‹ Études d'histoire religieuseChapitre 12 sur 18 · XXIV PREFACE · texte numérisé non relu

XXIV PREFACE

modifier Topinion : ses procédés n'ont de prise que sur un petit nombre; repoussante et sans séduction, avec quels moyens lutterait-elle contre tant de puissances qui tiennent le monde, sans doute à meilleur droit? Elle ne demande que la liberté ; avec la liberté , le partage des âmes se fait de lui-même , et chacun choisit spontanément la voie qui est pour lui celle de la vérité.

Je n'ignore pas les malentendus auxquels on s'expose chaque fois que Ton touche aux matières qui sont objet de croyance pour un certain nombre d'hommes. Mais tout exercice délicat de la pensée serait interdit, si Ton était obligé de deviner les contre-sens que des esprits préoccupés peuvent commettre en lisant ce qu'ils ne comprennent pas. Les personnes peu familières avec les choses intellectuelles croient souvent se donner un air de haute sagesse en faussant et en exagérant les opinions aux dépens desquelles elles veulent se donner le mérite de la modération. Pour ces per« sonnes, il faut que les écrivains se classent dans des catégories tranchées ; par leur grâce, on est panthéiste ou athée sans le savoir; elles créent des écoles de leur autorité privée, et l'on apprend souvent d'elles avecquelque surprise qu'on est élève de maîtres que l'on ne connaît pas. Les gens du monde croient volontiers s'attribuer le privilège du bon sens, en résumant par quelques termes absurdes et qui se réfutent d'eux-mêmes les grandes thèses de la science ou du génie. Strauss est ainsi devenu un insensé qui a nié l'existence de Jésus ; Wolf est un fou qui a nié Homère ; Hegel un extravagant qui a dit que le oui et le non se valent ; et si je me permettais de dire ici que, loin de nier l'existence de Jésus, Strauss la suppose et l'affirme à chaque page de son livre; que

PRÉFACE. zxv

Wolf n'a fait que nier la composition artiâcielle de riliade et de TOdyssée ; que Hegel n'a voulu dans ses formules les plus hardies que signaler le caractère relatif et partiel de toutes nos affirmations^ je passerais pour un disciple de Strauss^ que j'ai énergiquement combattu; de Wolf, dont je n'ai pas à m'occuper; de 3egel, dont j'admire la hauteur d'esprit, mais avec qui j'ai peu de points communs. Les inconvénients de cette sorte sont inévitables. Le discernement des nuances sera toujours le fait d'un petit nombre ; mais ce petit nombre, quand il s'agit des œuvres de l'esprit, est le seul dont le suffrage doive être recherché.

Parmi les objections que je prévois, il en est une à laquelle je dois faire ici d'avance quelque réponse. On pourra regretter qu'en exposant certaines idées contraires aux opinions généralement reçues en France, je ne me sois pas cru obligé de déployer un plus grand appareil de démonstration. Mais ce- défaut est absolument inséparable de la nature même des morceaux qui composent le présent volume. Il ne s'agit point ici de mémoires destinés à des recueils spéciaux , où l'érudition et la philologie peuvent se donner toute carrière , il s'agit d'expositions faites pour des Revues et des journaux , et où les résultats, dégagés de l'appareil scientifique qui a servi à les obtenir, doivent seuls trouver place. Que l'on consulte les ouvrages dont je rends compte, ou ceux que je cite sur les points sujets à^ contestation, on y trouvera des preuves que je ne pouvais développer et auxquelles d'ailleurs j'aurais eu, la plupart du temps , peu de chose à ajouter. Les travaux de critique destinés aux Revues deviendraient impossibles, si, en rendant compte d'un livre , on était obligé de dresser de nouveau tout l'échafaudage qui a servi à

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