‹ Études d'histoire parlementaireChapitre 3 sur 40 · PREMIÈRE COMPOSITION DU CORPS LÉGISLATIF ET DU SÉNAT · texte numérisé non relu

PREMIÈRE COMPOSITION DU CORPS LÉGISLATIF ET DU SÉNAT

Nous sommes au 2 février 1852, jour de la convocation des collèges électoraux pour la nomination du Corps législatif. Le coup d'État est entièrement consommé; la presse rendue muette par l'état de siège; la constitution du 14 janvier en vigueur; les ministères d'État et de la police générale institués; les deux décrets sur la reprise par l'État des propres de Louis-Philippe et sur la vente des biens de la famille d'Orléans rendus, et blâmés encore plus comme une faute politique que comme une mauvaise action ; même, l'honnête indignation du premier jour passe déjà de mode : elle se calme surtout chez MM. de Morny, Rouher, Magne et Fould, qui, après être sortis du gouvernement par la grande porte du ministère,' se préparent à rentrer à petit bruit par les portes basses du Sénat, du Corps législatif

s LES HOMMES DE 185S.

et (la conseil «TÉtal; enfin, les commissions mixtes sont sur le point de fain* leur œuvre de départ entre les opposants sans conséquence, auxquels on n'a voulu donner qu'une leçon, et les chefs de la résistance qu'on entend éloigner définitiTcment : telle est l'heure redoutable, et surtout obscure, à laquelle commence notre histoire.

Il fallait convenir que le prince Louis-Napoléon n'était pas V idiot que les hommes de la droite avaient dédaigneusement choisi, ou le perroquet mélancolique que la petite presse avait longtemps caricaturé. C'était un nouvel Octave porté au pouvoir grâce à l'accord d'hommes d'État trompés par son faux air d'insignifiance. Le ^ Décembre était un crime, mais aussi un coup de maître. Victor Hugo lui-même, entraîné par la force de la vérité, y reconnaissait des combinaisons profondes : c Habileté, sang-froid, audace, adresse, affaire admira* blement préparée et conduite, instant bien choisi, secret bien gardé, mesures bien prises. >

Louis-Napoléon a, par deux fois, déconcerté dans ses calculs et ses impressions l'élite inteUectuelle de la France : il est arrivé à la toute-puissance par les paysans, les soldats et les socialistes césariens des grandes villes, au moment où les salons, les académies et les assemblées politiques ne voyaient encore en lui qu'un maniaque; et le jour où, de toutes parts, les chefs des anciens partis se ralliaient, où H. Guizot paraissait dans les salons ministériels de M. Emile Ollivier, où Prévost- Paradol acceptait un poste diplomatique, et où les républicains modérés désarmaient presque, il s'est précipité dans une sorte d'expédition de Boulogne à l'extérieur, finissant par le

LES HOMMES DE 18$i. ^

ramollissement après avoir commencé par l'idée fixe.

Pour tracer de ce personnage énigmalique un portrait à peu près exact, il faut prendre le milieu entre les appréciations de Victor Hugo, un vaincu encore frémissant de la lutle, et celles'de M.- de la Guéronnière, un flalteur déjà prêt à saluer le soleil levant.

Dans Napoléon III, l'homme physique est connu par les pièces de monnaie qui circulent ; ce qu'on n'y voit pas cependant, c'est la taille qui était moyenne. Le buste long, les jambes courtes, le prince était surtout bien à cheval, montant d'ailleurs en écuyer consommé. Il avait le front sombre, la démarche lente, l'air d'un paresseux toujours mal réveillé. La parole était indolente et traînait avec un léger accent allemand; la moustache épaisse couvrait le rire, comme chez le duc d'Albe; l'œil était terne, au point de sembler éteint, comme chez Charles IX. Quand il voulait plaire, il devenait séduisant, paraît-il : son regard prenait alors une flamme douce de pâle veilleuse, et son sourire s'accentuait avec une grâce féminine, legs de la reine Hortense; mais le voile, soulevé un instant, retombait bientôt sur ce visage impassible de sphinx. C'était une nature qui tenait de TOrient, tant par la patience que par le fatalisme. La volonté était enveloppée de langueur, et Télan était retenu, sans que l'audace fit défaut.

Ce cerveau avait des lacunes : il était en proie aux hallucinations troubles du rêveur après l'opium ; il roulait vaguement dans sa tête des projets chimériques; il causait plus avec lui-même qu'avec ceux qui l'entouraient^ et entendait plus les voix intérieures de sa pensée que la parole des hommes qui cherchaient aie conseiller.

