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LES PLATYPODES DU GARD

Les Platypodes comprennent, dans le Gard, cinq espèces : le Rollier , la Huppe, le Martin-pêcheur et deux guêpiers, le Guêpier ordinaire et le Guêpier Savigny.

Cette famille naturelle fut pressentie par Brisson, qui en forma son quatorzième ordre, en lui donnant pour caractère la réunion du doigt médian avec l’externe jusqu’à la troisième articulation et, avec l’interne, jusqu’à la première.

Linné en a fait une division de ses Picœ, sous le nom de pedibus gressorus.

Lacépède en a fait une sous-division de sa méthode, sous le nom de Platypodes (pieds large) , que nous conserverons, car il exprime assez bien la conformation du pied de ces oiseaux.

Cuvier les a placés parmi les passereaux, sous l’appellation de Syndactyles.

Temminck les a élevés au rang d’ordre sous le nom d’ Alcyon. — Vieillot, enfin, les a nommés Pelmatodes.

Depuis, tous les ornithologistes ont reproduit la classification de Cuvier.

Or, il nous semble qu’ils n’ont pas assez fait ressortir l’importance de ce groupe si naturel ; car il mérite, tout autant que les Grimpeurs et les Pigeons , d’ètre séparé des Passereaux proprement dits.

Par conséquent, nous croyons que les vues de Temminck

(1) Conférence du 22 janvier 1875. ( Société d'étude des Sciences naturelles de Nîmes.)

sont excellentes sous ce rapport ; car cet ordre, établi artificiellement sur la conformation des pattes, a trouvé, après quelques additions, une éclatante confirmation dans l’examen anatomique.

Je vais donc aujourd’hui étudier l’ordre des Platypodes et faire une véritable monographie des espèces qu’il renferme.

Caractères généraux de l’ordre.

Les caractères de cet ordre, qui n’avait été établi que sur la conformation des pattes, sont, d’après moi, les suivants :

Bec plus ou moins allongé et arqué, parfois crochu.

Doigt médian uni à l’externe à divers degrés, mais jusqu’à la première ou à la troisième articulation ; parfois, aussi, à l’interne, jusqu’à la première.

Sternum portant deux échancrures profondes.

Œufs, en général, d’une forme globulaire, toujours d’un blanc uniforme et sans taches.

Affinités zoologiques.

Quelles sont les affinités de l’ordre des Platypodes ?

Cette question a été différemment résolue. Les uns, comme Cuvier, les placent presque en tête de la méthode, entre les Grimpeurs et les Chélidons ; les autres, tout en leur gardant la même place relative, les mettent à la fin des Passereaux , comme Temminck.

Je crois que celui-ci a mieux vu que les autres ; car aucune raison ne milite en leur faveur, pour qu’on les place avant les Passereaux . D’un autre côté, l’ordre que nous étudions n’a aucun rapport avec celui des Chélidons, dont les auteurs l’ont rapproché par un trait d’union formé au moyen des

Méropidés ou Guêpiers. Si les Guêpiers ont le mode de vol et les mœurs des Hirondelles, leur constitution ostéologique les *en sépare trop pour qu’on puisse les rapprocher ainsi.

Pour nous, donc, l’ordre des Platypodes sera intermédiaire entre les Grimpeurs et les Pigeons, car leurs deux échancrures au sternum les rapprochent des gallinacés.

Division de l’ordre.

L’ordre des Platypodes comprend des types très-variés et dont le caractère général le plus apparent est la syndactilité, ou réunion plus ou moins grande des doigts antérieurs. Encore, cette syndactilité, poussée à son maximum chez les Martin-pêcheurs et les Guêpiers, diminue chez la Huppe et se montre presque nulle chez les Rolliers. — Le bec n’est pas moins variable : court, large et crochu chez les Rolliers, long, arqué, arrondi chez les Huppes, à angles aigus chez les Alcédinidés et les Méropidés, il ne peut servir à la réunion des espèces. Cependant, tous les oiseaux de cet ordre, par leur faciès particulier , leur forme allongée, leurs pattes courtes servant très-mal à la marche, et surtout par leur sternum à deux échancrures, forment un groupe des plus naturels, dont la séparation, à titre d’ordre , est légitime , malgré tout ce que les ornithologistes modernes ont pu dire.

Et ceci, à mon sens, paraît être une conséquence naturelle d’une erreur longtemps prédominante en ornithologie, et que M. Blanchard a le premier signalée. En effet, les ordres et les familles qu’on a formés parmi les oiseaux ne peuvent être regardés comme réels. Ces dénominations n’ont pas, dans cette classe, la valeur qu’elles offrent partout ailleurs, et ce qu’on appelle les familles naturelles chez les oiseaux sont rien moins que telles, et, par exemple, ne peuvent être assimilées aux familles naturelles végétales.

Pour rentrer dans la vérité, il faudrait réduire au rang de

famille les ordres déjà créés, en y en ajoutant quelques autres comme celle des Platypodes , et alors les familles actuelles ne seraient plus que des genres, où l’on formerait tous les groupes et toutes les divisions qu’on voudrait.

Cette vérité étant vaguement aperçue , les ornithologistes ont bien voulu l’adopter, mais sans rien changer à la classification de Cuvier, qui, je l’ai déjà dit, n’a aucune valeur.

