LE BARBEAU MÉRIDIONAL
BARBUS MERIDIONALES (Risso) 0)
Risso, Histoire naturelle de l'Europe méridionale , t. ni, p. 437. Barbus caninus. — Valenciennes, Hist. nat. des poissons, t. xvi, p. 142. Blanchard, Poissons de France , p. 313.
Ce Barbeau, que Crespon n’a pas mentionné dans sa Faune méridionale , se rencontre dans notre département sur quatre points différents : d’abord dans l’arrondissement du Vigan, où il habite la Vis et ses affluents, surtout le ruisseau de Maudesse ; ensuite dans l’arrondissement d’Alais, dans le ruisseau de la Candolière , commune de Saint- Maurice , et dans les Aiguières de Suzori, près des Fumades. Ori l’appelle vulgairement Barbeau camus dans le nord du département, et Barbel ou Durgan à Suzon.
Le Barbeau méridional se distingue du Barbeau commun, Barbus fluviatilis, Fleum :
1° Par l’absence de dentelures au gros rayon de la nageoire dorsale ;
2° Par le peu de profondeur de la dépression entre le museau et la région nasale ;
3° Par sa tête plus courte et plus obtuse , ce qui lui a valu son nom populaire de Barbeau camus ;
4° Par sa forme plus effilée, plus dodue et plus ovalaire ;
(1) Inséré dans le Bulletin de la Société d'étude des sciences naturelles de Nimes. — Décembre 1875.
5° Par ses écailles qui sont plus grandes , presque aussi larges que longues , avec leur bord arrondi , les stries circulaires très -espacées, et les sillons longitudinaux fort nombreux et très -rapprochés.
6° Par le conduit des écailles de la ligne latérale qui est long, étroit, avec la paroi supérieure prolongée jusqu’à son extrémité.
La couleur du corps est gris perle , tachetée de brunâtre, avec les parties ventrales d’un blanc d’argent. Au printemps, le dos présente presque toujours une teinte olivâtre , et les côtés des nuances tirant sur le bleu d’acier. A cette époque de l’année, les barbillons ont souvent une couleur rouge, ainsi que l’origine des nageoires. Les yeux , assez petits, ont l’iris doré. (Blanchard.)
M. Blanchard, dans son Histoire naturelle des poissons d’eau douee de la France , ne parle pas de la taille de ce poisson, et les figures de l’ouvrage feraient supposer que le Barbeau méridional est aussi grand que le Barbeau commun. Quoi qufil en soit, les individus du Gard ne dépassent jamais 30 centimètres , et , encore , ceux de Suzon atteignent trèsrarement ce chiffre et conservent une taille variant entre 20 et 25 centimètres. Les Barbeaux de la Vis présentent la livrée décrite par M. Blanchard , mais les individus de Suzon offrent quelques particularités de couleur que nous avons à signaler : le dos est d’un olivâtre très-foncé , bronzé et orné de taches pointillées brunâtres ; le ventre a quelques tons de chair ; le dessus de la tête est d’un vert noirâtre uniforme et assez foncé ; les pièces operculaires sont pointillées, le préopercule a une tache bleuâtre antérieure , et l’opercule une tache médiane bronzée ; les nageoires sont maculées et rayées ; la dorsale et la caudale sont de la couleur du dos ; les pectorales , ventrales et anale , sont plus claires , et ces dernières (ventrales et anale) ont leur partie terminale d’un jaune clair. Cette description a été faite au mois d’août.
Chez les jeunes, les couleurs sont moins vives et les taches
du dos et des flancs sont bien marquées. Cependant, toutes ces particularités ne me semblent pas légitimer l’établissement d’une variété spéciale, qu’à cause de sa couleur on pourrait, si l’on y tenait, appeler variété fuscatus.
Le Barbeau méridional aime les cours d’eau assez rapides, caillouteux, frais, limpides et peu profonds. C’est donc un fait vraiment curieux de le voir habiter les gouffres insondables de Suzon , dont l’eau est stagnante pendant près de quatre mois de l’année. Aussi cette station anormale a-t-elle fait varier nécessairement le type spécifique.