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Guerre de Trente-Ans. — Gustave-Adolphe.

Berceau de la Réformation, TAllemagne fut plus agitée eacore que la France par le grand mouvement du XVI® siècle. La naultitude de petits Etats dont se composait le corps germanique, le rôle important qu'y jouaient plusieurs riches princes de l'Eglise, enfin les antagonismes intérieurs et extérieurs provoqués par la prépondérance croissante de la double et heureuse maison d'Autriche, soit au loin où elle bénéficiait de ses nombreuses ramifications de famille, soit en Allemagne où la couronne impériale était devenue comme sa propriété , formaient autant d'éléments particulièrement propres à nourrir les dissensions soulevées par les divergences de doctrines.

L'empereur Charles-Quint et quelques-uns de ses successeurs à Vienne ayant pris ouvertement en main la cause du catholicisme, la Réforme revêtit bientôt, pour la plupart des princes allemands d'opinion opposée , un caractère d'indépendance politique autant que de régénération religieuse , sans compter que la question de la disposition des biens ecclésiastiques mêla promptement aux intérêts spirituels des conflits d'un ordre moins relevé, mais plus influent sur le déchaînement des passions.

Les protestants, formés en ligue de Smalkade (1530) contre Tédit de la Diète de Spire interdisant la propagation ultérieure de la Réformation , furent battus à Miihlberg sur TElbe, en 1547, mais non soumis. Us obtinrent de Charles V, en 1555, c'est-à-dire un an avant son abdication, la paix d'Âugsbourg, qui accordait la liberté religieuse aux Etats luthériens avec la possession des biens sécularisés, mais à l'exclusion des calvinistes et des zwingliens, et moyennant une réserve ecclésiastique en yertu de laquelle tout prélat passant à la Réforme était censé abandonner à TEglise son bénéfice et ses revenus.

C'est de cette restriction toute temporelle que sortit la guerre dite de Trente-Ans ; elle s'ouvrit en 1618 et se termina en 1648 par le célèbre traité de Westphalie.

Sous les deux successeurs immédiats de Charles V, les empereurs Ferdinand P»" et Maximilien II, princes pacifiques et bienveillants, l'Allemagne fut relativement tranquille. La Réforme y progressa sans secousse ; elle se répandit même dans les Etats autrichiens par le seul fait de la propagande publique et de la tolérance de Maximilien II qui fut accusé^ à ce propos, de partager secrètement la nouvelle doctrine.

Mais avec son fils Rodolphe II, docile élève de la société des Jésuites qui venait de se fonder, la réaction se fit contre cette modération ; des mesures oppressives poursuivirent la Réforme, ses progrès, ses partisans et leurs associations.

Sous ce' patronage, une puissante ligue catholique s'organisa en Allemagne. A sa tête se distinguaient surtout Ferdinand d'Autriche, duc de Styrie, et Maximilien, duc de Bavière. Elle comptait encore l'électeur- archevêque de Mayence , tous les princes ecclésiastiques et en général les régions de l'Allemagne méridionale.

Les catholiques ne faisaient en cela que suivre l'exemple

des protestants qui, depuis quelques années, étaient déjà organisés en une Union évangélique, ayant à sa tête l'Electeur palatin, souverain des pays formant aujourd'hui, en partie, les provinces du Rhin et le grand-duché de Bade.

Elle comprenait encore les électeurs de Brandebourg, de Saxe, le comte palatin de Neubourg, les ducs de Poméranie, du Mecklembourg, les six villes de la Hanse et bon nombre de grandes cités. En résumé les pays les plus développés et les plus riches de l'Allemagne lui appartenaient.