Et voilà pourquoi la famille des Platypodes est restée enclavée dans celle des Passereaux.

M. O. des Murs a partagé cette famille en deux tribus :

1° La tribu des Latirostres — à bec large, fort et crochu — doigts fissililes :

Genre Rollier.

2° La tribu des Longirostres — à bec allongé, droit ou arqué — doigts plus ou moins réunis :

Genres Huppe.

Guêpier.

Martin-pêcheur.

1° ROLLIER. (PI. iv, fig. 1.)

Le Rollier ordinaire ( Coracias garrula, Linn.) est remarquable par son bec, large à sa base et crochu à sa pointe, par ses pattes courtes portant des doigts entièrement séparés et terminés par des ongles forts, arqués sans être crochus. — Son plumage est des plus beaux et des plus variés. Le dos est d’un brun canelle, le ventre et la tête sont d’un beau vert de mer clair, et la queue est nuancée de vert et de violet.

Son nom, d’après M. l’abbé Vincelot, vient de son cri qui est raker, raker , raker ; l’étymologie semble un peu cherchée, car on ne voit pas nettement la ressemblance qu’il peu£ y avoir entre raker et rollier ; — mais j’en laisse la responsabilité à son auteur. Les noms latins ont une origine plus

claire : celui de coraeias vient de la ressemblance plus ou moins lointaine que le Rollier peut avoir avec le Corbeau ( çorax , corvus), et le mot garrulus a la même origine, en ce sens que, depuis Linné jusqu’à ces derniers temps, on a vu dans le Rollier un congénère des Corbeaux et des Geais, vue fausse, nous l’avons montré ; car , même les caractères extérieurs ne concordent pas. M. l’abbé Vincelot prétend que l’épithète garrulus vient des habitudes babillardes et criardes du Rollier — c’est encore bien possible. — Par les mêmes raisons, on a appelé vulgairement le Rollier, Geai de Strasbourg.

Ses couleurs lui ont valu aussi, parmi le peuple, le nom de pie de mer et de perroquet d’Allemagne.

Les mœurs du Rollier ne sont pas connues depuis longtemps, toujours à cause de la même erreur de classification. Tant il est vrai qu’un mauvais rang donné à un oiseau, entraîne des conséquences d’erreurs inévitables pour tout ce qui le regarde. Ainsi, on a attribué au Rollier les mœurs du Geai, surtout Guônaud de Montbelliard et Le Vaillant, qui ont été, même, jusqu’à dire qu’il allait, comme les Corvidés, picorer dans les sillons, tandis qu’on sait maintenant que le Rollier n’est pas du tout un oiseau marcheur, et, qu’au contraire, quand il est mis à terre, il ne marche qu’avec difficulté et très-gauchement.

C’est un oiseau triste et morose, qui n’aime pas la société de ses semblables ; il est très-farouche et s’habitue difficilement à l’homme, quoiqu’on les élève assez facilement en captivité. Cependant, quand la nature elle-même est en fête, quand le soleil montre une face épanouie, le Rollier ne reste pas en dehors de cette joie générale ; il vole dans les airs comme pour se jouer, il fait des cubultes, tombe verticalement, pour s’enfuir ensuite à tire d’aile. Mais ces moments d’allégresse sont rares et bientôt il retombe dans sa rêverie taciturne.

Les sens paraissent assez développés et son intelligence assez élevée, mais il ne prodigue pas les marques de ses facultés intellectuelles. Je n’ai pas sous la main le livre analogique de Toussenel ; mais, à sa place, il me représenterait le misanthrope endurci, à qui le monde est odieux, et qui ne s’épanche que rarement, mais seulement au sein de la solitude. Aussi n’a-t-il pas de chant, et ses cris rudes et cacophoniques sont l’expression de son caractère.

Le Rollier est omnivore, quoique les insectes forment plus spécialement le fond de sa nourriture. Mais il mange aussi des figues, de petits reptiles et souvent des rainettes. Son mode de nourriture est curieux, et plusieurs observateurs, Crespon même, l’ont signalé. Il ne mange jamais une proie vivante et la frappe à terre avec son bec, jusqu’à ce qu’elle soit sans vie. Alors, il fait sauter plusieurs fois de suite son aliment en l’air avant de l’avaler.

Le Rollier n’aime pas l’eau ; il semble n’en avoir pas besoin et ne se baigne jamais. On a même dit qu’il ne buvait pas. Sa tempérance et sa sobriété ne vont pas jusque là; mais il boit très-rarement, et, comme le dit Bechstein, après avoir mangé une nourriture échauffante. Alors même, s’il a sous le bec un aliment plus rafraîchissant, il se hâte de l’avaler ; par exemple, Bechstein les a vus , après avoir mangé des œufs de fourmis secs, se précipiter avec avidité sur des feuilles de salade. C’est probablement en mangeant des végétaux qu’il se rafraîchit, au milieu des steppes ou des déserts qu’il fréquente, en Asie et en Afrique.

Le Rollier place son nid dans les crevasses des murs, les troncs d’arbres, et parfois sur les berges des rivières. Il le tapisse intérieurement de racines sèches, de chaumes, de plumes et de poils. Parfois le nid est placé au bord de la mer, sur une falaise escarpée , et M. de Selys-Longchamp en a vu qui nichaient sur un chapiteau corinthien dans les ruines de Pæstum.