Du moins à cette époque de sa vie, il savait ce qu'il voulait, et il y allait; il y allait à travers la justice, à travers la loi, à travers rhumanité, s'il le fallait; mais il y allait. Son idée fixe, c'était de restaurer le culte de Napoléon 1", pour en être le grand prêtre. Pour lui, il n'y avait qu'une croyance : la croyance du retour au régime impérial, et qu'un pouvoir : celui qui lui avait été transmis par l'empereur. Il était loisible de douter de Dieu, mais pas de Napoléon. Le prince attendait, avec la ferveur et la certitude d'un fakir, l'heure marquée d'avance par le destin où son étoile devait luire, et, en effet, c'est l'illuminé qui a eu raison. La morale éternelle, l'opinion, la foi publique, la constitution étaient d'un côté; là fortuné a été de Tautre. Ce voyant de l'ambition, en quêle de [proie, avait su lire dans l'âme obscure des masses profondes du suffrage universel.

. La France aime la gloire, surtout quand elle la voit de loin. On ne se rappelait déjà plus ce qu'avaient coûté de larmes et de sang les victoires du premier Empire, souvenirs immortels coulés dans le bronze et dans l'airain. La douleur des mères pleurant leurs fils ensevelis dans les neiges de Moscou; la tristesse des campagnes privées des bras qui fécondent le sol ; le poids toujours si lourd à porter de la dictature militaire, même quand cette dictature s'appelle Napoléon, tout cela s'était effacé dans le souvenir du peuple. Pour tous, il ne restait que le grand empereur, le héros de cent batailles chanté par Déranger et dont l'image enluminée, appendue aux murailles les plus humbles, formait le musée de chaque chaumière. Louis-Napoléon apparaissait comme une légende vivante; le sentiment populaire remonta de son

nom à sa personne, et il fut librement élu, le 10 décembre, chef de l'État.

Le même fatalisme, qui l'avait porté au pouvoir, devait le précipiter du trône. L'échec de la fédération italienne ébranla la confiance qu'il avait dans son étoile; la mort de Maximilien à Queretaro lui porta un coup irréparable. Il ne fit dès lors que décliner, affaibli par la déliquescence progressive de la volonté plus encore que par les secousses réitérées de la maladie, oscillant entre des conseils contradictoires sans parvenir à prendre un parti, et surtout sans pouvoir s'y tenir; enfin, s'effondrant déjà sur lui-même avant le désastre extérieur.

Une autre marque distinctive de ce caractère, c'était une insouciance absolue pour tout ce qui ne se rapportait pas directement à lui; le plaisir fut toujours son grand objectif, soit comme convive affamé du festin de don Juan, sojt comme jouisseur saturé et podagre.

Avant de faire ou d'écrire quelque chose, il ne se demandait jamais : « Sera-ce bon et juste? î> mais : a Cela me sera-t-il utile, et dans quelle mesure? »

Il savait que beaucoup de gens de son entourage étaient accusés de recevoir des pots de vin pour leurs complaisances ou de s'être fait associer à des entreprises, soit de travaux publics, soit de fournitures; mais il voulait paraître l'ignorer jusqu'au jour où se produisait un scandale menaçant de rejaillir sur son gouvernement; alors, il sévissait contre l'auteur de l'éclat; mais il ne le punissait pas comme coupable, il l'écartait comme compromettant. Il ne haïssait personne; rien ne pouvait l'étonner et, à plus forte raison, le révolter; il se contentait de retenir le fait comme un élément du compte

qu'il ouvrait, dans sa pensée, à tous ceux qui lui sem* blaient destinés à jouer vis-à-vis de lui un rôle utile ou nuisible. Â Toccasion, il faisait un pont d'or à ses anciens adversaires, non par véritable grandeur d'âme, mais parce que la vigueur de leurs coups passés lui avait fait apprécier la valeur de leurs services futurs. Il se servait lui-même en se servant d'eux!

De ce dédain général pour les hommes, qui n'étaient à ses yeux que des « pions à faire évoluer sur les cases de son échiquier ^, naissait une défiance, parfois justifiée du reste. Jamais il ne s'ouvrait nettement, même à son entourage le plus intime, de ses projets d'avenir. Il aimait h sonder les hommes compétents sur tel ou tel projet, sans paraître avoir pris encore de décision. Il écoutait avec une attention flegmatique et un intérêt* apparent les objections qui lui étaient faites; puis, •quelques mois après,... il faisait la chose! Ses. desseins à longue portée ressemblaient à ces fleuves qui, à leur point de départ, sont de maigres filets d'eau, se perdent longtemps sous le sable, ne reparaissent d'endroit en endroit que pour se cacher de nouveau, et n'attirent décidément l'attention que déjà loin de leur source. Il croyait que le grand art de la politique, comme celui de la guerre, est de dérober ses marches à l'ennemi.

Croyant tromper les gens, et ne parvenant ainsi qu'à les mettre en défiance, il allait de l'avant, puis revenait sur ses pas, croisant ses voies, essayant de faire perdre sa piste, et, à travers tous ces détours, poursuivant une idée connue de lui seul; seulement, vers la fin, ce but devint obscur pour lui-même, tant il avait mêlé et compliqué ses intrigues de conspirateur couronné. Il resta, jusque

dans la vieillesse « ce doux enlèlé i, dont la reine Hortense avait remarqué, dès les premières années, la ténacité fuyante.

