LOUIS-NAPOLÉON
La lecture de ce message, fréquemment interrompue par de nombreuses marques d'approbation, se termine au milieu des acclamations unanimes de rassemblée.
Messieurs les députés se séparent aux cris répétés de : « Vive le prince Louis-Napoléon! »
En 1852, l'opposition venait d'être plus vive qu'elle ne devait le rester pendant tout le cours de. la première législature. Les députés, même conservateurs, même dévoués, mais sortant à peine des assemblées libres de la République, n'étaient pas encore plies à la docilité muette que Louis-Napoléon attendait d'un Corps législatif maintenu pour la décoration plus que pour l'usage. Ils
LES HOMxMES DE 1852. 257
montraient une certaine inexpérience dans la servilité. Il y avait de l'ignorance dans leur cas ; ils ne savaient pas au juste ce qu'ils pouvaient faire, et de quoi ils devaient s'abstenir. L'alignement n'avait pas encore été donné avec la même précision qu'après l'établissement de l'empire. Le bâillon n'était pas assez serré sur la bouche, et le Corps législatif pouvait faire entendre quelques sourds gémissements. Ces plaintes importunes, le sénalus-consulte du 25 décembre 1852 acheva bientôt de les étouffer, — sans, du reste, que l'opinion parût s'en apercevoir.
Car, le vrai mal, c'est que le pays ne désirait pas alors être entretenu de ses affaires; il élait pris d'un besoin invincible de calme et de silence. Il sortait avec soulagement de l'anarchie gouvernementale ; il était fatigué de l'exercice trop fréquent de ses droits politiques. Il abdiquait, non seulement sans résistance, mais avec une sorte d'empressement joyeux ; il allait, de lui-même, au-devant des entraves, à la recherche « de l'heureuse sécurité de la brute ».
La terreur folle, que les menaces bruyantes du collectivisme révolutionnaire avaient causée en 1851 à tous ceux qui possédaient un champ et une femme, se changeait en une sorte de défiance farouche contre la liberté, dans laquelle on ne voyait que le monstre socialiste de nouveau démuselé. C'était le temps, dont parle La Bruyère, « où l'on sent que l'on ne saurait trop attenter contre un peuple, et où l'on peut impunément enlever à une ville ses franchises, ses droits et ses privilèges ».
Les hommes qui, comme M. de Montalembert, réclamaient trop vite des contrepoids constitutionnels, un contrôle législatif, se heurtaient, dans les villes, à une
classe moyenne indifférente, et, dans les campagnes, à une démocratie hostile, poussant le pouvoir plutôt qu'elle ne le retenait dans la voie de la compression. Il ne fallait compter que sur l'esprit de prévoyance du prince pour se modérer lui-même, dans le présent, afin de ménager l'avenir.