Chaque couvée est de trois à sept œufs, globulaires et d’un blanc lustré. Le mâle et la femelle les couvent tour à tour, avec une telle persévérance qu’ils se laissent prendre à la main sur le nid. Leur caractère misanthropique les détourne aussi des occupations ordinaires , qu’un oiseau bien élevé n’oublie jamais. Les petits ne sont pas propres et font leurs excréments dans le nid. Aussi, une fois nés, les petits Rolliers sont enfouis dans un monceau d’ordures qui exhale une odeur repoussante. Après tout, c’est peut-être pour éloigner les ennemis de la famille. Cependant ces habitudes malpropres persistent chez l’oiseau en captivité, qui salit ses belles plumes d’une façon toute dégoûtante. Les petits sont nourris d’insectes et de vers et prennent leur vol de bonne heure, tout en accompagnant encore longtemps leurs parents, qui les défendent avec le plus touchant courage.

Le Rollier a la langue noire, non fourchue, mais comme déchirée par le bout et terminée, en arrière, par deux appendices fourchus, uri de chaque côté ; le palais vert, le gosier jaune, le ventricule couleur de safran, les intestins longs à peu près de 0m30 et les cæcums de 61 millimètres.

Le sternum est large, court, assez bombé ; le bréchet est grand, triangulaire ; le bord postérieur a deux échancrures profondes ; la supérieure, plus que l’inférieure et l’apophyse la plus externe, un peu dilatée à son extrémité. Il n’y a que quatre côtes sternales. Les coracoïdiens sont courts, assez forts, très-larges, se touchant par leurs bases et avec une apophyse externe à leurs bases. L’os furculaire est assez solide, très-arqué, ne touche pas au sternum et n’a pas d’apophyse au point de réunion de ses deux branches, qui sont comprimées.

C’est au printemps que le Rollier arrive dans le Gard et il fait un second passage au mois d’octobre. Il est toujours très-rare, surtout à son second passage, et séjourne dans les bois les plus épais.

Il niche tfès-rarement.

L’aire de dispersion de cet oiseau est très-considérable et comprend toute l’Europe, l’Asie et l’Afrique.

La chasse du Rollier, d’après Brehm, est facile, si l’on choisit pour affût un des arbres que cet oiseau recherche. Dans l’Inde et au Japon, on le prend à l’aide de pièges ou de la glu.

2° HUPPE. (PI. iv, fig. 2).

La Huppe vulgaire ( Upupa epops, Linn.) a un bec plus long que la tète, légèrement arqué, trigone à sa base ; des tarses assez courts, le doigt externe soudé au médian jusqu’à la première articulation et les ongles peu courbés. La tète est garnie d’une huppe formée de plumes rousses terminées par une tache noire, au-dessus de laquelle se trouve une tache blanchâtre ; les autres parties sont d un roux vineux pâle, sauf les ailes qui sont noires et barrées de blanc. La queue est noire, également barrée de blanc.

La Huppe, réunie par Brisson et Buffon au Guêpier, a été ensuite placée par Cuvier et ceux qui l’ont suivi parmi les Tenuirostres, à côté des Fourmiers. Degland, tout en lui conservant cette place, remarque que la Huppe pourrait former une section à part dans les Passereaux. Mais c’est M. O. des Murs qui, guidé par des considérations oologiques, lui a donné, le premier, un rang parmi les Platypodes. Ce classement est excellent et c’est bien, en effet, dans cette famille que la syndactilité des doigts et les échancrures du sternum, doivent faire placer la huppe.

A partir de Belon jusqu’à M. l’abbé Vincelot , quantité d’ornithologistes ont fait venir le nom de Huppe de l’appendice que l’oiseau a sur la tête. Or, comme le démontre Gué-

neau de Montbelliard, cette étymologie e'st fausse. Le mot de Huppe vient du latin Upupa qui reproduit le cri houp , houp, de l’oiseau. Et si, maintenant, le mot Huppe désigne les appendices plumeux de la tète des oiseaux, c’est qu’on a donné à cette touffe de plumes le nom propre d’une espèce d’oiseaux appelée Huppe, à cause de son cri.

Quant à la dénomination epops, elle vient de deux mots grecs £jn et qui veut dire voix, et comme zm en composition est augmentatif, epops , d’après M. l’abbé Vincelot, signifierait un cri fort et très-accentué.

La Huppe est un oiseau d’un caractère peu sociable ; on la voit souvent se disputer entre elles, et deux familles voisines"ne sont jamais bien d’accord. Cependant, en domesticité, elle est beaucoup moins farouche que le Rollier ; elle s’apprivoise très-bien et s’attache à son maître. C’est un oiseau fort intelligent et qui se livre à des agaceries et à des poses trèscomiques ; mais il est très-craintif, et l’on distingue parfaitement l’appel doux et gracieux, dont il flatte son maître, du cri de colère et de frayeur avec lequel il accueille les étrangers. Bechstein, à qui l’on doit ces détails, rapporte qu’il en a élevé un couple qui s’était fort bien apprivoisé et qui le divertissait par sa gentillesse, mais qui périt bientôt d’une façon misérable : La femelle qui avait l’habitude de traîner ses aliments dans la chambre avant de les manger, se forma dans l’estomac une pilule indigeste dont elle mourut, et le mâle, qui affectionnait particulièrement le dessous du poêle, vit la mandibule de son bec se racornir par dessèchement et ne survécut pas à cette difformité incommode.

