche sous Bernard de Weimar, et le roi garda la droite comme toujours, avec Horn pour second.

De bon matin, le 16 novembre, Gustave mit son armée en mouvement et la fit former en bon ordre en avant de Hilperitz. Là le service divin eut lieu avec un surcroît de solennité et de recueillement. Le roi prononça la prière à haute voix, après quoi lui et les troupes se prosternèrent à terre; en se relevant, ils entonnèrent un formidable chœur religieux(*) accompagné de toutes les musiques, de l'effet le plus imposant. Quelques paroles simples et énergiques prononcées par le roi aux divers corps, en parcourant les rangs, achevèrent d'électriser et d'illuminer les âmes. Malheureusement le ciel ne se montra pas à l'unisson ; un épais brouil-

(1) Le psaume de Luther : Eine feate Burg ist unaer Gott.

lard vint couvrir toute la contrée et ne permit pas d'utiliser sur-le-champ la sainte ardeur des soldats. Il fallut attendre d*y voir clair et jusque-là ne marcher que lentement et à tâtons.

Vers onze heures , une éclaircie s'étant produite, l'armée suédoise se porta plus vivement en avant ; elle refoula les tirailleurs impériaux embusqués vers les ruisseaux, et franchit ces obstacles surtout par le pont de Chursitz. Sa droite s'établit vers le bois de Schkœlsiger, sa gauche aux abords de la ville de Lutzen, que CoUorédo, en se repliant, incendia pour se couvrir de ce côté. A ce moment les Suédois arrivèrent sous le feu de Tartillerie de la colline des moulins à vent et du fossé de la grande route, et ils durent s'arrêter pour laisser à leur artillerie le temps de se mettre aussi en position. Plusieurs batteries furent installées sur des terrains favorables, une entr'autres au bois de Schkœlsiger, qui rendit les meilleurs services à toute la droite suédoise.

Au bruit d'une vive canonnade Gustave fit avancer sa première ligne en échelons par la droite. Sa première brigade, toute de vétérans suédois, prit sa direction sur les canons impériaux du centre, et, malgré les tirailleurs du fossé, elle réussit à s'emparer de la batterie, qui fut aussitôt tournée contre ses propres troupes. La seconde brigade suédoise, formée par la garde ou les jaunes, s'avança sur les traces de la première contre l'infanterie de Wallenstein qui, de son côté, se portait aussi en avant. Un vif engagement eut alors lieu, auquel vint participer de part et d'autre le reste de l'infanterie de la première ligne du centre. La cavalerie de Piccolomini ayant efficacement chargé la troisième brigade suédoise, Winkel, puis la deuxième, les assaillants durent céder le terrain ; ils perdirent la batterie conquise et furent rejetés au-delà du fossé et de la grande route, où ils se rallièrent sous la protection de leur artillerie

qui, à son tour, arrêta et refoula les masses impériales. Sur ce point la bataille ne se continua, pour quelque temps, que par une reprise active de la canonnade et des feux de tirailleurs.

A leur droite les Suédois avaient été plus heureux. Les cuirassiers smalandais, le roi à leur tête, franchirent hardiment la route, suivis par le reste de la cavalerie de première ligne ; ils culbutèrent les Croates^d'Isolani et quelques escadrons de dragons et de cuirassiers, et entamèrent, avec la réserve de Haraucourt, une action fort disputée. Tandis qu'ils répandaient le désordre et la mort sur leur front, une portion des chevau-légers croates les tourna; mais ils allèrent trop loin , jusqu'aux bagages, qu'ils se mirent à piller jusqu'à ce qu'ils en fussent chassés parla cavalerie suédoise de seconde ligne et de la réserve , ce qui ne laissa pas de semer aussi quelque trouble dans cette partie de l'ordre de bataille. '

A la gauche, les Suédois, suivant le système tactique du roi et pour éviter les feux des batteries des moulins à vent, avaient été moins actifs. La cavalerie n'avait fait que des démonstrations, à l'aide desquelles la brigade d'infanterie de gauche de la l»"® ligne, sous le colonel Wildenstein, put se mettre en possession du fossé de la grande route ; allant plus loin, elle s'empara même de quelques maisons des moulins de Lutzen ; mais là elle fut arrêtée par les 44 pièces de la colline et dut, plus tard, suivre le mouvement de retraite des autres brigades sur sa droite.

