‹ Etudes d'histoire religieuse [microform]Chapitre 25 sur 64 · L ESCLAVAGE · texte numérisé non relu

L ESCLAVAGE

Ce fier sentiment de la valeur individuelle de l'homme, de sa liberté et de la responsabilité qu'il a de son propre sort, qui animait les Grecs et les Romains, faisait complètement défaut aux peuples orientaux et particulièrement aux Sémites. Habitués à se pher superstitieusement au despotisme politique et religieux, le pouvoir était à leurs yeux le droit d'agir arbitrairement, celui du bon plaisir. On ne pense guère autrement, aujourd'hui encore, dans le monde musulman, dans l'Inde, dans l'Indo-Chine.

Le maître était dans sa maison un despote au petit pied.

L'opinion commune refusait tout droit à l'esclave. On ne voyait en lui qu'une chose possessible, une sorte de bête de somme. Aussi, quand il s'agissait de lui faire sentir le mécontentement, on ne s'adressait qu'à sa chair. Le maître était le haut et légal justicier de son esclave, et il avait le droit de le châtier à son gré. Bien plus, le malheureux qui n'était même pas présumé coupable, sur lequel ne pesait aucune charge, qui n'avait rien fait qui méritât le châtiment, pouvait être soumis à la torture pour subir un interrogatoire comme simple témoin.

Les philosophes et parmi eux les stoïciens surtout, s'efforçaient de faire pénétrer dans la société antique l'idée de la fraternité humaine, de montrer que la Nature avait créé tous les hommes frères et égaux. L'esclave, disaient-ils*, n'est-il pas formé des mêmes éléments que l'homme libre? Ne voit-il pas le même ciel, ne respire-t-il pas le même air, ne naît-il pas et ne meurt-il pas de même? Il peut vous voir tomber

* Sénèque, Epislulae, 44, 47. — De Bene/iciis, III, 18-28. — Cf. nos Études sur la vie de Sénèque, ch. ^^

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à lui succéder dans sou œuvre, et leur l'ait connaître ses dispositions testamentaires.

Or, l'union si nécessaire entre les simples partisans était une chose de bien autrement grande importance entre les chefs. Elle devait être complète et cimentée par une amitié à toute épreuve.

C'est sur ce point capital que Tévangéliste fait revenir sans cesse Jésus.

11 leur recommande de faire taire tout sentiment de rivalité; il ordonne qu'aucun d'eux ne veuille pi-endre sur ses collègues une prééminence funeste à la concorde : " En vous lavant les pieds, leur dit-il *, moi le Seigneur et maître, je vous ai donné l'exemple de ce que vous devez faire les uns à l'égard des autres. "

C'est pourquoi il leur dit encore : " Mon commandement est que vous vous aimiez mutuellement comme je vous ai aimés. "

Ce sont ces conseils spéciaux aux Douze, aux apôtres pour la continuation de l'œuvre, qui ont été transformés en des préceptes de charité universelle. La vèilé cependant éclate aux yeux. On ne saurait trouver dans ce passage du 4® Évangile quoi que ce ^oit qui ait rapport à l'enseignement de la fraternité entre tous les hommes.

La solidarité du genre humain fut une conception étrangère au judaïsme, étrangère aux premiers apôtres : on n'en trouve aucune tiace dans le Nouveau T^^stament. Elle fut apportée dans les églises chrétiennes, comme tant d'autres éléments, quand les hommes imbus de la philosophie grecque y prii'ent place.

A 4« Évangih», XUI, ItMo.

LE PROCHAIN

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