LES EELIGIONS DE ^ANTIQUITÉ
La critique est née de nos jours, et il n'appartenait qu'à^a critique la plus délicate d'apercevoir, en dehors de tout dogmatisme comme de toute polémique, la véritable importance de Tétude des religions. Si lliomme vaut quelque chose, c'est parce que, s'élerant au-dessus de la vulgarité de la vie, il atteint par ses facultés morales et intellectuelles un monde d'intuitions supérieures et de jouissances désintéressées. La religion, c'est la part de l'idéal dans la vie humaine; elle est toute en ce mot : L'homme ne vit pas seulement de pain. Il est, je le sais, une autre puissance qui prétend, elle aussi, résumer la vie spirituelle de l'humanité, et le moment serait mal
s LIS RELIGIONS
choisi pour en médïfe; itiai^ ce n'est pas nier la philosophie^ c'est lui rendre sa yéritable place^ la seule où elle soit grande^ forte^ inattaquable^ que de dire qu'elle n^est pas laite pour le gtand iiombi^â. Sublime si on la considère dans le cénacle des sages dont elle a été Taliment et Tentretien^ la philosophie n'est qu'un fait imperceptible si on Tenvisagé dans l'histoire de Thumanité. On compterait les âmes qu'elle a ennoblies^ on ferait en quatre pages l'histoire de la petite aristocratie qui s'est groupée sous ce signe : le reste, livré au torrent de ses péveây Se ses ierreùrÉf, de Ées eùchàntements, a roulé pêle-mêle dans les hasardeuses vallées de l'instinct et du délire, ne dierchant sa raison d'agir et de croire que dans les éblouissements de son cerveau et les palpitattom de son eos&r.
Là religion d'un peuple, étant Fexpressîoii la pïife complète de son individuallité> est, en uti sens, plus insbraetite que Son histoire. L'histoire d'un peuple, en ôfl^et> ne lui appartient pas tout entière : elle renferme une part fortuite où fatale qui ne dépeM pas de là nà« Hon, qui parfois rftême là cônf ràtlé dans ôon développeihent naturel; mais là légende religieuse est bien l'œuvre propre et exclusive du génie de chaque race. L'ïnde, par exemple, ne noirs a pas laissé uiïe ligne d'histoire proprement dite : les érudits parfois le regrettent, et payeraient au pdds de l'cUr quelque chronique, quelque
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série de fôîé; théis, en Vérité, nous avons miéitl qtie tout cela : nous avons ses poèmes, sa mythologie, ses livres sacïiës; nous avons son ftme. Dans t'hi^toire, nous eussions trouva quelques faits sèchement racontés, dont la critiqué^ eàt à grand*t)eînê dessaisi le vrai caractère : fâ faBle hou^ donne, coTîimé dans l^einpféinte d'un sceau, Fhnstge fidèle dé tà manière de sentir et de pen- ^r, soïî p6rtratit iùaHèi tracé par elle-fnêmé. — Ce que te ttfti* siècïéf régaï'dait cdûiftié tin àftias de superstitions et dé tjuérîlités est ainsi devenu, aux yeiix d'une philosophie dé f hîôtoîre plus comipïète , lé plus cûrîeùx des dô- Ctnhents ^uf lép^Ssé de lliumànité. Des études qui àùfrèfôis âemblàieût f âpariaîge âèi esprits frîvôîës se sont élevées àtt nîteâu dés plus hautes spéculations, et un fitré édnèàcté à f îniérpfétatîon des fables que Bayïe ne (rottVàit boitné^ qu'à amuser lés ènfaiits a pris place ^iùrtMlès œilVfès* léS plus ôériétises de notre siècle.
Pour âpjJ*écléf tôtïiè limpôriancé de ce livre, — nous f Ôttfôûs' parler* dé là tàsté encyclopédie mythologique qti^xsû déS pluSâigfiés représentants dé l'érudition française â gtôUpeé autour d'une traduction récemment ièYnifiiêë dé & Éjfmholiqué an docteur Fr. Creuzer^,—
• * ÈBîigîàhs dé Vdtdiquxtê cdrisidéréeè principalement dans leurs f&rmes gytiAcfHquêS et mythohgi^s ^ du I^ Fr.' Crtmeti ouvrage iraduit et refondu par J. De GuigDiaul. 40 vol. i»-8". Pftrîâ', 4825-1851.
