‹ Études d'histoire parlementaireChapitre 9 sur 40 · Les Intérêts catholiques au XIX* siècle^ septembre · texte numérisé non relu

Les Intérêts catholiques au XIX* siècle^ septembre

de donner aa régime nouveau des formes régulières; comment a-t-il paru

. . . Trahir la trahison, EHcxinême indignée!

Y a-t-il eu terçiversation réelle de sa part, ou bien les circonstances seules ont-elles changé, l'homme continuant d'obéir aux mêmes mobiles?

Rectifions d'abord une idée assez répandue, c'est que, dans la profession de foi écrite par H. de Hontalembert en 1848, il se ralliait à la démocratie républicaine. — Si on se reporte à ce document, que voit-on ? C'est que, à ce moment-là même, il s'élève contre la tyrannie du Nombre-^ il laisse percer son invincible répugnance contre Tidée que la direction politique du pays puisse être abandonnée à la vile multitude de ceux qui ne lisent pas, et qui ne savent pas lire ; il ne peut s'empêcher de soupçonner d'avance la République nouvelle de « ressembler à sa devancière », c'est-à-dire de « procéder par voie d'exclusion, de suspicion et de persécution », et il déclare qu' « alors elle pourra bien l'avoir pour adversaire et pour victime », — « elle ne l'aura jamais comme instrument et comme complice ». Y avait-il, dès l'origine, beaucoup à compter sur un pareil adhérent?

Tout ce qu'il concède aux idées dominantes de 1848, c'est qu'il faut renoncer, tout en la regrettant, à la monarchie constitutionnelle : « Dieu, dit-il, l'a abandonnée, et la France ne l'a pas défendue ; je me soumets au jugement de la France et de Dieu, pour ne plus me souvenir que de mes devoirs envers la patrie et la vérité. » M. de Hontalembert a écrit depuis dans sa brochure sur lés

Intérêts catholiques au XIX* siècle.: « On saura qu'il y a eu, au moins, un vieux serviteur du catholicisme qui^ avant 1830, avait distingué la cause catholique de la cause royaliste, et qui, en 1848, a combattu de toutes ses, forces la prétendue identité du christianisme et de la démocratie. » N'ayant jamais été que catholique et aristocrate, il eût accueilli avec satisfaction la République, mais la République organisée pour le plus grand profit du clergé et des classes dirigeantes ; République conforme aux intérêts comme aux vœux d'une certaine élite sociale et intellectuelle ; République théocratique et oligarchique, sous un doge de Venise, un stathouder do Hollande, ou un lord-protecteur d'Angleterre.

Par cela même que M. de Montalembert était partisan d'une liberté aristocratique et lettrée, il ne s'accommoda pas longtemps de la liberté brutale, forte en gueule et, avant tout, égalitaire, de la démocratie républicaine. Son instinct de la mesure était choqué par une certaine licence de langage qui s'alimentait de scandales sans cesse renouvelés ; ses intérêts de grand propriétaire étaient inquiétés par la menace du partage des biens, tantôt sous la forme violente du pillage, tantôt sous la forme légale des réformes socialistes ; sa foi de catholique était blessée par une presse plus que voltairienne, fanatique d'intolé-^ rance, qui avait pris à tâche de diffamer la religion, toujours et sur tous les points, dans son histoire, dans ses dogmes, dans ses œuvres, et dans ses ministres.

Personne n'était, à cette époque, plus antipathique à la presse que M. Montalembert, et personne aussi ne la haïssait d'une haine plus vigoureuse. II voyait dans son impunité systématique « une véritable oppression pour

les gens tranquilles, pour les hommes d'ordre, les bons citoyens »; une force destructive destinée à amener « rabaissement de toutes les supériorités, Tabolition de toutes les hiérarchies, Taffranchissement de tous \c> respects, Tégalité, en un mot, dans son sens le plus abaissé et le plus niveleur ». Il s'élevait avec violence « contre ces aventuriers de plume qui, ayant servi tous les gouvernements, n'ont jamais pu se hisser jusqu'à l'estime publique ». Il voyait, dans les forbans du journalisme embusqués derrière les colonnes de leurs feuilles de chantage, les successeurs directs de ces brigands à main armée qui, durant le moyen âge, exploitaient les grands chemins. C'est lui, qui, à la veille de Décembre, disait : « La presse est une puissance qui ne paraît jamais si redoutable, et même si irrésistible qu'à la veille du jour où elle va disparaître, sans qu'une seule main se lève en sa faveur ! » Ce sont là des impressions que M. de Montalembert partageait en 1851 avec M. Louis Veuillot, et que celui-ci rappelait à celui-là en 1852, ajoutant : « Voilà ce que naguère nous pensions ensemble, et ce que, moi, je pense toujours. »

Tous deux, en effet, ils avaient poussé ce cri, véritabli' appel au coup d'État : « Faites trembler les méchants ! )

L'aristocrate, en M. de Montalembert, repoussait la République de 1848 ; le catholique soutint le prince Louis-Napoléon.

M. de Falloux a écrit sur M. de Montalembert * : « Ayant horreur pour lui-même du moindre déguisement, il ne croyait pas facilement au mensonge et à Thypo-

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