Malgré cela cette seule esquisse statistique des deux camps montre que l'union évangélique ne pouvait faire contrepoids aux forces réunies du parti catholique et de l'Empire. Dans plusieurs conflits locaux, avant-coureurs de la lutte générale : à Donauwerth, ville impériale fortement tiraillée par les confessions hostiles; à Cologne, dont l'archevêque voulait passer à la réforme en portant ses prébendes en dot à la belle chanoinesse de Mansfeld dont il s'était épris ; à Juliers, dont la succession ouverte était vivement convoitée par les chefs des deux ligues, les protestants avaient subi des échecs. Si, en agrandissant leur champ d'action jusqu'à l'étranger, ils pouvaient compter sur l'appui plus ou moins direct, à un moment donné, de quelques Etats voisins et coreligionnaires : des Pays-Bas, qui après de longues et vaillantes luttes venaient de secouer le joug espagnol et de s'organiser en république fédérative des Provinces-Unies; du Danemark, de la Suède, de l'Angleterre, zélés partisans du protestantisme ; même aussi de la France et de Venise par esprit de rivalité contre la maison d'Autriche, d'autre part l'Espagne, qui tenait encore une portion des Pays-Bas, la Franche-Comté, le Milanais et presque toute l'Italie, suffisait bien à neutraliser cet appui. En outre le Danemark et la Suède semblaient alors absorbés soit par des luttes l'un contre l'autre, soit par des

guerres contre la Pologne et la Russie à propos des provinces de la Baltique.

En revanche l'idée protestante, pénétrant les esprits à travers les violences contraires, minait les Etats mêmes de la Ligue, surtout la Bohême, la Hongrie et la Transylvanie. La Bohême, qui n'appartenait à l'Autriche que depuis peu, presque en entier gagnée aux doctrines nouvelles, s'insurgea en l'an 1618 et menaça Vienne. De concert avec la Silésie et la Moravie, elle se déclara indépendante et offrit sa couronne à l'électeur palatin Frédéric V, gendre du roi d'Angleterre, qui ne tarda pas à en prendre possession.

La guerre ne pouvait manquer de sortir d'un tel incident, d'autant plus qu'à Rodolphe et à Mathias, empereurs faibles de caractère, venait de succéder le fougueux duc de Styrie, Ferdinand II, qui visait à être le Philippe II de l'Allemagne et qui n'y réussit que trop bien. Les hostilités éclatèrent à la fois en Bohême, dans le Palatinat, en Hongrie et sur plusieurs autres points secondaires. Elles ne furent pas de longue durée. La cause protestante ne trouva de vigoureux défenseurs que dans la personne de deux ou trois vaillants petits princes : Ernest de Mansfeld et Christian de Brunswick en Allemagne, Betlem Gabor en Hongrie et Transylvanie, qui ne purent créer la coordination nécessaire entre leurs corps de troupes. Frédéric V, abandonné de ses alliés naturels que la promptitude et la gravité des événements avaient déroutés, était d'ailleurs peu à la hauteur d'une telle tâche. Il se laissa surprendre et battre complètement sous les murs de Prague par une armée d'Impériaux aux ordres d'un chef qui allait acquérir un grand renom, le comte bavarois Trily. Pendant que le terrible vainqueur saccageait la Bohême, une armée espagnole sous Spinola pénétrait des Pays-Bas dans le Palatinat et le parcourait en

tyrannique dominateur. Les deux foyers du mouvement ainsi occupés, les catholiques dictèrent facilement la loi à tout le reste. La Ligue triompha durement et avec elle s'éleva d'autant le pouvoir de TAutriche et de l'Empire.

Tilly alla poursuivre ses succès en Westphalie à travers l'Allemagne centrale, étouffant partout avec une sanguinaire brutahté les germes de la Réforme et ordonnant la réintégration des biens d'Eglise à leurs anciens propriétaires. Quant à l'infortuné et imprévoyant Frédéric V, il ne sut que s'échapper à temps dans le nord de l'Allemagne, d'où il se réfugia en Hollande. Il racheta pourtant son incroyable légèreté par une noble et fière résignation. « Je viens d'ap-

< prendre, dit-il, et je sais maintenant qu'il est des vertus « que le malheur seul peut enseigner aux princes. Oui, le

< malheur seul peut dompter notre orgueil et nous con- « traindre à ne nous estimer que pour ce que nous sommes « en effet. » Belles paroles, bonnes à méditer en tout temps par les puissants de ce monde ! (')

Les dépouilles du vaincu et sa voix d'électeur passèrent à son heureux beau-frère, le duc de Bavière, et tous les principaux-personnages protestants de la Bohême furent impitoyablement persécutés ou exécutés.

