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« Études au sujet de la persécution des Chrétiens sous Néron, ch.V, p. 291-293.
déclarèrent que rancienne alliance était rompue et qu'il en était créé une autre. Ils attribuèrent en conséquence à Jésus des sentences d'exclusion contre ceux qui étaient de la postérité d'Abraham et se disaient les élus.
Ainsi on lui fait dire dans le i^' Évangile * :
"Je vous dis qu'un gra7id nombre d'hommes viendront d'Orient et d'Occident et seront cl table dans le royaume des deux avec Abraham, Isaac et Jacob, mais que les enfants du royaume seront jetés dans les ténèbres extérieures. "
Il fallait cependant expliquer, justifier la mesure qui était prise contre eux; c'est ce qu'on ne manqua pas de faire de façons diverses, mais qui toutes avaient pour fond commun le refus des fils d'Abraham de croire au caractère messianique de Jésus.
C'est ainsi qu'on Ut dans le l^r Évangile la parabole si
connue des Noces'^ :
" Le royaume des cieux est semblable à celui d'un roi qui fit les noces de son fils. Il envoya ses esclaves convoquer ceux qu'il avait invités; mais ceux-ci ne voulurent pas venir. Il envoya de nouveaux esclaves avec ordre de dire aux invités : J'ai préparé mon dîner; mes taureaux et mes bêtes grasses sont tuées; tout est prêt; venez aux noces. Mais ceux-ci, n'en faisant aucun cas, s'en allèrent l'un à sa métairie, l'autre à son magasin; d'autres même prirent les esclaves, les maltraitèrent et les tuèrent. Le roi, ayant connu ces actes, envoya contre eux des troupes qui firent périr ces meurtriers et brûlèrent leur ville. "
Le sens de la parabole est clair. Il s'agit des Juifs qui ont repoussé, maltraité et tué Jésus et plusieurs de ses disciples qui leur avaient été députés par Dieu ; et c'est pour venger
1 Chap. Xm, i.
2 Chap. XXII, 1 et suW.
Toutrage fait à ses envoyés que Dieu a fait ou laissé détruire Jérusalem et ses habitants.
Alors, continue l'évangéliste :
" Le roi dit à ses gens : Les noces sont prêtes, et ceux qui avaient été invités n'en étaient pas dignes ; allez donc dans les carrefours des chemins et invitez aux noces tous ceux que vous trouverez. Et ses serviteurs étant allés dans les chemins, rassemblèrent tous ceux qu'ils trouvèrent, tant méchants que bons, en sorte que la salle des noces fut
REMPLIE de gens QUI ÉTAIENT A TABLE. "
Ainsi la table du festin est pleine, et le nombre des nouveaux hôtes est plus considérable que celui de ceux qui avaient eu l'honneur d'une invitation spéciale. Il n'y avait donc pas lieu de regretter leur absence. C'était dire aux Juifs : Tant pis pour vous; vous êtes largement remplacés.
Poursuivons la lecture :
" Le roi étant entré pour voir ceux qui étaient à table, dévisagea un homme qui n'était pas vêtu d'une tunique de fête; et il lui dit : Ami, comment es-tu entré ici sans tenue de noces? Celui-ci demeura muet. "
Or, tous ceux qui avaient été ainsi introduits à l'improviste dans la salle du festin ne pouvaient que se trouver en vêtement journalier ou de travail. Quel était donc cet homme à qui le roi demandait compte de sa tenue, et pourquoi celui-ci plutôt qu'un autre? Il devait y avoir une raison facile à saisir par ceux qui écoutaient la parabole. On voit, en effet, clairement qu'il s'agit d'un Juif, d'un de ceux qui avaient été premièrement conviés, et qui par ce fait aurait dû revêtir un habit de gala ; sa tenue témoignait de son refus antérieur et constituait un affront pour le roi; celui-ci donc ne pouvait tolérer la présence chez lui d'un tel personnage. C'est cç. qui explique sa conduite.
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^IQ ÉTUDES d'histoire RELIGIEUSE.
