EST ' L ÉQUIVALENT DE "DISCIPLE
Dans presque tous les cas où le mot tttwxo;, pauvre, se trouve dans le Nouveau Testament, il a le sens primitif d'ébioii, de disciple. Quand on veut lui donner celui d'mc^igcnt, on se voit en présence d'énigmes, de non-sens, d'idées confuses qu'on essaie vainement de comprendre. Il n'était pas, en effet, possil)le d'entendre logiquement que les paroles
1 Tertullien, Contre les hérésies, 10, 23. — De la Patience, 7, M.
2 Julien, Kpîtres, 43.
IGO
de l'évangéliste concernaient un indigent, quand celui-ci parlait d'un disciple. Aussi en restituant à tctw^c; sa véritable signification, en le traduisant par éhion ou disciple, on retrouve le sens clair et naturel qu'avait eu le texte et que lui avait fait perdre l'idée vague et générale d'indigent qu'on lui attribuait à tort.
C'est ce que nous allons montrer pour justifier la conclusion de notre étude.
Heureux les pauvres!
On lit dans le 3« Évangile ^ : Jésus levant ses regards vers ses disciples leur dit : Maxàpic. c( T.z(ôyoi' '6v, 6ii.£Tépa hzh rj ga^iAeia tsj escU. On traduit ordinairement ces paroles en prenant le texte à la lettre : Heureux les pauvres parce que le royaume de Dieu est le vôtre!
Il semble, par suite, que la qualité de r-w^s;, de pauvre, est considérée ici par l'évangéliste comme un titre suffisant à la possession du royaume de Dieu. Mais la réflexion nous fait aisément reconnaître qu'il n'en a pu être ainsi.
Le malheureux, le pauvre, peut devoir son infortunée condition à la maladie, à des événements qu'il n'a pu conjurer, et demeurer digne d'estime; on peut cependant tout aussi bien se trouver réduit à la mendicité par sa propre faute, par la paresse, par le vice, et ne mériter aucune commisération, n'avoir personnellement aucun droit à réclamer le secours et le dévouement d'autrui. La misère ne saurait donc être par elle-même ni une marque d'infamie ni un titre à la considération.
Il est naturel de penser que ce sentiment, qui naïf du simple bon sens, n'a pas dû manquer d'être partagé par
^ 3» Évangile; VI, 20 et suiv.
LES PAUVRES
les évangélistes. S'il y avait d'ailleurs des pauvres parmi ceux qui crurent au caractère messianique de Jésus, il y en eut encore davantage sans doute dans la populace que les apôtres trouvèrent hostile et parfois ameutée contre eux, soit à Jérusalem, soit en dehors de la Palestine. On ne saurait comprendre comment à leurs yeux la seule condition de mendiant eût pu donner droit à l'entrée au royaume de Dieu.
On doit, d'autre part, remarquer que la qualité de pauvre et les droits qui y sont attachés ne sont attribués ici qu'aux disciples de Jésus, à eux seuls, et qu'il n'est point dit : Heureux les pauvres, parce que le royaume de Dieu est à eux! mais : Heureux, vous les pauvres, parce que le royaume de Dieu est à vous!
Or, nous avons montré que les disciples n'étaient pas indigents, et les évangélistes ne pouvaient les faire féliciter par le Maître d'un état de pauvreté, alors qu'au contraire il se flattait de ne les avoir jamais laissés manquer de rien.
Si nous continuons la lecture du chapitre, nous entendons : " Heureux vous qui avez faim parce que vous serez rassasiés! Heureux vous qui pleurez parce que vous serez dans la joie! etc."
On ne peut s'empêcher d'être immédiatement frappé par la remarque qu'à chacune des situations considérées comme des épreuves il est promis une compensation spéciale, conformément aux idées qui avaient cours dans les édises : à la faim l'abondance, aux pleurs la joie, etc.; tandis qu'à la pauvreté seulement il n'est attribué aucune récompense. Il n'est, en effet, point dit : Heureux vous qui êtes pauvres, parce que vous serez comblés de richesses! C'était cependant là une des espérances chères aux disciples : " Quiconque, leur aurait dit le Maître, quittera pour moi des maisons et
des champs, en recevra cent fois autant qu'il a quitté ^ " On est ainsi naturellement amené à penser que la pauvreté, ne donnant droit à aucune compensation spéciale, ne saurait désigner ici une situation particulière.
C'est pourquoi en cessant de prendre pauvre au sens littéral, en lui rendant sa signification d'ébion ou disciple, on reconnaît que le texte était clair et précis, que les paroles que l'évangéliste met dans la bouche de Jésus sont celles-ci : " Heureux vous, les disciples, parce que le royaume de Dieu est le vôtre!"
Pauvres, pour disciples, indique ici les personnes auxquelles étaient données les consolations ou plutôt les félicitations du Maître. Il était, en effet, nécessaire de les désigner avant tout; car il ne faut pas l'oublier, ce n'était pas à tous les hommes que devaient être ultérieurement octroyées des compensations pour les malheurs qu'ils avaient eu à supporter; les compensations ou récompenses constituaient un . droit exclusivement réservé aux seuls disciples.
On comprend alors que c'était avec une intention marquée que ces mots avaient été placés les premiers dans ce discours; ils en formaient la clef; ils indiquaient le groupe privilégié auquel il s'adressait et la généralité des membres qui le constituaient; et c'est après cela que sont énoncées les compensations accordées à chacun d'eux, selon les épreuves particulières qu'ils auront subies.
Heureux les pauvres 071 esprit!
On lit dans le 1^^ Évangile 2 : MxvAprA d r^-or/zi ,co 7:v£'jj;.aTi. que l'on traduit ordinairement par : Heureux les pauvres d'esprit ou Heureux les pauvres en esprit!
» 3* Évangile, XVIII, 3().
« 1" Évangile, V, 3.
LES PAUVRES
En tel cas, tout d'abord, on ne peut s'empêcher de reconnaître qu'il ne saurait être question de véritables pauvres et qu'il y aurait de la sorte une divergence notable entre ces paroles et celles attribuées à Jésus dans les mêmes circonstances par le 3^ Evangile et dont nous venons de parler.
Mais que veut dire les pauvres d'esprit? Faut-il entendre heureux les sots? Il n'est personne qui n'ait trouvé que l'idée renfermée dans ces mots n'était pas facile à saisir, et n'ait cherché à deviner ce que l'auteur avait voulu exprimer. Aussi les théologiens tentèrent-ils vainement d'en donner des explications satisfaisantes. Une telle phrase n'avait et ne pouvait avoir aucun sens.
II n'était pas dit, nous venons de le voir, dans le 3« Évangile : Heureux les pauvres ! mais : Heureux les disciples ! De même le 1^^ évangéliste n'avait pas écrit : Heureux les pauvres en esprit ou les pauvres d'esprit. Mx/.aptci d rr.tùyd To) TT/EJ^a-i signifiait tout simplement : Heureux les disciples par (la grâce de) l'Esprit!
Le complément par l'Esprit, tw 7r;cj;xaTt, joint à ::'uiyd, iiauvres, rendait plus clairement le caractère de sainteté, d'élection qui devait être attaché à cette qualification. Tout le monde sait, en effet, que 7:v£D;xa, V Esprit, est généralement employé dans le Nouveau Testament sans être accompagné de l'adjectif ayioç, saint, pour désigner V Esprit-Saint, sans la grâce duquel, àY'.a7[/.c; 7:v£j[xaTcç, il n'y avait personne d'admis au royaume de Dieu.