Contre ces odieuses rigueurs, menaçantes à tous, les princes protestants de la Basse-Saxe cherchèrent des secours autour d'eux ; ils en trouvèrent en Danemark, dont le roi Christian IV, doué d'un esprit belliqueux et entreprenant, était stimulé encore aux grandes entreprises par les lauriers qu'un de ses rivaux des régions septentrionales, le jeune roi de Suède Gustave-Adolphe, venait de recueillir en Pologne et sur les rives de la Baltique. .

Quoique plus puissant qu'aujourd'hui de la possession du

{1) Schiller. Guerre de Trente-Ans. Chap. I.

Schlcswig, du Holstein et de la Norvège, le Danemark ne possédait guère les moyens de contrebalancer directement les forces du parti de la Ligue. Il pouvait toutefois mettre sur pied une armée de terre d'une soixantaine de mille hommes, y compris les mercenaires habituels, et ce noyau, renforcé des contingents protestants de TAllemagne, ne laissait pas d'offrir un sérieux danger à l'Empire s'il parvenait à se lancer au milieu de populations déjà disposées à l'insurrection.

L'Empereur se résolut à une lutte à outrance, tant par suite de son tempérament naturel et de son étroit fanatisme que pour ne pas se laisser devancer par son émule dans la Ligue, le fougueux duc Maximilien de Bavière. Des prédications furibondes furent dirigées contre les protestants, dont le crime affreux d'hérésie et de rébellion s'augmentait^ disaiî-on, d'appels à l'étranger, au redouté Danois, ce qui constit\iait une trahison envers la patrie germanique.

Mais ces imprécations ne suffisaient pas à mener une guerre s' annonçant comme sérieuse ; d'autre part le trésor impérial était à sec, comme il lui arrivait souvent. Ferdinand II se fit créer une armée par un riche et puissant comte de Bohême, Wallenstein ou Waldstein, qui s'était déjà distingué dans la précédente campagne et en avait été récompensé par d'immenses possessions territoriales.

Ce fantastique entrepreneur de guerres autoritaire? , d'ailleurs moins illustré comme capitaine par ses exploits que par le génie poétique de Schiller, (') mérite toutefois une marquante place dans l'histoire comme le roi des condottiers, comme le chef magnifique de la plus vaste force créée par ce mode de recrutement dont nous connaissons déjà la naissance et le développement. (2) Il trouva

(1) Schiller. Guerre de Trente-Ans et Wallenstein.

(2) Voir chap. précédent, et vol. antiquité et moyen-âge, dernier chapitre.

moyen de lever promptement à ses frais une armée de cinquante mille hommes, qu'il put organiser à son gré et dont il devint à peu près le maître absolu, tant par une rigide et particulière discipline que par l'appât du butin et des plaisirs ordinaires de la guerre largement offerts ^ ses aventureux compagnons* d'armes. Il la réunit sur l'Elbe, tandis que Tilly qui disposait toujours d'une armée égale se concentrait sur le Weser.

Le roi de Danemark campa d'abord près de Brème ; il y fut rejoint, non sans peine, par les corps d'armée de Mansfeld et du duc de Brunswick, ce qui porta ses forces à environ 60 mille hommes dont près d'un quart de cavalerie.

