L ESCLAVAGE
Ce fier gentiment de la valeur individuelle de l'homme, de sa liberté et de la responsabilité qu'il a de son propre sort, qui animait les Grecs et les Romains, faisait complètement défaut aux peuples orientaux et particulièrement aux Sémites. Habitués à se pHer superstitieusement au despotisme politique et religieux, le pouvoir était à leurs yeux le droit d'agir arbitrairement, celui du bon plaisir. On ne pense guère autrement, aujourd'hui encore, dans le monde musulman, dans l'Inde, dans l'Indo-Chine.
Le maître était dans sa maison un despote au petit pied.
L'opinion commune refusait tout droit à l'esclave. On ne voyait en lui qu'une chose possessible, une sorte de bête de somme. Aussi, quand il s'agissait de lui faire sentir le mécontentement, on ne s'adressait qu'à sa chair. Le maître était le haut et légal justicier de son esclave, et il avait le droit de le châtier à son gré. Bien plus, le malheureux qui n'était même pas présumé coupable, sur lequel ne pesait aucune charge, qui n'avait rien fait qui méritât le châtiment, pouvait être soumis à la torture pour subir un interrogatoire comme simple témoin. t
Les philosophes et parmi eux les stoïciens surtout, s'efforçaient de faire pénétrer dans la société antique l'idée de la fraternité humaine, de montrer que la Nature avait créé tous les hommes frères et égaux. L'esclave, disaient-ils*, n'est-il pas formé des mêmes éléments que l'homme libre? Ne voit-il pas le même ciel, ne resphe-t-il pas le même air, ne naît-il pas et ne meurt-il pas de même? Il peut vous voir tomber
* Sénùque, Epislulae, 44, 47. — Du Bene/iciis, UI, 18-28. — Cf. nos Études sur la, vie de Sénèque, ch. I<'^
LE PROCHALX.
en servitude, comme vous le voir libre. Il n'est pas d'esclave qui ne compte de rois parmi ses ancêtres, et' pas de roi qui ne descende d'esclave. Ils doivent être pour nous des amis; car en combien d'occasions n'ont-ils pas acquis de droits à notre reconnaissance? Qu'il est triste d'être servi par des gens qui pleurent ou qui vous haïssent! Il vaut mieux être aimé que craint. Il faut faire des remontrances et non frapper : les coups ne sont justifiables qu'à l'égard de l'animal dépourvu de jugement.
• Mais la voix de la raison et du cœur était trop souvent impuissante à triompher des intérêts et des habitudes séculaires.
Les apôtres n'eurent pas au sujet de la royauté d'autres idées que celles du miheu où ils avaient vécu. Suivant eux, Dieu, revêtu de la puissance suprême, fait miséricorde à qui lui plaît d'entre les hommes et Jeur impose à sa guise des obligations, sans avoir à tenir compte de leurs facultés^. Jésus lui-même se flatte de parler énigmatiquement aux siens pour que la connaissance de la vérité demeure leur privilège 2.
Les évangélistes partageaient les sentiments vulgairement admis par leurs contemporains au sujet de l'esclavage.
Selon eux, quand Jésus est appelé par un centenier pour guérir son esclave, il complimente le maître sur sa foi, le déclare digne du royaume des cieux; mais il ne s'enquiert pas du tout de ce que pense ou ne pense pas l'esclave; il ne s'occupe pas de savoir quels sont les sentiments de l'homme sur lequel il va opérer le miracle, auquel il va rendre la
^ Romains, IX, iS,2\.