C'est à ce moment qu'arriva l'événement capital et le plus douloureux de la journée ainsi que de toute cette guerre. Le roi Gustave-Adolphe avait quitté sa cavalerie victorieuse à la droite pour accourir, en tête du régiment Steinbeck, à l'aide de son centre refoulé. Dans les entrefaites le colonel Steinbeck ayant été blessé le roi prit effectivement le com-

mandement du régiment et il se précipita au fort de la mêlée. Le premier au-delà des fossés, il s^efTorçait de ramener son monde au feu quand son vaillant coursier le sépara quelques instants de sa cavalerie ; ajusté alors par un mousquetaire impérial, il reçut une balle qui lui fracassa le bras gauche. En vain l'intrépide guerrier surmonte la douleur et assure les gens qui l'entourent que la blessure, malgré les flots de sang qui s'en échappent, est légère ; à peine a-t-il lancé en avant le régiment qui l'a enfin rejoint que ses forces l'abandonnent et qu'il demande en français au duc de Lauenbourg de le conduire sans bruit hors de la mêlée. Le duc obéit; tous deux se dirigent vers la droite; mais pendant le trajet une seconde balle traverse le dos du roi qui tombe de cheval ; bientôt criblé de nouvelles bléssures, il expire au milieu des ennemis qui ne le reconnaissent pas. Son seul aide-de-camp, le duc de Lauenbourg, avait pris la fuite sur l'invitation même du mourant.

Le cheval du roi, bien connu de toute l'armée, galopant effaré et ensanglanté vers sa place habiiuelle de la droite, répandit partout la triste nouvelle. Mais elle fît sur ces vaillants soldats, quoique en situation critique, l'effet contraire à celui qu'elle aurait eu sur mainte autre troupe; elle doubla leur courage et leur fureur. Tous jurent de venger dans le sang ennemi la mort de leur chef bien-aimé. Bernard de Weimar, qui, du consentement des généraux, spontanément réunis autour de lui, prend le commandement en chef, est dans les mêmes ardentes dispositions. ,

L'attaque recommence vers deux heures après-midi. Elle se fait comme la précédente, mais la seconde ligne en avant et suivie de près par la première ligne, qui n'entend pas rester en réserve quand il s'agit de reprendre aux ennemis le cadavre de son roi.

Cette nouvelle action, promptement générale et vigoureu-

sèment conduite, donna bientôt l'avantage aux assaillants. Tandis que Wallenstein se vit fortement pressé sur son front par l'infanterie, ses deux ailes furent débordées par la cavalerie, son artillerie enlevée fut tournée contre lui. En même temps, soit par l'effet du hasard, soit par celui d'une bombe, une provision de munitions, tenue au Galgenberg, fit explosion et répandit, avec l'incendie dans les parcs, la terreur sur les derrières des combattants ébranlés. Déjà ils commençaient une retraite désordonnée quand un nouvel incident de cette journée si riche en péripéties vint un moment changer la face des choses.

