I. — Conditions de l’Hybridation
L’hybridation est en rapport avec l’affinité systématique, le croisement plus facile entre les espèces d’un même genre ou entre les espèces de deux genres voisins, impossible entre les espèces de familles, ordres ou classes différentes, ou, du moins si le coït est possible, l’union est inféconde.
Ainsi, hybridation possible : entre cheval et âne ; bœuf et bison ; bouc et brebis ; brebis et mouflon ; porc et sanglier ; chien et loup ; chien et chacal ; tigre et lion ; dromadaire et chameau ; lièvre et lapin ; coq et faisan ; canari et quelques espèces de fringilles (verdier, linotte, tarin, etc.), oie commune et oie chinoise. Le croisement entre espèces de genres différents est plus rare ; cependant : chien d’Amérique et renard. Bourgelat et Bredin ont cité hybride de cheval et vache, appelé Jumart; mais la chose est plus que douteuse.
Chez les végétaux, l’hybridation est trés-fréquente et certains genres semblent, sous ce rapport, très-privilégiés ; par exemple, Verbascum , Cistus , Eieracium , Narcissus , et surtout l’hybridation sauvage est plus commune que chez les végétaux cultivés ; nous citerons quelques exemples remarquables, entre autres :
1° Orange trifaciale — or. bizarria — tiers bigarrade — tiers citron — tiers orange , qui date de 1644 et a été produit en Italie.
2° Cytisus Adami. — Adam greffe le Cytisus purpureus sur le Cytisus laburnum; des bourgeons de la greffe naît l’hybride, qui, à un certain âge, présente des faits curieux de retour atavique ; car, dans la jeunesse, il est exactement
intermédiaire entre les deux parents : on vit donc, sur la même plante, des grappes de fleurs jaunes et pendantes de C. laburnum, des inflorescences droites et à fleurs rouges de C. purpureus et des fleurs mixtes de C. Adami. On vit même mélange des trois types dans les pétales d’une même fleur.
3° L’hybride de Cratœgus azarolus (4 ou 5 noy. au fruit) et du Cr. oxyacantha (1 noy.) qui n’a que 2 noyaux.
4° L’hybride de l’amandier doux, par le pollen du pêcher, obtenu par Knight, qui produisit des fleurs n’ayant que peu ou point de pollen et des fruits, mais apparemment sous l’action fertilisante d’un pécher lisse voisin ; un autre hybride de l’amandier doux, fécondé par le pollen d’un pécher lisse, ne donna pendant les trois premières années que des fleurs incomplètes, mais ensuite elles devinrent parfaites et riches en pollen.
5° Vœgilops triticoïdes, de Fabre, hybride sauvage du froment et de l’ Œgilops ouata, qui peut se transformer graduellement en vrai froment. On sait que ces observations de Fabre avaient conduit quelques auteurs à croire que le froment était le descendant modifié de l’œgilops . Mais M. Godron a combattu cette opinion , qui ne peut cependant être encore complètement rejetée.
Je pourrais encore en citer bien d’autres obtenus par Gœrtner, Kœlreuter ou Naudin, qui se sont livrés sur ce point, à des expériences multipliées.
La facilité d’hybridation diminue avec le degré de différenciation des espèces ; exemple : certaines espèces Jd’insectes dont les organes générateurs extérieurs sont adaptés exclusivement à l’espèce. De même, certaines espèces de Cucurbita. C. maxima , pepo (potirons et courges), transmettent leurs caractères avec une telle énergie, que la plupart des hybrides reproduisent le type ; ici l’hybridation étant possible, les résultats en sont fort amoindris à cause de la différenciation de l’espèce.
Quelles sont les conditions du croisement dans l’hybridation ? On peut dire qu’elles ne sont pas ordinaires :
Pour les animaux en liberté, elle n’a lieu que lorsque l’une des deux espèces est excessivement rare dans la localité où a lieu l’appariage. En captivité ou en domesticité on reproduit ces conditions artificiellement , en enfermant à part les deux individus que l’on veut accoupler. Or, ce croisement a lieu évidemment par violence ; c’est l’impulsion génératrice aveugle, quoique naturelle, qui pousse, au temps du rût, le mâle à s’accoupler à une femelle d’une autre espèce. Chez les végétaux, l’hybridation s’effectue, soit par le concours du vent, soit le plus souvent avec l’intermédiaire des insectes ; aussi comprendra-t-on que l’hybridation soit, chez eux, plus facile. Artificiellement l’expérimentation produit des hybrides, en transportant le pollen d’une espèce sur le stigmate d’une autre, et cela, avec des tours de main et des procédés qui varient suivant les espèces à hybrider.