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ŒUFS ET NIDS

La première question que l’on doit se faire et que l’on se fait généralement, en face d’un être organisé, est celle-ci : « Comment cette créature , cet animal a-t-il été formé ? » Car l’esprit de l’homme est tel que , voyant l’effet , il cherche la cause ; or, de toutes les causes , celle qui nous intéresse le plus directement est sans contredit ce phénomène par lequel nous existons, et qu’on nomme génération.

C’est un de ces modes de génération, multipliés d’une façon si diverse par la nature, que nous nous proposons d’exposer aujourd’hui.

Les anciens philosophes ont su, comme nous, que tous les êtres organisés sortent originairement d’un œuf. En effet, l’ovule qui renferme l’embryon dans les femelles vivipares , la graine dans les végétaux, présentent la plus grande analogie avec les véritables œufs, ceux des oiseaux, des reptiles et des poissons. Cependant, il existe, entre l’ovule et l’œuf, cette différence, que, dans le premier, le fœtus reçoit les sucs nourriciers de la mère par des conduits et des vaisseaux admirablement disposés à cet effet, tandis que, dans le second, le fœtus trouve sa nourriture dans l’intérieur même de l’œuf.

Nous étudierons d’abord les œufs des oiseaux et nous diviserons cette étude en quatre parties :

1° Anatomie de l’œuf ;

(1) Conférence du 11 octobre 1872. ( Société cVétude des Sciences naturelles de Nîmes.)

2° Formation de Vœuf ;

3° Développement du foetus ;

4° Incubation ;

I. Anatomie. — Nous nous occuperons successivement du. jaune, du blanc et de la coquille. Le jaune ou vitellus, est sans contredit la partie la plus essentielle, la plus importante de l’œuf des oiseaux. Il est composé de différents éléments ; ce sont, d’abord, de grandes granules visibles à l’œil nu, qui lui donnent cette apparence sableuse, après qu’il a été durci, puis d’autres granules microscopiques et des vésicules graisseuses, enfin, d’une huile particulière et qui paraît avoir une grande analogie avec la bile, si on en juge d’après son principe colorant. On y rencontre encore la membrane vitelline , le disque prolifère , la lame prolifère et la membrane curgeante.

La membrane vitelline est une membrane interne, trèsténue et qui sert à maintenir à leur place les principes nourriciers qui serviront à l'entretien du fœtus.

Le disque prolifère est contenu dans une dépression circulaire (porte-rejeton) (pl. 1 ; jig. 1-a) placée à la périphérie de la membrane vitelline ; au contact de cette dépression circulaire se trouve la vésicule prolifère, c’est-à-dire celle qui porte le germe du petit oiseau, remplie d’un fluide parfaitement limpide et incolore. Au moment de la fécondation, cette vésicule se rompt et le liquide générateur se répand dans la capsule préparée à cet effet. Là, il se coagule et forme la lame prolifère.

Cette lame prolifère constitue , par la coagulation , une membrane circulaire adhérente à la membrane du jaune , et que l’on peut quelquefois apercevoir, en ouvrant l’œuf avec précaution. On l’appelle aussi cicatricule. — Enfin, pour compléter le système du vitellus, par dessus la membrane vitelline et la vésicule prolifère, s’étend une autre membrane, la membrane curgeante, qui se retrouve aussi dans les œufs de tous les animaux. *

On voit donc , d’après ce que nous venons de dire , que le vitellus est la partie fondamentale de l’œuf, par la raison même qu’il contient le germe du fœtus et les aliments qui doivent le nourrir pendant sa captivité.

Comme le jaune , le blanc va nous présenter trois membranes correspondant aussi à trois parties distinctes : les chalazes, le blanc visqueux et le blanc liquide.

Les chalazes (pl. 1 ; fig. l-b,b) sont des espèces de torsades agglutineuses et transparentes, qui se continuent, à partir du jaune, jusque dans la masse du blanc. Cette disposition en torsades s’explique facilement par le besoin d’espace, de plus en plus étendu, qu’exige le fœtus, par suite de ses accroissements.

Les torsades se déroulent à mesure que le germe prend plus de consistance. Les chalazes sont , sans aucun doute , destinés à maintenir le fœtus dans un état d’immobilité à peu près complète , au milieu des agitations diverses que peut éprouver l’œuf.