Pappenheim entrait en ligne. Nanti à Halle des ordres de Wallenstein, il était venu en toute hâte avec ce qu'il avait sous la main et se faisant suivre par le reste. Pour l'heure, il débouchait à la gauche des Impériaux avec environ 4 mille* cavaliers. Malgré la haletante course qu'ils venaient de fournir, ils chargèrent avec vigueur la droite suédoise, qui fut forcée de pHer. Heureusement le reste de la ligne n'en fut pas ébranlé. Le duc de Weimar venait même, du haut des coUines des moulins, d'ordonner une nouvelle attaque contre le Galgenberg, où Wallenstein s'était replié et s'efforçait de se remettre en ordre de combat. Le général protestant put voir à temps le danger de sa droite et il ajourna son mouvement contre le Galgenberg. Se bornant sur ce point à faire harceler les Impériaux, il se porta, avec ses escadrons de la gauche, contre le corps de Pappenheim, le chargea rudement et le refoula. Les cavaliers impériaux, épuisés de fatigue, venaient de perdre leur chef, frappé mortellement au plus fort d'une mêlée où il avait espéré trouver le roi lui-même. Assaillis sans relâche par le duc Bernard, ils se débandèrent et lâchèrent le terrain, vivement poursuivis sur la route de Leipsig.

Le reste de l'armée de Wallenstein y gagna néanmoins

d'être suffisamment dégagé pour pouvoir effectuer, à la nuit, sa retraite sur Leipsig en îaisant bonne contenance.

Le champ de bataille resta aux Suédois avec presque toute l'artillerie impériale, succès chèrement payé par la perte de leur roi. Environ 10 mille morts jonchaient le terrain, dont près de la moitié du côté des Suédois ; les blessés montaient à peu près au double, ce qui ferait de cette bataille la plus meurtrière des temps modernes.

Le corps du roi ne fut retrouvé que le lendemain, si défiguré par les blessures et les meurtrissures des pieds des chevaux qu'on eut grand'peine à le reconnaître. Embaumé à Weissenfels, il fut transporté à Stockholm et solennellement inhumé dans un mausolée qu'entoure encore aujourd'hui la patriotique dévotion des peuples suédois (*).

La perte était immense pour son armée et pour sa cause. Aussi des deux côtés, malgré la défaite matérielle des Impériaux, on se félicita des résultats de la journée. Si un deuil profond y répondit en Suède et dans les pays protestants à cause de la mort de Gustave, des salves de réjouissance furent tirées à Vienne, à Madrid et à Bruxelles.

Quoiqu'il en soit la Saxe, objectif de la bataille de Lutzen, fut évacuée par Wallenstein, qui se replia en Bohême, et perdue pour les Impériaux. Bernard de Weimar ne tarda pas à l'occuper avec toutes ses places fortes.

Ces événements décisifs ne terminèrent pas la guerre, qui dura une quinzaine d'années encore. Mais sa continuation, dirigée par quelques-uns des meilleurs élèves de Gustave, nous intéresse moins et nous ne nous y arrêterons que

(1) Nous ne croyons pas devoir nous arrêter à l'hypothèse , fort répandue en son temps, de l'assassinat de Gustave par le duc de Lauenhourg, hypothèse que les meilleurs juges modernes (entr'autres Geyer, traduction de Lundblad p. 368) estiment « dénuée de toute vraisemblance. »

«omme introduction à la période qui suivit, à laquelle elle se lie directement.

Sur la guerre de Trente-ans elle-même, nous en savons assez pour notre but. Nous y avons pu suivre la renaissance de l'art militaire moderne dans ses diverses branches par les soins de Gustave -Adolphe , qui la résume tout entière. A la fois homme d'état et homme de guerre, stratège et tacticien, organisateur et inventeur, général à hautes vues et sQigneux des détails, artilleur et ingénieur aussi bien que brillant chevalier, penseur et philosophe non moins que courageux et infatigable troupier^ homme d'études et homme d'action, grand capitaine dans toute la force du terme, Gustave- Adolphe reste une des plus belles figures de l'histoire et l'une des gloires de l'humanité, malgré sa fin prématurée à l'âge de 37 ans seulement.

Les écrivains françaisn'ontordinairement pas assez rendu justice au rôle capital de la Suède et à son héros pendant cette féconde période.