Confiance fataliste dans son étoile, égolsme utilitaire et défiance mélangée d'indécision, tels sont les trois défauts saillants de celte physionomie morale. En revanche, il y avait deux bons côtés : une qualité de cœur, la reconnaissance, et un mérite intellectuel, le talent d'écrire pour Tâme du peuple.

Louis-Napoléon sut, dès l'origine, se faire des amis et, ce qui est plus rare, les garder jusqu'au bout. Ayant naturellement la main large, il a aidé, dans la prospérité, ceux qui l'avaient aidé dans l'épreuve. Les services d'autrefois trouvaient chez lui souvenir et récompense. Il ne se bornait pas à calculer que l'ingratitude des princes est un mauvais encouragement au zèle futur; il cédait au mouvement spontané d'un cœur que traversaient, en ces occasions, de véritables éclairs de bouté.

Jamais il ne s'est séparé d'un ministre sans lui donner une compensation et sans voiler sa disgrâce d'un procédé amical, ou tout au moins courtois. Jamais il n'a livré en pâture à l'opinion ameutée ceux qui, même en se trompant, avaient cru le servir; il ne connaissait ni les reniements ni les abandons; il soutenait jusque dans l'insuccès et défendait fermement devant les accusations, d'où qu'elles vinssent, ceux qui avaient fait vœu d'être siens. Au lieu de chercher à dégager toujours sa responsabilité personnelle, il savait couvrir ses agents, envers et contre tous. Il était ainsi parveuu à grouper, autour de lui, quelques dévouements fidèles.

Enfin, il avait conscience d'un réel talent d'écrivain.

Il poussait, en effet, à un point singulier l'art de flatter le sentiment démocratique, de faire appel à Tinstinct des foules et de se placer dans la perspective populaire. Aussi aimait-il à composer, soit des discours pour les cérémonies officielles^ soit des lettres renouvelées de Caprée, non pas de ces lettres cachetées que porte innocemment le facteur, mais de ces lettres qui sont adressées à un seul, pour être lues par tous ; il se plaisait à se mettre directement en communication avec la démocratie française, ou même avec TEurope. Le gouvernement personnel par correspondance a été une des originalités du second empire.

Ce qui mérite également d'être retenu, c'est qu'au fur et à mesure que la date du coup d'État s'est éloignée, ce souvenir a communiqué à la figure de Louis*Napoléon une teinte, plus sombre. Voici comment s'explique cette contradiction apparente :

Dans une panique, quand les conduits de gaz sont brus-* quement coupés, la nuit se fait tout à coup, qui enlève aux victimes le moyen d'être secourues, et même d'être plaintes. C'est bien plus tard que l'enquête minutieuse de la justice arrive à reconstituer la tragique vérité. De même, à la suite du coup d'État, la lumière avait été interrompue par la suppression de toute presse indépendante; aussi, les contemporains n'ont-ils su des événements d'alors que ce dont ils avaient été personnellement témoins.

Qu'en ont-ils lu au moment même? un récit oificiel transformant en émeutes contre l'ordre social la défense de l'ordre légal et déshonorant la lutte politique soutenue par les républicains grâce à l'imputation des crimes de droit commun les plus odieux. C'est sur cette légende

engendrée par l'esprit inventif d'écrivains à gages et entretenue par Tindifférence d'une génération uniquement soucieuse de son bien-être matériel ; c'est sur cette ignorance, à la fois vraie et invraisemblable, de ce que le 2 Décembre avait eu d'arbitraire et de violent que le second empire a vécu; mais, un jour, les documents accusateursy contenus dans le livre de M. Eugène Ténot, sont descendus jusqu'au grand public. C'était comme un cadavre de noyé qui, après une longue immersion, remonte à la surface de l'eau, révélation tardive de la vérité nue et sanglante !

Il était évident que le suffrage universel, depuis peu réintégré dans un droit électoral exercé seulement jusquelà au milieu de la confusion de 1848, allait se laisser diriger avec une entière docilité. Restait à savoir de quelle façon et en quel sens il fallait le conduire.

11 est curieux de remarquer que, parmi les amis les plus dévoués de l'empire, entre deux ministres de l'intérieur se succédant à court intervalle au commencement de 1852, il s'est produit, sinon une divergence de vues, du moins une opposition caractéristique de procédés.

Ces deux ministres étaient MM. de Morny et de Persigny; ils représentaient deux genres différents de dévouements : l'un qui, après avoir tâché d'éviter une faute à son ami, s'abstient de la commettre avec lui, se ménage dans les circonstances secondaires pour être plus utile dans les circonstances graves, et sert les intérêts vrais, sans flatter les caprices passagers; l'autre qui suit aveuglément, en tout et partout, l'homme auquel il s'est attaché, sans discuter les ordres, sans scruter les intentions, sans se préoccuper des résultats, allant où on lui a dit

d'aller, faisant ce qu'on lui a prescrit de faire, — bâton qui, après avoir soutenu les pas de Texilé, sert à frapper sur les adversaires.