Il n'y a donc pas eu à proprement dire de divergence sur ce point entre le premier et le troisième évangéliste.
Cependant l'adjonction ici faite de rveu^^aT'. à tttwxc: nous montre une chose essentielle : c'est que ce que l'on appelle le discours de la montagne n'est qu'une œuvre hellénique brodée sur un ancien canevas. Ce sont, en effet, les Grecs
ri
qui, tout imbus de la croyance à Minerve, ont introduit dans les églises le culte du Saint-Esprit, dont la conception demeura toujours étrangère au judaïsme; et ils lui firent jouer un rôle fort important. Toutes les innovations de doctrines ou d'usages furent attribuées à l'inspiration du Saint-Esprit; et son autorité fut ainsi opposée par les grécochrétiens à celle des traditions qu'invoquaient les judaïsants. On pourrait donc par suite voir avec quelque raison dans les disciples par la grâce de l'Esprit, z-uyyd -:<} ::vc^|xaT', une qualification des gréco-chrétiens, les distinguant des judaïsants, simples Tr,(ùyd ou Ébioîiim,
Un pmcvre du nom de Lazare.
Dans le 3e Évangile S l'auteur peint le sort qu'un riche, -Acucrtcç, subit dans le monde d'outre-tombe, tandis qu'un certain Lazare qui fut pauvre, z-o^yôç, est porté au ciel par des anges. Il est dit de lui : z,u^y6, ,,,- i,i^^, a^^^,^,.^ q^e Pon traduit par U7i pauvre du nom de Lazare.
M. Reuss2 écrit à ce sujet : "L'homme riche de la parabole va en enfer parce qu'il est riche; le pauvre Lazare va en paradis parce qu'il est pauvre; du moins, le texte ne contient pas un mot qui caractérise ces personnages au point de vue moral. " C'est, en effet, la conclusion naturelle qu'on en doit tirer en entendant pauvre au sens littéral.
Cette conclusion toutefois ne saurait manquer de paraître étrange. Car on ne doit pas perdre de vue que selon les idées chrétiennes Dieu frappait les hommes de maux dans deux buts opposés : l'un était le châtiment du méchant, rautre l'épreuve du saint. Les maux infligés aux méchants
4 3eÉvangile, XVI, 19-31.
* E. Reuss, Histoire de la Théologie chrétienne ch. VI.
au siècle apostolique, liv. VI,
LES PAUVRES. 165
ne pouvaient leur procurer une place au Royaume ; ils étaient les maudits, et ils le demeuraient à jamais. Il n'était certainement pas un Juif ou un disciple de Jésus qui ne vit dans la misère d'un ennemi le signe de la malédiction de Dieu. Le Maître et les Apôtres n'avaient-ils pas lancé journellement des anathèmes contre leurs adversaires! Donc la misère, comme nous l'avons déjà dit, ne pouvait par elle seule constituer un brevet d'élection aux yeux des évangélistes.
D'autre part, bien des personnes plus ou moins haut l)lacées étaient, malgré leurs richesses, considérées comme les futurs membres du Royaume; telle fut, sans doute, la femme de Chouza; tel fut Joseph d'Arimathie, homme juste, dévoué à Jésus, qui est qualifié, exactement comme l'est ici le personnage opposé à Lazare, de riche, izloùaio;', et auquel cependant le Royaume était assuré.
On ne saurait donc concevoir comment un juif et à plus forte raison un chrétien qui croyait à la prédestination, au nouveau pacte, eût admis que par le seul fait d'être misérable on avait droit au Royaume. Que devenait la grâce? Que devenait Y élection?
Ces difficultés disparaissent, le texte devient clair, quand au lieu d'un pauvre du nom de Lazare on traduit un disciple du nom de Lazare. Alors r.-iàytz, entendu comme équivalent à'éhion, porte en lui-même le caractère de religiosité parfaite et celui d'élection.
On voit alors que dans cette parabole, l'évangéliste entend montrer que la condition, si affreuse qu'elle fût, de Lazare avait été préférable à celle du riche ; non point toutefois par le seul fait que Lazare était réellement misérable, mais parce que, malgré sa misère, il avait une quahté qui manquait au
1 l" Évangile, XXVII, 57 : àvepwTro; 7r).oy(7io; àub 'Apiua6aiar. — 3« Évangile, XXIII,51.
rJ
riche et qui valait mieux que toute sa fortune : c'est qu'il était un ébmi, tut^/o;, un disciple, dont les maux n'avaient été que des épreuves méritoires et lui avaient procuré de justes récompenses.
Ainsi, VAmi du peuple ou le Père Duchêne aurait pu faire l'éloge d'un sans-culotte, montrer toute la valeur morale, tout le patriotisme que couvraient des haillons, l'opposer au noble émigré, et établir toute la supériorité de ce prolétaire sur le seigneur; toutefois, les rédacteurs de ces feuilles, en peignant, en glorifiant ce qu'ils appelaient un sans-culotte, n'auraient pas entendu parler d'un misérable quelconque; ils n'auraient certainement pas supposé qu'on pût vouloir comprendre sous ce nom un paysan déguenillé de la Vendée ; ils auraient plutôt classé ce malheureux parmi les aristocrates, tandis qu'eux-mêmes, sous leur toilette élégante ou tout au moins décente, se flattaient d'être au nombre des sans-culottes.
La pauvre veuve.
C'est la même idée, c'est le même sentiment que nous retrouvons dans l'éloge de la veuve qui met dans le tronc du Temple le denier qui constitue toute sa fortune.
Jésus, dit l'évangéliste*, regardait ceux qui portaient leurs offrandes au Temple; c'étaient des riches; puis il vit venir une veuve indigente qui versa deux lepta. EtBsv U iiva xipx^, ^svf/civ gaXXcjjav âxeT Xs^TTa ÎJo, dit le texte. Cette femme n'est d'abord pour Jésus qu'une indigente, revr/pi. Mais son action la montre tout autre à ses yeux : ce n'est plus une simple indigente, yj yr.px ^revr/pi, c'est une ébion; et il dit d'elle : cette veuve, l'ébion, y; yf^px aJTYî y; z^uiyf^, a mis plus que tous; car
» 3« Évangile, XXI, i-4. — 2« Évangile, XII, 41-44.
LES PAUVRES
tandis que les auties, pour olïiandes à Dieu, ont donné de leur superflu, celle-ci a donné son nécessaire, tout ce qu'elle avait pour vivre. Une mendiante quelconque n'aurait pu être capable d'un pareil acte; cette veuve ne pouvait donc être qu'une ébion.
Remarquons, en effet, cette déclaration qu'elle "a mis plus que tous, parce qu'elle a donné tout ce quelle avait ". Or, l'abandon intégral de tous ses biens était la condition rigoureuse qu'imposaient les apôtres pour l'entrée au Royaume, et elle n'était pas d'une exécution toujours facile. C'est pour stimuler les amours -propres que la parabole met ici en opposition ou plutôt au-dessus des riches qui ne veulent donner qu'une partie de leurs biens, la sainte ou ébion qui s'est démunie de tout ce qu'elle avait en faveur du Temple, ce qui veut dire de l'Église.