Tandis que les historiens généraux, éblouis par la brillante part que prit la France à la fin de cette guerre et au traité de Westphalie, comme nous le verrons tout à l'heure, ont fait de Gustave-Adolphe un simple agent de la grandeur politique de Richeheu, les écrivains militaires ont été plus loin encore : ils lui contestent son mérite éminent de créateur de l'art militaire moderne. La belle collection Liskenne et Sauvan, dans les précieux documents de ses neufs gros volumes sur l'art et l'histoire militaires, depuis Hérodote et Xénophon jusqu'à Napoléon et Jomini, n'a pas un mot sur la Suède de la guerre de Trente-ans. L'estimable Rocquancourt même essaie d'établir (*) que les véritables fondateurs de l'art militaire moderne sont, non pas Gustave-

(1) Cours d'art et d'histoire militaire, vol. 1. 70. Leçon, p. 254-287.

Adolphe et son émule Maurice de Nassau, mais les capitalnés français Montluc, Coligny, Lanoue, Biron, Henri ÏV et Rohan tous ensemble. C'est là une exagération manifeste sortie d'un subtil paradoxe. Sans nul doute Gustave-Adolphe profita des leçons de ses devanciers, comme tous les grands capitaines du monde; sa tactique rappelle même frappamment celle d'Alexandre; mais ce fut bien le héros suédois qui donna incontestablement le sceau aux expériences de ses prédécesseurs et qui fixa, pour autant que la chose pouvait l'être au milieu d'un mouvement progresssif constant et complexe, les diverses méthodes d'organisation et de guerre alors en vigueur.

Quant à son rôle politique, il a été remis à sa vraie place par quelques mots justes et caustiques d'un Français que son pays ne reniera pas, de Voltaire, quand il dit du vainqueur de Leipsig et de Lutzen : « Il ébranla le trône de Ferdinand II ; il protégea les luthériens en Allemagne, secondé par les intrigues de Rome même, qui craignait encore plus la puissance de l'Empereur que celle de l'hérésie. Ce fut lui qui, par ses victoires, contribua alors en effet à l'abaissement de la maison d'Autriche, entreprise doni on attribue toute la gloire au cardinal de Richelieu, qui savait l'art de se faire une réputation, tandis que Gustave se bornait à faire de grandes choses (2). >

Retournons maintenant, par la fin de la guerre de Trenteans, vers la France. Cette nation, obligée de participer aussi à la grande lutte allemande devenue européenne et de reprendre l'œuvre interrompue de François 1^^ contre l'Empire, fut lancée dans des guerres où, par les mérites de quelques-uns de ses généraux et par les progrès qui s'y réalisèrent, elle regagna le premier rang parmi les puissances ayant marqué dans le développement de l'art militaire.

(2) Voltaire. Histoire de Charles XII, Livre I, p. 6.

Les WeimarieDS. — Débuts de Turenne et de Condé. — Fin de la guerre de Trente-ans.

La mort de Gustave-Adolphe, sans autre successeur qu'une fille de six ans, était un événement immense et particulièrement douloureux pour les protestants, dont la cause reposait toute sur sa tète. Mais c'est un privilège des grands caractères de donner à leurs alentours une impulsion qui leur survit. L'armée sans chef avait continué la bataille de Lutzen et finalement remporté la victoire; de même le sénat de Stockholm décida de poursuivre la lutte entamée, et ses efforts furent aussi couronnés de succès.

Un des premiers soins des chefs protestants laissés à euxmêmes fut de se réunir en assemblée générale pour s'entendre sur l'avenir. Cette réunion, qui eut lieu à Erfurt, comptait des délégués non-seulement de Suède et d'Allemagne, mais de France, d'Angleterre, de Hollande. Elle résolut de continuer la guerre sous la haute direction du chancelier Oxenstiern et sous le commandement militaire de Bernard de Weimar, secondé de Horn et de Banner.