En liberté, la Huppe, d’après Naumann, manifeste à propos de rien une frayeur sans égale ; un corbeau, une hirondelle, qui passe en l’air, bien au-dessus d’elle, un reptile qui rampe dans le gazon, tout l’effraie. Alors elle s’accroupit, hérisse les plumes de son corps, relève la queue, déploie sa huppe et rejette sa tète en arrière, de façon à l’appuyer sur le dos et à tenir le bec en l’air dans une attitude défensive,

A terre, elle marche facilement et se meut peu dans les branches. Son vol est facile et silencieux, mais incertain, irrrégulier, saccadé, parce qu’elle remue les ailes tantôt lentement et tantôt précipitamment. Avant de se poser, elle plane quelques instants et relève sa huppe. Cette dernière est ordinairement rabattue. Son cri d’appel est ronflant et semble exprimer ehrr, parfois schwccer ; son cri de joie est couc , eouez, et son cri d’amour, houp houp ou hupup , d’où son nom, formé par onomatopée. Souvent les mâles se battent pour la possession d’une femelle et, alors, leur houp houp est suivi d’un son bas et rauque qui exprime le son poulh.

La Huppe se nourrit d’insectes de toute espèce, de frai de poisson qu’elle prend dans la terre ou sur les rives des fleuves ; mais elle a une préférence marquée pour les insectes coprophages, c’est-à-dire qui vivent, se nourrissent et pondent dans les excréments des animaux. Aussi, en Egypte, où, paraît-il, les habitants sont malpropres et d'une décence toute primitive, les Huppes sont-elles très-nombreuses, par suite de l’abondance de leur nourriture, causée par la saleté des indigènes.

Elle frappe l’insecte à plusieurs reprises avec son bec, pour en disjoindre les parties, et ensuite elle les fait sauter en l’air avant d’avaler.

Redoutant l’homme en Europe, elle ne le craint pas du tout dans le Sud, comprenant, sans doute, qu’elle doit ses aliments à ces peuples malpropres. Aussi, la voit-on nicher dans les trous des murs des maisons habitées et vaquer, au milieu des rues , à ses occupations et à ses recherches puantes, qui ne justifient que trop le nom de coq puant que le vulgaire lui donne.

Ordinairement la Huppe construit son nid dans les trous d’arbres ou de murailles, mais elle n’est pas cependant exclusive dans le choix de son emplacement ; elle le place à terre, près d’un buisson, et même, dans les steppes, au sein

des carcasses pourries qui jonchent le sol du désert. Pallas, en effet, en a vu une couvée dans la cage thoracique d’un homme qui avait péri au milieu de ces solitudes.

Le nid est très-négligemment construit et il n’y a, au fond, que quelques brins d’herbes et des fragments de bouses de vaches. Mais il n’est pas vrai de dire, comme le fait Crespon, que le nid est bâti avec de la fiente ou des excréments. La chose a été mal observée et les apparences ont trompé les ornithologistes. Cependant, si l’habit ne fait pas le moine, il faut convenir, dans ce cas, que le moine n’est pas propre ; car, à l’exemple du Rollier, la Huppe laisse ses petits enfouis dans leurs excréments jusqu’à leur sortie du nid, époque à laquelle ils exhalent une odeur infecte, qu’ils gardent encore pendant longtemps. Vous allez dire, qu’aujourd’huiv je vous entretiens d’une foule de choses qui choquent au moins votre odorat, si non quelques autres de vos sentiments intimes et délicats, mais, que voulez- vous, prenez vous-en à ces vilains oiseaux et souvenez-vous, que l’histoire naturelle, comme le latin :

Dans les mots, brave l’honnêteté.

Chaque couvée est de 4 à 7 œufs, petits, allongés, blancs, mais très-souvent salis et maculés.

La femelle, seule, couve pendant seize jours, et après que les jeunes ont grandi, les parents veillent sur eux pendant longtemps, avec la plus grande sollicitude.

Il paraîtrait, d’après les Egyptiens, qu’ils témoignent leur reconnaissance avec une piété toute filiale. Ils soignent leurs vieux parents et sauraient même,, en cas de maladie ou d’accident, leur apporter les herbes qui doivent les guérir.

La chair est ordinairement grasse et savoureuse, sauf pendant et peu de temps après la couvée. Moïse et Mahomet, par un principe d’hygiène, les ont défendus à leurs sectateurs.

Nitsch, qui a étudié les organes internes de ces oiseaux,

a constaté que la colonne vertébrale est composée de 14 vertèbres cervicales, 7 à 8 dorsales, 6 caudales. L’oiseau a 6 paires de côtes vraies, 1 ou 2 de fausses. Les os du crâne, les vertèbres, le sternum, les os du bassin, l’humérus et le fémur sont pneumatiques.

Le sternum est allongé, plus étroit au milieu qu’aux extrémités, plus large en avant qu’en arrière ; le bréchet est trèséchancré; il y a deux échancrures, grandes et ovalaires, avec un grand trou au commencement de la ligne médiane. Les coracoïdiens sont moins longs que le sternum et portent une apophyse externe.

