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CHAPITRE VI

Emigration d'une tribu île Maniotcs dans l'île de Corse. — Vue générale de la Grèce, au commencement du w.r siècle. — Intrigues du patriarcat de Constantinople. — Imprimcre dénoncée au divan par les jésuites. — Influence des nobles du Fanar. — Lettrés de Constantinople. — Napoli. — Atbènes. — Commerce de la Grèce.

La prise de Candie semblait consommer l'asservissement de la race grecque et le triomphe des Barbares dans toutes les mers du Levant. Il n'est pas douteux que cette catastrophe n'ait porté le découragement parmi les Grecs du continent qui, malgré leur dégradation apparente, conservaient encore la haine du joug musulman et l'espérance de le briser. Sans regretter la domination vénitienne, les Iforaïtes voyaient avec effroi la puissance turque les environner de toutes parts. Pendant le siège de Candie, on avait fait assidûment des prières dans les églises grecques pour le succès des armes chrétiennes. Après la prise de l'île, tout espoir fut détruit. Les Turcs parurent décidés à ne plus souffrir aucune résistance. Les Maniotcs, qui s'étaient conservés toujours indépendants, et dont le courage et la pauvreté tentaient peu les pachas turcs, furent attaqués dans leurs montagnes; et quelques familles de cette peuplade la quittèrent alors, désespérant d'y rester libres. C'est à cette émigration que remonte l'établissement d'une tribu grecque dans l'ile de Corse.

Un Grec de Mania, Jean Stéphanopoli , qui se pré-

tondait issu d'une brandie dos Comnènes, et qui avait beaucoup voyagé , conduisit l'entreprise ; il était allé d'abord à Gènes demander la protection du sénat, et avait visité la Corse. Il revint , après avoir choisi le canton de Paormia; et, de concert avec le capitaine d'un vaisseau français, il embarqua ceux de ses parents et de impatriotes qui voulurent s'associer à lui. Partie de Porto- Betilo, le 3 octobre 1673, la petite colonie, qui comptait sept cent soixante personnes, hommes, femmes, enfants, après avoir relâché à Zante et à Messine, se rendit à Gènes, où la concession de territoire qui lui était promise fut solennellement réglée par le sénat. Le printemps suivant, elle passa dans l'île de Corse, et s'établit cà Paormia. C'est là qu'elle a longtemps subsisté, fidèle au gouvernement génois, parmi les séditions fréquentes de Pile, et cultivant ses terres avec une industrie fort supérieure à celle des autres habitants. On reconnaissait à cette marque le canton des Grecs. Quelques chants populaires des montagnes de la Morée se conservaient parmi ces Maniotes expatriés; et ils les redisaient comme un souvenir de leur pays. C'est même un renseignement précieux sur l'ancienneté de ces poésies, rassemblées de nos jours par un savant plein d'imagination et de poût. Le beau chant d'une femme de la Morée sur la mort de son fils est connu chez les Grecs de Corse, depuis leur émigration. Ils le répètent encore aujourd'hui à Carghèse et à Àjaccio, où se conservent quelques familles grecques, dernier débris de cette colonie, qui fut, en 1730, chassée du canton qu'elle habitait par les Corses soulevés contre l'autorité de Gènes.

188 ESSAI SUR l'état des grecs

Le long épisode de la guerre de Candie nous a distraits du tableau général de la Grèce. En reportant les yeux sur l'état de ce beau pays, vers les commencements du xvne siècle , on aperçoit d'abord peu de changement. Rien n'est immobile comme la servitude. Les années, les siècles même s'écoulent avec une lente uniformité. Des générations naissent et meurent sans laisser de trace. 11 n'y a pas d'événements pour elles. 11 n'y a rien de nouveau, même dans leurs souffrances; et leur malheur est monotone comme la pitié qu'il inspire. Tel était le sort de la Grèce, sous le joug abrutissant des Turcs, tandis que tous les peuples de l'Europe marchaient à grands pas vers la civilisation et la lumière.