il faut se reporter à l'époque où fut entreprise l'œuvre méritoire de naturaliser parmi nous toute une série d'études^ si florissantes chez nos Toisinset chez nous si délaissées. Lorsque le premier volume des Religions de r antiquité parut en iS^, il se rattachait à ce mouvement de curiosité qui agitait alors les esprits^ et les portait à chercher dans lliistoire mieux comprise la solution des problèmes qui passionnaient la partie éclairée de rq)inion. Il est rare que de tels travaux s'achèvent au milieu du mouvement qui les a vus naître; mais si les derniers volumes des Religions de Vantiquité n'ont plus rencontré le public plein d'ardeur et d'espérances qui avait accueilli les premiers^ ils ont prouvé du moins que rien n'est changé dans le zèle du savant qui, pendant un quart de siècle, a été l'interprète de l'une des branches les plus importantes de l'érudition allemande, et auquel personne ne contestera le titre de rénovateur des études mythologiques en France.
Le traducteur de la Symbolique trouva ces études abaissées parmi nous au dernier degré de médiocrité. C'était le temps où M. Petit-Radel dissertait gravement sur les aventures de la vache lo, et dressait dans un mémoire le tableau synoptique des amants d'Hélène, avec leur âge en rapport avec celui de cette princesse. L'Allemagne au contraire, initiée à la connaissance de l'antiquité par la grande génération des Wolf et des
Ilcyne, si rapprochée d'ailleurs par son génie des intuitions religieuses des premiers âges, était riche déjà d'excellents écrits sur les mytbologies anciennes et sur la manière de les interpréter. Ce qui importait avant tout, c'était de réparer un arriéré de plus d'un demisiècle, et de rendre accessibles les trésors de saine érudition que l'Allemagne avait entassés pendant que la France continuait les traditions de critique superficielle du xym« siècle. La Symbolique de M. Creuzer, par ses imposantes proportions, sa réputatioù européenne, l'élévation de vues, la haute philosophie et la science que l'auteur y avait déployées , s'oifrit tout d'abord. M. Guigniaut comprit toutefois que la traduction d'un seul ouvrage, déjà dépassé sur plusieurs points de détail par des travaux plus récents, n'atteindrait qu'imparfaitement le but qu'il se proposait. Il résolut donc de rassembler autour du livre de U. Creuzer les résultats des travaux parallèles ou postérieurs, de faire en un mot du texte de la Symbolique la trame d'une vaste synthèse embrassant toutes les études mythologiques de l'Allemagne. L'opinion de l'Europe savante s'est prononcée depuis longtemps sur la valeur de ce plan et sur la manière dont il a été rempli. La France y a reconnu le modèle à suivre dans l'œuvre difficile d'introduire parmi nous les produits de la science allemande; l'Allemagne^ de son côté, a donné à l'édition française
la plus ba^ Approbation^ piisqua eUe-oiéipe semble avoir a^dopté $}fc prescpie tous les po^pts importants le§ niodiiications apportéj^ p^ le tfadi;cieur. Le livr^ de M. Gui^iaut, courageusement ïpeijié à terme à travcr§ des circom|l£ux瀻s.si diveirses e^ue^cpiefois si AOi^traireis, est dievepiji 1# mpwel mdispepsjibljs , nop-^eulemept 4§ Tantiquiaire ^.dii pjipiplogue^ inai$ en^Qr<$ 4^ ^P§ }^§ esprits icprl^i^ qui prpient q^e ji'IiisjtiHr^ ^ fàigiotm est un des éléments Ips plu^ eissepti/gls de rhistpirê tj§ rç^yit lwju»ain| c-e^t-^rd jre de 1# Tfaj^ pljilosopfaie.