Sur la proposition de Mansfeld les confédérés protestants adoptèrent un plan de campagne qui n'était guère propre à leur assurer de brillants succès. Le duc de Saxe-Weimar fut détaché à la gauche du Weser pour agir en Westphalie; le roi, avec le gros des troupes s'avançant entre le Weser et l'Elbe, marcha de Ferden par le duché de Brunswick sur révêché de Hildesheim ; Mansfeld avec un corps de douze mille hommes dut se porter de Lubeck par la gauche de l'Elbe et le Brandebourg sur la Silésie et sur les Etats héréditaires de l'empereur, où il chercherait à se joindre aux Hongrois de Betlem Gabor. Soit par suite de cette'excessive et fâcheuse dissémination, soit par divers incidents défavorables, ainsi que par l'infériorité relative du roi de Danemark devant deux généraux comme Tilly et Wallenstein, cette nouvelle phase de la guerre ne tarda pas à se décider encore en faveur des Impériaux. Les chefs protestants furent successivement battus dans plusieurs rencontres, et en août 1626 le roi Christian subit un si grave échec à la bataille de Lutter qu'il ne put s'en relever. Malgré de tenaces efforts il fut acculé dans la presqu'île du Jutland par les troupes réunies de ses adversaires et dépouillé de ses

Etats continentaux. En même temps les forces catholiques occupèrent toute la Basse-Saxe, le Mecklerabourg, la Poméranie, à l'exception de Stettin et de Stralsund, en un mot toutes les côtes. L'empereur Ferdinand rêvait de s'y constituer sous peu en puissance maritime; Wallenstein nommé duc de Friedland joignit à son titre de généralissime impérial celui de grand amiral de la flotte future avec l'investiture du duché de Mecklembourg. Sans souci de la neutralité du port de Stralsund, une des six villes anséatiques, il tenta môme de s'en emparer pour agir de là contre le Danemark.

Réduit à ces extrémités et pour sauver le reste de ses Etats, ses îles déjà menacées d'invasion, le roi Christian dut entrer en composition et subir la dure paix de Lubeck (mai 1629), qui le forçait de renoncer à l'alliance de ses coreligionnaires allemands et à toute prétention sur des bénéfices ecclésiastiques quelconques et le faisait descendre au rang de vassal de l'Empire.

A mesure de ces triomphes Ferdinand II avait élevé les prétentions de sa politique. Généralisant les procédés dictatoriaux de ses lieutenants, il voulut remonter à près d'un siècle en arrière, au texte littéral de la convention de Passau de 1552, et il força les protestants, par un célèbre et funeste édit de restitution^ de rendre les biens ecclésiastiques sécylarisés depuis cette époque ; en outre il exclut formellement les calvinistes de l'ombre de tolérance laissée aux protestants indépendants. Cette farouche et inique politique s'appliqua sans délai, par la force et souvent avec une révoltante cruauté. La réprobation générale qu'elle réveilla en Allemagne et au dehors, jointe aux tentatives de Wallenstein pour transformer la mer Baltique en un lac allemand, disait-il, amena dans l'arône un nouvel acteur qui devait grandement changer la face des choses. C'était la Suède gouvernée alors par un jeune héros, Gustave-Adolphe.

Depuis quelques années ce pays, affranchi par Gustave Wasa de la doyble oppression des Danois et du clergé romain, avait rapidement prospéré. En même temps il était devenu comme une école de guerre théorique et pratique par suite de ses rapports avec d*habiles officiers de divers pays et des luttes continuelles dans lesquelles il était luimême engagé. Ses relations avec les protestants des Pays- Bas surtout lui furent particulièrement utiles. Ces derniers et leur habile chef Maurice de Nassau, sortis victorieux de leurs guerres contre les troupes espagnoles de Farnèse et du duc d'Albe, avaient fait faire de réels progrès à l'art militaire. Entr'autres ils avaient, dans leur pays très-coupé de canaux et de places fortes, parachevé la réhabilitation de l'infanterie, la supériorité des feux, l'art des sièges et des ponts. Dans le cours de sa belle carrière Maurice n'avait pas pris moins de 38 villes fortes et 45 châteaux ; il avait en outre fait lever 12 sièges et gagné deux batailles rangées à Ostende et à tîewport (1600). Il s'acquit ainsi une grande et juste réputation dans toutes les branches de l'art de la guerre, particulièrement dans les branches techniques. Depuis l'an 1600 il s'appliqua à perfectionner ses troupes et il devint un tacticien fort à la mode en Europe qu'on alla visiter de toutes parts.