Il semblait cependant que l'influence de ce progrès universel devait se faire jour, tôt ou tard, à travers le cordon de barbarie tracé par les Turcs autour de leur empire, et pénétrer jusqu'à cette race ingénieuse, qu'ils tenaient asservie par le sabre et par l'ignorance. Les relations de commerce devenaient plus nombreuses, les voyages plus fréquents. Des consulats européens étaient établis dans les principales villes du Levant. Des missions chrétiennes les parcouraient; et cet esprit de secte qui divise les chrétiens venait y chercher des combats et un théâtre. Ainsi, le contre -coup des guerres civiles et religieuses de l'Europe se fit sentir jusque parmi les Grecs de Constantinople. L'esprit de la réforme , qui remplaçait l'enthousiasme des croisades, avait été, dans son origine , défavorable aux chrétiens d'Orient ; et Luther, par le désir illimité de tout contredire dans les opinions de l'Église romaine , écrivit , en style dog-

matique, pour soutenir la légitimité des Turcs, et leurs droits sur les nations qu'ils avaient conquises. Indépendamment de cet étrange paradoxe, les guerres nées de la réforme ne permettaient pcïs de songer à de lointaines expéditions contre les Turcs : c'est la plainte d'un Grec savant de Corfou1, dans une lettre qu'il adressait au célèbre Mélanchton , vers le milieu du xvie siècle.

Plus tard le zèle du prosélytisme fit souvenir les protestants de l'existence des Grecs. Avant la prise de Candie, un Grec né dans cette île, Cyrille Lucar, ayant fait des études à Venise, voyagea chez les protestants d'Allemagne, et goûta leurs opinions religieuses. Plusieurs docteurs de la réforme attachèrent un grand prix h trouver des disciples dans cette Église grecque, séparée de Piome depuis plusieurs siècles , et qui se vantait de remonter aux traditions apostoliques.

Cyrille ayant passé en Turquie, auprès de Mélèce, son parent et dignitaire de l'Église de Constantinople, commença bientôt après à répandre les idées nouvelles qu'il avait prises dans l'Occident. 11 devint célèbre dans l'Église grecque, et fut nommé patriarche d'Alexandrie. 11 ambitionna le siège de Constantinople, que les caprices de la Porte rendaient souvent libre par la déposition et l'exil du patriarche. Repoussé dans une première élection, où Timothée, évêque de Patras, obtint la préférence, il lui succéda, quelques années après; mais ses doctrines nouvelles excitèrent la défiance des évêques, et le synode

1 Crusii Turco-Graecku

de Constant inople fut rempli d'orages. L'ambassadeur d'Angleterre et l'envoyé de Hollande soutenaient le patriarche novateur. L'ambassadeur de France travaillait contre lui. Les évoques rédigèrent des protestations et des anathèmes; et le divan, fatigué de ces querelles qu'il ne comprenait pas, relégua Cyrille dans l'ile de Rhodes.

Le patriarche, du fond de sa retraite, remua de nouveaux ressorts, et se fit rappeler. Rétabli sur son siège, il essaya de répandre un catéchisme conforme aux principes des Églises protestantes. L'ambassadeur d'Angleterre fit venir secrètement pour cet usage une presse et quelques ouvriers d'imprimerie, les premiers qu'on ait vus dans Conslantinople. Quelques missionnaires jésuites, dans leur zèle contre la réforme, dénoncèrent au divan celte nouveauté comme une conspiration. La presse fut détruite, et Cyrille exilé dans l'île de Ténédos1. Ce qui peut étonner, et ce qui montre la mobilité vénale et capricieuse des ministres de la Porte , c'est que Cyrille fut une seconde fois rappelé. Mais, sur de nouvelles plaintes et par de nouvelles intrigues, il fut déposé, conduit sur un vaisseau et mis à mort. Le dénonciateur principal du patriarche devint son successeur et, peu de temps après, périt du môme supplice. Le synode restait agité de querelles. On eût dit que les fureurs scolastiques qui avaient perdu l'empire des Grecs se ranimaient au milieu de leur esclavage; et les puissances chrétiennes, si longtemps indilïérentes sur le sort de ce malheureux

1 Coilcclanca de Cyitllo Lucare.

peuple, s'occupaient avec un zèle singulier de ce qui pouvait changer sa foi, et le faire passer du schisme a l'hérésie.

Ces fréquentes mutations du patriarcat de Byzance étaient liées presque toujours aux intrigues que formaient quelques familles établies dans le Fanar, et dont la fortune s'était augmentée par un négoce lucratif, et quelquefois par la faveur des grands de la Porte. Presque toujours le patriarche était un instrument docile dans la main de quelques-uns de ces Grecs, en qui la finesse naturelle à leur nalion était aiguisée parles périls d'une cour ombrageuse et sanguinaire. Ces grandes familles du Fanar composaient une espèce d'aristocratie servile, distinguée du reste de la nation par ses vices et par ses lumières.