La langue est très-courte, presque perdue dans le gosier, triangulaire et aussi longue que large à la base. Elle n’est revêtue que d’une membrane molle et arrondie en avant, et son bord postérieur est légèrement dentelé. Le ventricule succenturié est très-glanduleux ; le gésier est peu musculeux, doublé d’une membrane sans adhérence, envoyant un prolongement en forme de douille dans le duodénum. Les cæcums sont rudimentaires. Il n’y a pas de muscles laryngiens, et les deux rangées de plumes de la huppe sont rattachées à des muscles particuliers et séparés.

Les Huppes passent l’été en Europe et l’hiver en Afrique. Elles se trouvent aussi en Asie. Parfois, elles s’aventurent dans les pays septentrionaux, et Brehm en a trouvé aux îles Loffoden. Elles arrivent en mars dans le département et se cantonnent en assez grand nombre sur le littoral, où elles retrouvent un climat et un terrain semblable à ceux de leur patrie, sur les bords du Nil. Elles se plaisent dans les bois, les pinèdes, les vignes, les lieux humides et ombragés. On en tue assez fréquemment et assez facilement , à cause de son vol irrégulier et lent. J’en ai reçu surtout d’Aiguesmortes.

Dans leurs migrations elles suivent de préférence le cours des rivières ; j’en ai reçu, en effet, quelques-unes des bords du Rhône.

C’est un oiseau qui n’est pas très-commun, quoique son aire de dispersion soit assez considérable.

3° GUÊPIER. (PL v,ftg. 1.)

Les guêpiers, ont le corps allongé et tout d’une venue, les tarses courts et robustes, les ailes longues et étroites. Le bec est allongé, de la longueur de la tète, arrondi, recourbé, pointu, s’amincissant jusqu’à l’extrémité, un peu comprimé sur les côtés, à arêtes vives et à bords lisses. La queue est longue, égale, et le plus souvent dépassée par deux rectrices terminées en brins déliés.

Le Guêpier ordinaire ( Merops apiaster) a le dessus de la tète, du cou et le haut du corps d’un rouge marron ; le bas du dos et le croupion sont d’un roux jaunâtre, nuancé, çà et là, très-légèrement, de bleu verdâtre. La gorge et le devant du cou sont d’un jaune d’or avec un demi collier noir ; le fpont et l’abdomen sont d’un vert foncé, les ailes et la queue d’un vert olivâtre.

Le Guêpier d’Egypte (Merops œgyptius) ou Guêpier Savigny, n’est, à notre sens, qu’une variété ou une race du Guêpier ordinaire, car il ne diffère de ce dernier que par les couleurs^ et par la plus grande longueur (deux centimètres environ) des rectrices médianes qui dépassent les autres. Que d’espèces d’oiseaux fondées sur des caractères aussi peu valides, sur des différences de centimètres en dimensions, qu’il faut abolir, parce qu’elles ne sont constituées que sur des races ou des variétés et qu’elles encombrent inutilement les catalogues spécifiques !

Le nom de Guêpier vient de l’habitude que cet oiseau a de manger des Hyménoptères de toute sorte, que le vulgaire désigne, généralement, sous le nom de Guêpes.

Le nom latin merops, sous lequel Pline désignait le Guêpier, et peut-être le Pic-vert, viendrait des radicaux (Azipopcu et ovè$, ce qui signifierait un oiseau à voix articulée, appellation que son cri guttural grul, grul, proin , proin , ne semble

pas trop légitimer. Le mot spécifique d ’apiaster a été appliqué par Virgile au Pic-vert et au Guêpier, et signifie mangeur d’abeilles.

Le Guêpier dédié à Savigny par Temminck, a été appelé par Farskal, Egyptien, du nom de la contrée où il est trèscommun.

On pourrait dire aussi que Guêpier, vient, par onomatopée, du cri d’appel, qui, d’après Brehm, est guep , guep.

Les Guêpiers habitent des localités très-variées , mais toujours boisées. On les rencontre depuis les bords de la mer jusqu’à une altitude de 2,000 ou 2,600 mètres. Ce sont des oiseaux migrateurs et qui, parfois même, affectent des habitudes d’erratisme.

A l’exception de tous leurs compagnons de famille, les Guêpiers sont paisibles, tranquilles et sociables. Leur vol est très-facile et très-varié ; tantôt ils planent, tantôt ils se lancent dans les airs, tantôt ils tombent verticalement d’une hauteur prodigieuse.

Tous ces faits, joints à leur habitude de saisir leur nourriture en volant, expliquent les rapprochements que l’on a faits entre les Guêpiers et les Hirondelles, de telle sorte qu’au Cap, on les appelle Hirondelles de montagne.

Au repos, ils se posent, par paires, sur les branches, et tantôt sortent de leur calme, pour saisir au passage quelque insecte ; m^is jamais ils ne se battent ni se disputent entre eux. Leur caractère doit être doux et tranquille, si l’on en juge d’après les bons rapports et la paix inaltérable qui régnent entre les divers couples. Cette paix, d’après Le Vaillant, viendrait du caractère misanthropique de ces oiseaux, qui aiment à vivre isolés. D’un autre côté, ce sont des usurpateurs sans pitié, qui délogent de leurs, trous, pour s’y établir, les petits Martinets et les Hirondelles, plus faibles qu’eux.