Donne aux pauvres le produit de tes biens.
Quand on lit dans une traduction du 1er Evangile la réponse de Jésus à un jeune homme qui lui demandait ce qu'il fallait faire pour entrer au Royaume de Dieu, on lui entend dire après plusieurs questions ^ : ''Si tu veux être parfait, va vendre tout ce que tu possèdes et donnes-en le produit aux pauvres. Tu auras ainsi un trésor dans le ciel; puis tu pourras faire partie de ma suite. "
A ce sujet, M. Havet écrit ^ : " Si Jésus, dans l'Évangile, dit à un jeune homme : Vends ce que tu as, donne-le et viens, c'est précisément ce que lîiogène avait dit à Cratès, et Cratès l'avait fait. "
L'éminent auteur du Christianisme et ses origines n'avait pas, dans les études qu'il poursuivait, à rechercher si c'était
îf
'iij
» 1" Évangile, XIX, 16-24. — Cf. 3« Évangile, XVIII, 18-23. * Le Christianisme et ses origines, t. III, p. 473.
ÉTUDES D'hisTOIRK ItELllilEL'SE.
bien la le sens primitif des paroles attribuées à Jésus- Il devait, au contraire, tenir à les prendre au sens que lui donnait l'Eglise pour comparer ses enseignements aux enseignements antérieurs des philosophes; il a montré qu'à ce sujet, comme en tant d'autres, le christianisme avait emprunté ses maximes à la philosophie grecque.
Or, l'emprunt devient plus manifeste quand on rend au mot pauvre sa véritable signif.cation. On reconnaît forcément que des esprits déjà imbus des prédications des cyniques et des stoïciens ont seuls pu lire et admirer dans les Evangdes des idées qui ne s'y trouvaient pas.
Les paroles att.-ibuées à Jésus n'ont pas, en effet, signifié • depouille-toi de tes biens en faveur de pauvres quelconques' et quand tu seras sans moyens d'existence, viens prendre rang parmi mes disciples. Ce serait absurde, puisque le Maître et ses disciples doivent recourir aux dons ou aumônes pour subvenir à leurs besoins, et qu'ils se préoccupaient du soin d'alimenter leur bourse commune. Rappelons qu'ils exigeaient pour condition première d'admission dans leur société la possession d'une certaine fortune et l'apport à la communauté de tous les biens de l'impétrant. Et ici on voudrait que Jésus eCit fait du dénuement absolu la condition sme qua non de faire partie de sa suite! Est-ce possible" Est-ce admissible? Voilà cependant l'impasse où l'on est conduit en voulant entendre ...yi, au sens littéral de pauvre Parfait, d'autre part, nous l'avons vu, ne désignait pas un homme quelconque, d'une vertu accomplie, mais un initié. En rendant à ces termes leur primitive signification, le texte devient clair et précis ; il y est dit : .
" Si tu veux être un parfait, va vendre tous tes biens et donnes-en le produit aux disciples. Ei GéXe=,- .a.:; .r.,.
LES PAUVRKS.
alors faire partie de ma suite, et tu auras un trésor dans le ciel. "
Il s'agit donc ici tout simplement du rappel des conditions de l'admission dans le cercle des parfaits.
L'ordre imposé à un jeune postulant, donne aux pauvres, ne pouvait pas être de se dépouiller en faveur des indigents et de devenir indigent lui-même : c'était l'ordre de verser son avoir dans la caisse commune, dans le YX(oc7crcy.5;i.sv. On comprend alors la recommandation, qui dans tout autre cas n'aurait aucune raison d'être, celle de vendre et de convertir en numéraire la valeur des biens avant d'en faire la donation ; cette condition était indispensable et motivée par la situation illégale de l'association.
On s'explique encore le ''tu auras un trésor dans le cieV\ On n'offrait pas à l'impétrant une vie toute de misère en échange des biens qu'il donnait; tout au contraire il devait être entretenu par la caisse des Disciples; c'était là le trésor du ciel; désormais il n'aurait plus à redouter l'indigence; le Père céleste prendrait soin de le nourrir et de le vêtir, comme il prenait soin de l'oiseau ou du lis.
Mais le jeune homme de famille ne se laissa pas tenter, paraît-il; il préféra ne pas se dépouiller de ses biens et renoncer à faire partie de l'association des disciples. C'est pourquoi Jésus aurait déclaré, dit l'évangéliste, " qu'un riche entrera difficilement au royaume de Dieu ".
Vous aurez toujours les pauvres avec vous.
On lit dans les traductions du Nouveau Testament^ que, six jours avant la Pâque, Jésus vint à Béthanie chez Lazare qu'il avait ressuscité. Au souper, Marie, une des sœurs de
1 !«' Évangile, XXVI, l>13. - 2« Évangile, XIV, 3-9. - 4» Évangile, XU, 1-8.
• f il
Lazare, prit une livre d'huile de senteur de grand prix, la répandit sur les pieds de Jésus et les essuya avec sa chevelure.
A ce sujet, Judas se serait écrié : '' Pourquoi n'a-t-on pas vendu plutôt ce parfum? On en aurait pu retirer trois cents deniers et les donner aux pauvres. " Mais, selon l'évangéliste, " il ne disait point cela par le souci qu'il avait de l'intérêt des pauvres, mais parce qu'il était un voleur et qu'il était chargé du soin déporter la bourse commune ". Aux paroles de reproche émises par Judas, Jésus répondit : " Laissez-la fan-e; car vous aurez toujours les pauvres avec vous, tandis que vous ne m'aurez pas toujours. "
Si c'était bien là le sens exact de ce qu'avaient voulu dire les évangélistes, si par pauvres il fallait entendre des indigents à secourir, la scène rapportée par eux serait incompréhensible ou absurde.
Comprend-on que ceux qui proclament que les enseignements de Jésus ont été empreints d'une charité universelle et inépuisable, veuillent qu'il ait dit : Vous n'avez pas à regretter la perte de ce parfum précieux; car votre désir de secourir des misérables ne manquera pas d'occasions de s'exercer; il y en aura toujoui's autour de vous?
Nous qui ne comptons point parmi les enthousiastes du christianisme, nous croirions faire injure aux auteurs des Évangiles en supposant qu'ils aient entendu attribuer à leui- Maître la profession de sentiments d'un si vuljraire éo-oïsme. Plus grand, plus constant sera le nombre des misérables, moins l'homme dont le cœur est noble et bon voudra détourner, pour satisfciire un caprice, une somme qui devrait servir à alléger leurs souffrances.
Cependant, comme on lisait ces paroles dans les livres maints, on se croyait tenu de les admirer. Des théologiens ont
LES PAUVIŒS.
même voulu constituer sur la réponse attribuée à Jésus en cette occasion un système d'économie politique particuUer ; ils considéraient le paupérisme comme une condition nécessaire, une base de l'établissement de l'ordre social suivant les lois divines. D'après eux, le Christ ayant déclaré qu'il y aura toujours des pauvres sur la terre, chercher avec les physiocrates ou d'autres écoles philosophiques à supprimer la misère, c'est agir par l'inspiration du démon, c'est engager une lutte contre Dieu^
Cette idée de la perpétuité du paupérisme sur la terre se trouvait énoncée dans le Deutéronome, mais dans des conditions et des termes tout différents. On y lit- :
'' R y aura toujours des indigents dans le pays; c'est pourquoi je te fais ce commandement et je te dis : Ne manque point d'ouvrir la main à ton frère affligé et indigent ^ dans ton pays. "
Et au verset précédent :
" Tu ne manqueras point de lui donner, et ton cœur ne lui donnera pas à regret. Alors l'Éternel ton Dieu te bénira dans toutes les œuvres et dans toutes les choses auxquelles tu mettras ta main. "
Si donc la loi mosaïque déclare qu'il y aura toujours des indigents au pays d'Israël, elle reconnaît que c'est un mal auquel il faut porter remède et elle impose à l'Israélite l'obligation de secourir généreusement son frère malheureux; Jésus, dans la circonstance rapportée par les évangélistes, ne se serait pas inspiré des préceptes de la Loi.