Dans le xvue siècle, il y avait dans le Fanar une vingtaine de ces familles, la plupart enrichies parle commerce de diamants et de soierie. C'.étaient les Juliani1, les Roselti, les Soutzi, les Maurocordati , les Contaradi , etc. Aucun de ces noms, comme on le voit, ne rappelait les anciennes maisons de l'empire grec. Il se conservait cependant quelques-uns de leurs héritiers réels ou prétendus, qui portaient les noms de Cantacuzène et de Paléologue. Mais presque toute la noblesse fanariote était de nouvelle date, venue de l'Asie Mineure ou de l'île de Scio, et mêlée de sang italien. L'exemple du crédit qu'avait obtenu Panajoti,prèsdu grand vizir Koproli, redoubla lesintrigues cl l'ambition des Crées du Fanar. La charge de drogman

1 Turquie chrétienne.

ou d'interprète devint une haute fonction qui donnait part à tous les secrets de la Porte, et dominait son ignorante diplomatie.

Tentées par le succès de Panajoti , les principales familles du Fanar firent instruire avec soin leurs enfants dans les langues d'Europe, pour les mettre au service du divan. Dans cet avilissement de l'esprit et de l'adresse servant au triomphe de maîtres cruels et grossiers, les Grecs du Fanar conservaient un zèle religieux qui faisait tout leur patriotisme : Panajoti en avait donné l'exemple. 11 avait travaillé à la destruction des chrétiens de Candie; et il se servit de sa faveur pour faire relever des églises et pour fonder des monastères. Telle fut la conduite des principaux Fanariotes, qui s'unirent toujours au patriarcat de Byzance, et firent à leur ambition toute espèce de sacrifices, hormis celui de leur culte.

Un autre résultat de leur influence fut de ramener quelque instruction parmi leurs concitoyens, et de préparer ainsi de loin la liberté, sans la vouloir. Le xvne siècle et l'âge suivant virent s'élever, parmi le haut clergé et les riches familles de la Grèce, un assez grand nombre d'hommes instruits dans les arts et dans les langues antiques et modernes. Le célèbre Cantemir, Moldave de naissance, mais Fanariote par son éducation, son séjour à Constantinople et son mariage avec une princesse Cantacuzène, a comparé les savants grecs de son temps aux plus célèbres génies de l'antiquité '.

1 Histoire de l'empire ottoman, par Démétrius Cantemir.

C'esl là, sans doute, une hyperbole grecque un peu forte; mais il est certain qu'à cette époque parurent en Grèce des hommes qu'on aurait remarqués dans d'autres pays. Un Grec nommé Monolaki , enrichi par le commerce, fonda près de l'Église de Byzance une académie, où l'ancienne langue, les diverses philosophies de l'antiquité et les sciences naturelles étaient enseignées par des maîtres célèbres. Ce fut là qu'Alexandre Maurocordato, interprète et médecin du sérail, fit connaître le principe de la circulation du sang, dont la découverte récente était encore contestée dans l'Europe.

D'autres hommes savants, Jean Cariophile, Scœvophylax, Antonios Sébastos, illustraient cette école; et Cantemir, qui suivit leurs leçons, les cite avec la même reconnaissance que montre Marc-Aurèle en nommant ses maîtres. Mélèce , archevêque d'Arta , et ensuite d'Athènes, Métrophane et plusieurs autres ecclésiastiques, ne s'adonnèrent pas aux lettres avec moins d'ardeur. Enfin le siège patriarcal fut occupé par un homme d'une grande vertu et d'une rare éloquence, Callinicos.

Parmi les Grecs célèbres de cette époque, on peut encore citer Philaras d'Athènes, médecin qui voyagea dans l'Europe, et que Milton, dans une lettre latine, consultait avec de minutieux détails sur les symptômes de sa cécité commençante1.

A la vérité, ces lumières et cette érudition de quelques hommes n'avaient nul rapport avec l'état général de la nation. Au commencement du xvne siècle, la population

1 Mil ton' s prose Works, v. III.

19 i essai sur l'état des grecs

grecque du continent et duPéloponèse formait un peuple nouveau qui semblait repasser par les degrés suecessifs de la barbarie. Cachés sous le nom de Romaioi qu'ils se donnaient eux-mêmes, les Grecs n'avaient sur leurs antiquités qu'une notion très-vague. Ils croyaient que leur patrie avait été jadis habitée par des géants païens. Ils conservaient mieux les traditions du christianisme, mais entremêlées de fables et de coutumes bizarres : comme tous les peuples simples, ils avaient beaucoup de fêtes religieuses. On sait aujourd'hui, par un recueil célèbre, quel instinct poétique se conservait chez leurs patres et dans leurs villages; et, quoique là plupart des chants populaires rassemblés par II. Fauriel ne remontent pas au delà du dernier siècle, on peut présumer que des traditions semblables appartiennent à des époques plus anciennes, et que les Grecs eurent toujours dans leur ignorance cette même nature poétique et musicale.

