LE LABARUM
Quand le culte du Soleil, quoique sous des rites divers, était pour ainsi dire universel dans toutes les classes de la société et surtout dans l'armée où les mystère^de Mithra étaient en si grand honneur, il semble que ce culte devait être inévitablement celui d'un général tel que Constantin, élevé dans les camps, et que dévorait la soif du pouvoir*.
L'on a cependant longtemps admis, et beaucoup de personnes regardent encore comme incontestable, que Constantin fut un empereur chrétien et qu'il voulut renouveler Tordre social et pohtique du monde romain en lui donnant pour base une religion nouvelle.
En examinant sa conduite politique, les historiens reconnaissaient dans le vainqueur de Maxence et de Licinius, dans le meurtrier de son beau-père, de son beau-frère, de son fils, de sa femme, de son neveu, un homme plein d'ambition, ne reculant devant aucune mesure sanguinaire, devant aucune perfidie^, devant aucun crime, et ils ne pouvaient supposer que la piété mystique eût pu déterminer chez lui un changement de croyance. On déclara alors qu'il avait agi en habile homme d'État, qull avait su apprécier la force que donnaient aux chrétiens leur nombre, leur union, leur enthousiasme et l'avenir qui leur était réservé.
C'est ce que permettaient de conjecturer les apologistes du christianisme. Mais une étude attentive a montré que, sur cette question comme sur tant d'autres, le zèle ecclésiastique avait fourni à l'histoire des documents erronés. L'hypothèse était sans fondement. *
* Cf. Beugnot, op. cit., 1. 1, liv. I, ch. 2, p. 50-59.
Les chrétiens», en effet, ne constituaient alors qu'une faible minorité dans l'empire. Ils ne formaient certainement pas la vingtième partie de la population. Le Sénat, l'armée, les hommes influents des provinces demeuraient attachés aux cultes établis. D'autre part, au lieu de présenter une force compacte, les chrétiens étaient divisés en une foule de sectes : basilidiens, manichéens, ariens, donatistes et d'autres, dont rénumération serait longue; toutes ces sectes étaient animées les unes contre les autres d'une haine acharnée; elles se détestaient plus entre elles qu'elles ne détestaient les païens; loin d'être un élément d'ordre dans
* Gibbon (a) pense qu'à ravènement de Constantin le nombre des chrétiens était d'environ le cinquième de la population de l'empire. Cette estimation a paru la plus vraisemblable à Beugnot (b). Elle est cependant, croyons-nous, au-dessus de la vérité. Gibbon établit, en effet, ses calculs sur des données relatives aux grandes métropoles de Rome et d'Antioche. 11 évalue à environ 500,000 les habitants de cette dernière ville au iv« siècle, ce qui est fort admissible. Mais ce qui est moins certain, c'est que le nombre de 100,000 chrétiens qu'elle aurait contenus au temps de Théodose I*"", selon saint Jean Chrysostôme, ne soit pas exagéré. " Lorsque le grand Théodose, dit Bernard de Montfaucon (c), pardonna à ceux d'Antioche l'injure qu'ils lui avaient faite en jetant bas ses statues et les traînant par la ville, ils firent de grandes réjouissances en couronnant le marché, allumant des lampes de tous côtés, et mettant des lits devant les boutiques, c'étaient les leclisternia des anciens Romains, encore en usage en Syrie dans ces temps-là. " Il n'est point question de manifestations des chrétiens à cette occasion; ils semblent ne pas compter. En tous cas, ce chiffre de 100,000 âmes ne saurait être adopté pour le règne de Constantin. Ammien Marcellin raconte, nous l'avons vu, qu'à l'arrivée de Julien à Antioche, la ville tout entière était dans le deuil et célébrait les Adonies; les ch;"étiens n'y pouvaient former ainsi qu'une bien faible minorité. Mais en admettant même que dans les grands centres il y eût un cinquième de la population affilié au christianisme, cette proportion ne saurait être applicable aux campagnes et aux bourgades qui constituaient la partie la plus considérable de l'empire. Là, le paganisme demeurait entièrement dominant; il n'y avait pas de clergé chrétien établi; on n'y voyait, même encore au temps de saint Augustin, que des moines de passage " portant des reliques de martyrs ou prétendues telles, les faisant valoir, vantant leurs amulettes et leurs préservatifs, ne se faisant point faute de mentir, racontant qu'ils avaient des parents dans telle ou telle localité qu'ils allaient visiter (d). "
(a) Gibbon, Histoire de la décadence et de la chute de lempire romain, édit. Bucbon, ch. 15, p. 302-306.