« 1" Évangile, XIII, 10. — Les disciples s'étant approchés de Jésus lui dirent : " Pourquoi parles-tu à la l'oulo par des paraboles ? " Il leur répondit : " Parce qu'il vous est donné de connaître les mystères du royaume des cieux; mais cela ne leur est point donné. '
santé; à ses yeux, cet homme n'est rien par lui-même, il est chose du maître; et l'ayant rendu valide et propre au travail, il le remet au centenier, comme il aurait fait d'un bœuf ou d'un âne ^
L'esclave, aux yeux des évangélistes, devait son service à la discrétion de son maître, qui de son côté ne lui devait aucune obUgation, aucun ménagement. Écoutons-les :
"Qui, disent-ils 2, ayant un esclave, SoUXoç, revenant des champs après une journée de labeur, serait assez naïf pour lui dire : Avance et prends ton repas? Ne lui dira-t-il pas plutôt : Prépare-moi à souper, mets ta ceinture et sers-moi jusqu'à ce que j'aie mangé et bu à mon aise; après cela, tu pourras boire et manger? Le maître aura-t-il quelque obligation à l'esclave parce qu'il aura fait ce qui lui avait été commandé? Je ne le pense pas. "
Selon les évangélistes l'esclave pouvait être impunément battu en toute occasion ; ils en établissent le principe. *^ L'esclave, disent-ils^, qui a connu la volonté de son maître et ne l'a pas faite, sera battu de nombreux coups; celui qui ne l'aura pas connue et aura mal fait par ignorance, sera également frappé, mais de moins de coups. "
La femme qui aura eu le fatal privilège d'être belle et de plaire au maître, qui n'a pu se soustraire à sa passion, n'inspire aucune pitié aux apôtres. Ils rappellent la dure et inique prescription de la loi mosaïque à son égard : " Que dit l'Écriture? Chasse l'esclave et son fils; car le fils de l'esclave ne sera pas héritier avec le fils de la femme libre*." Gomme Agar et Ismaël, après avoir fait le charme de la tente d'Abraham, en furent chassés et eurent à supporter les tour-
1 1" Évangile, VIII, 5-13. - 3» Évangile, VII, 2-10. « 3« Évangile, XVU, 7, 8.
» 3« Évangile, XII, 47, 48.
* Galates, IV, 30, 31.
LE PROGIIAIX.
ments de la soif au désert, ainsi doivent être traités la mère esclave et l'enfant qu'elle a eu de son maître.
Infliger la torture ne pouvait donc manquer d'être considéré comme le droit naturel d'un prince à l'égard de ses sujets, d'un maître à l'égard de ses esclaves.
C'est ce que montrent la parabole de V Esclave improductif, b SoDXoç i^peXoç, et celle des Noces.
On lit dans la première ^ :
Un personnage, au moment de se mettre en voyage, appelle ses esclaves et leur remet la garde de son argent. Selon le cas qu'il faisait de l'intelligence de chacun d'eux, il confie à l'un cinq talents, à l'autre deux talents, et à un troisième un seul talent. Les premiers ne se bornent pas à garder le dépôt ; ils commercent et font fructifier l'argent de leur maître. Le troisième, craignant d'être rudement châtié s'il ne pouvait remettre l'intégralité de la somme qui lui avait été confiée, la cacha dans un trou soigneusement creusé en terre. Le propriétaire, à son retour, appelle auprès de lui ses esclaves et leur réclame la remise de son argent. Les deux principaux lui rapportèrent les sommes qu'ils avaient reçues, augmentées des bénéfices qu'ils avaient réalisés dans le trafic; ils furent complimentés. Le troisième se borna à rendre fidèlement le dépôt. Irrité de ne pas retrouver une somme grossie d'intérêts c^u de gains, le maître dit à ce pauvre hère : Sot et paresseux esclave, si tu avais porté mon argent à des banquiers, j'aurais retrouvé à mon retour le capital grossi des intérêts. Et s'adressant à ses gens : Jetez cet esclave inutile aux ténèbres du dehors.
Il n'est personne qui ne se soit demandé : Qu'est-ce que les ténèbres du dehors?
* 1" Évangile, XXV, 14^. ,
Ce n'est cependant pas la seule fois que les évangéUstes en parlent.
Dans la parabole dite des Noces^^ le 1er Évangile raconte, nous l'avons vu, qu'un roi avait convié aux noces de son fils un certain nombre de nobles personnages; que furieux du refus de ceux-ci, il avait ordonné à ses esclaves de faire entrer chez lui tous les passants et de leur servir le banquet préparé pour les premiers invités; puis qu'entrant dans la salle il avait aperçu un de ceux-ci qui n'avait pas revêtu son habit de fête, et sur ce il avait dit à ses gens :
"Liez-lui les pieds et les mains; emportez-le, et mettez-le aux ténèbres du dehors, là oïl seront les pleurs et les grincements de dents. "
Pas plus ici que dans la parabole précédente, on ne voit de prime abord ce qu'il faut entendre par ténèbres du dehors. Les traductions françaises ne seraient-elles pas défectueuses?
La Vulgate s'exprime ainsi : Ligatis manibus et pedibus ejus, mittite eum in tenebras exteriores. Tenebras exteriores? Nous ne sommes pas plus avancés en latin qu'en français.