Les Guêpiers se nourrissent d’insectes hyménoptères ou diptères ; mais ils n’ont pas soin, comme beaucoup d’insectivores, d’arracher l’aiguillon aux espèces venimeuses avant de les avaler. Cependant, l’expérience a montré que la piqûre des insectes venimeux est mortelle pour la plupart des oiseaux. Rapprochez cela de la souris qqi mange le scorpion qui Ta piquée et qui désenfle aussitôt, et vous soupçonnerez que les oiseaux peuvent bien connaître la médecine, similia , similibus, l’homéopathie.

On n’a pu encore conserver des Guêpiers en captivité, car les conditions de vie de cet oiseau sont trop difficiles à réunir artificiellement, pour qu’on .puisse lui créer la moindre illusion.

Les Guêpiers font beaucoup de mal aux ruches ; mais ils détruisent aussi les nids de guêpes et de frelons. Ils établissent, pour ainsi dire, un blocus devant le nid ; aucun insecte ne peut sortir sans être ausssitôt happé au passage. Les coléoptères, les cigales, les libellules n’échappent pas à ce massacre; mais les Guêpiers, après les avoir digérés, ont soin de vomir les parties cornées ou chitineuses, dont l’absorption leur offre le plus de difficultés.

Quelques auteurs, en voyant les Guêpiers voler au-dessus des cours d’eau, à la recherche des insectes qui se jouent à la surface, ont dit qu’ils s’en nourrissaient. Rien n’est plus dénué de vérité. D’ailleurs, le bec courbé et mince au bout n’a pas été adapté à cette nourriture, et il suffit de voir quelle différence il y a entre le bec du Martin-Pêcheur et celui du Guêpier, pour voir que ces deux oiseaux ne peuvent avoir la même nourriture. Œliena prétendu que les Guêpiers volaient à rebours ; c’est là, comme l’a dit Buffon, un fait trop généralisé ; car il arrive aux Guêpiers et aux Hirondelles, comme à tous les oiseaux qui se nourrissent en volant, de se retourner brusquement et de voler le ventre en haut pendant quelque temps.

Les Guêpiers ne marchent que gauchement et avec peine.

Le Vaillant a remarqué qu’ils entrent à reculons dans leurs trous. Ils ne sont pas craintifs, mais ils redoutent beaucoup l’explosion des coups de fusils, et ces bruits les forcent, souvent, à quitter la région où ils s’étaient d’abord cantonnés.

Ils exhalent une odeur très-agréable et leur chair est parfumée, sans doute à cause des hyménoptères qu’ils mangent et qui, eux-mèmes, s’emparent du nectar et du pollen des fleurs pour confectionner leur miel.

La langue des Guêpiers est cornée, triangulaire, plate, déchiquetée sur ses bords et à peu près de la moitié de la longueur du bec, mais non protractile.

L’œsophage est long de trois pouces et se dilate, à sa base, en une poche glanduleuse. Le ventricule succenturié est plutôt membraneux que musculeux et de la grosseur d’une noix ordinaire. Vésicule du fiel, grande et d’un vert émeraude; le foie est d’un jaune pâle, les deux cæcums sont : l’un de 30 millimètres et l’autre de 33.

Le sternum est allongé, plus large en arrière qu’en avant, le bréchet bien développé ; il y a qnatre côtes et deux échancrures de chaque côté. Les coracoïdiens sont très-élargis en arrière ; l’os furculaire est recourbé, sans contact avec le sternum et assez fort.

Chez les Guêpiers, la saison des amours commence à la fin de mai. Ils recherchent, pour construire leurs nids, la rive escarpée, argileuse ou sablonneuse d’un cours d’eau. Ils y creusent un trou de 5 à 7 centimètres de diamètre et se servent, à cet effet, de leurs becs et de leurs ongles, peut-être même seulement de leurs ongles. De ce trou part un couloir horizontal ou légèrement ascendant, qui atteint parfois une longueur de lm30 à 2 mètres ; à son extrémité se trouve une chambre de 22 à 27 centimètres de long, de 11 à 16 centimètre de large et de 8 à 11 centimètres de haut. C’est là que la femelle dépose ses œufs, d’un blanc pur et assez globuleux, et

dont le nombre varie de 4 à 7. Ces détails sont dus à Brehm. Quelquefois, d’après Salvin, une deuxième chambre se trouve derrière la première, à laquelle elle est reliée par un couloir d’environ 30 centimètres de long. Quelques auteurs disent y avoir trouvé de la mousse et des herbes. Brehm n’a jamais vu de pareils débris dans les nids qu’il a explorés ; il n’y a qu’une couche d’ailes, de pattes et carapaces d’insectes que les oiseaux ont régurgités.

Les parents soignent très-bien leurs petits, mais la femelle couve seule. Il parait aussi que les jeunes rendent à leurs père et mère des soins filiaux, comme nous l’avons déjà signalé chez la Huppe

Il y a un double passage de ces oiseaux dans le Gard, au printemps et à l’automne; mais ils sont très-rares au second. Il en niche parfois sur les coteaux de Gênérac et de Beau voisin. Cet oiseau apparaît partout en Europe et va passer l’hiver en Afrique et dans l’Asie occidentale.

