‹ Études d'histoire parlementaireChapitre 16 sur 40 · II. — MINISTÈRE d'état · texte numérisé non relu

II. — MINISTÈRE d'état

Travaux du Louvre

Séance du 23 juin

Ce fut sur ce chapitre que M. de Bussière prit la parole au nom de la commission du budget. M. le baron de Bussière avait une bonne figure à la Béranger. Natif d'Alsace, il se montrait des plus Français comme sentimeuts. Son langage était hardi et portait quelquefois

cruellement, malgré un fort accent 'de la Forêt-Noire. Il possédait une grosse fortune, même avant de devenir, à Paris, directeur de la Monnaie.

Voici quel fut le sens de ses observations :

Jtf. de Bussière dit que la commission du budget, dont il est membre, a demandé sur ce chapitre une réduction de 2 millions.'La commission n'a pas vu, sans quelques appréhensions, des travaux publics si considérables entrepris simultanément à Paris. Elle a craint qu'une trop grande agglomération d'ouvriers dans la capitale ne devînt un danger public.

A cet orateur novice, un commissaire du gouvernement secondaire, M. Charlemagne, fut chargé de répondre.

H. Cl^arlemagne avait, comme beaucoup d'hommes politiques de cette époque, un passé bigarré. Primitivement légitimiste, député d'extrême gauche sous Louis- Philippe, commissaire du gouvernement provisoire sous la République de 184.8, membre du parti contre-révolutionnaire sous la Législative, il était un des neuf membres de l'assemblée dissoute appelés, après le 2 Décembre, à faire partie du conseil d'État renouvelé. Il se montrait à la fois expérimenté et sceptique, tâchant de remplir sa fonction et tenant à garder sa place. ' Comme on va 1» voir, les considérations politiques priment les raisons administratives dans son argumentation :

M. Charlemagne, conseiller d'État y commissaire du gouvernement. — Le conseil d'État a vu, dans rachèvement du Louvre, autre chose qu'une question d'art. Le gouvernement se propose, en effet, de réunir dans ce vaste palais plusieurs grandes administrations politiques, aujourd'hui dispersées

dans la capitale. Cette concentration est d*un grand intérêt au point de \ue politique, car elle permettra de rapides communications. Pensée de préservation sociale; nécessité de mettre les trésors de tous genres que renferme le Louvre à l'abri de ces surprises, au triomphe desquelles l'abandon des Tuileries par le gouvernement a toujours servi de signal; engagements pris par l'administration vis-à-vis de la ville de Paris qui veut achever le plus promptement possible la rue de Rivoli; avantage de mener de front les travaux sur toute l'étendue de l'aile à construire, afin d'éviter les détériorations qu'entraîne la lenteur dans l'exécution ; intérêt pour le gouvernement de pouvoir vendre le plus tôt possible les divers bâtiments où sont aujourd'hui' placées les administrations qui doivent être réunies au Louvre ; avantage d'offrir du travail aux ouvriers des départements pauvres dont les populations ont l'habitude d'aller en chercher au dehors et n'en ont plus trouvé depuis l'année 1848 : ce sont là les principaux motifs qui ont porté le conseil d'État à ne point admettre la réduction proposée par la commission.

Sur ce, on va au vote, et le procès-verbal continue :

Le scrutin est ouvert sur le chiffre de six millions porté au chapitre xiv.

Le dépouillement du scrutin, auquel procèdent MM. les secrétaires du bureau, donne le résultat suivant, qui est proclamé par M. le président :

Nombre des votants ^ 220

Majorité absolue 111

Pour l'adoption 163

Contre 57

Le Corps législatif a adopté.

Ce qui était étonnant, ce n'est pas que le crédit fût adopté, c'est qu'il pût y avoir 57 opposants, tîuels étaient CCS héros relatifs?

194 LES UOMMES D£ 1853.

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