A cet effet, une ligue nouvelle fut conclue à Heilbronn le 9 avril 1633. La France fournirait, outre des subsides, un secours actif contre les alliés de l'Empire de son voisinage.

c'est-à-dire surtout contre TEspagne, la Lorraine et les princes ecclésiastiques des contrées rhénanes. D'autre part, les électeurs de Brandebourg et de Saxe, vu cette intervention française, refusèrent d'adhérer à la ligue.

Dans le courant.de l'été 1633, les hostilités reprirent avec vigueur et sur une vaste échelle.

Les Impériaux, renforcés d'une quinzaine de mille hommes venus d'Italie par la Valteline et le Tyrol, sous les ordres du duc de Féria, firent d'abord bonne contenance. Leurs avantages furent de courte durée. Une armée française, sous le maréchal La Force, et le corps suédois de Horn soumirent successivement TAlsace, la Lorraine, les électorats de Trêves et de Cologne, le comté de Montbéliard sans grande opposition, tandis que Féria et le corps d'Altringer, détachés de l'armée de "Wallenstein, étaient battus en Souabe et autour de Brissach sur le Haut-Rhin, par les Suédois.

Ces derniers se ruèrent ensuite sur la Bavière et Bernard de Weimar reprit le plan de Gustave de marcher sur Vienne par le Danube. Il réussit bien à s'emparer de Ratisbonne et de la ligne de Tlsar, en refoulant devant lui les Bavarois, sous Jean de Werth, mais il ne put franchir Tlnn et dut se replier sur Ratisbonne pour y prendre ses quartiers d'hiver.

Néanmoins, avec les avantages remportés sur le Rhin et dans la Basse-Saxe, la cause protestante avait tous les profits de la campagne. Elle les devait en bo'nne partie à l'étrange inaction de Wallenstein en Bohême. Le superbe condottier, mécontent de l'empereur et du duc Maximilien, avait refusé de marcher au secours de la Bavière ; il méditait même, pour maintenir son omnipotence menacée, de s'entendre avec les Suédois et de s'approprier la couronne de Bohême. Poussé à bout, l'empereur le déclara secrètement hors la loi et le fit assassiner par quelques-uns de ses officiers (février 1634).

Wallenstein fut remplacé par le jeune roi de Hongrie, avec Gallas et Piccolomini pour mentors, et le duc Charles de Lorraine et Jean de Werth pour lieutenants. Il reprit Ratisbonne, Donauwerth et se joignit, en Souabe, à un corps d'Espagnols et d'Italiens amenés par l'inlEant d'Espagne et le général Lleganès. Ces forces, montant à une quarantaine de mille hommes, allèrent mettre le siège devant Nordlingen.

Bernard, môme réuni à Horn, n'avait que 25 mille hommes à leur opposer. Malgré cette infériorité, il ne voulut pas attendre les renforts qui pouvaient aisément lui arriver et il marcha au secours de la ville menacée. Il attaqua bravement les positions impériales, mais ses efforts persistants et sa vaillance échouèrent contre le nombre. Les Suédois subirent là une défaite sanglante (6 septembre 1635). Horn y fut fait prisonnier, tous les canons furent perdus et Bernard ne put se réfugier à Francfort qu'avec 5 ou 6 mille hommes débandés.

Cette défaite devint un vrai désastre pour les protestants allemands. Les Impériaux s'avancèrent triomphalement jusqu'au Rhin, ils y battirent encore le Rhingrave Othon (28 septembre 1635) devant Strassbourg, et toute l'Allemagne méridionale fut reconquise aux catholiques, qui y répandirent la terreur. Au nord, la Saxe et le Brandebourg s'empressèrent d'échapper au naufrage en concluant, à Prague, leur paix particulière avec l'Empire.

Dans cet état de choses, la France, d'ailleurs provoquée par un coup de main des Espagnols de Luxembourg contre Trêves, ne pouvait plus se dispenser d'entrer ouvertement en lice. Elle le fit en effet et de manière à donner acte de sa présence. Près de 150 mille hommes furent mis en mouvement en quatre armées: deux sur le Rhin, une en Belgique, une en Italie.

