XX PRÉFACE
tant que le catholicisme^ pour la majorité de ceux qui y reviennent, est moins le vaste et minutieux amas de croyances qui remplit les volumes d'un Traité de théologie que la Religioriy dans son acception générale. Parmi les néophytes qui s'y rattachent avec le plus de zèle, il en est peu qui songent sérieusement aux dogmes -qu'ils embrassent; quand ces dogmes leur sont exposés sous une forme rigoureuse, ils les déclinent ou les atténuent par des explications complaisantes : presque tous sont hérétiques sans s'en douter. Ce qui les ramène à l'Eglise, c'est Tétemel instinct qui porte l'homme à s'attacher à une croyance religieuse, instinct tellement impérieux que, pour ne pas rester dans le doute, on accepte sans examen la foi qu'on trouve toute faite. Le xvhi« siècle, qui avait pour mission de dégager le champ de l'esprit humain d'une foule d'obstacles que le cours des âges y avait entassés, portait dans ce travail de démolition l'ardeur que l'on met toujours à remphr un devoir de conscience. Le scepticisme et l'impiété (ou plutôt l'apparence du scepticisme et de l'impiété, car au fond peu de siècles procédèrent à leur œuvre avec autant de conviction et de religieux dévouement) lui plaisaient pour eux-mêmes, et il éprouvait une sorte de contentement à s'acquitter de la tâche qu'il n'aurait dû souvent accomplir qu'avec larmes. Mais la génération suivante, qui, revenue à la vie intérieure, a trouvé en elle le besoin de croire et d'être en communion de foi avec d'autres âmes, n'a plus compris la joie de ce premier emportement, et, plutôt que de rester dans un système de négation devenu intolérable, elle a essayé de relever les doctrines mêmes que ses pères avaient renversées. Quand on ne sait plus bâtir d'églises, on restaure et l'on imite les anciennes : car on peut se passer