X PRÉFACE
saurait être autrement^ et que tout symbole doit paraître insufGsant et grossier^ quand on le compare à Textrême délicatesse des vérités qu'il représente. La gloire des religions est précisément de se poser un programme au-dessus des forces humaines^ d'en poursuivre avec hardiesse la réalisation et d'échouer noblement dans la tentative de donner une forme déterminée aux aspim* lions infinies du cœur de Thomme.
Éternelles et sacrées dans leur esprit^ les religions ne peuvent donc Têtre également dans leurs formes^ et l'histoire serait mutilée dans sa plus belle partie^ si elle était obligée de tenir compte des exigences dogmatiques qui ne permettent pas aux sectes de s'avouer leurs côtés faibles.ûue dis-je? Elle serait supprimée : car les exigences des sectes diverses étant contradictoires , il s'ensuivrait que, pour n'en blesser aucune, il faudrait garder le silence sur la maîtresse partie du développement humain. Dans l'ordre des choses politiques, tout gouvernement affirme de même son droit d'une manière absolue , sans qu'aucun gouvernement ait pour cela interdit l'histoire : du moins les États qui ont porté jusqu'à ce point la superstition envers eux« mêmes, ont trouvé dans l'amoindrissement moral qu'ils ont amené leur propre châtiment. L'Espagne offre un frappant exemple de la déchéance intellectuelle à laquelle conduit fatalement l'exagération du respect, dans l'ordre politique comme dans l'ordre religieux. Au contraire , la largeur d'idées et l'intelligence qui distinguent les catholiques d'Allemagne tiennent encore plus au contact perpétuel de la critique protestante qu'à la supériorité de la race germanique en tout ce qui tient à la culture savante de l'esprit.
Je proteste donc une fois pour toutes contre la fausse
PRÉFACE. x:
înterprciation qu'on donnerait à mes travaux^ si l'on prenait comme des œuvres de polémique les divers essais sur Thistoire des religions que j'ai publiés, ou que je pourrai publier à l'avenir. Envisagés comme des œuvres de polémique, ces essais, je suis le premier à le reconnaître , seraient fort inhabiles. La polémique exige une stratégie à laquelle je suis étranger : il faut savoir choisir le côté faible de ses adversaires , s'y tenir, ne jamais toucher aux questions incertaines, se garder de toute concession, c'est-à-dire renoncer à ce qui fait l'essence même de l'esprit scientifique. Telle n'est pijsr ma méthode. La question fondamentale sur laquelle doit îX)ulerladiscussion religieuse, c'est-à-dire la question du fait de la révélation et du surnaturel, je ne la touche jamais *; non que cette question ne soit résolue pour moi avec une entière certilude, mais parce que la discussion d'une telle question n'est pas scientifique, ou pour mieux dire parce que la science indépendante la suppose antérieurement résolue. Certes , si je poursuivais un but quelconque de polémique ou de prosélytisme, ce serait là un faute capitale : ce serait transporter sur le terrain des problèmes délicats et obscurs une question qui se laisse traiter avec bien plus d'évidence dans les termes grossiers où la posent d'ordinaire les controversistes et les apologistes. Loin de regretter les avantages que je donne ainsi contre moi-même, jem'en réjouirai, si cela peut convaincre les théologiens que mes écrits sont d'un autre ordre que les leurs, qu'il n'y faut voir
1 Quelques passages de Tarticle inlilulé : Les historiens critiques de Jésus font exception à ce que je dis ici , parce que cet article fut composé à une époque où ma manière de traiter les questions d'histoire religieuse n'était pas arrêtée comme elle Test aujourd'iiui.