TOME II
pour sa cause à lui, telle qu'il la comprend. Il y a des cavaliers, de gros et de légers; mais c6 neisont plus les six ou sept suivants des lances féodales de Louis XII et de François P"" ; chacun y est pour son compte, les groupes se forment autour des plus vaillants et des plus puissants de la même espèce d'armes. Cette séparation ne tarda pas à se régulariser.
A rimitation des. cavaleries allemandes, qui avaient alors des reiters célèbres, et de ce qu'avait déjà fixé Charles-Quint, les cavaliers légers furent rangés à part des cavaliers bardés et Ton eut bientôt trois cavaleries distinctes : les anciens gendarmes avec forte cuirasse, dont la France possédait les meilleurs; les chevau-légers, à peu près de même armement, mais beaucoup moins lourd et dont les stradiots albanais (batteurs d'estrade) des Vénitiens fournirent le premier et meilleur type ; enfin les arquebusiers à cheval , ou carabins, ou escopettiers, pouvant combattre à pied et à cheval et d'où sortirent plus tard les dragons.
L'infanterie, toujours la plus nombreuse des armes, resta de même divisée en trois classes principales : lès piquiers, surtout résistants, représentant l'ancienne phalange"; les hallebardiers, plus offensifs et rappelant les légionnaires romains; les arquebusiers, fournissant un rang de la masse, des ailes ou des tirailleurs et tendant de plus en plus à un rôle important.
Les feux, en effet, soit d'artillerie, soit d'infanterie, avaient continué à se développer techniquement et tactiquement, surtout par le fait des Huguenots, portés à compenser leur infériorité par les ressources de l'art; ils furent empressés à employer, dès l'an 1570 , l'arquebuse avec platine à rouet au lieu de mèche , ce qui donna les mousquets , dont on augmenta aussi le calibre jusqu'à 8 à 10 balles à la livre. Ce perfectionnement fit disparaître définitivement les arcs et
arbalètes qui jusqu'alors s'étaient maintenus avantageusement soit par le fait de la routine, soit à cause de leur supériorité sur maintes arquebuses à mèche par les temps de pluie. Les gros mousquets furent accompagnés d'une fourchette en fer sur laquelle on les ajustait; on donna ordinairement, dans l'origine, quelques mousquets seulement par compagnie d'arquebuses et on les choisit surtout pour former le rang de feux dans la masse. Vers la fin du XVI® siècle, on régularisa la proportion des armes à moitié de piquiers et hallebardiers , moitié d'arquebusiers et de mousquetiers, mais en devant pour cela faire violence aux goûts des hommes qui auraient presque tous voulu être munis d'armes à feu. Montluc s'efforça, au contraire, d'en faire diminuer le nombre, prétendant qu'avec tous ces tireurs les masses ne savaient plus s'aborder et se porter des coups décisifs.
L'artillerie fut particulièrement soignée par François P»", qui créa un bon cadre de canonniers sous la direction d'un grand-maître de l'artillerie, oi'dinairement un seigneur de* haute distinction. Elle était le plus souvent, eh campagne, confiée à la garde des Suisses; elle déchut pendant les guerres de religion, faute d'argent et de prévoyance. Cependant Henri IV, qui l'appréciait et en tira souvent bon parti, la releva dès qu'il le put; aussitôt qu'il fut sur le trône son ministre Sully s'efforça d'organiser une puissante artillerie, dans les proportions de celle de François P% améliorée et allégée.
La mode des feux devint même si dominante qu'on munit toute la cavalerie de pistolets ou de mousquets , en supprimant la lance. Gétait, pour cette époque, dépasser de beaucoup la mesure, car les feux, si perfectionnés qu'ils fussent relativement, étaient encore fort médiocres et inférieurs à ce que pouvait fournir le choc de cavaliers vaillants et exercés.
Du même coup les armures s'épaissirent jusqu'à devenir des enclumes 9 disait Lanoue, et cela provoqua la réaction qui les fît disparaître plus tard.
Une autre création militaire des guerres de religion fut l'organisation des troupes en régiments. Les corps appelés précédemment bandes j puis légions^ fournirent pendant la troisième guerre civile trois régiments provinciaux qui prirent, quelques années plus tard, les noms connus de régiments de Picardie, de Champagne, de Piémont. En y ajoutant les gardes suisses et les gardes françaises, corps d'élite recrutés spécialement, puis le régiment protestant de Navarre, après l'avènement de Henri IV, on a les six vieua> corps de la monarchie française (^). Ils varièrent beaucoup d'effectifs, suivant les temps, depuis quelques cents hommes à sept ou huit mille hommes, et furent commandés par des officiers appelés indifféremment et successivement capitaines-généraux, mestres-de-camp, colonels généraux.
Nous devons maintenant porter nos regards plus spécialement vers l'Allemagne et le nord de l'Europe, où un grand homme de guerre va fixer définitivement l'art militaire dans ses formes modernes.
(1) Ou les cinq vieux corps, comme disent la plupart des écrivains français, en laissant de côté les gardes suisses.