On voit à quelles conséquences fâcheuses, à quelle morale
* Lamennais, dans ïEssai sur l'indifférence en matière de l'eligion, s'était fait récho de cette doctrine.
- Deutéronome, XV, 10, 11.
' Il faut remarquer que dans la version grecque de la Bible l'indigent nest pas ici désigné par îixw/ô;; le texte porte : où yàp {xr, èxAtur^ èvÔEr,; àuo tt,; yr,; <tov et T(o aSeXpcj) ao'j ■k]^ irévr,!»..
détestable conduit la fausse interprétation de ztcoxic, pauvre son entente au sens littéral d'indigent. '
L'évangéliste n'a rien dit de tout ce qu'on a coutume de lui faire dire. Les pauvres dont il s'agit ne sont autres que des Ebionim, c'est à dire les disciples qui accompagnent Jésus.
Aussi quand Judas récrimine en disant : Atà v. «3-o -l irJpcv
siy. èzpier; rp..ay.:ri«v Ircn-.ii^^, -/.ai âî^Ov; ::-a)x:ïç, il faut entendre :
Pourquoi n'a-t-on pas vendu ce parfum? On aurait pu en obtenir trois cents deniers et les donner aux disciples, c'est à dire les verser dans la bourse commune, ts ff.,^7ciy.'Ji->. ■ C'est ce qui permet de comprendre le sentiment que l'évangéliste exprime sur le fond de la pensée véritable de Judas, en déclarant que celui-ci n'était pas mu par le souci de l'intérêt des disciples, .0-^ ïxc r.fi xûv xt^-^ûv e>.>.ev .ira,
mais qu'il ne cherchait qu'une occasion de voler.
Les pauvres, en effet, auxquels l'argent aurait dû être destiné, selon Judas, ne pouvaient être des malheureux quelconques laissés au choix de Marie ou de Lazare. Puisque son intention était de s'approprier tout ou partie de la somme qu'aurait produite la vente du parfum, il entendait évidemment qu'elle lui aurait été remise en ce cas. Or, à quel titi-e pouvait-elle venir en ses mains? C'était en qualité de trésorier de l'association. Ainsi les personnes dont Judas feignait de défendre les intérêts, ne pouvaient être que celles qui étaient entretenues par cette bourse, c'est à dire les disciples. Aussi voyons-nous dans Mathieu et dans Marc que ce n'est pas Judas seul, que ce sont tous ceux qui sont présents qui font chorus et protestent contre la dépense d'une somme gaspillée en l'honneur du Maître, et dont on aurait pu faire un emploi utile pour eux. Ce n'est donc qu'une affaire d'mtérêt de famille qui se débat ici.
LES PAUVRES
Alors la réponse de Jésus est simple et claire : Toùc tt-w/suyip 7:av-:T£ lyy.i [i.£Ô' eauTwv, ï\à cà cj :ravTCT£ v/tiz. Vous aurez toujours LES DISCIPLES avec vous, mais vous ne m'aurez pas toujours. En d'autres termes : Pourquoi me reprocher cette dépense? C'est la dernière que je vous coûterai. La mort va bientôt me séparer de vous, tandis que les Éhionim, vos collègues, demeureront avec vous et useront de la caisse commune plus que je ne l'aurais fait. Reprenant ses disciples, leur reprochant avec douceur de trop songer à eux sa parole devient émouvante comme les adieux d'un mourant.
Cette légende, cependant, ne saurait faire exception et manquer d'avoir un but pratique. Ce but se dévoile de luimême; c'est l'établissement du droit des chefs à se faire la meilleure part dans la répartition des biens de la communauté.
Fais quelque aumône aux pauvres.
Dans les éditions françaises du 4« Évangile*, on lit dans la scène du dernier repas : " Jésus, après avoir saucé un morceau de pain dans le plat, le donna à Judas et lui dit : Fais au plus tôt ce que tu as à faire. Mais aucun de ceux qui étaient à table avec lui ne comprit le sens de ces paroles. Ils pensaient que Judas étant le gardien de la bourse sociale, Jésus avait voulu lui dire : Achète ce dont nous avons besoin pour la fête, ou bien fais quelque aumône aux pauvres. "
C'est la reproduction de la Vulgate qui porte : Putahant quia loculos hahebat Judas, quod dixisset Jésus : Eme ea quae opus sunt nohis ad diem festum aut egoiis ut aliquid daret.
Pour supposer qu'il ait pu venir à l'esprit des disciples
tM
1 4e Évangile, XIII, 27-29.
KTfDES D IIISTOrnE nEMOIEUSE.
que le Maître en cette occasion avait ordonné à Judas de Hûre quelque don aux pauvres, il faudrait que la distribution de secours aux indigents fût chose habituelle de sa part, ou tout au moins qu'elle ait été pratiquée quelquefois. Or, on ne trouve pas un seul cas de secours pécuniaire accordé par Jésus à des nécessiteux. Il n'est donc pas admissible qu'une telle pensée fût celle qui vint à l'esprit des disciples cherchant à deviner quel était l'ordre donné que Jésus rappelait à Judas en ce moment.
La Vulgate a, en effet, dénaturé le sens du texte original
grec qui porte : 'Avépa^cv wt ypdTf ïyy^vf sic -hîv ècpTi^v, y; tcT;
TrTw^cT; l'va ti cw. En voulant entendre tctw^ô; par indigent, le traducteur s'était trouvé fort embarrassé; il lui aurait fallu dire, en prenant le mot à la lettre, que les disciples pensèrent que l'ordre de Jésus à Judas avait été : " soit achète ce dont nous avons besoin pour la fête, soit donne aux pauvres POUR qu'ils le fassent." Gela n'aurait eu aucun sens précis; c'est pourquoi il a mieux aimé en donner un pris hors du texte.
Mais en rendant au mot zt(o)j6; sa véritable signification, celle d'ébion, de disciple, on ne rencontre plus aucune difficulté d'interprétation ; on voit que les convives avaient cru que Jésus avait antérieurement dit à Judas : " soit achète ce dont nous avons besoin pour la fête, soit doyxne aux disciples de quoi le faire eux-mêmes. "
Ainsi l'évangéliste rapporte que quand les convives entendirent Jésus ordonner à Judas, sans autre explication, d'accomplir au plus tôt ce qu'il avait à faire, ils supposèrent tout naturellement qu'il s'agissait des objets dont ils avaient besoin pour la fête, objets qu'ils attendaient, et dont Templette devait être faite par la caisse commune, dont Judas avait la clef. Ils crurent alors que la sollicitude du Maître
LES PAUVRES
rappelait à Judas ses devoirs, c'est à dire iV acheter pour eux les dits objets, ou de leur donner Vargent nécessaire pour qu'ils le fissent eux-mêmes.