Les religion^ tiennent si profondément ans: flbrep intimes fie }a i^ps^ieçpe humaip^^ que Fm^rprétetûo) scientidque en devient à 4isifU^pç presque ioipos^bl^, Les efforl^ de la (Cf itiçpi^ la i^us subttt^ ng gouraient redresser j^ poslticm fausse où nous npus trouvas ?is4r yJs 4e ces fleuyr^ priflUtives. Plaines 4e yfej d^ sens, de vérité pj[)ur les p^uplesqnl les ont ^nûpées de l^^r souille, eUes ne spot plu^ à nos yeux qne de^ lèpres mortes, des l^iérpglypl|es scellés } créées par re£Q[^r| sîmidtané d^ tontes les faiçull^ agissant dans la pl^ Pi^f^te harmonie, ^Ileis ne spnt pins piom* nous qu'un ol^ç); d^ cuiieusç am^lyse., f Q^r faire This^irç d'une religipUi il jê^l ne
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plus f croire^ m^is il laut y avoir cru : on ne comprend bien que le culte, qui a provoqué en nous le premier élan vers l'idéal. Qui peut être juste envers le catholicisme s'il n'a été bercé de cette légende admirable^ si dans les accents de ses hymnes, dans les voûtes de ses {temples, dans 1^ symboles de son culte, il ne retrouve les prières sensations de sa vie r^igieuse? La condition la plus essentielle pour bien apprécier les religions 4e Taiitiquité nous manquera donc à jamais; car il faudrait avoir vé<^ duns te sein de ces religions, ou du moins m taire renaîbre en soi le sentiment avec une prof c»)deur dont le génie historiipie le plus privilégié serait à peine capable. Quelque effort que nous fassions, nous ne renoncerons jamais assez franchement à toutes nos idées mod^iBi/es pour ne pas trouver absurde ei indigne 4'occupeF un bofpme jeérieus ressemble des faUes que Vm ^"ésente d^ordioaire comme la croyance de la Grèce et de Bom.e. C'est pour les personnes peu versées dans 1^ sci^ces bisloriq^ies un éternel sujet d'étoimement de voir les peuples qu'on leur présente comme les maîtres de l'esprit humain adorer des dieux ivrognes et adultères, et admettre parmi l^ars dogmes religieux des rédts extravagants, de scwdaleuses aventures. Le plus simple se croit eu droit de hausser les épaules siir un aussi prodigieux aveuglement. Il faudrait ce- \mmlmi P^^itir de ce principe, qu<^ l'esprit humain
n'est jamais absurde à plaisir, et que toutes les fois que les œuvres spontanées de la conscience nous apparaissent comme dénuées de raison, c'est qu'on ne sait pas les comprendre. Quand une race a montré assez de sens pour produire des œuvres comme celles que la Grèce nous a laissées, pour réaliser un plan politique comme celui qui a mené Rome à la domination uni» verselle, ne serait-il pas bien étrange qu'elle fût restée par un autre côté au niveau des peuples livrés au plus grossier fétichisme? N'est-il pas bien probable que, si nous nous placions réellement au point de vue où étaient les anciens, cette prétendue extravagance disparaîtrait, et que nous reconnaîtrions que les fables, comme tous les produits de la nature humaine, ont eu raison en quelque chose? Le bon sens va tout d'une pièce, et il serait inexplicable que des nations qui, dans la vie civile et politique, dans l'art, la poésie, la philosophie, ont donné la mesure de ce que peut l'homme, n'eussent point dépassé en religion des cultes dont l'absurdité révolte de nos jours la raison d'un enfant.
Ce malentendu, au reste, est de fort vieille date, et ce n'est pas seulement dans les temps modernes que le paganisme a commencé d'être l'objet d'un perpétuel contre-sens. U est évident que l'antiquité elle-même avait cessé de comprendre sa reUgion, et que les vieux mythes éclos de Fimagination primitive perdirent de très-bonne
hciire toute signification. L'idée de faire de ces fables yénérables un ensemble chronologique^ une sorte d'histoire amusante et convenue ne date pas de Boccace ou de Demoustier : Ovide Ta réalisée dans un livre un peu moins mauvais que les Lellres à Emilie. Je ne veux pas méconnaître ce qu'il y a de charme dans cette guirlande sans fin de récits spirituels et de piquantes meta* morpiLOses; mais quel sacrilège, au point de vue religieux, de jouer ainsi avec des symboles consacrés par le temps, et où Thomme avait déposé ses premières vues sur le monde divin ! Le dessein de Hascarille, de mettre en madrigaux toute Thistoire romaine, était plus raisonnable que Tentreprise de travestir d'antiques théologoumènes en contes équivoques, qui ressemblent aux mythes primitifs comme de vieilles ûeurs en papier, jaunies et enfumées, ressemblent aux fleurs des champs. Or, une telle manière de traiter les rehgions de l'antiquité fat celle de tous les mythographes presque jusqu'à nos jours. La mythologie (ce fut le mot par lequel on désigna cette compilation de récits grotesques et presque toujours indécents) devint une série de biographies où, sous des rubriques consacrées, on contait la vie peu édifiante de Mercure, les légèretés de Vénus, les scènes de ménage de Jupiter et de Junon. Bien loin que le discrédit dont notre siècle a frappé l'usage convenu de ces fables soit à regretter, s'il faut s'étonner de quelque
clu)se^ c'est que tant d'esprits délicats du xvip et du XYiii« sIècLe n'en aient pas senti la fadeur.
