DE L’HYBRIDATION
L’hybridation est définie : le croisement entre deux espèces différentes. Dans ces dernières années, il s’est fait beaucoup de bruit autour de cette question qui touche à la grande controverse de l’espèce ; nombre de naturalistes et d’expérimentateurs sont venus apporter le résultat de leurs observations, et même de simples éleveurs ont fourni parfois des données précieuses. C’est l’état actuel des connaissances scientifiques sur ce point que je vais aujourd’hui traiter devant vous.
Dès l’antiquité on s’est beaucoup occupé de l’hybridation, et, à cette époque où la notion de l’espèce était encore un peu plus obscure qu’à présent, ce qui n’est pas peu dire, mille expériences baroques ont dû être faites pour accoupler les animaux les plus différents ; de là, les mille fables qui ont été accréditées dans le peuple, répétées par les poètes, par les compilateurs, tels que Pline et Œlien, et même par des savants comme Aristote. La religion elle-même se ressentit de ces préoccupations, et la Mythologie enregistra les amours du Cygne Jovien et de Léda et ceux de Pasiphaé et du Taureau, d’où sortit le Minotaure ; peut-être même en trouverait-on encore des traces dans les religions actuelles.
Dans les temps modernes la question redevint scientifique, et Buffon, Bonnet, Gleichen, Prévost et Dumas, Cuvier, de Vauzio, et bien dJautres, s’occupèrent de l’hybridation des animaux, tandis que Linné, Kœlreuter, Gœrtner, Lecoq et Naudin l’étudiaient surtout chez les végétaux.
(1) Conférence du 27 octobre 1876. ( Société d'étude des sciences naturelles de Nimes.)
Nous allons successivement examiner les conditions de l’hybridation, ses caractères, et le parti qu’on peut tirer de cette étude dans la résolution de la question de la mutabilité de l’espèce.