‹ Études d'histoire religieuseChapitre 11 sur 18 · XXII PRÉFACE · texte numérisé non relu

XXII PRÉFACE

presque toujours en ceux qui se le donnent des défauts et des qualités quil n'a pas.

Conservons donc à leur place chacun des éléments^ souvent contradictoires, sans lesquels le développement de Thumanité reste incomplet. Laissons les religions se proclamer inattaquables, puisque sans cela elles n'obtiendraient pas de leurs adhérents le respect dont elles ont besoin; mais n'obligeons pas la science à passer sous la censure d'un pouvoir qui n'a rien de scientifique. Ne confondons pas la légende avec l'histoire ; mais n'essayons pas de bannir la légende, puisque telle est la forme que revêt nécessairement la foi de l'humanité. L'humanité n'est point composée de savants et de philologues. Elle se trompe fréquemment, ou, pour mieux dire, elle se trompe nécessairement sur les questions de faits et de personnes : souvent elle ne place pas convenablement ses sympathies et ses hommages; plus souvent encore elle exagère le rôle des individus, et accumule sur la tête de ses favoris les mérites de générations entières : pour voir le vrai en tout cela, il faudrait mie finesèe d'esprit et un savoir qui lui manquent. Mais elle ne se trompe pas sur l'objet même de son culte : ce qu'elle adore est réellement adorable; car ce qu'elle adore dans les caractères qu'elle a idéalisés, c'est la bonté et la beauté qu'elle y a mises. On peut affirmer que, si une nouvelle apparition religieuse venait à se produire, le mythe y trouverait sa place, dans la timide mesure que comporte notre âge de réflexion. Quelque soin que que l'on mît d'abord à repousser tout ce qui s'écarterait du rationalisme le plus pur, la seconde génération serait sans doute moins puritaine que la première, et la troisième moins encore. Ainsi s'introduiraient des complications successives où les grands instincts Imaginatifs de

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l'humanité se donneraient pleine carrière^ et où la critique trouverait de nouveau au bout de quelques siècles à reprendre son œuvre d'analyse et de discernement.

Les personnes plus portées vers le sentiment que vers la science et plus richement douées pour Faction que pour la pensée comprennent difficilement, je le sais, Topportunité de pareilles recherches et les accueillent en général avec déplaisir. C'est là un sentiment respectable et qu'il faut se garder de blâmer. Aux personnes qui réj)rouvent, j'oserai conseiller de ne pas lire les écrits composés au point de vue de la critique moderne : ces écrits ne peuvent que provoquer chez elles des réactions fâcheuses, et le trouble même qu'elles ressentent en les lisant prouve que de telles lectures ne sont pas convenables pour elles. Le bon esprit ( ou du moins ce qu'on appelle ainsi)^ qui confine nécessairement par bien des points au petit esprit, est essentiel au régime de ce monde : un navire sans lest, surmonté d'une brillante voilure, est aussi mal disposé pour la marche qu'un ponton sans voiles et pesamment chargé. L'incapacité de l'Allemagne dans le champ de l'action n'estelle pas la conséquence des dons incomparables dont la nature l'a douée dans l'ordre des spéculations intellectuelles ? L'homme pratique ne saurait avoir la largeur d'esprit de l'homme voué à la pensée : de son côté, le penseur, s'il veut prendre part aux affaires de ce monde, est obligé à une foule de compromis qui l'amoindrissent et nuisent à son originalité. Ici, comme en toute chose, le bon gouvernement de l'esprit humain se résume dans la liberté. Qu'on laisse ces paisibles et inoffensives recherches se poursuivre dans l'obscurité qui leur cwivient. La science serait bien téméraire si elle aspirait à

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