Qj^and la science conunença à s'occuper sérieusen^ent de l'interprétation des symboles antiques^ ses efTortSj en France du moins^ ne furent guère plus heureux. La France n'est pas le pays jdes études noyUiologiques : l'écrit français maucpie de cette flexibilité, de cette facilita 4 reproduire en soi les intuitions des pre- XfiieT^ $geS; qui sont si essentielles pour l'intelligence des religion^. Les érudits de l'ancienne manière, Jean Leclere, Baniei*, Larcber, Clavier, Petit-Radel, ne s'élevèrent pas au-dessus d'un évhémérisme brutal^ ou d'un système d'explications allégoriques non moins superficiel : heureux quand, résistant aux préoccupations qi|i séduisirent Bochart, Huet, Bossuet et toute l'école théolpgique, ils ne cherchaient pas dans la mythologie gjnecquje u]ae formç altérée des traditions ijle la Bible ! Les critiques ffai s'inspirèrent de la philosophie du XYiiF siècle. Boulanger, Baitly, Dupuis, ne sortirent de cette méthode que pour essayer un syinbolisme moins satisfaisant encore. Saipte-Croix porta dans l'étude des mystères une érudition plus solide, mais june pénétration aussi médiocre que c^Ue de ses devanciers. Enfin Ëmeric
> Oa sait qu'Ëvhéiiij^rfi ne voyait dans les dieux que des hommes diyuiisés.
David éwm Aam 6oa Jupiter le fleHrra 4b k symMique fri^Qfa^.. Son système est f(^ simple; c'^st Voilé" gomme le plus exclusif. « L4 iQytbologie est m ensein* bis d^îgpnes propre à faire copaaifre lai nature des ^ux et les dogmes do }a relîgkm wx personnes qui en pénètrent le secret. » Leinot à deiwerj c'esl )o dogme i|B)îgîeux. AffMj <p}aod au nom d'ApoUon m 9 substitué le mot Ml fil, quand ai| lieu d'Amphitrite on a dit /a fiur, toi^ 6^ ^t, ^car le mot à deviner lest toujours unique. Essayant eiisuite de dégager l^ dogmes religieuse cachés $ous ces énigmes^ Émeric David en trouve sept^ qui sont le résumé Ae la tbéojogie greccpie. La mythologie n'est ainsi qu'une espèce de catéchisme en rébus : les fables n'ont été inveniées que pour couvrir des dogmes ; charme a nm sens très-net et très-arrêté. Comment cettiQ forme énigmatique contribuait-elle à rendre le dogme {dus intelligible ? Comment Te^rit humain en possession d'une idé^ i&laire aurait-il ^u la f^taisie de l'expliquer pe^ nne idée plus obscwe ? Comment my^ race toi^ entière a-t-elle pu se laisser prendre par cet amour du logogrîptiie pour lui-mêmie? C'est ce qu'il ne faut pas demander & lÊmerîc David. Locke n'avait4l pas ^soigné que re^>rit bum^n ne {H'ocède que du siniple au composé^ que pour associer deux idées il faut d'abord les aviHr^aes séparémept Vun^ (il l'autre? Piipt^ndre que dans Tesprit bnmain la mAkw de lu cbos« ê^mûéê m
précède pas celle du signe^ que rhomme spontané crée le symbole ayant de savoir bien précisément ce qu'il y met; c'eût été yraisemblablement parler une langne inintelligible en un temps où Ton était convaincu que Tesprit humain avait toujours procédé selon les règles tracées p^r Tabbé de Condillac.