(b) Beugnot, op. cit., t. Il, liv. IX, ch. 13: De la population païenne de l'empire.
(c) Bernard de Montfaucon, loc. cit., Acad. des Inscript, et Belles-Lettres, t. XIII.
(d) Saint Augustin, citation de Villemain, Tableau de l'éloquence chrétienne au iv* siècle, page 453.
l'empire, elles ne cessaient de troubler la paix publique*; elles ne pouvaient être un appui pour Constantin, et, mieux que tout autre, il devait le savoir. Leur inlluence pouvaitelle être mise en balance avec celle des nombreuses, riches et puissantes confréries de Bacchus, dlsis, de Cybèle, de Mithra, qui couvraient Tempire et possédaient partout des temples magnifiques?
L'intérêt de Constantin était donc évidemment contraire à un changement de religion. Il devait y être d'autant moins porté qu'en tous temps et en tous heux l'homme parvenu au pouvoir devient essentiellement conservateur.
On se trouvait ainsi amené à reconnaître qu'il était invraisemblable que ce prince eût par politique provoqué une révolution religieuse dans le monde romain. Mais ceux qui tenaient aux traditions ecclésiastiques, ne voulant pas souscrire à une telle Conclusion, ont repris l'ancien thème et ont soutenu que la foi de Constantin avait été pure de tout calcul intéressé, qu'il avait été miraculeusement illuminé et touché de la grâce divine.
Pour établir cette opinion, on allègue qu'au moment de franchir les Alpes pour attaquer Maxence, Constantin eut une vision dans laquelle le signe mystique des chrétiens lui apparut comme un gage certain de la victoire ; qu'il en fit l'emblème de ses étendards, et que la défaite de son rival
* "L'hérésie d'Arius, dit Chateaubriand, avait tout divisé et subdivisé; ce n'étaient qu'anathèmes lancés et reçus; les catholiques mêmes ne s'entendaient pas; les évêques se disputaient les sièges, et le schisme ajoutait ses désordres à ceux de l'hérésie (a). Julien avait remarqué que les chrétiens sont plus cruels entre eux que les bêtes ne le sont aux hommes. Athanase fait la même remarque sur les ariens. Ces querelles dans toutes les villes, dans tous les villages, dans tous les hameaux (6), alFaiblissaient l'empire au dehors, paralysaient le pouvoir au dedans, rendaient l'administration périlleuse et difficile. Les juges et les gouverneurs n'étaient occupés qu'à réprimer Içs délits et les séditions des chrétiens. "
(a) Études historiques. II» élude, 11* partie. Cet état de choses était bien antérieur à Arius.
(ft) Chateaubriand supposait le christianisme beaucoup plus répandu qu'il ne l'était réellement alors.
LA LÉGENDE DE LA COxWERSION DE COxNSTAxNTIN. 315
détermina par suite sa conversion au christianisme. Pour preuve de sa foi, on énumère avec complaisance les édits qu'il aurait promulgués contre le paganisme, les privilèges qu'il aurait accordés aux églises, la fondation qu'il aurait faite de Constantinople pour être la capitale d'un empire chrétien.
Examinons ces divers ordres de faits.
Nous devons tout d'abord observer qu'il est impossible à ceux qui croient à la vision de Constantin de déterminer, au milieu des contradictions des écrivains qui l'ont rapportée, quand, où et dans quelles circonstances elle aurait eu lieu. 11 n'est pas plus facile de savoir quel était le signe qu'on disait lui être apparu : Constantin n'adopta jamais d'emblème spécial pour ses étendards. C'est ce qu'avait déjà reconnu Tillemont. "Cette figure, dit-iH, est ainsi formée dans diverses médailles rapportées par Baronius >g ; mais d'autres le forment ainsi ►?•, ce qui paraît même revenir davantage aux termes par lesquels Eusèbe et Lactance l'expriment; il y a aussi des médailles où il ne parait que le X sur le drapeau. "
Laissant donc de côté l'examen des différentes légendes chrétiennes relatives à l'apparition miraculeuse de cet emblème à Constantin, qu'on ne saurait ni expliquer ni concilier, il faut constater qu'elles n'ont dû naître (qu'assez tard. Elles ne pouvaient, en effet, se produire qu'à une époque où il était permis de croire que cet emblème était spécialement celui du Christ; et tel n'était pas le cas sous le règne de cet empereur, ni même sous ceux de ses fils.