M. de Morny était lymphatique et d'un calme imperturbable; M. de Persigny bilieux et rageur. M. de Morny, comme disait M. Thiers, était « le vice » des gens les plus rigoristes; M. de Persigny inspirait encore moins de sympathie que d'estime. M. de Morny avait le rang d'un conseiller, M. de Persigny le rôle d'un instrument.

M. de Morny fut l'homme politique le plus éminent d'un gouvernement sérieux; M. de Persigny avait été l'agent le plus actif de deux complots d'aventuriers.

M. de Morny donnait son concours en grand seigneur qui a ses idées à lui ; M. de Persigny faisait son service en sous-officier qui a la routine de la conspiration militaire.

Tous deux étaient aimables; M. de Morny toujours et par un don de nature; M. de Persigny quelquefois, e^ seulement par un effort de volonté.

Aucundesdeux ne reculait.en politique,devantremploi de la force; mais M. de Morny n'y avait recours que discrètement, quand cela était nécessaire et juste dans la mesure utile, sans en abuser, et surtout sans s'en vanter, jugeant qu'il faut couper le nœud gordien seulement lorsqu'on n'est pas parvenu à le dénouer; M. de Persigny, à l'opposé, avait l'orgueil brutal de la puissance matérielle; il se complaisait à l'étaler, comme l'hercule de foire à faire saillir devant la foule les gros muscles de ses bras nerveux.

M. de Persigny, ministre de l'intérieur, croyait la machine gouvernementale désorganisée dès qu'elle ji'était plus en action, et se conduisait toujours despoti-

LES HOMMES DE 18t»2. il

quement, même en octroyant la liberté de fait; M. de Morny, au contraire, avait autant qu'il dépendait de lui entouré jusqu'aux actes du 2 Décembre de formes, sinon libérales, du moins courtoises.

Ils furent les deux favoris alternatifs : celui-ci des jours de sagesse, celui-là des jours de passion.

Tous deux ont fini par compromettre le régime qu'ils avaient contribué à fonder : M. de Persigny, par des intempérances d'intervention où l'adresse n'était pas à la hauteur du zèle; parfois brutal, vulgaire et déplaisant comme un laquais; toujours rancunier comme un sacristain; en un mot, gouvernant comme on joue le gros mélodrame dans la banlieue; M. de Morny, parce que le spéculateur avide d'émotions, curieux d'aventures, faisait taire chez lui le politique clairvoyant et que le mirage des mines d'or du Mexique lui cachait l'empire a n'ayant plus aucune faute à commettre » !

M. de Persigny, séparé de sa femme qui avait une grande fortune personnelle, est mort pauvre. Être resté toujours en dehors des affaires d'argent, en môme temps que fidèle jusqu'au bout à son maître: telle fut sa seule supériorité sur M. de Morny.

La circulaire aux préfets que M. de Morny avait signée le 20 juin 1852 portait la marque de son esprit à la fois ferme et lucide, cherchant à obtenir le maximum de résultats autoritaires, avec le minimum de formes despotiques. Voici les principaux passages de ce document :

Pénétrez-vous bien de l'idée que le suffrage universel est un élément nouveau et inconnu, facile à conquérir à un nom glorieux, unique dans Thistoire, représentant aux yeux des populations rautorité et la puissance, mais très difficile à

fixer sur des individualités secondaires ; aussi n'est-ce pas en suivant les anciens errements que vous y parviendrez.

Vous voyez que la constitution a voulu éviter toute la pcirtie théâtrale, dramatique des assembleurs, en interdisant la reproduction des discours ; de cette façon, les membres de ces assemblées, n'étant plus préoccupés de Teffet que doivent produire les paroles qu'ils prononcent à la tribune, songeront davantage à faire sérieusement, simplement les affaires de leur pays.

Comme le gouvernement est fermement décidé à ne jamais user de corruption directe ni indirecte, et à respecter toutes les consciences, le meilleur moyen de conserver au Corps législatif la confiance des populations est d'y appeler des hommes parfaitement indépendants par leur situation et par leur caractère. Quand un homme a fait sa fortune par le travail, l'industrie, l'agriculture; s'il s'est occupé d'améliorer le sort de ses ouvriers ; s'il s'est rendu populaire par un noble usage de son bien, il est préférable à ce qu'on est convenu d'appeler un homme politique ; car il apportera, dans la confection des lois, un esprit pratique et secondera le gouvernement dans son œuvre de pacification et de réédiiication.