Pendant que la France cherchait à interpréter les religions de l'antiquité d'après sa philosophie superficielle, l'Allemagne y pénétrait plus encore par l'analogie de son génie religieux que par la solidité de son érudition. Gœthe plaçait dans l'Olympe le centre de sa vie poétique. Lessing et Winckelmann, l'hébraïque Herder lui-même découvraient dans les cultes antiques la religion de la beauté. Gœrres y cherchait les fondements de son mysticisme ; Schelling ne croyait pas faire diversion à ses écrits de philosophie transcendentale en dissertant (avec peu de bonheur, du reste) sur les dieux de Samothrace. Une nuée de philologues et d'antiquaires cherchaient à ressaisir, dans tes monuments écrits et figurés de l'antiquité, le sens de la grande énigme léguée à la science par le monde primitif. Comme résumé de cet entassement de faits et de systèmes, s'élevait, de 1810 à 1812, l'ouvrage où devait se concentrer tout le premier mouvement des études mythologiques, la Symbolique du docteur Frédéric Creuzer. Ce fut un grand enseignement et comme une révélation de voir ainsi pour la
première fois réunis dans un panthéon scientifique tous Jes dieux de Hiumanité^ indiens^ égyptiens^ perses^ phéniciens^ étrusques^ grecs^ romains. L'éléTation soutenue^ Taccent religieux et profond^ le sentiment des destinées supérieures de Thumanité^ qui respirent dans tout le livre ^ annonçaient qu'une grande révolution s'était accomplie^ et qu'à un siècle irréligieux^ parce qu'il était exclusivement analytique^ allait succéder une école meilleure^ réconciliée par la synthèse avec la na* ture humaine tout entière. L'esprit néoplatonicien de Plotin^ de Porphyre et de Proclus semblait revivre dans cette grande et philosophique manière d'expliquer les symboles antiques^ et l'ombre de Julien dut tressaillir en entendant un docteur en théologie chrétienne relever sa ttièse^ proclamer que le paganisme pouvait suffire aux besoins les plus profonds de Tânie, et amnistier les nobles intelligences qui^ à l'heure suprême^ cherchèrent à réchauffer dans leur sein les dieux près de s'enfuira
C'est surtout dans les sciences historiques qu'il est vrai de dire que les qualités d'une manière en sont les défauts^ et que ce qui fait la vérité et la force d'un système est aussi ce qui en fait l'erreur et la faiblesse*
^ Voir Bdigians de VatUiquitéf tome I**, page 3, et tome III, page 830.
C€t enthôtÉsrs^me mystiquey premieT é\m de te philosophie de la tiaiute alors oaissaMe efn Àllertiagiie; cette manière syinpathiqtie qm mgaûsit xm progrès réel daiis \eà étadbs mythologiques^ si on la Goaq)slf e atix âissertations froides et ssais intelligence de Kécde française^ derait aToir ses exoès et eu quelque sorte son iVressé. M. Greuzer à toos les défauts de ses matines d'Âlexan^ drie : Texa^érayon symbolique^ une tendaâcse trop ptip- Boncée à efaercfter partout du mystérien^^ le syûcrê^ tisme quelquefois tef plus intempérant. Jamblique U eôté d'Hésiode^ Nomius à côté d'Hornère, figurent à là même page pour Finterprétaiion du inêmô lïiytlie. heê alexandrins Sont à ses yéus de bons exégèf éfâ^ dé Vrai^ restaurateurs du pagafiàsme> qui soûteîit sont reTenus par FintuitioH philosophique m sens primitif dèê dogmes} les orphiqueé emt-mêmesy ^ siïspects êë efaarlatanismej srraietrt eônsërvé Fesptii dé là religîMt prlmîtiTe. Il semble qtfil n'y ait pas Që lemps pott# M. Greuzer. Il cherche trop haut ses solutions> parce qîie luî-nïême réside ^eip haut, parée qu'il tf a pas le soBlimeiït de la vie simple, naïvei enfantîrié; toute sensuelle et p^mrtant toute ditine, qui fut ccfie deS premières race§ îndo-héBéniqueSi I! faudrait hue êûie tout enivrée de poésie pour comprendre le ravissant délire que Thomme de ces races ressentît d'abord en face de la nature et de lui-même. Habitués à chercher
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cti tout cfueltjue ch(yse de raisonnable, iiôùs iiôus obstinons à (roiïver de profondes combinaisons où il n'y eut quMnstiûct et fantaisie J serîetii et positifs, nous épuisons notre philoéophie* à ^uivï^é la tramé des songes d'un enfstnt.
