‹ Études d'histoire religieuseChapitre 5 sur 18 · XII PRÉFACE · texte numérisé non relu

XII PRÉFACE

que de puresrecherchesd'érudiUon, attaquables comme telles, où Ton essaie parfois d'appliquer à la religion juive et à la religion chrétienne les principes de critique qu'on suit dans les autres branches de Thistoire et de la philologie. Quant à la discussion des questions proprement théologiques, je n'y entrerai jamais , pas plus que MM. Burnouf, Creuzer, Guigniaut et tant d'autres historiens critiques des religions de l'antiquité ne se sont crus obligés d'entreprendre la réfutation ou l'apologie des cultes dont ils s'occupaient. L'histoire de l'humanité est pour moi un vaste ensemble où tout est essentiellement inégal et divers , mais où tout est du même ordre, sort des mêmes causes, obéit aux mêmes* lois. Ces lois, je les recherche sans autre intention que de découvrir l'exacte nuance de ce qui est. Rien ne me fera échanger un rôle obscur, mais fructueux pour la science, contre le rôle de controversiste , rôle facile en ce qu'il concilie à Técrivain une faveur assurée auprès des personnes qui croient devoir opposer la guerre à la guerre. A cette polémique, dont je suis loin de contester la nécessité, mais qui n'est ni dans mes goûts ni dans mes aptitudes. Voltaire suffit. On ne peut être à la fois bon controversiste et bon historien. Voltaire, si faible comme érudit. Voltaire, qui nous semble si dénué du sentiment de l'antiquité , à nous autres qui sommes initiés à une méthode meilleure. Voltaire est vingt fois victorieux d'adversairesrencore plus dépourvus de critique qu'il ne l'est lui-même. La nouvelle édition qu'on prépare des œuvres de ce grand homme satisfera au besoin que le moment présent semble éprouver de faire une réponse aux envaliissements de la théologie : réponse mauvaise en soi , mais accommodée à ce qu'il s'agit de combattre; réponse aniérée à une

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science arriérée. Faisons mieux, nous tous que possède Tamour du vrai et la grande curiosité. Laissons ces débats à ceux qui s'y complaisent; travaillons pour le petit nombre de ceux qui marchent dans la grande ligne de Tesprit humain. La popularité. Je le sais, s'attache de préférence aux écrivains qui , au lieu de • poursuivre la forme la plus élevée de la vérité, s'appliquent à lutter contre les opinions de leur temps; mais, par im juste retour, ils n'ont plus de valeur dès que l'opinion qu'ils ont combattue a cessé d'être. Ceux qui ont réfuté la magie et l'astrologie judiciaire, au xvi« et au xvii« siècle, ont rendu à la raison un immense service: et pourtant leurs écrits sont inconnus aujourd'hui; leur victoire même les a fait oublier. Au contraire, les noms de Scaliger, de Bochart, de Bayle , de Richard Simon, dont les travaux sont pourtant dépassés sur plusieurs points de détail, resteront inscrits à jamais parmi ceux des grands promoteurs du savoir humain.

Le dissentiment regrettable mais nécessaire qui existera toujours sur l'histoire d'une religion entre les sectateurs de cette religion et la science désintéressée, ne doit donc pas faire accuser la science de prosélytisme anti-religieux. Que si, par moments et sous le coup d'entraînements passagers, l'homme voué aux recherches de la critique éprouve quelque chose du désir de saint Paul : Cupio omnes fieri qualis et ego $um, c'est là un sentiment qui s'efface devant un jugement plus vrai des limites et de la portée commune de l'esprit humain. En fait de religion, chacun se dresse un abri à sa mesure et selon ses besoins. Oser porter la main sur cette œuvre intime des facultés de chacun est dangereux et téméraire; car personne n'a le droit de

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