Toutefois cette première campagne, en 1635, n'offrit rien de marquant ni de décisif sauf quelques belles opérations du duc de Rohan en Alsace, puis dans la Yalteline.

En Belgique les Français, précédés d'une déclaration de guerre très-solennelle et accompagnés d'un manifeste de Richelieu appelant les peuples à la liberté, n'obtinrent que de trompeurs succès. Ne s'entendant pas avec les Hollandais auxquels ils s'étaient ralliés, ils furent arrêtés sous les murs de Bruxelles et de Namur et durent céder du terrain devant les généraux Piccolomini et Thomas de Savoie.

En Lombardie, autour de Yalenza, l'armée du maréchal Créqui, quoique assez bien secondée par le duc de Parme, mais fort mal par le duc de Savoie, ne sut à peu près rien faire.

Sur le Rhin le terrain fut plus disputé. Les Français du maréchal La Force et du cardinal La Valette (un collègue et ami de Richelieu dont le grand ministre voulait faire un homme de guerre) avaient d'abord pris Heidelberg, puis, ralliés au duc Bernard, tout le cours du fleuve. Mais après la défaite du duc de Rohan ils durent rétrograder peu à peu presque sous le canon de Metz devant Gallas et le duc de Lorraine Charles IV. Celui-ci reprit même St-Michiel-sur- Meuse, ce qu'on considéra en France comme si fatal, que le roi alla en personne reconquérir cette place à l'aide de 12 mille Suisses appelés en toute hâte de leurs montagnes et de milices champenoises. Ces troupes recouvrèrent encore quelques places de la Lorraine et de l'Alsace, mais Gallas hiverna en Alsace et Charles IV en Franche-Comté.

Ces déceptions engagèrent le gouvernement français à se rattacher plus étroitement Bernard de Weimar, toujours habile et intrépide, mais vacillant et en quête d'une couronne. Par traité dûment conclu à Paris, en novembre 1635 on lui assura une pension annuelle de 1 Vs million de francs

pour lui, de A millions pour son armée d*une vingtaine de mille hommes, puis l'Alsace comme fief français, s*il pouvait la prendre. De part et d'autre il n'y avait guère de sincérité dans cette dernière condition, mais comme elle n'était qu'éventuelle le bon accord ne s'en établit pas moins. Au printemps 1636, avant de rouvrir la campagne, un autre traité régularisa les relations entre la France et la Suède. Celle-ci guerroierait en Bohême et en Silésie, celle-là sur ses frontières; la France fournirait en outre un subside d'un miUion de francs par an.

La Franche-Comté, dont la fausse neutralité avait été fort gênante aux Français pendant l'année précédente, reçut les premiers coups de la campagne de 1636. Une armée aux ordres du prince de Condé envahit cette province en appelant les populations à l'indépendance et à la nation française. Cet appel eut peu d'écho, eX la ville de Dole opposa une si ferme résistance qu'il fallut l'assiéger régulièrement. Au bout de deux mois le siège n'avait fait aucun progrès.

Vers le Rhin, mais toujours en deçà, le cardinal La Valette et Bernard de Weimar, opérant ensemble, ravitaillèrent quelques places alsaciennes et recouvrèrent la Haute- Sarre et Saverne, contre l'empereur qui était venu commander en personne les troupes de Gallas et du duc de Lorraine. Les succès s'arrêtèrent là.

Ces lenteurs en Franche-Comté et en Alsace nuisirent aux opérations françaises en Belgique, où Richelieu avait espéré faire rabattre une portion des autres armées. Là les Impériaux avaient plus de 35 mille hommes, moitié infanterie, moitié cavalerie, avec un gros parc d'artillerie, réunis autour de Liège sous les ordres de. Thomas de Savoie, Piccolomini et Jean de Werth. Après s'être emparés de Liège ils pénétrèrent en Picardie, accompagnés aussi d'un mani-

feste révolutionnaire, lequel, entrant dans des intrigues de cour, prenait en main la cause de la reine-mère et des adversaires exilés du cardinal. Ils s'emparèrent presque san& coup férir des petites places de la Capelle et du Catelet et s'avancèrent sur la Somme.