" Alors le roi dit aux esclaves : Liez-le pieds et mains, emportez-le et jetez-le aux ténèbres extérieures ', là où sont les pleurs et les grincements de dents. "
Cette parabole montrait ainsi que le refus des Juifs de suivre les apôtres des Gentils, l'hostilité qu'ils leur avaient témoignée, avaient causé leur propre ruine, mais n'avaient point arrêté le développement des bétaii-ies de l'incirconcision, et que tout Juif désormais qui tenterait de s'introduire dans l'une d'elles en serait expulsé.
On ne se contenta pas seulement des paroles attribuées à Jésus, on voulut iustifier par des textes mêmes de l'Ancien Testament la minorité dans laquelle demeuraient confinés les Juifs par rapport au développement des confréries ou églises
des Gentils.
11 était dit dans le Deutéronome^ : " Si vous faites ce qui déplaît à l'Éternel votre Dieu... vous demeurerez en petit nombre parmi les nations. " Et plus loin^ : " Fous serez réduits en petit nombre au lieu où vous aurez été nombreux comme les étoiles des deux, parce que vous n'aurez pas obéi à la voix de notre Dieu. " On leur rappela ces paroles et on se déclara autorisé à leur dire l
" C'est pourquoi nombreux sont les convives et peu sont
les élus. 11:/.a:1 -.-i? elw y.Xr,T:(, h'd-pi îè 'fA\v/.-'J.. ''
C'est cette sentence qui forme la conclusion dé la parabole que nous venons de rapporter.
Ainsi, on le voit, faute d'attribuer la valeur exacte aux mots y-iTc.: et s/.).sy.t:;, on n'a pas compris le véiitable sens de ce verset, qui est cependant si connu, si souvent répété.
Admettre, comme on le fait généralement, qu'il signifie.:
' Nous verrons ' Oenléionome » Id., .X.V1U, «i.
tout i Iheure ce qu'il faut enten.lre par ténèbres extérieures.
; IV, 27 : Kata>,Jiî<l<i<T2ts ôXt'YOi àfi(l(iw £v niai toÎ; tOveai.
LES QUALIFICATIONS DES DISCIPLES. il?
C'est ainsi qu'il y a parmi les hommes beaucoup d'appelés et peu d'élus, c'est à dire que la Bonne Nouvelle sera annoncée à beaucoup et qu'elle ne sera écoutée que de très peu, que le nombre des admis au Royaume sera très restreint, c'est là une erreur manifeste. Une pareille conclusion est, en effet, en sens inverse de celle qui ressort de la parabole. Car on constate que de toutes les nouvelles et nombreuses personnes réunies à la table du roi, il n'y en a qu'une^seule d'expulsée; et l'évangéliste déclare que Dieu, à l'exemple du roi, n'entendait point que par le refus de ses offres sa maison demeurât vide, et qu'il avait le pouvoir de la remplir ».
Le 3« Évangile d'ailleurs raconte, quoique avec des différences de détails, cette même parabole, et il en donne indiscutablement le sens par ces mots^ : " Va, dit le Maître à son esclave, va par les chemins et contrains de venir tous ceux que tu trouveras, car je veux que ma maison soit pleine et aucun de ceux qui avaient été d'abord invités ne goûtera
de mon festin. "
Ainsi, même par la contrainte. Dieu veut que sa maison soit pleine; il ne veut pas se contenter d'un petit nombre de fidèles pour sa nouvelle alliance, et, d'autre part, il a résolu d'en exclure tous ceux de l'ancien pacte.
On trouve donc dans les deux évangélistes la même conclusion, et rien ne serait plus opposé à leur pensée que d'entendre qu'ils ont dit que la maison de Dieu serait presque vide. La parabole n'avait pour but que de constater et de justifier le fait accompli, en déclarant que désormais la force et la majorité appartenaient dans les églises aux non-Juifs.
t Point n'est besoin de rappeler que tous les apologistes chrétiens prétendaient que la loi en la Bonne Nouvelle s'était propagée dans le monde avec «ne miraculeuse rapidité, comme ne pouvait manquer de l'ctie la parole de Dieu. Cf. Tertullien, Apolog., 1.
« 3' Évangile, XIV, 15-2i.