En 1609 bon nombre de ses officiers nationaux et étrangers, licenciés par la trêve de 12 ans conclue aloçs, passèrent au serv^ice de la Suède qui en avait bon emploi à ce moment, car elle commençait à jouer un rôle capital dans le Nord. Ces officierSj en y portant les principes et les traditions militaires de Maurice de Nassau, les déposèrent dans un terrain favorable.

Parmi leurs auditeurs les plus assidus, à la cour de Suède, se trouvait un prince encore enfant qui les accablait de questions dénotant un vif désir d'instruction et un esprit

aussi ardent que judicieux. On devine le jeune Gustave- Adolphe. Né en 1594, il avait été élevé avec beaucoup de soins par son père, Charles IX, qui pressentait son génie et fondait sur lui de grandes espérances, nie faciety disait-il habituellement en le montrant, à ceux qui l'entretenaient des grandes choses que la Suède pouvait espérer de réaliser dans l'avenir.

A l'âge de 17 ans Gustave monta sur le trône et débuta par se munir d'un bon premier ministre dans la personne du chancelier Oxenstiern, qui devint son confident et son ami. Il dut aussitôt aviser à la situation difficile du royaume, alors accablé du poids de trois guerres : contre le Danemark, la Russie et la Pologne.

Se bornant à la défensive contre les Danois, il les arrêta et parvint, sous la médiation de l'Angleterre et de la Hollande, à conclure avec eux la paix de Knaeryd (1613) pas trop onéreuse.

Contre la Russie il poursuivit avec plus de succès la lutte jusqu'en 1617, époque où il conclut la paix de Stolbova, cédant la contrée entre Nowgorod et la Baltique et ses prétentions sur la Livonie et l'Esthonie.

Après cela Gustave voua toute son attention à la Pologne. Son roi Sigismond, excité et aidé par le parti catholique allemand, prétendait au trône de Suède en vertu de droits discutables. Les Polonais secondaient activement leur roi ; s'ils luttent aujourd'hui héroïquement et infructueusement pour le maintien de leur race, ils luttaient alors pour la suprématie dans le nord de l'Europe, et leur soif de conquête était sans borne. Gustave dut se préparer contre eux à une guerre à outrance. Il rassembla des vaisseaux, ût recruter des soldats partout où il put, réunit les fonds indispensables. A ces préliminaires doit s'ajouter son mariage avec la sœur de l'électeur de Brandebourg, Marie-Eléonore,

qui lui créa d'utiles relations en Allemagne, ainsi qu'avec les Hongrois et même avec les Turcs.

Les hostilités commencèrent en 1621. Ce fut Gustave qui les ouvrit. Au moment où les Polonais se préoccupaient des Turcs, il débarqua en Liyonie avec une armée d'environ 20 mille hommes et s'empara de Riga, malgré une trèsbelle défense de cette ville. La guerre se poursuivit plus ou moins vigoureusement et avec de nombreuses péripéties, les Polonais étant souvent secondés par des Impériauxdétachés de l'armée de Wallenstein. Enfin, en 1629, il vit la nécessité de sortir de ces embarras pour se tourner du «côté de l'Allemagne, et il conclut, par la médiation de la Prance et de l'Angleterre, la trêve d'Altenmarkt qui lui laissait pendant six ans les coudées franches et toutes les places occupées en Livonie et en Prusse.

Au moment où il allait intervenir dans la guerre de Trente-Ans, Gustave, quoique âgé seulement de 35 ans, pouvait donc être considéré déjà comme un vétéran. Nonseulement il avait étudié avec soin et à la meilleure école la théorie de la guerre^ mais il en avait longuement suivi la pratique, souvent avec succès, jamais avec vanité ni esprit de routine.

