PRÉFACE XXI
d'originalité religieuse^ maïs on ne peut se passer de religion. Qui ne s'est arrêté, en parcourant nos anciennes villes, devant ces gigantesques monuments de la foi antique, qui seuls appellent le regard au milieu du niveau de la vulgarité moderne ? Tout s'est renouvelé à Tentour ; la cathédrale seule est restée, un peu dégradée à hauteur de main d'homme, mais profondément enracinée dans le sol. Tant il est vrai qu'en fait de création religieuse les siècles sont portés à se refuser le privilège qq'ils accordent si libéralement aux âges reculés ; tant il est vrai aussi que la science rationnelle, étant par sa nature l'apanage d'un petit nombre, ne saurait, dans l'état actuel de la société, peser sur la croyance du monde d'un poids décisif.
On comprend maintenant quelle distance sépare le controversiste, qui aspire à changer les formes religieuses existantes, du savant, qui ne se propose qu'un but spéculatif, sans aucune application directe à l'ordre des faits contemporains. Étranger aux causes qui produisent ces brusques variations de l'opinion qui ont leur légitimité dans le cercle des gens du monde, mais ne doivent pas s'étendre au-delà, le savant n'est pas obligé de faire un acte de foi sur tous les caprices de la mode, ni de se condamner au silence parce qu'il n'a pas été amené par ses études aux idées que tel parti juge les plus convenables à ses vues du moment. Le gouvernement des choses d'ici-bas appartient en fait à de tout autres forces qu'à la science et à la raison; le penseur ne se croit qu'un bien faible droit à la direction des affaires de sa planète, et, satisfait de la portion qui lui est échue, il accepte Fimpuissance sans regret. Spectateur dans l'univers, il sait que le monde ne lui appartient que comme eujet d'étude, et que le rôle de réformateur suppose