Le Guêpier égyptien n’a pas été rencontré dans le Gard, mais seulement à Lattes, dans l’Hérault ; c’est là un fait d’erratisme , un passage purement accidentel, cet oiseau habitant surtout l’Egypte et en général toute l’Afrique orientale.

Dans nos pays, vu leur rareté, la chasse des Guêpiers n’est pas très-productive ; mais en Grèce et à Candie on les prend de toutes façons, et ils fournissent aux habitants un mets odorant et savoureux qui est très -recherché.

Gessner prétend que la chair des Guêpiers a des propriétés thérapeutiques et que, dans le cas d’ulcères, elle est très-efficace. Le fiel, mêlé à de l’huile et à des olives non mûres, rend d’après le même auteur, les cheveux d’un très-beau noir. Il est inutile de dire que nos médecins n’emploient pas souvent une telle formule ; du moins, je n’ai pas encore eu l’occasion de l’exécuter en pharmacie. Quant à l’emploi du fiel, vous savez tous que les cosmétiques et autres engins de coquetteries font une concurrence à mort à cet ingrédient fiéleux des anciens perruquiers.

En résumé, le Guêpier diffère humouristiquement de ses deux congénères, le Rollier et la Huppe, par son caractère plus doux et par sa décence plus grande.

4° MARTIN-PÊCHEUR. (PL v9ftg. 2).

Le Martin-pêcheur ( Aleedo ispida ), par lequel nous finissons cette étude, a un bec très-long, droit, plus haut que large, comprimé latéralement, à mandibules égales, à arêtes vives et angulaires ; les tarses sont courts et les doigts antérieurs soudés jusqu’à la troisième articulation.

Il est inutile de vous décrire le Martin-pêcheur Alcyon, que vous connaissez tous .

D’où vient le nom de Martin-pêcheur ?

Buffon dit qu’anciennement, cet oiseau s’appelait Martinetpêcheur, à cause de la ressemblance de ses mœurs et de son vol avec celle sdu Martinet, qui rase l’eau des rivières. En conséquence, le mot Martin-pêcheur ne serait qu’une abréviation.

M. l’abbé Vincelot, se fixant sur ce que La Fontaine, à l’exemple des vieux français , employait souvent Martin pour Maître, prétend que Martin-pêcheur veut dire Maîtrepêcheur , oiseau qui excelle à la pèche. On comprendra que nous nous décidions pour l’étymologie plus naturelle de Buffon.

Quant au mot A leyon, il se rattache à la légende touchante de deux époux mythologiques malheureux , au sujet de laquelle M. l’abbé verse quelques larmes charitables et recommande, avec raison, aux époux présents, une fidélité calquée sur celle de ces époux fabuleux.

En effet, Alcyone, fille d’Eole, attristée de l’absence prolongée de son mari, qui était allé consulter l’oracle de Claros, se promenait triste et solitaire sur les bords de l’Océan ,

espérant apercevoir, dans le lointain, le navire de celui qu’elle aimait tendrement ; mais le^ flots irrités n’apportèrent à ses pieds que le cadavre du malheureux Ceyx, victime du naufrage. Alcyone se précipita sur ce corps inanimé, le couvrit de baisers, cherchant, mais bien inutilement, la chaleur et la vie. Les dieux, témoins de ces regrets si vifs et étonnés des sentiments de tendre affection qui unissaient l’homme à la femme, sentiments très-rares à cet âge d’or, ne voulurent pas séparer Alcyone de Ceyx ; ils les changèrent tous deux en oiseaux qui portent le nom à’ Alcyons. Afin d’éterniser le souvenir de la paix et du calme qui régnait dans le ménage des deux époux, et donner aux humains une leçon, hélas ! trop inutile, les dieux décidèrent que les flots de la mer resteraient calmes pendant quatorze jours. Ne trouvez-vous pas ces dieux là un peu railleurs et ironiques dans leur décision ? Quatorze jours de calme pour tant d’années de fidélité ! Il est vrai que les^dieux ne restaient pas si longtemps fidèles à cette époque.

D’après M. Vincelot, le mot Alcyone y ient : soit de als « mer » et Kyèïn « enfanter », oiseau qui se reproduit sur la mer ; soit de als « mer » Kyôn « chien », chien de mer ; hypothèse qu’il repousse et qu’il traduit : oiseau dont le cri sur la mer ressemble à l’aboiement d’un chien, ou oiseau de mer qui ressemble au chien par sa fidélité.

Soit de als « mer » et Kydos « gloire », oiseau qui est la gloire de la mer.

Soit, enfin, de als « mer » et Kèdos « soin, mariage » , oiseau qui s’inquiète de la mer ou qui confie à la mer le fruit de son union.

Voilà, certes, bien de l’érudition en pure perte.

Quant au mot Hispida, il vient de l’attitude de l’oiseau, qui, dans certains cas, relève ses plumes et paraît hérissé.

