‹ Études d'histoire religieuseChapitre 6 sur 18 · XIV PREFACE · texte numérisé non relu

XIV PREFACE

pénétrer assez profondément dans la conscience d^autrui pour y distinguer l'accessoire du principal : en cherchant à extirper les croyances que l'on croit superflues^ on risquerait d'atteindre les organes essentiels de la vie religieuse et de la moralité. Toute propagande est déplacée quand il s'agit de haute culture scientifique oa philosophique^ et la discipline intellectuelle la plus excellente, imposée à des personnes qui n'y sont point préparées^ n'a que de mauvais effets. Le devoir du savant est donc d'exprimer avec franchise le résultat de ses études, sans chercher à troubler la conscience des personnes qui ne sont pas appelées à la même vie que lui, mais aussi sans tenir compte des motifs d'intérêt et des prétendues convenances qui faussent si souvent l'expression de la vérité.

Il est d'ailleurs un côté par lequel le critique le plus au&tère, s'il a quelque philosophie, peut sympathiser avec ceux qui n'ont pas le droit d'être aussi tolérants que lui. Il sait que pour la croyance exaltée le dissentiment se change presque toujours en anathème; si Tanathème lui répugne, le mobile qui le dicte obtient toat son respect, et c'est ainsi que le critique arrive à comprendre et presque à aimer la colère qu'il inspire. Cette colère, en effet, bien que supposant une certaine petitesse d'esprit, vient d'une source excellente, la vivacité du sentiment religieux. La plus rude des peines par lesquelles l'homme arrivé à la vie réfléchie expie sa position exceptionnelle est sans doute de se voir ainsi isolé de la grande famiUe religieuse^ où sont les meilleures âmes du monde, et de songer que les personnes avec lesquelles il aimerait le mieux être en conmiunion morale doivent forcément le regarder comme pervers. U faut être bien sûr de soi poiu* ne

PRÉFACE. XT

point se troubler qnand les femmes et les enfants joignent leurs mains pour vous dire : Croyez comme nous ! On se console en songeant que cette scission entre les parties simples et les parties cuItiTées de l'humanité est une loi fatale de Fétat que nous traversons, et qu'il est une région supérieure des âmes élevées, dans laquelle se rencontrent souvent sans s'en douter ceux qui s'anatbématisent ; cité idéale que contempla le Voyant de l'Apocalypse, où se pressait une foule que nul ne pouvait compter, de toute tribu, de toute nation, de toute langue, proclamant d'une seule voix le symbole dans lequel tous se réunissent : a Saint, saint, saint est celui qui est, qui a été et qui sera!»

Le mot de religion étant celui soi»Iequel s'est résumée jusqu'ici, aux yeux du plus grand nombre, la vie de l'esprit, unmatérialisme grossier peut seulattaquer dans son essence cebesoin, heureusement étemel, denotre nature. Rien dé plus défectueux que les habitudes de langage qui confondent avec l'irréligion le refus d'adhésion à telle ou telle croyance se donnant pour révélée. L'homme qui prend la vie au sérieux et emploie son activité à la poursuite d'une fin généreuse, voilà l'homme religieux ; l'homme frivole, superficiel , sans haute moralité, voilà l'impie. Ceux qui adorent quelque chose sont frères ou certes moins ennemis que ceux qui n'obéissent qu'à l'intérêt, et prétendent avec des jouissances matérielles avoir raison des instincts divins du cœur de l'homme. Le plus faux calcul auquel les pas* sions religieuses puissent se laisser aller, est de chercher dans la légèreté ou l'indiiTérenoe un auxiliaire contre les dissidents qui cherchent la vérité avec bonne foi et selon les besoins particuUers de leur esprit.

Pour l'immense majorité des hommes, la religion

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