Le scrutin de liste créait une telle confusion, une telle nécessité de se concerter, de s'entendre, que l'action d'un comité était indispensable; mais, aujourd'hui, ces sortes de réunions n'auraient aucun avantage puisque l'élection portera sur un seul nom ; elles n'auraient que l'inconvénient de créer des liens prématurés, des apparences de droits acquis, qui ne feraient que gêner les populations et leur ôter toute liberté. Veuillez donc dissuader les partisans du gouvernement d'organiser des comités d'élections.

L'opinion politique d'un département dépend, plus qu'on ne le croit, de l'esprit et de la conduite de son administration. Depuis longtemps, les administrations locales ont été subordonnées aux exigences parlementaires; elles s'occupaient bien plus à plaire à quelques hommes influents à Paris qu'à satisfaire les légitimes intérêts des communes et dos populations ; ce temps est heureusement passé.

Que la bureaucratie ne se croie pas créée pour l'objection , Tentrave et la lenteur, tandis qu'elle ne Test que pour Texpéditîon et la régularisation. Si j'attache autant d'importance à ces détails, c'est que j'ai été à même de remarquer que les agents inférieurs croient souvent grossir leur importance par des difficultés et des embarras. Ils ne savent pas ce qu'ils valent de malédictions et d'impopularité au gouvernement central !

Deux jours après, le 22 janvier 1852, date de Tapparition des décrets sur les biens de la famille d'Orléans, M. de Morny se retirait.

Le viveur qui, en rentrant de l'Opéra, avait, comme ministre nocturne, ordonné froidement rarrestalion de ses collègues et signé sans hésiter les arrêtés qui allaient fermer la salle de l'Assemblée législative, ne semblait pourtant pas redouter les responsabilités. Mais voilà! s'il y avait mérite pour le gentleman qu'était avant tout M. de Morny, à se mettre, en vue « d'un coup de balai, du côté du manche i>, il était de mauvais ton de paraître s'associer au « premier vol de l'aigle », comme on disait dans les salons d'alors. M. de Morny voulait continuer à aller tous les soirs faire sa partie au cercle ; il n'entendait pas y être disqualifié. Sans hésiter, il avait pris la part principale d'un crime politique; il reculait maintenant devant la solidarité d'une vilenie.

Faire couler le sang sur le boulevard Montmartre pouvait encore revêtir quelque grandeur tragique; faire main basse sur des sacs d'écus était mesquin, en même temps qu'odieux.

M. de Persigny, lui, ne se lançait pas dans ces distinctions subtiles. Serviteur à tout faire, il prenait les biens, comme il avait pris les vies, en vertu d'une con-

5!gne qu'il exécutait militairement, sans la raisonner.

La fortune des princes déchus pouvait en faire des prétendants redoutables ; c'était un danger qu'il fallait supprimer. De même, des députés indépendants pouvaient, à un moment donné, devenir une gêne pour le pouvoir; c'était un embarras qu'il fallait prévenir en étouffant dans l'œuf les candidatures tentées d'éclore sans l'approbation préalable du gouvernement.

M. de Morny avait parlé de respecter toutes les consciences ; ce n'était évidemment chez lui qu'une forme de langage. M. de Persigny, qui avait moins de valeur, voulait plus d'obéissance. Aussi envoya-t-il de Paris à ses préfets une liste de candidats agréés. Voici cette seconde circulaire, qui ressemble à la première comme une injonction <de gendarme ressemble à une invitation de diplomate :

La nouvelle constitution ne permet plus sans doute ces Taines agitations parlementaires qui ont si longtemps paralysé les forces du pays; mais il ne suffit pas d'avoir rendu ce régime impuissant à faire le mal ; il faut rendre le gouvernement puissant à faire le bien. Comme c'est évidemment la volonté du peuple d'achever ce qu'il a commencé, il faut que le peuple soit mis en mesure de discerner quels sont les amis et quels sont les ennemis du gouvernement qu'ils vient de fonder.

En conséquence, monsieur le préfet, prenez des mesures pour faire connaître aux électeurs de chaque circonscription de votre département, par l'intermédiaire des divers agents ée l'administration, par toutes les voies que vous jugerez con" venables selon l'esprit des localités, et, au besoin, par des proclamations affichées dans les communes, celui des candidats que le gouvernement de Louis-iVapoléon juge le plus j)ropre à l'aider dans son œuvre réparatrice.

LES HOMRES DE 1852. 15

On connaît maintenant le langage; comment a-t-il été rais en pratique?

M. de Persigny, agissant sur les cligibles avant de s'occuper des électeurs, a surtout pris à tâche d'arrêter Jes candidatures indépendantes; au besoin, il arrêtait les candidats eux-mêmes!