Il n'est donc question ici d'aucune aumône à faire à des indigents; les tttwxsi, ceux qu'on qualifie de pauvres, sont tout simplement les Apôtres, les Douze, ceux qui vivent en communauté avec Jésus, qui attendent et ont droit d'être pourvus, aux dépens de la bourse sociale, de ce qui leur est nécessaire.
Nous (Paul et Barnabas) nous sommes seulement engagés
à nous souvenir des pauvres.
Dans l'Épître aux Galates^, Paul dit: "Jacques, Cephas et Jean, qui sont regardés comme les colonnes de l'Église ayant reconnu que la grâce m'avait été accordée, nous serrèrent à Barnabas et à moi la main droite pour sceller le pacte d'association par lequel nous devions avoir la cHentèle des Gentils et eux celle des Juifs; il ne nous fut alors imposé qu'une condition, et je n'ai pas manqué de la remplir. "
Quelle était cette condition? Le texte porte : Mcvcv twv ::t(i)xwv l'va {xvr<[xcv£ua)ij.£v, que les traductions littérales rendent ainsi : ''Nous nous sommes seulement engagés à nous souvenir des pauvres. "
Se souvenir des pauvres, être charitable pour les malheureux, n'aurait aucun sens ici. D'abord, on ne saurait s'expliquer comment Paul eût reconnu que les apôtres de Jérusalem avaient cru devoir lui imposer l'obligation d'être charitable. D'autre part, il n'aurait pu être question d'indigents recommandés à la libre générosité de Paul; car il
' Gâtâtes, II, 10.
KTrDES T) ITTSTOTRE RELIfllEUSE.
que le Maître en cette occasion avait ordonné à Judas de faire quelque don aux pauvres, il faudrait que la distribution de secours aux indigents fût chose habituelle de sa part, ou tout au moins qu'elle ait été pratiquée quelquefois. Or, on ne trouve pas un seul cas de secours pécuniaire accordé par Jésus à des nécessiteux. Il n'est donc pas admissible qu'une telle pensée fût celle qui vint à l'esprit des disciples cherchant à deviner quel était l'ordre donné que Jésus rappelait à Judas en ce moment.
La Vulgate a, en effet, dénaturé le sens du texte original
grec qui porte : 'Avépaccv (7)7 ypdxf ïyy^vt elç ty;v êspTTÎv, rj tcT; TZTwxcT; l'va ti cw. En voulant entendre TTTwyo; par indigerit, le traducteur s'était trouvé fort embarrassé; il lui aurait fallu dire, en prenant le mot à la lettre, que les disciples pensèrent que l'ordre de Jésus à Judas avait été : *' soit achète ce dont nous avons besoin pour la fête, soit donne aux pauvres POUR qu'ils le fassent." Cela n'aurait eu aucun sens précis; c'est pourquoi il a mieux aimé en donner un pris hors du texte.
Mais en rendant au mot nw^o; sa véritable signification, celle d'ébion, de disciple, on ne rencontre plus aucune difficulté d'interprétation ; on voit que les convives avaient cru que Jésus avait antérieurement dit à Judas : " soit achète ce dont nous avo7is besoin pour la fête, soit domine aux disciples de quoi le faire eux-mêmes, "
Ainsi l'évangéliste rapporte que quand les convives entendirent Jésus ordonner à Judas, sans autre explication, d'accomplir au plus tôt ce qu'il avait à faire, ils supposèrent tout naturellement qu'il s'agissait des objets dont ils avaient besoin pour la fête, objets qu'ils attendaient, et dont l'emplette devait être faite par la caisse commune, dont Judas avait la clef. Ils crurent alors que la soUicitude du Maitre
LES PAUVRES
rappelait à Judas ses devoirs, c'est à dire iV acheter pour eux les dits objets, ou de leur donner Vargent nécessaire pour qu'ils le fissent eux-mêmes.
Il n'est donc question ici d'aucune aumône à faire à des indigents; les Tiiùyd, ceux qu'on qualifie de pauvres, sont tout simplement les Apôtres, les Douze, ceux qui vivent en communauté avec Jésus, qui attendent et ont droit d'être pourvus, aux dépens de la bourse sociale, de ce qui leur est nécessaire.
Nous (Paul et Barnahas) nous sommes seulement engagés
à nous souvenir des pauvres.
Dans l'Épître aux Galates^, Paul dit: "Jacques, Cephas et Jean, qui sont regardés comme les colonnes de l'Église ayant reconnu que la grâce m'avait été accordée, nous serrèrent à Barnabas et à moi la main droite pour sceller le pacte d'association par lequel nous devions avoir la clientèle des Gentils et eux celle des Juifs; il ne nous fut alors imposé qu'une condition, et je n'ai pas manqué de la remplir. "
Quelle était cette condition? Le texte porte : Mcvcv twv T.':or/m iva [xvy;iacv£jo)[j.£v, que les traductions littérales rendent ainsi : ''Nous nous sommes seulement engagés à nous souvenir des pauvres. "
Se souvenir des pauvres, être charitable pour les malheureux, n'aurait aucun sens ici. D'abord, on ne saurait s'expliquer comment Paul eût reconnu que les apôtres de Jérusalem avaient cru devoir lui imposer l'obligation d'être charitable. D'autre part, il n'aurait pu être question d'indigents recommandés à la libre générosité de Paul; car il
if t
^ il
1 Gâtâtes, II, 10.
470 ÉTUDES d'histoire DELICIEUSE.
déclare qu'il a accepté une obligation; or, en termes aussivagues, elle eût été complètement illusoire. Aurait-il été possible d'en contrôler l'exécution?
Puisqu'il y avait engagement, il ne saurait avoir été stipulé qu'au profit de ceux envers lesquels Paul le prenait; et ceux-ci ne pouvaient être autres que les apôtres de Jérusalem, soit qu'ils traitassent en leur propre nom, soit qu'ils traitassent au nom de la communauté dont ils étaient les cbefs.
Aussi en traduisant : " // ne nous fut imposé qiiune condilion, celle de nous souvenir des disciples, '' on retrouve le sens vrai, naturel, compréhensible de ce verset de l'Épître aux Galates.
C'est un engagement pécuniaire que prenait Paul, celui de payer ou de faire payer aux hétairies qu'il fonderait hors de la Palestine une redevance aux Apôtres ou à l'Église de Jérusalem. Voilà ce que signifiait se souvenir des disciples.
Quel était, en effet, l'état des relations de Paul et des apôtres judaïsants? Gomment et pourquoi avait-il été amené à faire un pacte avec eux?
L'apostolat, on le sait, n'était pas considéré comme une mission gratuite. C'était une fonction donnant droit à prélever des contributions sur les fidèles, les clients^. Aussi les apôtres s'interdisaient-ils de se faire concurrence dans la prédication de la Bonne Nouvelle, d'aller sur les brisées les uns des autres 2. Par suite, les anciens disciples de Jésus et leurs adhérents refusaient à Paul le droit d'évangéliser
i On lit dans la Jre Épître aux Corinthiens, IX, 9-10: " Qii est-ce qui trait un troupeau et ne boit pas du lait du troupeau? Il est écrit dans la loi : Tu n'emmuseltems pas le bœuf qui foule le gruin. Est-ce des bœufs que Dieu prend soin'> ou n est-ce pas pour nous qu'il a dit cela ?"