Le blanc ou albumine peut être considéré comme un supplément de nourriture pour l’œuf ; cependant, comme l’albumine entre en grande partie dans le sang , sa présence dans l’œuf serait alors suffisamment expliquée. Mais il y a deux espèces de blanc, l’un plus dense et plus épais que l’autre qui, à cause même de cette densité, tendrait à se rassembler dans la partie la plus basse de la coquille, s'il n’était maintenu dans sa position par une membrane légère, de forme ellipsoïdale , et séparant le blanc visqueux du blanc liquide.

Ce dernier enfin est lui-même entouré d’une autre membrane qui est couverte , à sa surface , de rides assez prononcées et destinées à laisser un passage entre la membrane et la coquille. On peut fort bien distinguer cette membrane, en enlevant la coquille d’un œuf cuit à la coque.

Ainsi, si le jaune nous a présenté le germe et la nourriture, le blanc nous donne les moyens d’immobilité, que la nature a

fournis au jeune oiseau, pour le garantir des accidents intérieurs.

Nous trouverons dans l’organisation de la coquille ses moyens de respiration et de défense extérieure -, comme dans le jaune, comme dans le blanc, nous allons encore retrouver dans la coquille trois membranes.

D’ailleurs, elles peuvent facilement se distinguer, si on laisse macérer pendant quelques heures la coquille dans un un acide léger.

On voit d’abord se détacher une première membrane en forme d’épiderme , excessivement mince et transparente ; c’est sur cet épiderme seul que se retrouvent, imprimées, les taches que l’on voit si souvent sur la surface des œufs.

Au-dessous de l’épiderme se retrouve l’enveloppe calcaire ; cette croûte pierreuse est destinée , avant tout , à garantir l’ensemble de l’œuf des chocs ou des froissements qui peuvent résulter de l’incubation. Mais ce n’est pas là sa seule utilité. En effet, puisque le jeune animal doit vivre dans l’intérieur de l’œuf , puisque ses aliments sont préparés, l’air lui est aussi nécessaire. Voilà pourquoi, sur l’enveloppe calcaire, se voit cette multitude innombrable de pores , que l’épiderme même n’empêche pas de distinguer. Bien plus , le nombre de ces pores a été calculé de telle sorte que l’embryon ne peut être ni privé d’air ni desséché par la température extérieure ; ils laissent, tout juste, passer la quantité d’air nécessaire à entretenir une humidité raisonnable dans l’intérieur de l’œuf, pendant sa couvaison.

Enfin, la partie intérieure de l’enveloppe calcaire est tapissée par une membrane souple et délicate, qui entoure la membrane du blanc liquide, mais sans y avoir autant d’adhérence qu’à la coquille. Il s’ensuit que, lorsque par suite de l’évaporation la masse du blanc diminue, la membrane du blanc liquide éprouve un retrait intérieur et laisse un vide assez grand entre elle et la membrane de la coquille. On donne à ce vide le nom de chambre à air ( pl . 1 ; fig. i-c). Or, cette chambre

est toujours située vers le gros bout de la coquille ; d’où on pourrait conjecturer que c’est par là que l’évaporation^ et par suite l’absorption, se font avec le plus de facilité. D’ailleurs, une expérience facile démontre la vérité de cette assertion : si , pendant l’incubation , on enduit d’un vernis impénétrable le petit bout de l’œuf, le fœtus continuera sa vie sans accident ; au contraire, si l’on vernit le gros bout, on causera la mort de l’embryon.

Voilà ce que c’est qu’un œuf ; voilà la description et l’utilité de ses différentes parties.

II. Formation de l’œuf. — Nous allons examiner maintenant comment se forme l’œuf dans le corps de l’oiseau femelle, et comment ensuite , de l’œuf, peut naître une créature organisée.

Toutes les parties de l’œuf ne sont pas formées dans les mêmes organes. Le jaune*ou vitellus se forme dans la grappe ou ovaire, que l’on trouve attachée à la paroi postérieure de l’abdomen de l’oiseau. Ce vitellus correspond à l’ovule des mammifères et lui ressemble sous tous les rapports. Quand il a été détaché de la grappe, le vitellus descend dans le cloaque par un canal nommé l’oviducte ou conduit de l’œuf, après avoir, bien entendu, été fécondé dans l’ovaire. C’est dans le cloaque qu’il reçoit les différentes couches de blanc, et, comme il est en même temps animé d’un mouvement de rotation sur lui-même , il en résulte une torsion qui forme les chalazes. Enfin, dans la dernière partie de ce conduit, est sécrétée la matière calcaire de la coque et, en même temps, la matière colorante qui, dans certaines espèces , en nuance la surface.