Il a mis obstacle à toute propagande concurrente, tantôt par des exigences administratives de timbre, de dépôt et d'autorisation préalables; tantôt par des mesures de répression contre les afficheurs de circulaires et les distributeurs de bulletin de vote. Au dernier moment, il a pressé sur le corps électoral lui même. Dans les campagnes, il a secoué Tignorance nonchalante des paysans en faissant adresser des appels de plus en plus impérieux au concours actif des maires. Moins heureux dans les faubourgs parisiens, il n'est pas parvenu à faire sortir les ouvriers de leur abstention défiante ; il n'a rien épargné pourtant. Notamment, il forma au ministère de l'intérieur un bureau central de l'esprit public, dirigé par le jovial Romieu, devenu le soutien de l'ordre après n'avoir pas pu se soutenir lui-même au sortir du café Anglais.

A l'appui de ce tableau résumé des élections de 1852, nous citerons quelques faits, mais en ne les prenant que parmi ceux qui sont officiels, ou qui paraissent démontrés.

Pour décourager, dès le début, toute velléité de résistance, la Patrie, orgagne officieux, annonçait a priori que, si la majorité envoyée au Corps législatif n'était pas satisfaisante, le gouvernement ne reculerait pas devant la dissolution à jet continu. Irritée de ce que, dans sept ou huit drconscriptions, il se produisait d'autres candi-

datures que celle des préfets, elle s'écriait avec menace :

Serait-ce déjà trop, pour le tempérament politique de la France, que d'avoir à élire deux cent soixante députés? Le pays que des rêveurs et des utopistes, qui ont toujours les yeux de. rinteiligence et de l'esprit braqués sur l'Angleterre et l'Amérique, voulaient doter d'un régime impossible avec le caractère bouillant, capricieux, mobile, irréfléchi de sa population, n'est-il pas même en état de supporter la liberté que la constitution nouvelle lui a laissée?

N'est-ce pas quelque chose d'incroyable et d'étrange que d'en être déjà, quoique à peine à six semaines du vote présidentiel, à ces agitations sourdes, à ces luttes ardentes, à ces intrigues souterraines, à ces excitations passionnées qui ont fait tant de mal à la France, chaque fois que les monarchies écroulées de 1815 et de 1830 procédaient à des élections législatives? Ce pays aura-t-il donc toujours trop, pour son repos et pour son bonheur, de ce qu'on lui laissera d'institutions parlementaires ?

Pourquoi aussi avoir eu la faiblesse d'accorder à ce peuple insoumis quelque chose du parlementarisme? Point de réticences, point de périphrases, point d'ambages, point de détours. Dans ce temps-ci, la profession de foi la plus éloquente ne serait qu'une arme à deux tranchants, destinée à servir avec l'un et à blesser avec l'autre. Le pays a déclaré solennellement quHl voulait, qu'il ne voulait que le prince Louis-Napoléon, Le pays ne peut sans se donner un éclatant et funeste démenti, nommer qu'un Corps législatif qui partage et qui résume ses sentiments; car, s'il n'en était pas ainsi, tout serait à recommencer!

C'était vraiment un acte héroïque que se présenter à celte époque comme député. Qu'on y songe! Pas de réunions contradictoires ouvertes à tous les électeurs de la circonscription ; pas même de réunions privées, si ce n'est celles qui avaient déjà eu' le temps de se séparer

lorsque la police, par hasard avertie après coup, se présentait trop tard pour les dissoudre ; aucun moyen de propagande, ni la parole, ni la presse ; les journaux silencieux ou ne publiant que ce qui plaisait au gouvernement; les imprimeurs, dont le privilège pouvait être administrativement supprimé, se refusant à laisser sortir de chez eux aucune circulaire d'opposition, et hésitant à tirer les bulletins de vote eux-mêmes ; aucune espérance de pouvoir éclairer le pays, rétablir la vérité, réfuter les calomnies et les mensonges mis au service de la candidature officielle. Voilà dans quelles conditions égales luttait le gouvernement :

C'est à peu près de la sorte, disait Prévost-Paradol, que, pendant les jeux publics, le divin Commode, costumé en hercule, entrait volontiers en lice contre les malades et les blessés tirés des hôpitaux de Rome et remportait de glorieuses victoires à condition qu'aucun homme ayant le corps sain et le bras vigoureux ne fût admis dans Tarène.

Et d abord, au point de vue dès dépenses électorales, l'administration aidait, quand elle ne le suppléait pas, le candidat officiel; elle augmentait, au contraire, vis-à-vis du candidat opposant ses rigueurs d'interprétation et ses exigences fiscales. Aussi le correspondant de Vlndépendance belgCy après avoir exposé que le gouvernement avait bien voulu permettre aux candidats non ministériels de publier des professions de foi, ajoutait-il :