C'est la même intention qui a dicté la parabole des Vignerons. On y fait dire à Jésus ^ : Les premiers ouvriers envoyés au travail (les missionnaires juifs de la Bonne Promesse) n'auront aucun avantage, aucun droit sur les nouveaux venus (les Grecs ou Gentils); mieux que cela, ceux-ci supplanteront les anciens à bon droit : car les premiers seront les derniers et les derniers seront les premiers. Et pour bien faire comprendre quels étaient les personnages dont if était question, l'évangéliste répète la formule connue de tous, qui consacrait cet état de choses : Cest pourquoi nombreux so7it les convives et peu sont les élus.
Par convives, yj^oi, on n'entendait donc pas ceux auxquels Jésus ou ses apôtres auraient vainement annoncé la Bonne Nouvelle; c'étaient, au contraire, les prédestinés au Royaume, ceux qui devaient être à table au festin de Dieu.
Parmi eux se distinguaient d'abord les élus, iy,lv/.zoi, les membres de l'ancienne alliance avec Dieu, les dignitaires. Avec le temps, les choses changèrent. Les simples convives furent les seuls membres de la nouvelle alliance, et les élus devinrent les exclus du Royaume,
Mais les termes qui caractérisaient une pareille situation étaient si évidemment impropres et illogiques qu'ils ne pouvaient être conservés par l'usage.
D'autre part, les chrétiens qui lisaient dans les livres saints les promesses faites par Dieu a ses élus, durent nécessairement penser que c'était à eux qu'elles s'adressaient, et que par conséquent c'était eux qui étaient les élus. Aussi se qualifièrent-îls de ce titre qui vint à un moment donné distinguer les chrétiens des autres hommes et même des Juifs.
C'est ce qu'on voit dans l'Épitre aux Éphésiens, attribuée à Paul, mais qui est reconnue apocryphe ou tout au moins
1 1" Évangile, XX, 1 et suiv.
fort altérée ^ Cette épître, qui est adressée à des Gentils convertis, les déclare les élus de Dieu avant la création des hommes, c'est à dire avant les Juifs : y.aBco; kl^Xi^x-.o V;ixaç h
Plus tard, une nouvelle et dernière acception fut donnée au mot élu. 11 arriva, en effet, un moment où, en raison de la grande extension du christianisme, on fut forcé de reconnaître que parmi les chrétiens il s'en trouvait d'indignes, et que tous n'entreraient pas dans le royaume de Dieu. On réserva alors le nom d'élu à ceux dont les vertus et la foi
étaient incontestées.
Or, le nombre des justes était beaucoup moindre que celui des pécheurs. Ceux donc qui lisaient les Évangiles sans la connaissance du passé et des circonstances dans lesquelles ils avaient été écrits, qui n'y cherchaient que des sentences applicables à l'état de choses qu'ils avaient sous les yeux, trouvèrent tout naturel de penser que la parabole des Noces et celle des Vignerons avaient eu pour but de déclarer que du grand nombre de ceux qui avaient été appelés à écouter les enseignements de l'ÉgUse, il y en aurait peu qui entreraient au royaume, peu seraient les élus.
" A force de s'appliquer ce mot d'élu et de le redire avec orgueil devant les Gentils, Israël, dit M. E. Havet, le leur a appris si bien qu'ils se le sont approprié; mais ils y ont mis un autre esprit. Les élus, chez nous, ce ne sont plus les Juifs, mais les chrétiens ou, parmi les chrétiens, les âmes dévotes qui se croient préférées. L'idéal et le mot n'en viennent pas moins de la Bible. "
C'est ainsi que dans l'ÉgUse chrétienne l'enchaînement des événements a conduit à donner au mot élu des accep-
» E. Havet, Le Christianisme et ses origines, t. IV, p. 368. « Éphésiens, I, 4. ^
etudf:s d histoire religieuse.
lions dilTérentes et successives qu'il faut distinguer dans les écrits évangéliques pour en comprendre le véritable sens.
Appliqué aux disciples juifs, il désigna d'abord les dignitaires, puis les exclus du Royaume; adopté par les chrétiens d'entre les Gentils, il servit à les distinguer du reste de l'humanité; plus tard enfin il fut réservé, et l'est encore aujourd'hui, à quelques-uns seulement d'entre eux, ceux auxquels la faveur divine s'attache spécialement.