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T«>ut entier aux illusions et aux poétiques images qui se pressent dans son âme, Gémiste reprend bientôt avec chaleur : « N'était-ce pas, ô Grecs! une admirable idée de notre maître Platon, que celle qui peuplait l'univers de tant de génies protecteurs, sous la haute puissance et le regard éternel d'un Dieu suprême? O Lascaris, qui Nouiez porter nos arts en Italie! retrouverez-vous sur cette terre, devenue barbare, le Dieu qui dans la Grèce donnait l'inspiration et l'éloquence ? Que ferez-vous de nos chefs-d'œuvre qui, pour des peuples ignorants de nos mystères antiques, ne seront plus qu'une lettre morte et stérile ? Quand Platon alla visiter les sages d'Egypte, lui suffisait-il d'admirer la forme des caractères et des symboles gravés sur le frontispice des temples ? Ne voulait-il pas en pénétrer le sens et le mystère? Que sunt nos arts séparés du culte et des croyances, c'esl-àdire de la \ie de nos pères? Souvenez-vous de ces mots qu'un Romain écrivait à son ami : « Vous allez à Athènes,
« adorez donc les dieux. » 0 Lascaris! peut-être vous n'avez pas senti cette puissante union de nos souvenirs et de notre génie, de nos arts et de nos traditions antiques, vous à demi étranger, vous retenu, parmi les vaines querelles de Byzance , aux confins de la Thrace, loin de nos rives sacrées. Oh! si vous aviez habité dans Athènes, si vos regards, au lever du jour, avaient rencontré le Parthénon, si vous aviez cru retrouver la trace des pas du divin Platon, si les ruines mêmes vous avaient paru immortelles et saintes, que vous seriez loin de réduire le yénie de nos pères à la perfection des arts et de la parole ! Cette image du beau que vous contemplez dans leurs écrits et que vous voulez faire connaître aux peuples d'Occident, ne savez-vous pas qu'elle n'est qu'une copie dérobée au divin exemplaire qui se lit dans les cieux ? Élevons les ailes de notre âme vers cette beauté céleste; alors nous la retrouverons plus vive et plus vraie dans les traditions et la poésie de nos pères. »
Pendant qu'il parlait ainsi , le jeune Michaël Apostole semblait s'animer à son exemple, mais d'un enthousiasme plus timide et moins confiant que celui du vieillard. Le doute se mêlait à son illusion; il apercevait comme de séduisantes promesses ce que l'ardente imagination du vieux platonicien réalisait, en l'exprimant. Il n'était point persuadé; il était ému. Surtout il partageait cette espèce de mépris que les Grecs de Byzance avaient pour la civilisation des Latins. « Pour moi, dit-il, sans espérer la renaissance de la Grèce qui succombe sous les coups des Barbares d'Asie , je n'irai point vivre dans l'Occident. Je préfère me retirer dans quelques-unes