Que dit le texte grec? Nous lisons : A-^cav-uEç aùioO xooaç y.al yeTpa; £x6a).£T£ ajisv et; t6 GV,6'oq to eçwTSpov. Au lieu de "Jetez-le dans les ténèbres du dehors", nous pouvons entendre : Emmenez-le au lieu ténébreux, à celui qui est hors d'ici. Nous voyons qu'il s'agit d'un lieu ténébreux.
Or ces paroles doivent avoir un sens; et ce sens doit nécessairement être d'autant plus simple, d'autant plus naturel que les paraboles ont pour objet de faire entendre comment le Maître du royaume des cieux agit à l'égard de ses sujets qui sont sur la terre, ce qu'il attend et exige d'eux. C'est en effet dans ce but qu'elles choisissent pour exemples, comme
l^f Évangile, XXII, 1-14. - 3^ Évangile, XIV, 16-24. — Voir ci-dessus page 115.
ÉTUDES D'iIISïOIRK RELIGIEUSE.
choses connues de tous ceux qui écoutent, la façon arbitraire dont un dynaste oriental traite ceux qui sont sous sa domination, et l'exigence impitoyable du maître à l'égard de ses esclaves.
D'un autre côté les paysans, les pagani ou païens, pour des raisons multiples, ne furent pas, on le sait, l'objet des sollicitations des piemiers missionnaires de la Bonne Promesse; ceux-ci ne s'adressaient qu'aux gens des villes; et dans leurs paraboles ils prenaient en conséquence pour termes de comparaison ce qui se voyait journellement dans leurs murs.
Sur les domaines agricoles le maître avait et devait avoir à sa disposition tous les moyens nécessaires de punir et de terroriser les esclaves à son service; dans chacun d'eux se trouvaient à cet elfet des cachots, ergastula; des instruments de correction : le fouet à plusieurs branches, flagrim, les chaînes, catena, etc.; les instruments de supplice : la potence ou croix, crux, le chevalet, eqtmleus, le pilori, colunibar, etc. C'est à peu près, sauf une barbarie moins grande, ce que l'on voyait sur les habitations coloniales au temps de l'esclavage. 11 n'en pouvait être ainsi dans les cités. On ne pouvait avoir chez soi tous ces appareils de châtiments. On ordonnait volontiers de flageller un esclave, mais on répugnait à frapper soi-même. Puis les cris de ceux contre lesquels on sévissait eussent été insupportables aux gens de la maison et aux voisins. L'indignation qu'exhale Juvénal contre la femme qui faisait fustiger chez elle sans la moindre émotion, nous fait voir combien une telle conduite était anormale; il compare cette maison au palais du tyran de Syracuse <. Aussi dans chaque ville il y avait une ou plusieurs prisons
* Juvénal, Sat. VI, 486 :
Praefectura doinus Sicula non initior nnla.
LE PROCHAIN
publiques. Le y.apy.apcv ou carcer, le lieu de détention, était ordinairement un cachot souterrain, n'ayant qu'une ouverture au plafond; et au-dessous se trouvait un second cachot plus noir encoi'e et plus elTroyable; c'était la chambre de torture ou d'exécution capitale, carnificina ou rohur, le gxsav'.jTT^p'.cv ; le malheureux qui y était descendu pleurait, grinçait des dents, poussait des cris allreux de douleur qui n'arrivaient cependant pas aux oreilles du passant affairé de la rue.
L'esclave (jue l'on voulait châtier était donc envoyé à la prison publique, au carnifex, au iSajavuTY;;, qui était l'exécuteur assermenté, i-'.TîiJ.r^Tii;^. Celui-ci, sur l'exhibition qui lui était faite d'un ordre du maître en due forme, appliquait, moyennant un salaire tarifé^, au coupable qui lui était amené, le châtiment ordonné. Il l'enfermait pieds et mains liés dans l'alfreux et humide cachot ; lui appliquait un certain nombre de coups de verges; le pliait sur la roue, etc.
C'est également ainsi que, dans les cités coloniales, le maître agissait à l'égard de son nègre; il l'envoyait à la geôle pour être frappé par le gardien du nombre de coups qu'il avait déterminés. Tant il est vrai que les mêmes conditions sociales produisent des mœurs^ et des usages analogues, malgré les différences d'époque.
En conséquence, le lieu où sont envoyées les victimes du caprice du roi et celles de l'avarice du propriétaire ne peut être que le cachot de la torture, le iSa-av.jTïip'.ov, ou la carnificina. L'endroit ténébreux, -h r/.iTc;, était sans doute le nom vulgairement donné au sinistre établissement et en usage parmi le peuple.