Les Martin-pêcheurs ont le vol rapide et filé, mais peu soutenu. Ils se perchent sur une branche pendante au-dessus

de l’eau, et dès qu’un poisson passe, ils tombent à plomb sur lui et s’en emparent. S’ils sont à terre, ils font des bonds considérables et atteignent également leur proie qu’ils poursuivent souvent, sans jamais l’atteindre, pendant des lieues de chemin ; car ils ne peuvent la poursuivre sous l’eau à la façon des Cincles.

Quand l’eau est trouble et qu’ils ont besoin d’un coup d’œil prolongé pour apercevoir les poissons, ils planent pendant quelques minutes en se soutenant par de petits coups d’ailes et plongent ensuite. Quand l’hiver et la froidure arrivent et glacent les rivières, alors les pauvres Martin-pécheurs meurent de faim ou bien périssent plus misérablement encore, en voulant prendre les poissons sous les glaçons.

Ces oiseaux ont un cri aigu qu’ils font entendre lorsqu’ils partent sur leur proie. Leur chair est de très-mauvais goût et sent le poisson.

Le Martin-pêcheur est, comme plumage, un des plus jolis oiseaux de nos pays, quoique, examiné en détail, il choque par le peu d’harmonie de ses proportions.

Ils peuvent être facilement élevés en captivité, dans une chambre munie d’un bassin poissonneux.

Ils vivent solitaires ou par paires. Ce sont des oiseaux silencieux, défiants, d’un caractère morose et farouche, et qui ne souffrent aucune usurpation dans l’étendue qu’ils ont choisi comme territoire de pèche.

Leur nourriture consiste en poissons, crustacés et insectes aquatiques.

Le squelette, d’après Nitsch, a une ressemblance superficielle avec celui des hérons. Il y a onze vertèbres cervicales, huit dorsales et sept caudales ; les cinq dernières côtes sont seules osseuses. Le sternum, grand, élargi en arrière, le bréchet proéminent et très-angulaire ; le bord postérieur porte deux échancrures de chaque côté. Il y a cinq apophyses costales. Les coracoïdiens sont longs, grêles et élargis à la base.

L’os furculaire, fort, assez court, courbé en S très-ouvert, à branches comprimées et sans apophyse à leur symphyse qui est fort éloignée du bréchet.

La langue, disproportionnée, en longueur, avec le bec, affecte une forme triangulaire, offre un très-petit os lingual et un os hyoïde très-large dans son corps. L’œsophage est long, large et sans jabot. Le ventricule succenturié, large et spacieux, permettant la régurgitation des restes indigestes, écailles et arêtes^ Le gésier est membraneux et dilatable. Il n’y a pas de cæcum.

La tunique cornée du bec est beaucoup plus longue que les mandibules osseuses ; voici les deux dimensions relatives du bec osseux et du bec corné, prises sur un squelette et un oiseau de ma collection :

Bec osseux 0m025.

Bec corné 0m035.

Ainsi la tunique cornée dépasse l’os de un centimètre.

Le Martin-pêcheur fait son nid sur les berges des rivières, dans un trou d’une longueur d’environ soixante centimètres, incliné légèrement et se terminant par une chambre arrondie, où, sur une couche d’arêtes de poissons , il dépose environ huit œufs globuleux et d’un blanc lustré. Voilà la vérité.

Mais que de fables Aristote et Plutarque n’ont-ils pas répandues sur la nidification de cet oiseau mythologique, et que Gessner a répétées avec la plus entière crédulité.

Pour Aristote, le nid était un composé d’herbes, de fleurs et d’algues et ressemblait assez à une éponge.

Pour Plutarque, c’était un ouvrage fait avec des arêtes de poissons, en forme d’esquif, et qui flottait sur la mer sans pouvoir être submergé.

Le Martin-pêcheur habite chez nous pendant le printemps et l’automne et reste quelquefois pendant l’hiver. Il est répandu dans toute l’Europe et habite aussi l’Asie occidentale et l’Algérie.

Le Martin-pécheur n’a aucune utilité : il n’est pas bon à manger ; cependant le bonhomme Gessner lui attribue une foule de propriétés.

Selon lui, sa chair exhale une odeur très-agréable, semblable à celle du musc, et ne se putréfie pas après la mort, parce que cet oiseau prévoyant a soin de se dépouiller de sa peau et de s’arracher lui-mème ses intestins. De plus, sa peau aurait la propriété d’éloigner les Teignes qui rongent le drap.

De pareils contes sont encore en vigueur de nos jours, et nos paysans l’appellent Argue , justement à cause de cette dernière propriété. Nos ancêtres croyaient que sa peau détournait la foudre et causait toutes sortes de prospérités à son possesseur. L’oiseau suspendu et desséché, le bec indiquait le Nord, et, de nos jours, quelques peuplades Asiatiques, les Tartares, par exemple, attribuent au bec des propriétés thérapeutiques et se servent des plumes pour composer des philtres d’amour. Je doute que les beautés du pays soient sensibles à ce remède.

En résumé, je le répète, cette famille des Platypodes, dont je viens d’indiquer la composition, est une famille naturelle, sur laquelle les ornithologistes de nos jours ont fermé les yeux et qui ne peut pas être plus réunie aux Passereaux que les Grimpeurs et les Pigeons.

Je crois que, dans la classification ornithologique, qui est encore à faire, un naturaliste sérieux ne pourra passer sous silence la valeur réelle de ce groupe.

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