Il y en a qu'on appelle les cautères de Toreille
Mais comme tout le monde n'était pas disposé à se laisser brûler ou entailler la chair, on se contentait le plus souvent de porter remblùme peint ou brodé sur les vêtements comme on en voit la représentation sur la tunique du fossoyeur dont la tombe est aux catacombes de Saint-Callixte
le symbole de la croix.
à Romei. On fabriquait aussi des sceaux ordinairement en bois, en bronze, en argent, en or 2, et pour les rendre portatifs on les munissait d'un anneau ou anse. C'est ce qu'on appelle les croix ansées. On s'en ornait ainsi ostensiblement ou secrètement sous les vêtements 3.
Il était toutefois à craindre que le sceau mystique imprimé sur le corps ou sur la tunique du croyant ne demeurât pas suffisamment apparent après sa mort, et que celui-ci, méconnu au jour de la venue du Christ, ne fut pas ressuscité, demeurât oublié. On enfermait donc avec lui dans la bière ou arca des emblèmes d'argile, de marbre ou de métal, selon la fortune ou la qualité du défunt*; on en
* F. Wey, Rome, p. 179.
» Giacomo Bosio, De Crues triumphante, liv. VI, ch 2
3 " Chaque fidèle, dit saint Jean Chrysostôme, poVte la croix suspendue à son cou ; on la voit sur tous les habits, dans les chambres, sur les lits, les instruments, vases, livres, coupes et jusque sur les animaux eux-mêmes. " Cité par Didron Iconographie chrétienne, p. 413. *
* P.Tmg\i\ Roma subterranea, liv. I, ch. 27. On disait que Constantin fit mettre dans le tombeau des saints apôtres des sceaux en or d'une grande valeur
peignait l'image sur le couvercle; on la traçait parfois sur les pierres tumulaires, et cette pratique devint constante
plus tard.
C'était d'ailleurs un usage général dans l'antiquité de mettre dans les sarcophages des vases, des figurines ou autres objets mystiques spécialement destinés à témoigner auprès des divinités protectrices du culte auquel le mort avait été initié. " J'appartiens à la fille de Dêmêtêr, " lit-on sur une petite lame d'or trouvée dans une tombe grecque de Pestum^
Les chrétiens n'étaient toutefois pas les seuls à porter sur leur corps ou sur leurs vêtements la marque de leurs croyances. Les membres des divers autres cultes l'avaient fait avant eux et le faisaient en même temps qu'eux. " Je vis, dit-le voyant de V Apocalypse'^, une autre bête monter de la terre... Elle faisait que tous, grands et petits, portaient sa marque sur leurs mains et sur leurs fronts. " De son côté Tertullien ^ s'écrie : " C'est le diable qui inspire les hérétiques; c'est lui qui fait imiter dans les mystères des faux dieux nos saintes cérémonies... C'est ainsi qu'il fait marquer au front les soldats de Mithra lorsqu'on les initie."^ Tous les Assyriens, dit Lucien ^ portent des stigmates : les uns aux mains, les autres au cou. Dans une peinture de vase qui représente la mort d'Orphée, la Bacchante furieuse est tatouée aux bras de plusieurs signes suivant Fusage thrace^
Les apôtres de la Bonne Nouvelle n'avaient pas plus imaginé l'idée que \û forme de cet emblème mystique. Se
* François Lenormant, La Grande Grèce, t. I, p. 416. « Apoc, XIII, 16; voir encore XIV, 9; XV, 2; XIX, 20.
* Contra haereses, 40.
* De Syria Dea, 59. ^,r /.r t «
« 1). Guigniaut, Religions de Vantiquitc, pi. 172 bis, n» 645. — Cf. L. Heuzey, Mission archéologique en Macédoine, n« 61. Inscription de Doxato :
Signatae mystidis aise, (ense?)
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donnant pour mission de faire entrer les Gentils dans la famille d'Abraham, ils ne pouvaient qu'adopter le sceau glorifié par les prophètes d'Israël. Ce sceau était ordinairement formé par deux petites baires se coupant à angles droits. La figure qu'elles constituaient ainsi était celle de la lettre thau de l'ancien alphabet hébraïque; aussi l'appelait-on le thauK
LE SYMBOLE DE hX CROIX.
Ce signe avait, disait-on, une merveilleuse puissance. On racontait les miracles qu'il avait produits, on énumérait les protégés de Jéhova qu'il avait sauvés des périls et de la mort 2. C'était le thau que les fils d'Israël avaient tracé avec du sang d'agneau sur les poteaux et le linteau de leurs portes au jour de leur sortie d'PÎgypte. Durant le combat de Joeué contre les Amalécites, Moïse, Aaron et Hur étaient montés, lisait-on dans la Bible », au sommet d'un coteau pour en suivre les péi'ipéties; tant que Moïse tenait les bras étendus, les Hébreux étaient vainqueurs; et lorsque par fatigue il les laissait tomber, la victoire passait aux ennemis; Hur et Aaron alors, chacun d'un côté, soutinrent les bras de Moïse pour figurer le thau, et le ti-iomphe du peuple de Dieu fut assuré. Aussi voit-on sur les médailles juives des
Maccabées le thau, gage de l'indépendance, placé entre deux cornes d'abondance K
* Ézéchiel, cité page 276. — Saint Jérôme, cité page 277
« Didron, Iconographie chrétienne, p. 377. Voir surtout G. Bosio, De Cruce trtumphante, liv. UI, ch. 1 à 28. , x/t; u t* t;
^ Exode, XVn, 10, 13. - Justin, Dialogue avec Tryphon.
* J. de Saulcy, Recherches sur la numismatique hébraïq., pi. ni, 10; pi. IV, 10.
Il en fut de même sous les princes Iduméens, Le thau entre deux cornes d'abondance est souvent répété sur les monnaies d'Hérode. On y remarque également un autel surmonté d'un vase et à sa droite est le thau ansé^
Sous Simon Barcochébas, le Messie ou Christ, qui durant cinq ans tint en échec les forces romaines, un temple tétrastyle fut gravé sur les monnaies ; au revers se lit la légende
en caractères hébraïques : à la liberté de Jérusalem; au faite du temple brille sur quelques-unes Vétoile de Jacob ou peut-être le nouveau soleil, sur d'autres le thau, symboles équivalents de la délivrance et de la gloire promises à
il 2