* Plante, Captifs^ 953 : " Ob furtum ad carnificem dabo. " — L'esclave était en pareil cas toujours garrotté avant âo sortir de çho/. son maître.
* Il y avait des altonneinents à lannce. Juvénal, Sat. VI :
Sunt quae tortoribus annua praestant.
ÉTUDES D'hISTOIRK RELIGIEUSE.
choses connues de tous ceux qui écoutent, la façon ai-bitraire dont un dynaste oriental traite ceux qui sont sous sa domination, et rexigence impitoyable du maître à l'égard de ses esclaves.
D'un autre côté les paysans, les pagani ou païens, pour des raisons multiples, ne furent pas, on le sait, l'objet des sollicitations des premiei's missionnaires de la Bonne Promesse; ceux-ci ne s'adressaient qu'aux gens des villes; et dans leurs paraboles ils prenaient en conséquence pour termes de comparaison ce qui se voyait journellement dans leurs murs.
Sur les domaines agricoles le maître avait et devait avoir à sa disposition tous les moyens nécessaires de punir et de terroriser les esclaves à son service; dans chacun d'eux se trouvaient à cet elfet des cachots, ergasttila; des instruments de correction : le fouet à plusieurs branches, flagrim, les chaînes, catena, etc.; les instruments de supplice : la potence ou croix, crux, le chevalet, eqnuleus, le pilori, cohmihar, etc. C'est à peu près, sauf une barbarie moins grande, ce que l'on voyait sur les habitations coloniales au temps de l'esclavage. 11 n'en pouvait être ainsi dans les cités. On ne pouvait avoir chez soi tous ces appareils de châtiments. On ordonnait volontiers de flageller un esclave, mais on répugnait à frapper soi-même. Puis les cris de ceux contre lesquels on sévissait eussent été insupportables aux gens de la maison et aux voisins. L'indignation qu'exhale Juvénal contre la femme qui faisait fustiger chez elle sans la moindre émotion, nous fait voir combien une telle conduite était anormale; il compare cette maison au palais du tyran de Syracuse ^ Aussi dans chaque ville il y avait une ou plusieurs prisons
* Juvénal, Sat. VI, 486 :
Praefectura domus Sicula non mitior aula.
LE PROCHAIN
publiques. Le xip/.xpcv ou carcer, le lieu de détention, était ordinairement un cachot souterrain, n'ayant qu'une ouverture au plafond; et au-dessous se trouvait un second cachot plus noir encore et plus elîroyable; c'était la chambre de torture ou d'exécution capitale, camiflcina ou rohur, le gx7av'.3T»îp'.cv ; le malheureux qui y était descendu pleurait, grinçait des dents, poussait des cris alîreux de douleur qui n'arrivaient cependant pas aux oreilles du passant affairé de la rue.
L'esclave que l'on voulait châtier était donc envoyé à la prison publique, au carnifex, au [ix7xvl7':r^;, qui était l'exécuteur assermenté, i7:'T£'j.Y;TTî;^. Celui-ci, sur l'exhibition qui lui était faite d'un ordre du maître en due forme, appliquait, moyennant un salaire tarifé 2, au coupable qui lui était amené, le châtiment ordonné. Il l'enfermait pieds et mains liés dans l'affreux et humide cachot; lui appliquait un certain nomjjre de coups de verges; le pliait sur la roue, etc.
G*est également ainsi que, dans les cités coloniales, le maître agissait à l'égard de son nègre; il l'envoyait à la geôle pour être frappé par le gardien du nombre de coups qu'il avait déterminés. Tant il est vrai que les mêmes conditions sociales produisent des moeurs^ et des usages analogues, malgré les différences d'époque.
En conséquence, le lieu où sont envoyées les victimes du caprice du roi et celles de l'avarice du propriétaire ne peut être que le cachot de la torture, le ga-av.jTvip'.sv, ou la camiflcina. U endroit ténébreux, -h r/.iTc^, était sans doute le nom vulgairement donné au sinistre établissement et en usage parmi le peuple.
* Plante, Captifs, 953 : " Ob furtum ad carnificem dabo. " — L'esclave était en pareil cas toujours garrotté avant de sortir de çbez son maître.
* Il y avait des abonnements à Tannée. Juvénal, Sat. VI:
Sunt quae tortoribns annua pniestant.
jii
L'ëvangéliste explique qu'il ne parle pas du simple cachot que Ton pouvait avoir dans une demeure particulière, mais du terrible cachot, de celui qui est hors de la maison, du cachot public, to £?o)T£psv ; et pour qu'il n'y ait pas de doute, il ajoute que c'est là le lieu des pleurs et des grincements de dents.