Les voyageurs qui, dans le xvue siècle, ont décrit la Turquie d'Europe, étaient des érudils plus attentifs aux monuments et aux inscriptions de l'antiquité qu'aux débris vivants de la Grèce. Ils sont cependant frappés de celte vivacité d'esprit, de ce feu du Midi qui brillait souvent dans un pauvre berger ou laboureur grec. Mais ils s'accordent à montrer la population tout entière comme abattue par l'oppression des Turcs.

Vers le milieu du xvne siècle une charge odieuse cessa cependant de peser sur les familles grecques; depuis l'année 1656, on ne leva plus le tribut du cinquième des enfants mâles. La Porte, moins heureuse dans ses expéditions militaires, avait abandonné son ancien usage

de former les or/as de janissaires avec les enfants chrétiens enlèves dans le sac des villes d'Europe. Elle renonça également à les recruter avec la population grecque1, et ne mit plus dans leurs rangs que des Turcs asiatiques.

Cet impôt du sang avait été surtout insupportable aux Grecs, parce qu'il entraînait l'apostasie de leurs enfants. On avait vu des mères poignarder leur fds dans les bras des commissaires turcs, et se tuer ensuite elles-mêmes. Ce courage se retrouvait particulièrement chez les femmes de la Zaconie, canton de l'ancienne Lacédémone. La suppression de cette dime odieuse fut pour les Grecs un grand allégement à leur servitude, et la population s'augmenta dans la Morée.

Quelques villes avaient obtenu d'ailleurs des espèces de privilèges dont profitaient les Grecs. Napoli, habitée en partie par des Turcs, avait le droit de ne recevoir le pacha dans ses murs que pendant trois jours chaque

1 On annonce, en 1853, un retour à t'ancien usage, sous une autre forme. Les Grecs ne seraient pas décimés dès l'enfance par un recrutement qui transformait une partie d'entre eux en musulmans, oppresseurs de la race d'où ils sortaient. Us ne seraient pas non plus, comme depuis deux siècles, exclus des armes, et tenus par là même en état d'asservissement et d'infériorité. Ils entreraient à litre égal dans les armées turques; et leur admission à tous les droits civils serait complétée par leur participation active au service militaire. Mais celte promesse de la diplomatie est- elle compalille avec la durée de l'empire? Dans la disproportion des deux cultes musulman et chrétien iur le sol de l'Europe, que deviendra le sultan et le divan, le jour où les régiments chrétiens, arméniens et grecs, formeraient la mnjorité de l'armée turque?

19G essai sur l'état des grecs

année. C'étaient autant de rapines et de concussions évitées pour le reste du temps. Aussi cette ville, heureusement située, était -elle enrichie par le commerce. On y rassemblait des productions de toute la Grèce; et il s'y faisait un grand trafic de blé, de vin, d'huile, de soie, de colon et de tabac' Le port était vivant et fréquenté. Il y venait des vaisseaux de Constantinople, du Caire, de Venise, de Livourne. Sur le rivage, on voyait beaucoup de femmes zaconites, d'une stature haute et vigoureuse, occupées incessamment à transporter des fardeaux. Les hommes naviguaient sur de petites sarco- Icves au pavillon turc , et allaient trafiquer dans les îles voisines.

11 y avait dans la ville quelques négociants grecs fort riches, et à qui cette richesse donnait, comme il arrive partout, une sorte de pouvoir. -Xes Turcs même de Napoli paraissaient plus humains que les autres, et un peu civilisés par l'abord fréquent des étrangers. Dans les autres villes de la Morée nul commerce, nulle industrie. La vie des Grecs était à peu près la même que celle des Turcs. Les femmes des primats et des riches ne sortaient que voilées et entourées de suivantes, comme les femmes turques. A l'église, elles se tenaient dans un lieu séparé, qu'on appelait, de l'ancien nom, Gynecetis.