L'alarme fut grande en France, surtout dans les régions envahies. Par suite de la négligence de quelques haut» fonctionnaires on y manquait à la fois de troupes et d'argent pour en lever. Une force d'une trentaine de mille hommes fut réunie avec peine à Saint-Quentin sous les ordres du comte de Soissons et des maréchaux de Ghaunes et de Brézé. Ces généraux s'entendirent si bien à éparpiller leurs troupes qu'il ne leur resta qu'une douzaine de mille hommes pour disputer le passage de la Somme aux Impériaux. Ceux-ci franchirent la rivière à Cerisi (entre Brai et Gorbie), le 2 août 1636, prirent ensuite Roie et s'avancèrent sur rOise, tandis que les Français se repliaient sur Noyon et Compiègne.

La terreur régnait déjà au seiu de Paris avec une grande colère contre RicheUeu, honni comme l'auteur de ces misères. Néanmoins on s'y prépara énergiquement à la défense. Les bourgeois se mirent sur pied et se rangèrent autour du vieux maréchal La Force ; des fortifications furent élevées, Condé rappelé de Dole et les Hollandais implorés d'agir sur les derrières des Impériaux.

On ne sait ce qui fût arrivé si ceux-ci avaient poursuivi leur offensive avec l'entrain qu'ils y avaient mis au début. Malheureusement ils s'arrêtèrent au siège de Gorbie, et quoiqu'ils finirent par enlever cette place, ils perdirent dans cette opération secondaire un temps précieux. Les Français purent réunir déjà en septembre une force d'une quarantaine de mille hommes à Compiègne, ce qui mettait Paris à l'abri d'un coup de main. Monsieur (Gaston, frère

du roi) qui commandait cette année, prit à son tour l'offensive et marcha de Compiègne sur Roie, où il fit aussi son siège, qui dura trois jours.

Ces incidents forcèrent Jean de Werth à changer de rôle. Il effectua sa retraite après avoir mis garnison dans Corbie. Cette ville fut reprise au bout de deux semaines de siège; dès lors une situation qui n'avait plus rien de critique se rétablit sur cette frontière. Il en coûtait aux Français la conquête de la Franche-Comté, complètement manquée pour cette fois, malgré une heureuse diversion qu'y tenta Bernard de Weimar.

Tout ne fut pourtant pas mécompte dans cette laborieuse campagne. Les échecs relatifs des Français avaient été favorables à leurs alliés suédois, d'autant plus dégagés des masses ennemies. Le landgrave de Hesse-Cassel s'était valeureusement maintenu en Westphalie contre des forces supérieures. Dans le Brandebourg, Banner avait remporté une grande victoire, à Wittstock (23 septembre 1636), sur l'électeur de Saxe et les Autrichiens du comte de Hatzfeld. Ce succès lui avait livré du coup tout le Brandebourg, la Thuringe, la Hesse, qui furent débarrassés d'Impériaux, puis la Saxe sur laquelle le vainqueur fit peser de dures mais méritées représailles, tout en y donnant de bons quartiers d'hiver à ses troupes.

Au printemps 1637 cette situation se modifia. Gallas rappelé en Allemagne, et les électeurs de Brandebourg et de Saxe réurtis, forcèrent Banner à se replier vers la Baltique et à défendre pied à pied la Poméranie dont le duc venait de mourir et dont l'héritage était réclamé à la fois par le Brandebourg et par la Suède.

Dans la Valteluie, Rohan, quoique délaissé par son gouvernement, se maintint longtemps contre les Autrichiens secondés de l'insurrection du pays et bientôt de troupes

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