^liomains, XV, 20 : "Je prends soin de n'annoncer la Bonne Promesse que là ou Christ n avait pas été nommé, a/in de ne pas bâtir sur les fondements qu'un autre aurait poses." '
LES PAUVRES
et de vivre des dons obtenus des croyants. Une ardente compétition s'était engagée entre ses adversaires et lui. C'est alors que pour établir une entente, un modus vivendi, il aurait entrepris le voyage de Jérusalem ^ ; et il déclare avoir fait avec les principaux ou colonnes de l'Église un pacte d'association. Évidemment, quand, par ce pacte, ceux-ci lui concédaient le droit de clientèle sur les Gentils, de son côté il ne pouvait manquer de prendre l'engagement de leur accorder une compensation.
C'est ce qui explique le soin que prend Paul d'ordonner en Macédoine, en Achaïe, etc., des collectes ou contributions, A:Y':a'., destinées, déclarait-il, aux saints de Jérusalem, el^ Tsî^; àYbuç2. Et aux Corinthiens il dit : ainsi que je l'ai fait chez les Galates. Aussi c'est en affirmant qu'il avait fait parvenir le produit des collectes à l'Église de Jérusalem que Paul prétendait avoir loyalement accompli les obligations du contrat et que par conséquent il ne pouvait être rompu.
Ces paroles pour ainsi dire solennelles qu'il ajoute en parlant de son engagement : B xal kzT.oùlx:;x ajTc tcîJto ^rci^jai, je n'ai point manqué de le remplir, étaient une déclaration publique de loyauté; c'était un appel au témoignage des églises 3. Or, en ce cas, Apôtres et fidèles devaient avoir une idée précise, nette, de l'engagement de Paul, afin de juger s'il l'avait ou non tenu. Comprendrait-on alors que Paul se fiit servi de l'expression vague et générale de pauvre, si ce mot devait être pris à la lettre? Puisque l'aumône devait
* Galates, II, 2.
* // Cor., IX, 3.
^ / Cor., XVI, 14 : " Lorsque je serai arrivé, j'enverrai avec des lettres ceux que vous aurez désignés porter votre libéralité à Jérusalem; et si la chose mérite que j'y aille moi-même, ils viendront avec moi. " — De retour à Jérusalem, Paul dit à ceux qui l'entourent {Actes, XÎ^IV, 17) : « Après plusieurs années d'absence, je viens porter à ma nation des dons et des offrandes. " Il s'agit évidemment des collectes recueillies dans les tournées évangéliques.
ij
être faite discrètement*, sans ostentation, qui aurait pu témoigner de la charité de Paul? Donc, si pauvres ligure dans l'épître pour désigner ceux envers lesquels Tapôtre des Gentils s'obligeait, les fidèles savaient fort bien que ces pauvres étaient les disciples de Jérusalem.
Votre maître étant riche mendia, afin que par sa mendicité
vous fussiez enrichis.
On lit dans la IP Épître aux Corinthiens ^ : *' Faut-il rappeler quelle a été la générosité de votre Maitre qui ÉTANT RICHE MENDIA, afin que par sa mendicité vous fussiez enrichis?" C'est la traduction littérale du texte qui
porte : ov. oi' 6;j.a; £7:Ta))j£'jj£v izloùaioç wv, îva 6|ji.£T; -rt) ky.d^ou Tzzoiydoi
Mais en prenant tttwxejw au sens matériel de mendier ou être pauvre, les théologiens se sont trouvés dans un certain embarras. Ils durent se demander, sans pouvoir répondre à la question, si Jésus, au dire de Paul, n'avait pas, volontairement ou non, par humilité ou par tout autre motif, ouvert sa main à l'aumône. Il fallait, en effet, ou déclarer que Paul avait énoncé ici un fait imaginaire pour vrai, ou s'étonner de ne rencontrer dans les Évangiles aucune trace de l'état de mendicité où se serait trouvé Jésus.
M. Strauss pensa qu'on devait atténuer l'expression de Paul, et il écrivit : " Le terme dont Paul se sert en disant que Jésus fut mendiant, ïzxtliyvjzt, caractérise seulement la vie obscure et pénible à laquelle il se soumit après sa préexistence céleste^. "
Mais pourquoi l'apôtre aurait-il commis cette exagéra-
1 1" Évangile, VI, 1 à 4.
* II Cor., VIII, 9.
•'' Strauss, Vie de Jf'sus, i^* section, ch.V, § 40.
LES PAUVRES
tion de langage? Pourquoi supposer qu'il ait péché par irrétlexion? N'est-il pas au contraire plus probable que dans une épitre destinée à servir de règle aux fidèles il aura dû peser et mesurer la valeur de ses mots?
A notre avis, l'auteur n'a nullement voulu parler de la vie matérielle de Jésus.
Aucun personnage n'était exclu du Royaume par le seul fait qu'il était fortuné. Les riches, au contraire, étaient recherchés; on ne manquait pas de sollicitude pour eux. Dans la société primitive des élus, comme plus tard dans les couvents, l'entrée d'un opulent personnage était une bonne aubaine. C'est pour attirer de telles recrues que Paul otîre ici Jésus à l'imitation de ses auditeurs. Il présente le Maitre comme exemple d'un riche personnage qui n'hésita pas à se dépouiller en faveur de la communauté et enrichit ses frères par son entrée dans leurs rangs, en se faisant un TTwycç, c'est à dire non pas un pauvre, mais un éhion.
L'apôtre aime assez les jeux de mots, parce que la leçon ainsi exprimée se grave plus facilement dans l'esprit des auditeurs; et il joue sur le double sens de pauvre, rr^yoç, persuadé avec raison que sa pensée était facile à saisir pour ceux auxquels il s'adressait.
Mais la traduction en est malaisée. On arriverait peut-être à quelque chose de passable en se servant du terme de mendiant et en y attachant l'idée de personne appartenant à un des ordres rehgieux qui ont pris cette qualification. Il aurait ainsi quelque analogie avec tttw'/o;. En ce cas, on pourrait dire : Votre maitre qui étant riche s'est fait mendiant, afin que par sa condition de mendiant vous fussiez enrichis.
lî"
•il
On retrouve dans cette même épître une autre équivoque au sujet de T.'iùyeix, pauvreté.
tti''
L'apôtre rappelle aux Corinthiens les contributions qu'ils doivent, les presse de s'acquitter; et afin de les piquer d'une louable émulation, il leur fait l'éloge de l'empressement que les Macédoniens ont mis à s'exécuter.
" Mes frères, dit-il, nous voulons vous faire connaître la grâce que Dieu a faite aux fidèles des églises de Macédoine. Ils ont manifesté leur satisfaction d'être mis à l'épreuve de nombreuses difficultés; et ils ont, je l'atteste, fait de leur plein gré tout ce qu'ils pouvaient et même plus qu'ils ne pouvaient ; ils nous ont offert avec beaucoup d'instance leurs contributions pour les saints, û; tsuç àyicu;. " C'est à dire les disciples de Jérusalem.
Et à ce propos il ajoute :
àrXstr^Tsç ajTwv ; c'est à dire en traduisant littéralement : Et ils ont montré qu'ils étaient de véritables pauvres par la RICHESSE de leur loyauté.