Malheureusement la question du timbre diminue sensiblement en fait, ce que les concessions du ministère ont de libéral. M. Morlimer-Tcrnaux, par exemple, se proposait dans la deuxième circonscription (quartiers de la Chausséed'Antin et du Faubourg-Montmartre) de faire tirer quarante

mille exemplaires de sa circulaire, chiffre du tirage de son concurrent, M. Devinck. Les circulaira de celui-ci sont exemptes du timbre. Un électeur de la circonscription, qui en a reçu un exemplaire par la distribution ordinaire, me Ta remis et m'a aflirmé que tous ceux qui ont été adressés à ses voisins étaient de même, sans timbre. M. Mortimer-Ternaux, au contraire* a été oflicicliement averti que, s'il faisait distribuer des exemplaires non timbrés, ils seraient saisis et procès-verbal serait dressé. Or, le timbre est de cinq centimes par exemplaire. Cela élève notablement les frais. M. Mortimer- Ternaux, en présence de cette obligation, a réduit son tirage ^e quarante mille à quatre mille. 11 s'en faut, vous. le voyez, que la partie ainsi jouée soit égale entre les candidats du gouvernement et les candidats indépendants.

Pendant ce temps-là, c'était aux frais de la ville de Paris que, non seulement les affiches, mais les bulletins de vote des canditats officiels étaient imprimés. C'était sur le budget municipal qu'étaient payés les afficheurs et les distributeurs gouvernementaux. Il n'y avait pas grand honneur à être élu de la sorte ; en revanche, il y avait peu à débourser.

En province, les obstacles apportés à la propagande libérale étaient plus accentues encore : Dans le Puy-de- Dôme, M. Combarel de Leyval, ancien député, homme d'ordre par excellence, de plus, riche propriétaire, se représentait en quelque sorte par habitude. Il ne put faire imprimer ni une circulaire, ni même de simples bulletins de vote. Sur quatre de ses amis qui, sans salaire, par sympathie personnelle, distribuaient des bulletins portant son nom, et écrits à la main, non sur la voie publique, mais à rinlérieur d'une auberge, deux furent arrêtés et emprisonnés. Dans l'Allier, un candidat est d'abord

recommandé par le sons-préfet comme le « seul digne (le la sympathie des électeurs et le seul capable de réunir la majorité » ; mais un autre nom est désigné de Paris; aussitôt, changement de front; on poursuit comme perturbateurs les électeurs restés fidèles à la candidature primitive. Un individu, soupçonné d'avoir été commander des bulletins au nom de cet ami méconnu du gouvernement, est emprisonné. A Chartres, les bullelins de M. le marquis de Gouvion Saint-Cyr sont saisis à la posle et les distributeurs mis au violon. Malgré ces violences, le fils du célèbre maréchal obtient les deux tiers des voix dans la ville; malheureusement, les campagnes ne connaissent même pas Texistencc de sa candidature.

Parfois, suivant la gravité des circonstances el le zèle des agents, c'était contre les candidats eux-môme qu'on sévissait. Ainsi, M. deGasté, ingénieur du port de Brest, se présente aux électeurs de cette circonscriplio:). Aussitôt un ordre ministériel le déplace et l'expédie à Cherbourg, où il reste sous une étroite surveillance. Le 25 février, dans la Dordogne, M. Ducluzeau, fils d'un ancien représentant du département, est arrêté par la gendarmerie de Vcriillac; son incarcération est motivée par la publication d'une profession de foi exaltée et anarchique. A Paris même, M. Crocé-Spinelli, qui pose sa candidature indépendante, reçoit l'ordre de quitter le territoire français.

C'étaient là des vexations inutiles; car la masse du corps électoral était spontanément dans des dispositions de docilité volontaire.

Aussi, le Constitutionnel écrivait-t-il avec un aplomb superbe :

âO LES HOMMES DE 1852.

Dira-t-on que, dans 'd'autres temps, rintervention du gouvernement dans les élections a été blâmée comme abusive? On répond que, sous le régime actuel, tout est changé? et qu'avec le prince Louis-Napoléon, non seulement rien de ce qui vient de lui ne saurait être suspect aux électeurs, mais encore que la seule crainte qu'ils puissent avoir est de ne pas connaître assez clairement sa pensée^ pour lui apporter leur appui dans tous les détails.

Pourquoi les électeurs se plaindraient-ils du droit que Ton réclame pour les préfets de leur indiquer les candidats les plus disposés à seconder l'élu de la France? Us doivent bien plutôt s'en féliciter; car, en votant pour les candidats de Louis-Napoléon, n'auront-ils pas c comme une occasion naturelle de voter une seconde fois pour lui > ?

Les maires ruraux s'entraînaient eux-mêmes, se serrant les coudes. Sans qu'on les en priât, ils luttaient entre eux de démonstrations exubérantes de dévouement. Dans plusieurs communes, et notamment dans la Sarthe, des présidents de bureaux électoraux exigeaient, de ceux qui venaient voter, un serment préalable de fidélité au chef du pouvoir exécutif. Beaucoup forçaient moralement les électeurs à prendre et à déposer immédiatement dans l'urne les bulletins officiels qui étaient en tas devant eux. Tantôt le billet était franchement déplié par \e maire ; tantôt il était palpé avec une telle lenteur et un tel sansgêne que le secret du vote n'était plus qu'une fiction légale.