Les villages et les campagnes de la Morée offraient un aspect assez liant. La guerre ne les avait pas ravagés depuis près d'un demi-siècle; il y passait peu de troupes. Il n'y avait donc à supporter que les vexations habituelles des pachas, des mausselims, des cadis et des naëbs, les insolences de quelques agas, et ce dur mépris

de la race victorieuse pour la race vaincue. Dans quelques lieux mêmes , ce sentiment s'était adouci par l'habitude de vivre ensemble. Il se trouvait beaucoup de paisibles hameaux, nommés y^piv. par les Grecs, peuplés de familles turques et chrétiennes, ayant chacune également leur petite maison 1 fermée avec une serrure de bois, surmontée d'une petite terrasse, où l'on passait la nuit sous le doux ciel de la Grèce, et entourée d'un jardin rempli de mûriers, de térébinthes et d'oliviers. Ce qui ne manquait nulle part, c'était une église chrétienne, quelquefois creusée dans le rocher, une image de la Vierge, et quelques piètres pour absoudre le peuple de ses péchés.

Les anciennes habitudes , celles qui naissent du génie même des lieux, se retrouvaient dans les diverses parties de la Morée. Les habitants de l'Arcadie étaient toujours pasteurs; ceux de la Messénie, laboureurs et adonnés à la chasse; ceux de l'Argolide, industrieux et commerçants. Mais ces traits distinctifs étaient affaiblis par l'oppression. 11 est certain, cependant, que, vers le milieu du xvue siècle, il restait parmi les raias de la Morée l'espoir d'être délivrés par le grand-duc de Moscovie 2,

1 La Guillelière en l'année 1676.

2 La Guilletière.

La politique de la France, en 182o, cette politique généreuse aujourd'hui désavouée par un de ses plus illustres organes, avait noblement déconcerté semblable espérance. Au secours intéressé des Russes, elle avait substitué la protection de l'Europe, et la liberté partielle de la Grèce. Avec plus de prévoyance on eût osé davantage. Mais faudrait-il aujourd'hui rétracter la justice qu'on

et môme la croyance que quelque jour un vaillant capitaine s'élèverait du milieu de leur nation, et reprendrait toutes les mosquées pour en faire des églises chrétiennes.

Le sort d'Athènes avait été longtemps le même que celui des villes de la Morée. Malgré son beau port, elle avait moins de commerce que Napoli, et elle était exposée aux fréquentes rapines du pacha de Négrepont. Ce fut un bonheur pour elle d'être donnée en apanage au chef des eunuques noirs, par le crédit d'une belle Athénienne qui était entrée dans le sérail. Cette juridiction lointaine fut une espèce d'affranchissement pour Athènes. Les Crées de cette ville se gouvernaient par un conseil de vingt-quatre vieillards, appelés Vecchesiadoi ; et ils se servirent quelquefois avec assez d'adresse de la protection qu'ils avaient dans le sérail pour obtenir le renvoi du gouverneur ou de l'aga. Les [dus instruits d'entre eux' se vantaient de ces petites résistances comme d'un esprit de liberté qu'ils avaient hérité de leurs ancêtres. Avec ce secours, ils échappèrent souvent à des avani> s que voulait leur faire subir le pacha de Xégrepont, par un ancien droit de sa charge.

Athènes, bien que remplie de ruines, conservait encore beaucoup de monuments qui furent mutilés dans la suite par les armes ou la curiosité des peuples civilisés. Les Grecs qui l'habitaient, indifférents pour ces souvenirs,

a faite, et rendre la Morée aux Turc?, pour préserver ta Turquie d'une invasion que l'Europe n'écartera dans l'avenir qu'en la faisant pacifiquement elle-même?

1 Spon et Wl.eler.

se rapprochaient assez des mœurs turques, et les enfants des deux nations jouaient ensemble sur les débris des chefs-d'œuvre antiques.

Le peuple d'Athènes était ignorant, comme celui du reste de la Grèce; mais cet esprit subtil, que les anciens attribuaient à l'influence du climat de l'Attiqne, se remarquait dans la population moderne. Une chose singulière, c'est que la méthode ingénieuse de l'enseignement mutuel était pratiquée vers le milieu de xvne siècle dans la ville d'Athènes, où le maître d'une école instruisait par ce procédé un grand nombre d'enfants à la fois. Athènes avait alors pour archevêque Anthime, homme savant, qui cherchait à répandre quelque instruction parmi ses compatriotes. La religion était fort en honneur dans la ville. On y comptait plus de cinquante églises desservies par des prêtres grecs; et là, comme ailleurs, le zèle religieux conservait la nation vaincue, malgré le mélange des races et la longue durée de l'oppression n.'.ïsulmane.

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