Si l'on prenait pauvre au sens matériel, on ne saurait manquer d'être étonné de voir que ceux que l'apôtre qualifie de vraiment, de profondément pauvres, sont ceux-là mêmes qui se distinguent par leur générosité, leur exactitude à verser les contributions dues aux saints de Jérusalem; on ne pourrait s'expliquer que la condition de pauvreté non seulement ne provoquât pas d'octroi de secours, mais constituât au contraire une obligation de payer des redevances.
Ici donc encore, le sens ne devient compréhensible qu'en rendant tttwxoç par ébion, et en entendant : Ils ont montré combien ils étaient de véritables ébions, par la richesse de leur loyauté.
Mais il faut renoncer à vouloir introduire dans la traduction française l'opposition des mots pauvreté et richesse. Si nous ne craignions pas de fatiguer par une nouvelle répé-
LES pauvres.
tition du rapprochement de pauvres et de sans-culottes^ nous dirions que l'apôtre écrit ici à peu près comme l'eût fait un Jacobin qui se serait exprimé en ces termes : Les citoyens de telle section ont montré toute la réalité et la profondeur de leur sans-culottisme par la richesse de leurs offrandes à la patrie.
CAS ou "pauvre" a le sens littéral
Pauvre, T.'(ùyiz, est donc dans le vocabulaire évangéhque un terme spécial, honorifique, qu'il ne faut pas prendre à la lettre.
En lisant avec attention le Nouveau Testament dans le texte grec, on peut en effet observer que les auteurs ont généralement le soin de ne pas désigner par -ktwxo; le misérable ou le mendiant ordinaire.
Ainsi l'auteur des Actes, en parlant des disciples de Jérusalem et en déclarant qu'il n'y avait parmi eux aucun indigent, s'exprime ainsi ^ : Ohlï yip hlti^:; v.ç j^rrîpxsv h auisT;. Il
dit Èvo£-r<; et se garde de dire Trito^o;. C'est eTuaiTsTv, mendier, dont il se sert^ pour qualifier l'état misérable de l'impotent qui se tenait à la Porte Neuve du Temple et qui fut miraculeusement guéri.
Le 3® évangéliste fait de son côté parler de la sorte l'économe infidèle^ : 2y.a7rT£iv cjx \t/ùiù, eraiTsTv oL'.T/ù'foif.T.i, Je ne
saurais travailler la terre, j'aurais honte de mendier; il dit
aussi sTCaixeTv, et non irxwxeje'.v.
Dans l'Épitre aux Corinthiens^ l'apôtre reproche à ceux qui, dans les agapes, avaient apporté des vivres en abondance
* Actes, IV, 34.
- Id., m, 2.
» 3» Évangile, XVI, 3.
♦ / Cor., XI, 22.
"tl
de bien souper, sans égard aux fidèles indigents qui, à côté d'eux, n'avaient pas de quoi apaiser leur faim, et il s'écrie : Voulez-vous humilier ceux qui n'ont rien? y.2^xiT/;jfi-:t -sj; \l.r^ e^cvia; ; Il ne dit pas les pauvres, tou; ^tw^oj;.
On pourrait citer d'autres exemples.
De même un auteur jacobin de la Révolution n'aurait pas traité de sans-culotte un déguenillé quelconque; ce mot, sous sa plume, avait presque toujours une acception particulière.
Il est cependant quelques cas où dans le Nouveau Testament ^TTwys;, le pauvre, doit être entendu au sens littéral d'indigent. Mais ils sont très rares.
On reconnaît même que les passages où pauvre a perdu son ancienne signification, celle de disciple, pour prendre celle plus récente d'indigent, ont été écrits à une époque postérieure aux autres.
Convie les pauvres, les impotents, les boiteux, les aveugles.
Au XIV* chapitre du 3« Évangile *, on voit Jésus à table chez des Pharisiens et devisant avec eux. Après divers propos, il dit au maître de la maison : " Quand tu feras un festin, convie les pauvres, les impotents, les boiteux, les aveugles, etc., xiXet xtco^ojç, àTravTÎpc'jç, XiJàkojç, tuçXcjç, y., t. X. " Puis il conte la parabole du grand souper et trouve l'occasion de répéter les mêmes recommandations.
Il est évident que dans cette phrase, TCTwyo;, pauvre, signifie mendiant, misérable au sens propre du mot.
Mais si l'on remarque que ces paroles ne sont reproduites dans aucun autre Évangile, et si l'on veut prendre la peine de comparer la façon dont la parabole est rapportée ici et la forme qui lui avait été donnée dans le 1«'^ Évangile 2, on ne
* 3« Évangile, XIV, 13.
« 1" Évangile, XXII, 1 à U,
LES PAUVRES
s'étonnera plus, croyons-nous, de trouver ici tttwxô;, pauvre, pris au sens littéral.
La parabole du 1®' Évangile se rapporte, en effet, nous Tavons vu, à une époque où les haines étaient encore toutes vives; tandis que quand elle fut rédigée à nouveau par le 3c évangéliste, les passions étaient apaisées, la rupture des chrétiens et des judaïsants était complète; ceux-ci n'étaient plus à craindre comme aux temps antérieurs; ils étaient alors impuissants, dédaignés; les rôles avaient changé; les judaïsants avaient accepté leur exclusion sans esprit de revanche; enfin la puissance de l'Éghse était déjà assez forte pour qu'elle osât formuler la prétention de contraindre ceux qui s'y refusaient à entrer dans sou sein et à obéira C'est pourquoi, au lieu de la dureté qui inspire Mathieu, on trouve dans Luc des sentiments moins violents.
Il faut remarquer encore que les paroles attribuées ici à Jésus ont pour but de légitimer, de consacrer par son autorité, en opposition avec les pratiques ascétiques des Ébionim, l'institution des Agapes. Dire " quand vous ferez des festins ", et déclarer que les siens formeront une nombreuse réunion de convives, c'était évidemment approuver, conseiller les banquets.
Notons en outre que cette condition ou ce conseil d'inviter aux banquets les frères pauvres répond précisément à l'usage qui fut assez généralement établi dans les confréries chrétiennes, en conformité des mœurs des Grecs qui laissaient s'asseoir à leur table une foule de parasites. " Nous appelons nos festins agapes, dit Tertullien^, d'un mot grec qui signifie charité. Quelque dépense qu'ils puissent nous coûter, nous nous croyons assez dédommagés par l'avantage de
1 Verset 23 : àvayxatrov etffeiXôeîv, compelle intrare. * Apolog., 39.
ÉTUDES L'iUSTOlUK UELIGIELSE.
faire du bien; nous soulageons par là les pauvres; nous ne rassemblons point comme vous des parasites qui viennent s'engraisser à vos tables au prix de mille avanies; nous traitons les pauvres comme des hommes sur lesquels la Divinité attache ses regards avec le plus de complaisance. " On ne saurait donc contester que cette sentence soit une de celles qui furent le plus tardivement incorporées dans le recueil qui constitue le 3* Évangile, et qu'à ce moment on avait oublié le sens hébraïque et primitif du mot pauvre,
io ■
wyo
Les pauvres d'entre les saints de Jérusalem.