III. Développement du fœtus. — Mais comment de ces parties, jusqu’ici informes, peut-il naître un animal? Par quelle suite de transformations , de perfectionnement et de développement, une créature vivante peut-elle sortir de ces matières presque inorganiques ? C’est ce que nous allons

essayer de montrer , en suivant les développements successifs du foetus.

Ce n’est guère qu’à la sixième heure que l’on aperçoit quelques changements. Le disque prolifère s’enfle sensiblement, par suite d’une sécrétion de petite quantité de liquide, qui se produit entre lui et le vitellus. Vers la neuvième heure, le disque, de transparent qu’il était, devient opaque. Il s’y forme deux membranes : l’une séreuse et transparente, et l'autre muqueuse et opaque , et plus étendue que la première; sa forme, alors, est ovale. A la douzième heure, la forme devient pyriforme, et il s’est produit, depuis la sixième heure, une augmentation de volume de 0m,007 de diamètre à 0m,0l2. La quinzième heure présente des changements plus notables : deux lignes apparaissent d’abord , égales à la moitié du diamètre , qui , en grandissant , deviennent une seule ligne et divisent le disque en deux poches (sacs germinateurs).

Cette ligne a induit en erreur bien des anatomistes. Malpighi la regardait comme l’embryon primitif. Dollinger et Prander, comme la moelle épinière. Seul, le célèbre anatomiste M. Serres, a découvert son utilité. Cette ligne est incolore et c’est un champ libre , vers lequel les organes qui se forment dans les sacs germinateurs, reviennent converger. C’est ce que M. Serres a appelé la loi centripète, par laquelle les deux sacs se réunissant plus tard , formeront, en premier lieu, l’axe cérébro-spinal; en second lieu, le crâne et le rachis ; en troisième lieu , l’appareil de la circulation primitive ; en quatrième lieu, l’appareil digestif, et, en cinquième lieu, l’appareil cutané.

Vers la vingt-quatrième heure, les molécules se portent de la périphérie vers le centre et se rassemblent également autour de la ligne centrale. A la vingt-huitième heure, l’accumulation s’est précisée de plus en plus et l’on distingue les éléments du système cérébro-spinal. Ensuite, pour garantir ces éléments préparatoires , s’organise une poche dite de

l’amnios , formée par une division des sacs germinateurs ; mais cette poche laisse néanmoins un vide circulaire à la place du disque prolifère, par lequel s’effectuera l’accomplissement des trois systèmes organiques , représentés par les trois lames du même disque.

Dès lors, les phénomènes du développement embryonnaire se divisent naturellement en trois parties, correspondant avec trois lames prolifères.

La lame supérieure ou lame séreuse donne naissance, par un certain système de coagulation , au cerveau , aux vertèbres et à la moelle épinière. Puis le système cérébro-spinal s’infléchit et , des deux côtés du crâne , se manifestent des enfoncements où vont s’accumuler les liquides spéciaux qui concourent à la formation de la vue et de l’ouïe. Le système osseux se détermine par une agglomération de canaux particuliers, au centre même de la masse. Le système musculaire n’arrive qu’après le système osseux, et la peau n’est qu’un perfectionnement des téguments primitifs.

fig. 2. Embryon de poulet à la 36e heure — face inférieure. fig, 3. id. 36e heure — face supérieure.

La membrane muqueuse, que nous appellerons membrane vasculeuse, parce qu’elle donne naissance au système vasculaire, ne devient importante qu’après la première apparition du système cérébro-spinal. Ce n’est que vers la trente-cinquième heure que les globules sanguins font leur apparition. Alors , elles s’agitent irrégulièrement au milieu des vésicules graisseuses du vitellus, jusqu’au moment où un rudiment de vaisseau se détermine, avec une étonnante rapidité, vers la moitié supérieure du disque prolifère. Ce rudiment, qui s’agrandit et s’organise bientôt, c’est le cœur, qui, dès qu’il est constitué, met en mouvement tous les globules. Ceux-ci vont, viennent, tour à tour attirés et rejetés par le cœur, et, sur leurs pas, se forment des vaisseaux qui, bientôt, représentent une véritable ramification vasculaire. Mais la ramification n’existe qu’à l’intérieur ; au dehors, le réseau vascu-

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