Les auteurs du Nouveau Testament distinguent, en effet, fort bien la chambre de torture de la simple prison, du lieu de détention préventive qu'ils nomment çjXaxV, T/^pr^atç^; c'est dans une de celles-là que Paul enferme ceux qu'il arrête dans son zèle, et qu'il est incarcéré à son tour. Ils distinguent aussi le licteur ou appariteur du magistrat, 07:rjpéTY;;3^ OU le geôlier, zz^ixc^yAx^^ du tortionnaire, du bourreau, carnifex, qu'ils appellent de son nom gacravicTTr,?.
Ainsi, on voit dans une parabole ^ un esclave obtenir la mise en prison, ûq çuXay.vîv, d'un de ses compagnons pour Tobliger au paiement d'une dette; il use en cela de son droit, et son droit ne va pas plus loin. Mais le maître de cet esclave, irrité de voir que celui-ci, qui venait d'être l'objet de sa générosité, usait d'une telle rigueur vis-à-vis de son débiteur, intervient dans cette affaire, et de son droit souverain et sans contrôle sur un homme qui était sa chose, il lui inflige un châtiment; il ne se borne pas à l'envoyer en prison, il le livre au bourreau, r^tpéîwy.ev «utov tcT; gajavtTTaT,-. Le lieu de supplice où un dynaste et un riche propriétaire envoient les patients ne peut être qu'un lieu terrestre, et c'est la chambre de la torture.
Dieu, selon les évangélistes, agit envers les hommes dont
» Actes, XVI, 23. — 1er Évangile, XVIII, 31.
2 Actes, VIII, 3.
3 1" Évangile, V, 25.
* Actes, XVI, 23.
^ 1" Évangile, XVHI, 23, 35.
LE PROCHAIN
il est le maître, comme ces personnages cités agissent envers les gens qui leur sont soumis ; il enverra ceux qu'il désignera, soit par bon plaisir, soit à cause de leur peu de zèle dans un lieu " où seront les pleurs et les grincements de dents ".
Mais si la façon d'exercer le pouvoir est la même pour le maître des cieux et pour ceux de la terre, si les supplices infligés à ceux qui sont sous leur domination sont également terribles, ils ne sont point de même nature. Le lieu de la vengeance divine ne sera pas un obscur cachot, ce sera tout au contraire une fournaise ardente, ûq tyjv /.«[/.ivsv toj zjpoç, un feu éternel, el; to TcDp xo alwv.cv, ou encore un gouffre de
feu, ûq TYjv ^it^nxi îou 7:jp6ç*.
En entendant comme il doit l'être -o jy.dioç èçwTcpov par le cachot de la question, les paraboles reprennent, on le voit, leur sens clair, précis, naturel. Elles font connaître que de même que le prince ou le maître fait impitoyablement jeter dans le noir cachot de la torture le sujet ou l'esclave. Dieu jettera au feu éternel les hommes qui auront dédaigné ses promesses, ceux qui n'auront pas trouvé grâce devant lui, ceux mêmes qui auront seulement montré peu de zèle pour ses intérêts.
Telles furent les idées qui régnèrent primitivement dans les églises au sujet de la puissance souveraine et de l'esclavage.
Plus tard, quand les confréries chrétiennes auront complètement rompu avec le judaïsme, quand elles ne compteront plus dans leur sein que des membres imbus de la civilisation grecque, on trouvera chez elles de la compassion pour les malheureux esclaves, des exhortations aux maîtres à user de bienveillance à leur égard.
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1 1" Évangile, V, 29, '^; XIII, 42, 49; XVIII, 8; XXV, 41,
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Ainsi on lit dans l'Épitre aux Éphésiens i : " Maîtres laissez les rigueurs; sachez que vous avez, tout comme vos esclaves, un maître dans le ciel et que devant lui il n'y a pas de différence de conditions. " Mais cette épitre, attribuée à Paul, est apocryphe 2; elle est d'une époque postérieure aux temps apostoliques.
Jamais dans les églises aucune espérance d'affranchissement ne fut donnée aux esclaves; on leur déclarait qu'ils devaient se résigner à leur sort sans murmurer. Il était dit dans cette même Épitre aux Éphésiens : Esclaves, obéissez avec crainte et tremblement à vos maitres, comme à Dieu lui-même.
