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LES OISEAUX & LES INSECTES

La question de Futilité des oiseaux, comme destructeurs d’insectes, vient d’être remise sur le tapis à la Société d'agriculture de France , non pas que , sous l’impulsion de la Société protectrice des animaux , mille défenseurs des oiseaux ne se soient levés en France et ne combattent journellement, au nom de l’intérêt universel et de la sensibilité générale, pour leurs petits protégés. Or, ce n’était pas là, à proprement parler , une question de science , mais simplement une affaire de sentiment , et l’on ne pouvait voir, dans les nombreuses réhabilitations publiées par les partisans de la protection, des mémoires ayant valeur scientifique.

Vous savez que, sous l’Empire, le sénateur Bonjean, dans un rapport célèbre, très-recommandable au point de vue littéraire, fort peu au point de vue scientifique, prit le parti des oiseaux, et sa parole trouva de nombreux échos dans les âmes sensibles d’alors. On prit même des mesures administratives pour restreindre la chasse, et de tous côtés les instituteurs de village et leurs écoliers s’érigèrent en défenseurs des nids : le dénichage, cette distraction des gamins ruraux, reçut un bien rude coup.

Mais on n’avait aucune autorité pour résoudre cette question par la science, et à tous les énergumènes qui péroraient, il manquait, en supposant qu’ils fussent ornithologistes, une connaissance suffisante des insectes. Le débat ne pouvait donc être tranché. Ce fut M. Edouard Perris, vice-président

(1) Conférence du 26 mars 1876. ( Société d'étude des Sciences naturelles de Nîmes.)

du conseil de préfecture des Landes, ornithologiste savant et entomologiste distingué, qui, dans sa brochure « Les oiseaux et les insectes » eut le mérite de dire la première vérité sur la question, dans une récente discussion à la Société d'agriculture ; M. Lichtenstein a fait aussi entendre, dans le même sens, sa voix autorisée ; mais j’ai bien peur que la vérité, encore cette fois, ne reste sous le boisseau : on n’écoutera pas plus la parole de M. Lichtenstein qu’on n’a lu la brochure de M. Perris, et, pendant longtemps encore, la Société protectrice des animaux, animée d’un zèle puéril, continuera à donner des médailles d’or et d’argent à ceux qui protègent les Corbeaux, les Moineaux et autres volatiles ne méritant pas, bien certainement, tout l’intérêt que leur portent nombre de gens, dont la capacité affective doit être fortement développée pour se répandre ainsi sur la nature.

J’ai lu la brochure de M. Perris, j’ai entendu parler à ce sujet M. Lichtenstein, et je ne puis mieux faire, pour vous éclairer dans le débat, que de vous énoncer en quelques mots la vérité.

Les oiseaux, on peut le dife, ne nous sont en aucune façon utiles comme destructeurs d’insectes. D’abord, le régime exclusivement insectivore est très-rare chez eux, et la plupart des oiseaux ont une alimentation très-variée suivant les saisons : ils mangent ce qu’ils peuvent et ce qu’ils trouvent, voilà le fait. Il est certain qu’ils détruisent un bon nombre d'insectes. Mais ces insectes, quels sont-ils ? D’abord une grande quantité d’espèces indifférentes, inutiles ni nuisibles, puis beaucoup de carnassiers ou de parasites qui restreignent le développement des espèces nuisibles ; enfin, un trèspetit nombre d’insectes véritablement nuisibles. D’ailleurs, ils ne sont pas coupables sous ce point de vue ; car sur 40,000 espèces d’insectes européens, 350 seulement sont nuisibles, et, vraiment, il faudrait attribuer aux oiseaux un éclectisme miraculeux pour vouloir les considérer comme amateurs exclusifs de ces 350 espèces.

D’autre part, parmi ces 350 espèces, beaucoup, sinon la plupart, sont inacessibles pour les oiseaux, tant par leur petitesse que par leurs habitudes ou leur mode d’habitation, aussi bien à l’état de larves qu’à l’état d’insecte parfait ; de plus, un grand nombre d’insectes nuisibles ne vivent pas dans la sphère d’activité des oiseaux, par exemple, les Dermestes, les Tuihrènes, les Vrillettes.

Je ne puis pas, vous le comprenez, vous relater ici tous les faits que M. Perris a apportés en faveur de sa thèse. Qu’il me suffise de vous dire que, si cette brochure avait été plus répandue, nous serions débarrassés depuis longtemps de tous ces apologistes fervents qui veulent nous enlever l’une de nos plus agréables distractions, la chasse , et qui, si on les écoutait, feraient de la protection des oiseaux une question européenne et internationale. Pour peu que cela continue, je ne désespère pas de voir un jour nos grands diplomates, verser en chœur quelques larmes bien senties sur le sort des oiseaux, et chercher ensemble le moyen de les garantir et d’assurer ainsi la prospérité de nos récoltes. Peut-être les oiseaux en seront-ils reconnaissants et se mettront-ils à la poursuite du phylloxéra ! Certains, à un moment, ont prétendu la possibilité de la chose et ont préconisé l’utilité des Becs-fins pour là destruction du phylloxéra ailé !

Mais, dira-t-on, d’où vient que la diminution du nombre des oiseaux soit généralement suivie d’une augmentation numérique des insectes ? M. Perris réfute victorieusement cette objection, et prouve que cette augmentation est due aux procédés actuels de la culture, en donnant sur ce point des détails que je ne puis relater.

Quoi qu’il en soit, renonçons à cette idée que les oiseaux détruisent les insectes nuisibles ; ce n’est pas eux que la nature a chargé de ce soin : laissons faire les carnassiers et les Parasites, et nous serons mieux gardés par eux que par les oiseaux. En attendant, que les chasseurs chassent, et les agriculteurs auront autant de grains dans leur grenier !

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