D'un côté, des précautions excessives; de l'autre, pas d'esprit de résistance : on devine quels résultats écrasants devait donner un pareil scrutin. Si, en 1852, le nombre des fraudes électorales fut relativement restreint, c'est surtout parce qu'il n'y avait pas besoin d'en commettre !

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L'administration n'avait à craindre que les répugnances et les susceptibilités locales naissant, par exemple, de ce que le candidat imposé à la circonscription était un article d'importation étrangère, inconnu de la veille, oiseau de passage. C'est ainsi qu'un certain mécontentement se produisit dans TAriège, lorsque le prince président, pour épargner à un ancien libéral ce premier embarras qui suit les évolutions brusques et les conversions intéressées, eut l'idée singulière de vouloir transplanter dans le Midi la candidature de M. Billault que tout : son passé, ses intérêts de fortune et ses relations politiques rattachait jusque là à la Loire-Inférieure. Il fallut demander au sous-préfet un effort plus vigoureux, et le sous-préfet adressa aux maires de la circonscription un appel plus énergique. Voici cette circulaire qui mérite de rester comme le modèle du genre :

Monsieur le maire,

Le prince président de la République a donné naguère de grandes marques de confiance à M. Billault, ancien représentant; il lui en donne une nouvelle preuve en ce moment. Par son ordre formel, M. Billault est le candidat du gouvernement pour la deàxième circonscription électorale du département de TAriège.

Je viens porter ce fait à votre connaissance, monsieur le maire, et vous demander franchement votre concours actif pour faire réussir cette candidature.

Faites, je vous prie, comprendre aux habitants de votre commune de quelle importance il est, pour le département de TAriège, de réussir à faire nommer M. Billault avec une forte majorité, puisque nous donnerons par là, au prince président, une nouvelle preuve de notre sympathie pour lui, et

22 LES HOMMtS DE 1852.

que nous ferons un bien immense à notre pays en lui procurant riafluence iKun homme haut placé par son talent et par la confiance du chef de i'Ëiat, influence qui peut être utile, en particulier, pour les besoins de votre commune.

Agréez, monsieur le maire, etc.

En général, les campagnes étaient faciles à manier; mais, quand l'administration avait à agir sur les ouvriers, même ceux des villes de province, il y avait des mécomptes. Prenons pour exemple la ville de Reims, où la population des faubourgs s'était d'abord montrée favorable au socialisme césarien. Voici les résultats pour Reims- Ville :

Candidat du gouvernement 2 . 357

Candidats divers 947

Voix perdues 147

Bulletins blancs (de fonctionnaires, dit-on). 770

Désignations insuffisantes S78

Abstentions « 6.895

De 1815 à 1848, le nom de Napoléon avait représenté, pour les ouvriers, la forme armée de la Révolution triomphante, par opposition aux essais plus ou moins déguisés de retour vers un passé craint et haï. Depuis la proclamation de la République, ceux des travailleurs qui restaient bonapartistes étaient des démocrates aatori* taires espérant la réalisation instantanée des réformes sociales par l'intervention décisive du pouvoir absolu. Depuis le coup d'État, qui avait du reste atteint la bourgeoisie républicaine plus que le prolétariat socialiste, les masses ouvrières étaient devenues, ncMi pas systémati*

LES HOMMES DE 1852. Sa

quemeiit hostiles au nouveau régime, mais instinctivement défiantes. Sans connaître son La Fontaine, et sans, avoir « perdu sa queue à la bataille » de décembre, dont il avait à peine compris la portée, le rat populaire se faisait, à part lui, la réflexion prudente que « la mcfianco est mère de la sûreté >.

Cependant, à Paris, riramobilité des vieux bonzes* y enfermés dans une foi purement contemplative, n'était ni comprise, ni surtout partagée par la masse sans cesse rajeunie d'une population naturellement avide d'action, et pour laquelle abstention a toujours été synonyme (l'abdication. Elle était désireuse d'avoir de nouveau un drapeau à arborer, des noms à faire triompher dans la bataille électorale, appelant déjà de ses vœux des chefs phis jeunes, puisque les anciens s'obstinaient à gémir stérilement sur le passé, au lieu de conduire virilement l'assaut vers un avenir meilleur.

L'impatience naissante des soldats arracha un semblant d'action au morne découragement des généraux. II fut arrêté, dans un embryon de comité électoral, que des ombres de candidatures républicaines seraient présentées aux électeurs dans trois circonscriptions de Paris, les troisième, quatrième et cinquième. Les trois candidats dont le nom fut choisi, comme une sorte d'emblème allégorique, étaient MM. Cavaignac, Carnot et Goudchaux; ils représentaient : l'un, l'honneur militaire; l'autre, la vertu civique; le troisième, le dévoue-» ment fraternel de la démocratie.

Ces candidatures étaient jetées à la face de. la dicta-

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