Loin, en effet, de cherchei- à provoquer une révolution sociale dans le monde romain, loin de proclamer et de revendiquer les droits des classes opprimées, l'Église chrétienne tenait à étabhr qu'elle ne portait et ne voulait porter aucun trouble dans la société, telle qu'elle était alors constituée. Selon l'Épitre à Timothée ', Paul aurait déclaré : " Que tous les esclaves qui sont sous le joug obéissent à leurs maîtres et les respectent afin que notre doctrine ne SOIT PAS blasphémée; que ceux qui ont des fidèles pour maîtres ne se croient pas en droit d'être moins soumis sous prétexte qu'ils sont frères; qu'ils les servent au contraire d'autant mieux que ceux-ci s'appliquent à leur faire du bien. Enseigne ces choses et exhorte à les mettre en pratique. " (-)n attribuait à Pierre ces paroles* : " Esclaves, soyez soumis à vos maîtres en foute crainte, non seulement à ceux qui sont bons et indulgents, mais aussi à ceux qui sont méchants; vous plairez ainsi à Dieu. "
» Éphésiens, VI, 5-9.
E. Havet, Le Christianisme et ses origines t IV cli VII » f Timothée, VI, 1, 2. - Cf. Colossiens, III, 22 ' ' ' * / Pien-e, II, 18.
LE PROCHAIN
Nous n'entendons pas toutefois reprocher aux Apôtres de n'avoir point proclamé l'émancipation des esclaves et établi leurs droits à la revendication de leur liberté. La question de l'esclavage était une question aussi difficile à résoudre alors que l'est aujourd'hui pour nous l'inégalité des conditions sociales.
Nous constatons seulement que sur ce point comme en tant d'autres, les missionnaires de la Bonne Promesse ne se sont point montrés des propagateurs d'idées et de sentiments plus élevés que ceux qui régnaient de leur temps.
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Ainsi on lit dans i'Épitie aux fîphésiens * : « Maîtres laissez les rigueurs; sachez que vous avez, tout comme voi esclaves, un maître dans le ciel et que devant lui il n'y a pas de différence de conditions. " Mais cette épltre, attribuée à Paul, est apocryphe ^ elle est d'une époque postérieure aux temps apostoliques.
Jamais dans les églises aucune espérance d'affranchissement ne fut donnée aux esclaves; on leur déclarait qu'ils devaient se résigner à leur sort sans murmurer. Il était dit dans cette même Épitre aux Éphésiens : Esclaves, obéissez avec crainte et tremblement à vos maîtres, comme à Dieu lui-même.
Loin, en effet, de chercher à provoquer une révolution sociale dans le monde romain, loin de proclamer et de revendiquer les droits des classes opprimées, l'Église chrétienne tenait à établir qu'elle ne portait et ne voulait porter aucun trouble dans la société, telle qu'elle était alors constituée. Selon I'Épitie à Timothée », Paul aurait déclaré : " Que tous les esclaves qui sont sous le joug obéissent à leurs maîtres et les respectent afin que notre doctrine ne soit pas blasphémée; que ceux qui ont des fidèles pour maîtres ne se croient pas en droit d'être moins soumis sous prétexte qu'ils sont frères; qu'ils les servent au contraire d'autant mieux que ceux-ci s'appliquent à leur faire du bien. Enseigne ces choses et exhorte à les mettre en pratique. " On attribuait à Pierre ces paroles ■• : " Esclaves, soyez soumis à vos maîtres en toute crainte, non seulement à ceux qui sont bons et indulgents, mais aussi à ceux qui sont méchants; vous plairez ainsi à Dieu. "
1 Éphésiens, VI, 5-9.
2 E. Havet, Le Christianisme et ses origines, t. IV ch VFf l Timothée, VI, 1, 2. - Cf. Colossieni III, 22
' I Pierre, 11, Ï8. > , ^^.
LE PROCHAIN
Nous n'entendons pas toutefois reprocher aux Apôtres de n'avoir point proclamé l'émancipation des esclaves et établi leuï's droits à la revendication de leur liberté. La question de l'esclavage était une question aussi difficile à résoudre alors que l'est aujourd'hui pour nous l'inégalité des conditions sociales.
Nous constatons seulement que sur ce point comme en tant d'autres, les missionnaires de la Bonne Promesse ne se sont point montrés des propagateurs d'idées et de sentiments plus élevés que ceux qui régnaient de leur temps.
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