La prétendue vision de Constantin est d'ailleurs relatée
Tillemont, Histoire des empereurs, t. IV : Constantin, art. 23.
. ël
dans sa vie écrite par Eusèbe non comme un fait publiquement accrédité, mais comme une confidence particulière faite à Thistorien. Il convient qu'elle lui parut si étrange qu'il n'y ajouta foi qu'après avoir reçu le serment du prince. Or au sujet de cette confidence, qu'il révèle un quart de siècle après la mort de Constantin^, on ne peut manquer d'observer que le même Eusèbe, dans son Histoire ecclésiastique, n'en dit pas un mot. Son silence dans un tel ouvrage, sur cette question si importante au point de vue du christianisme, est fort surprenant.
" Les partisans de la vision, dit Gibbon 2, ne peuvent point produire en sa faveur un seul témoignage des Pères du iv® et du V® siècle, qui ont célébré le triomphe de l'Église et de Constantin dans tous leurs écrits volumineux. Comme ces vénérables personnages n'avaient aucune antipathie pour les miracles, il nous est permis de penser qu'aucun d'eux n'eut connaissance de la vie de Constantin par Eusèbe, et cette opinion est confirmée par l'ignorance de saint Jérôme lui-même sur ce point. "
Au contraire, du vivant même de Constantin, le païen Nazaire prétendait que ce prince avait dû sa victoire au concours de guerriers célestes qui combattirent dans les rangs de ses soldats. Il faisait appel au témoignage des Gaulois présents à la bataille, et il déclarait qu'après un prodige si récent et si public, on ne saurait se refuser à croire aux anciennes apparitions^.
Il en est de l'aveu qu'aurait fait Constantin de l'intervention du Dieu des chrétiens en faveur de ses armes comme de la reconnaissance que lui aurait témoignée Marc Aurèle
* Eusèbe, Vie de Constantin, liv. I, ch. 28.
* Gibbon, op. cit., ch. 20, note.
3 Id., op. cit., ch. 20.
pour le salut de son armée en Germanie. ïertullien, Eusèbe, saint Jérôme et bien d'autres avec eux soutenaient que l'armée romaine, enveloppée par les Quades, épuisée par les fatigues et la chaleur, avait vu, sur la prière des chrétiens qui combattaient dans ses rangs, éclater un orage qui fit fuir les ennemis et laissa tomber une pluie abondante dont les Romains purent s'abreuver. On affirmait que Marc Aurèle avait écrit une lettre devenue publique pour attester le fait. Mais la colonne Antonine, qui déroule, sculptée sur le marbre, l'histoire de cette campagne, montre que l'Empereur et les siens n'ont attribué leur salut qu'à la protection des dieux du Capitole. On y voit, en elTet, un gigantesque Jupiter dont les cheveux et la barbe laissent ruisseler une eau que les Romains s'empressent de recueiUir, tandis que les Barbares sont frappés par la foudre ^
En élevant à Rome un arc de triomphe en l'honneur de Constantin, les notabilités de la ville qui composaient le Sénat tenaient à llatter le prince dans tout ce qui pouvait lui tenir à cœur ^. Or, dans l'inscription que porte ce monument, il n'est nullement question du Dieu des chrétiens, ni de vision miraculeuse. Son triomphe sur Maxence et la délivrance de la ville sont simplement attribués à l'inspiration divine et à son génie, instinctu divinitatis, mentis magnitudine^.
Constantin était trop liabile politique pour ne pas ménager l'opinion publique, alors qu'il était entouré de collègues puissants et jaloux. Quand il passait les Alpes et marchait
4 Études au sujet de la perséculion des chrétiens sons Néron, p. 94 et suiv.