La mythologie greéque, où, dans iin sens plus général, la liiytïidogie de^ peuples indo-européens, envisagée dans soù pteiîiiét essor, n'est qiie le reflet des sensâtioùs d'organes jeunes et délicats, sans rien de dog- Mafique, riefl de théoiogique,rien d'arrêté. Autant vaut expliquer le son des cloches ôii chercher des figures dans les nuées que poursuivre un sens précis dans ces rêves de l'âge d'or. L'homme pririiitif voyait la nature avec les yeux de l'enfant; or, l'enfant projette sur toute chose le merveilleux qu'il trouve en lui-même. La charmante petite ivresse de la vie qui lui donne le vertige Itiî fait voir le inonde à travers une vapeur doucement colorée ; jetant sur toute chose un curieux et joyeux f^egard, il sourit à tout, et tout lui sourit. Désabusés par ^expérience, nous n^attendons plus rien de bien extraordinaire de l'infinie combinaison des choses; mais l'enfant ne ^it ce qui va sortir du coup de dés qui se joue devant lui : il croit plus au possible, parce qu'il connaît moins le réel. De là ses joies et ses terreurs : il se fait tm inonde fantastique qui l'enchante et qui l'effraye tour à tour. Il affirme ses rêves; il n'a pas cette âpreté d'à-
nalyse qui^ dans Tâge de la réflexion^ nous pose en froids observateurs Tis-à-vis de la réalité. Tel était l'homme primitif. A peine séparé de la nature, il conversait avec elle, il lui parlait et entendait sa voix; cette grande mère, à laquelle il tenait encore par ses altères, lui apparaissait comme vivante et animée. A la vue des phénomènes du monde physique, il éprouvait des impressions diverses, qui, recevant un corps de son imagination, devenaient ses dieux. Il adorait ses sensations, ou, pour mieux dire, Tobjet vague et inconnu de ses sensations ; car, ne séparant pas encore l'objet du sujet, le monde était lui-même, et lui-même était le monde.
En face de la mer par exemple, de ses lignes voluptueuses, de ses couleurs tour à tour éblouissantes et sombres, les sentiments de vagué, de tristesse, d'infini, de terreiu* et de beauté, qui montaient dans son âme, lui révélaient tout un cycle de dieux mélancoliques, capricieux, multiformes, insaisissables. Tout autres étaient les impressions et les divinités des montagnes, tout autres celles de la terre, tout autres celles du feu et des volcans, tout autres celles de l'atmosphère et de ses phénomènes variés. La nature entière se reflétait ainsi dans les consciences primitives en divinités encore innonunées.
a n semble, dit M. Creuzer, qu'on ait affaire non pas à des hommes conune nous, mais à des esprits élémen*
taîres, doués d^uno vue merveilleuse de la nature même des choses, d'un pouvoir de tout sentir et de tout comprendre en quelque sorte magnétique. » De là ces races mystérieuses 4es Telchines de Rhodes, des Curetés de Crète, des Dactyles de Phrygie, des Carcines et des Sintiens de Lenmos, des Cabires de Samothrace, races extatiques et magiques, comme les Trolls de la Scandinavie, en rapport direct avec les forces de la nature. Tout ce qui frappait rhonune, tout ce qui excitait dans son âme Timpression du divin, était dieu ou élément d'un dieu : un grand fleuve, une grande montagne, un astre remarquable par son éclat ou les particularités de son cours, mille objets dont le sens symbolique s'est évanoui pour nous. Examinez les lieux que l'antiquité considéra conune sacrés, il vous sera presque toujours impossible de découvrir le motif qui a pu faire supposer que la Divinité y était plus présente qu'ailleurs. Ces lieux, à part les souvenirs qui s'y rattachent, ne nous disent que peu de chose. Le Capitole, envisagé conmie une simple colline ^ a peu de caractère. Le lac Aveme, qui frappa si vivement l'imagination des anciens , ne nous offre qu'un paysage gracieux et petit.
Ce serait vouloir retrouver la trace de l'oiseau dans les airs, que de prétendre saisir la trame déliée de ces premières intuitions religieuses et décrire les sentiers