Le cosmopolitisme militaire en vogue alors par la présence de nombreux mercenaires étrangers dans toutes les armées et par la répartition des belligérants européens en groupes religieux ordinairement indépendants des frontières politiques, facilitait encore à un observateur attentif l'étude de tout ce qu'il y avait de bon et de particulier dans les diverses armées de l'Europe. Gustave sut profiter de cet avantage ; la guerre de Pologne, où il lutta entr'autres contre une excellente cavalerie, fut pour lui une bonne école et l'occasion opportune d'opérer de notables améliorations dans son état militaire. Ses armées devinrent, après quel-

ques autres perfectionnements et par la sanction de la vietoire, le modèle sur lequel ne tardèrent pas à se former toutes celles de l'Europe.

Disons donc quelques mots plus spéciaux de Torganisation et de la tactique usuelle des troupes suédoises de cette époque.

En 1625 Gustave créa une force régulière de 80 mille hommes de premier ban, avec un second ban de même effectif, mais à n'appeler sous les armes qu'en cas de départ du premier ban.

L'armement de toutes ces troupes fut considérablement allégé. Les réformes, sous ce rapport, rappellent celles des Grecs au temps d'Iphicrate et de Xénophon, des Romains^ au temps de Marins et de César.

Il débarrassa l'arquebuse de sa fourchette et diminua le poids de l'arme; celle-ci, devenue le vrai mousquet, augmenta de nombre. Il y eut deux tiers de mousquetaires pour un tiers de piquiers; ces derniers avec une pique raccourcie à 44 pieds. Toute l'infanterie eut encore une forte épée, un casque léger ou pot-en-tôte pour seule arme défensive.

La cavalerie, aussi allégée, n'eut plus qu'une demi-cuirasse, mais à l'épreuve de la balle. Comme armes offensives elle reçut une carabine, deux pistolets, une épée longue et forte servant à la fois de lance et de hallebarde. Ces restes de la chevalerie et de la gendarmerie s'appelèrent désormais cuirassiers.

Une autre cavalerie, plus légère, comprenait des dragons ou chevau-légers pouvant combattre à pied et munis d'un mousquet, d'un sabre recourbé et d'une hache.

L'artillerie était aussi de deux espèces : une grosse artillerie, de pièces de fonte de divers caUbres, et une artillerie légère , marchant avec les régiments et comprenant en-

tr'autres des canons dits de cuir bouilli, invention curieuse d'un officier autrichien, le baron Melchior de Wurmbrand, passé au service de Suède.

Ces pièces, qui avaient surtout l'avantage d'être si légères qu'elles étaient traînées et manœuvrées par deux hommes ou par un cheval, étaient formées d'un cylindre de cuivre battu, très-mince; la chambre, de même métal, était renforcée de quatre bandes de fer; des cordes s'enroulaient sur la pièce dans sa longueur et un cuir bouilli et coloré enveloppait le tout. Cette artillerie s'échauffait difficilement, de ôorte qu'on en tirait un grand nombre de coups sans être obligé de la rafraîchir (*).

En matière d'organisation des corps et de tactique les progrès de Gustave consistèrent surtout en ce qu'il réduisit l'effectif des unités ordinaires et la profondeur des troupes ; il amincit l'ordonnance, accéléra les mouvements, régularisa les débandés ou tirailleurs et consacra le système des doubles lignes à intervalles et des réserves.

Sa compagnie ou enseigne d'infanterie {fœhnlein^ d'après lés auteurs allemands), comptait 120 à 140 hommes^ placés sur six rangs; huit compagnies formaient un régiment, mais on combattait le plus souvent par compagnie ou groupes de deux ou trois compagnies. Plus tard, pour les campagnes d'Allemagne, il porta le régiment à 12 compagnies, se subdivisant tactiquement en trois quatemes.

La compagnie de cavalerie eut la même force, mais les hommes ne se plaçaient que sur quatre rangs. Chaque compagnie se divisait en deux escadrons, l'escadron en deux cornettes; quelques compagnies, de trois à six ordinairement, formaient le régiment de cavalerie.

On réunissait aussi quelques régiments, de deux à quatre,

(1) MauviUon U, p. 23.

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