* C'est pourquoi l'imagination de Prudence suppose qu'ils firent des manifestations en l'honneur du christianisme. Contra Symmachum, I, 495.
3 On a, dans la nouvelle édition de Y Histoire des Romains de M. V. Duruy, une belle reproduction photographique de l'arc de Constantin et de son bas-relief, t. VII, p. Ô8, 84, 85. — Cf. Beugnot, op. cit., liv. I, ch. 3.
sur Rome, il se serait bien gardé d'exciter les passions religieuses contre lui par une démonstration hostile aux dieux de la majorité de l'empire. S'il avait alors cru devoir faire intervenir en faveur de ses armes quelque divinité spéciale, c'eût été certainement la Victoire romaine; c'est sa puissante protection qu'il aurait invoquée. Grande était alors la superstitieuse vénération dont elle était entourée et dans la capitale et dans l'armée. On n'en saurait douter quand on voit l'acharnement que mirent les chrétiens à faire disparaître sa statue de la salle des délibérations du Sénat, auxquelles elle semblait présidera C'est d'elle que Symmaque, avec toute sa science et sa sagesse, dira : " Respectez les ans où ma piété m'a conduite. Mon culte a rangé le monde sous mes lois; mes sacrifices ont éloigné Annibal de mes murailles et les Gaulois du Capitole. N'aurais-je donc tant vécu que pour être insultée au bout de ma carrière? " Son culte demeura respecté et son temple resta debout jusqu'aux derniers jours de Rome. Sous les fils de Théodose, malgré l'inlluence dominante des évêques à leur cour, Claudien, célébrant les honneurs rendus par la capitale à Stilicon, s'écriait 2 :
Qiiae vei^o proceriim voces, quam ccrta fuere Ganditty quum totis cxsurgens arclua pcnnis Jpsa iluci sacras Victoria panderet alas! 0 palma viridi (jaudens et arnica trophaeis Ciislos impcrii romani!
C'est, en effet, sous l'égide de la Victoire romaine que s'était placé Constantin. Nombreuses sont ses monnaies où elle est gravée avec la légende Gloria exercitus. Nombreuses
1 Saint Ambroise, Epistola i8, p. 833. Id., Relatio Symmachi urbis praefecti, p. 828. — Cf. Beugnot, op. cit., liv. VIII, ch. G.
« Claudien, De Laudihus Stilichonis, III, 202. — Cf. Beugnot, ùp. cit., t. II, liv. IX, ch. 3 : Sur les opinions religieuses de Stilicon et de Claudien.
aussi sont celles où on voit le prince couronné par la déesse païenne^. Après la défaite de Maxence, Maximin Daïa fit frapper des médailles sur lesquelles d'un côté est son effigie et de l'autre la glorification de son collègue d'Occident : l'on y voit la Victoire tenant une couronne et une palme, et la légende porte : Victoria Constantini Aug^.
Il y a plus. L'on sait qu'une semblable apparition miraculeuse a été aussi attribuée à Constance, dans des conditions à peu près identiques, au moment où, comme son père, il marchait contre un rival pour le chasser de l'Italie et se faire reconnaître par la ville de Rome ^. Les deux histoires se confondent ainsi, et l'on ne sait quelle est celle qui a donné naissance à l'autre. Il est à présumer toutefois que c'est la vision du fils qui a été plus tard rapportée au père. Tandis, en effet, qu'on ne trouve rien qui y ait rapport dans les médailles de Constantin, les mots célèbres : Hoc signa victor eris se Hsent sur celles de Constance ^.
Or, au lieu du Dieu des chrétiens, c'est la Victoire païenne qui se voit au revers. On n'en saurait douter en la
1 Cohen, op. cit., t. VI. Constantin I", n^* 21, 22, 26, 27, 77, 99, 113, etc. Le n® 123 présente la Victoire tenant une palme et dans le champ est le signe -p. .
« Cohen, op. cit., t. VI : Maximin Daïa, n»* 25, 20.
' Socrate, Histoire ecclésiastique, édit. Valois, liv. II, ch. 28, p. 100; ch. 32, p. 105; Annotationes, p. 21. — Phiiostorge, Histoire ecclésiastique, liv. III, ch. 26.