On lit dans rÉpître aux Romains ^ :
'' Maintenant je vais à Jérusalem chargé d^une mission pour les saiyits; car il a plu à ceux de Macédoine et d'Achaïe de grouper leurs cotisations pour les pauvres d'entre les saints de Jérusalem, xctvwviav Tivà Tuctï^ja^Gai ûq xzhq r.-zi^x^Jjç tôv
L'auteur a incontestablement voulu dire que les cotisations étaient destinées à ceux d'entre les saints ou disciples de Jérusalem qui étaient indigents.
On ne saurait cependant s'expliquer comment il serait ici parlé de pauvres d'entre les saints, tandis que dans toutes les autres épîtres qu'on attribue à Paul, quand il s'agit des membres de l'Église de Jérusalem, il est fait emploi des mots rai^ycq et ciyr.ç alternativement, comme deux expressions équivalentes. Il faut de plus observer que c'est l'unique cas où non seulement dans les Épîtres pauliniennes, mais encore dans tous les écrits dits apostoliques, on voit la qualification de T.'Loy6q, pauvre, servir à former une catégorie parmi les aytct, saints.
1 Romains, XV, 25-28.
Jf
LES PAUVRES
r "■Il
Mais en supposant même qu'en contradiction avec les Actes des Apôtres, il y ait eu inégalité de condition entre les disciples de Jérusalem, on ne saurait dire qui l'auteur a entendu désigner par les pauvres d'entre les saiîits. Il ajoute en effet au sujet des donateurs :
"Nous disons il leur a plu; c'était cependant une obligation pour eux; car les Gentils sont tenus d'assister dans leurs besoins matériels ceux dont ils ont reçu les biens spirituels. " "
Ainsi, il ne s'agissait pas d'aumônes à proprement parler, de secours volontaires, mais de contributions dues par les Macédoniens et les Achéens à ceux qui leur avaient octroyé des dons spirituels. Ceux dont il s'agit ne peuvent, en tel cas, être que le cercle des Apôtres et de leurs principaux auxiliaires; et il faudrait conclure que ce sont eux qui se seraient trouvés être les nécessiteux d'entre les disciples. Ce n'est pas admissible.
Par suite, il y a lieu de penser que cette phrase ne provient pas de la main qui aurait écrit les lettres qui portent le nom de Paul.
Ce n'est pas du reste la seule difficulté que présentent les deux derniers chapitres de l'Épitre aux Romains. On y lit encore d'autres choses qu'on est étonné de trouver sous la plume de l'apôtre des Gentils.
C'est d'abord cette déclaration que Jésus avait été du parti de la circoncision ^ . C'eût été un aveu par trop naïf de la part de l'adversaire des judaïsants.
Puis quand on examine la Uste des personnes qui sont désignées comme ayant été les amis de Paul, il parait invraisemblable qu'il ait eu de si nombreuses relations dans une ville qu'il n'avait pas encore visitée, et qu'il ait connu en
* Romains, XV, 8.
ÉTUDES D'mSTOlKE REUGIELSE.
faire du bien; nous soulageons par là les pauvres; nous ne rassemblons point comme vous des parasites qui viennent s'engi-aisser à vos tables au prix de mille avanies; nous traitons les pauvres comme des hommes sur lesquels la Divinité attache ses regards avec le plus de complaisance. " On ne saurait donc contester que cette sentence soit une de celles qui furent le plus tardivement incorporées dans le recueil qui constitue le 3» Évangile, et qu'à ce moment on avait oubhé le sens hébraïque et primitif du mot pauvre.
Les pauvres d'entre les saints de Jérusalem.
On lit dans TÉpître aux Romains * :
" Maintenant je vais à Jérusalem chargé d'une mission pour les saints; car il a plu à ceux de Macédoine et d'Achaïe de gi«ouper leurs cotisations pour les pauvres d'entre les saints de Jérusalem, xcivwviav Ttvi r.zii.i^z^v, ûq tcî>; ttkoxcî^ç tc5v
L'auteur a incontestablement voulu dire que les cotisations étaient destinées à ceux d'entre les saints ou disciples de Jérusalem qui étaient indigents.
On ne saurait cependant s'expliquer comment il serait ici parlé de pauvres d'entre les saints, tandis que dans toutes les autres épîtres qu'on attribue à Paul, quand il s'agit des membres de l'Église de Jérusalem, il est fait emploi des mots T.^^yM et àV.5ç alternativement, comme deux expressions équivalentes. Il faut de plus observer que c'est l'unique cas où non seulement dans les Épîtres pauliniennes, mais encore dans tous les écrits dits apostoliques, on voit la qualification de r.'Aùyiç, pauvre, servir à former une catégorie parmi les ayt::, saints.
* Romains, XV, 25-28.
LEïS 1»AUVRES.
Mais en supposant même qu'en contradiction avec les Actes des Apôtres, il y ait eu inégalité de condition entre les disciples de Jérusalem, on ne saurait dire qui l'auteur a entendu désigner par les pauvres d'entre les saints. Il ajoute en effet au sujet des donateurs :
"Nous disons il leur a plu; c'était cependant une obligation pour eux; car les Gentils sont tenus d'assister dans leurs besoins matériels ceux dont ils ont reçu les biens spirituels. "
Ainsi, il ne s'agissait pas d'aumônes à proprement parler, de secours volontaires, mais de contributions dues par les Macédoniens et les Achéens à ceux qui leur avaient octroyé des dons spirituels. Ceux dont il s'agit ne peuvent, en tel cas, être que le cercle des Apôtres et de leurs principaux auxiliaires; et il faudrait conclure que ce sont eux qui se seraient trouvés être les nécessiteux d'entre les disciples. Ce n'est pas admissible.
Par suite, il y a lieu de penser que cette phrase ne provient pas de la main qui aurait écrit les lettres qui portent le nom de Paul.
Ce n'est pas du reste la seule difficulté que présentent les deux derniers chapitres de l'Épitre aux Romains. On y lit encore d'autres choses qu'on est étonné de trouver sous la plume de l'apôtre des Gentils.
C'est d'abord cette déclaration que Jésus avait été du parti de la circoncision^. C'eût été un aveu par trop naïf de la part de l'adversaire des judaïsants.
Puis quand on examine la liste des personnes qui sont désignées comme ayant été les amis de Paul, il paraît invraisemblable qu'il ait eu de si nombreuses relations dans une ville qu'il n'avait pas encore visitée, et qu'il ait connu en
* Romains, XV, 8.
fi
<' fi
Fi
^iî
1 il
même temps que les maîtres les esclaves de leurs maisons. D'autre part il est fort douteux que les noms, presque tous grecs, que portent ces personnes aient appartenu à des membres de l'Église romaine.
On remarque encore que plusieurs manuscrits placent à la fin du XIV® chapitre les versets qui terminent l'épître^ Origène nous apprend en outre que l'authenticité de cette fin était fort contestée de son temps.
Aussi, d'éminents critiques, au nombre desquels figure M. Baur, l'illustre théologien de Tubingue, n'admettent pas que ces deux derniers chapitres puissent être l'œuvre de Paul.
L'expression de ''pauvre d'entre les saints'' qui s'y rencontre vient confirmer cette opinion; elle décèle un auteur postérieur au siècle apostohque, qui ignorait que le mot pauvre avait été le synonyme de saint, et le prenait pour la désignation d'un état d'indigence où se seraient trouvés les chefs ou les principaux membres de la communauté de Jérusalem.
lia
1 Novum Testamentum Graece, édit. Didot : Variantes lectiones.