* Don Antonio Agostini, Dialoghi interno aile medaglie, inscrittioni et altre antichita tradntti di lingna spagnuola in ilaliana da Dionigi Ottaviano Sada. Roma, 1648, carta 16. C'est ce qui a fait croire au savant archevêque que ce serait
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comparant avec sa représentation sur d'autres médailles, sur celle, par exemple, d'Antonin que nous plaçons à côté. Ses ailes sont repliées; elle tient une palme de la main gauche; de la droite elle couronne le prince dont Tétendard est orné de l'emblème mystique; et c'est elle qui lui prédit son triomphe, lui assure la possession de Rome et de l'empire entier en prononçant ces paroles : hoc signo victor eris.
Aussi l'armée pouvait-elle se complaire à voir sur les monnaies portant en légende : Gloria exercitus, deux soldats debout, casqués, tenant une haste d'une main et appuyant l'autre sur un bouclier, prêts à marcher et à combattre sous l'étendard des Flaviens. Les signes qui y figuraient n'étaient autres, nous l'avons vu, que les emblèmes solaires.
Nombreuses sont , pourtant les erreurs commises au sujet de la religion attribuée à une foule de personnages connus ou inconnus, par la persuasion où l'on était dans nos temps modernes que l'on se trouvait en présence de symboles particuUers au christianisme.
C'est ainsi qu'on a voulu faire de Magnence, qui fut proclamé empereur à Rome à la mort de Constantin, un chrétien, mauvais il est vrai, mais toutefois un chrétien. "On voit, dit Tillemont^ par ses médailles, qu'il faisait profession de christianisme, quoicju'il y renonçât par ses actions."
peut-être de Constance et non de Constantin qu'Eusèbe aurait voulu parler. — Cf. Cohen, op. cit., t. VI : Constance, n« 250.
1 Tillemont, Histoire des Empereurs, t. IV : Constanck, art. 10 : Quel était Magnence. — Cf. Beupnot, Histoire de la destruction du paganisme en Occident, t. I, liv. II, eh. 1, p. 139.
Le rival de Constance avait-il pu faire quelque emprunt au christianisme? Le savant et consciencieux historien nous apprend lui-même quel était Magnence. '' Saint Athanase, écrit-il, obligé de dire fortement la vérité, parce que ses calomniateurs l'accusaient d'avoir eu avec lui quelque intelligence, dit qu'il avait été infidèle à ses amis, parjure dans ses serments, impie envers Dieu; que c'était une bête cruelle; qu'il aimait les magiciens et les enchanteurs; et nous verrons ce qu'on dit qu'il fit à la bataille de Murse. Ce saint, si plein de modestie et de douceur, ne craint pas même de lui donner le nom de diable. " Tillemont ajoute : '' On prétend que sa mère, qui mourut avec lui, se mêlait de deviner, et Piiilostorge a cru qu'il était lui-même païen de religion. " Selon PhilostorgeS en effet, lors de la bataille de Murza, au-dessus du camp de Constance, se montra un iris en forme de couronne; l'iris signifiait le Christ monté au ciel; la couronne, la victoire du fils de Constantin; tandis que Magnence et les siens se livraient aux plus horribles pratiques de la magie et à l'invocation des démons. Rien donc certainement n'eût été plus vivement repoussé par les évêques du iv« siècle que la prétention de vouloir en faire un chrétien. Pour eux, il ne fut pas un apostat, comme ils qualifièrent Julien; ils déclarent qu'il ne fut attaché par aucun lien aux églises, et il ne leur serait certainement pas venu à l'esprit qu'on pût leur opposer le signe qui figurait sur ses monnaies, puisqu'il était d'un usage général dans l'empire.
Loin donc d'établir que Magnence fut chrétien, ses médailles montrent évidemment que les païens ajoutaient à l'emblème les lettres A et H, la première et la dernière de
Philostorge, édit. II. Valois, Paris, 1573, Histoire ecclésiastique, liv. III, eh. 26.
Talphabet grec, pour designer que la divinité était le principe et la fin de toutes choses ^
Les emblèmes qui étaient tracés sur l'étendard impérial ou le labarum'^ de Constantin ne peuvent donc pas servir à caractériser la foi qu'il professait. Pour la connaître, il faut recourir à d'autres éléments d'information.