‹ Etudes d'histoire religieuse [microform]Chapitre 37 sur 64 · CONSTANTIN DEMEURA UN EMPEREUR PAÏEN · texte numérisé non relu

CONSTANTIN DEMEURA UN EMPEREUR PAÏEN

On cherche ainsi vainement un motif politique ou religieux qui eût pu déterminer Constantin à embrasser le christianisme; et, d'autre part, on ne trouve aucun témoignage certain qu'il ait quitté la religion païenne.

On sait le rùle important que jouaient les médailles et l'inlluence qu'en parlant aux yeux, elles servaient à exercer sur l'opinion publiqlie. Aussi, les princes ne manquaient-ils pas de faire graver sur les monnaies, en même temps que leurs traits, les principales actions de leur vie, et de s'y montrer protégés par les dieux qu'ils vénéraient particulièrement ou par ceux qui étaient fort en honneur dans l'empire. Or, il est au sujet de Constantin un fait qui frappe tout esprit attentif : c'est que sur ses médailles qui nous sont parvenues en si grande quantité, on voit le vainqueur de Maxence et de Licinius avec les attributs des dieux de l'Olympe ou protégé par eux ; la pensée religieuse y est clairement indiquée par les légendes : Marti conservaiori, Jovi conservaiori, Herculi conservaiori, etc.; il y figure aussi en compagnie de Sérapis, d'Anubis et autres divinités égyptiennes; on y trouve les formules caractéristiques du culte de Mithra; tandis qu'on ne rencontre aucune manifestation précise quelconque de la foi chrétienne de celui que les églises ont proclamé l'égal des apôtres.

Eusèbe, iJ est vrai, dans la Vie de Constaniin^, prétend

de son propre fils, Penthée, après avoir décrit l'horrible scène, Théocriie (Idylles,

XXVI) dit: •

Aî' Toôe ^pyov epe^av, opivavxo? AiovOrro),

o'jx ÈTciixwxaTOv. MrjÔstç xà ôewv ovoaatxo.

Dans l'Église chrétienne, limpeccabililé appaitenait également aux Apôtres, à

leurs successeurs et aux Parfaits.

* Eusèbe, Vie de Constantin, liv. IV, ch. 15.

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que ce monarque avait ordonné de le représenter sur les monnaies le visage élevé vers le ciel et les bras étendus dans ïattitude chrétienne de la prière. Ces monnaies, dit-il, furent répandues en nombre considérable dans tout l'empire romain. S'il en avait été réellement ainsi, il serait inexplicable qu'aucune d'elles n'ait été retrouvée. On est donc autorisé à conclure que l'assertion. d'Eusèbe est dénuée de fondement.

Aringlii, toutefois, signale dans sa Roma suhterranea^ une médaille de Constantin qui faisait partie, dit-il, de la collection de P'rancisco Angeloni et dont un dessin a été donné par Bellorius. Nous la mettons sous les yeux du lecteur.

Admettons qu'elle soit réellement authentique; qu'on doive y reconnaître l'empereur Constantin dans la figure debout entre les deux branches du signe X ; admettons que ce soit une de celles dont parle Eusèbe, on n'en pourrait rien conclure. C'est encore, en effet, une erreur, qu'il faut dissiper, que de penser que l'attitude dite de Vorante fut spéciale aux chrétiens. La coutume d'étendre les bras et de les relever légèrement en adressant des prières aux dieux était d'un usage général chez les païens; c'est d'eux que les chrétiens l'ont empruntée; ceux qui entraient dans les

* Aringhi, Roma subterranca, liv. VI, ch. 23.

églises conservaient leur môme manière de prier. C'est cette attitude qu'a donnée à Livie l'habile artiste au ciseau duquel est due la statue qu'on admire au musée Pio Clémentine, à Rome ; c'est la môme attitude qu'a la Pietas sur de nombreuses médailles romaines, ainsi que le montrent celles entre autres de JuUa Augusta, Hadrien, Gordien*; elle est aussi donnée à la Providentia.

Aussi, est-ce à bon droit qu'on a dit que toute la numis-

matique de son règne montrait dans Constantin un empereur païen 2.

Dans tous les cultes, nous Tavons vu, sous des noms divers, on adorait le Soleil; il était le dieu national, le seigneur de l'empire romain. C'est donc du Soleil que Constantin devait inévitablement, comme les rivoux qu'il avait dépossédés, se déclarer le parèdre. C'est aussi ce qu'il fit.

Une foule de ses monnaies portent, en effet, en légende : Deo Soli invicto comiti ou Soli invicto comiti. Sur beaucoup d'autres, on voit le Soleil sous la figure d'un homme presque entièrement nu, la tête ceinte d'un diadème radié, élevant la main droite et de la gauche tenant le globe du monde; dans le champ, on rencontre indifféremment pour

* Cf. Agostini, op. cit., Dialogo secondo, Pietas, car. 31-32. Providontia, car. .58. 2 Cf. Beugnot, op. cit.,, t. I. liv. 1, ch. 4. - V. Duruy, op. cit., t. VII, ch. 1U3, §3.

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emblèmes équivalents* : les signes + et -f, un astre, une couronne.

Ne vit-on pas d'ailleurs l'empereur conserver pendant toute sa vie la dignité de souverain pontife du paganisme et en exercer les fonctions^? Sur des médailles qui circulaient partout, Constantin figurait la tête ornée du voile que les sacrificateurs portaient dans les cérémonies publiques.

Ses actes le montrent également. Il était dans les attributions du souverain pontife de régler le calendrier civil et de déterminer les jours fériés. Après Auguste, Claude, et après Claude, Marc Aurèle en fit la réforme. Il établit certaines fêtes, mais il en supprima surtout beaucoup, dont la célébration nuisait aux intérêts de la société ; il en réduisit le nombre de façon à ce qu'il y eût dans l'année deux cent trente jours ouvrables. Constantin, à son tour, revisa le calendrier et décréta le chômage officiel du jour consacré au Soleil. Il aurait pu le nommer le jour du Seigneur; personne ne s'y serait trompé. Mais, pour éviter toute équivoque, il eut soin de dire : le jour du Soleil, Dies Solis^,

La dédicace de la nouvelle capitale donna lieu à des fêtes solennelles où se déploya une pompe magnifique. On vit alors promener dans le char sacré du Soleil la statue de l'empereur représenté assis sur un trône et tenant dans sa main droite la Fortune ou le bon Génie de la ville. Des gardes, vêtus de riches costumes^ l'accompagnaient portant

* Cohen, Description des méd., t. VI : Constantin I", n« 474 et suiv. — Cf. Guigniaut, Relig. de Vant., pi. CCLXI, n» 9ai; monnaie frappée à Trêves.

« De La Bastie, loc. cit., IV» partie, p. 104-109, 113.

s Code Théodosien, liv. H, t. VIII, De Feriis, 1 : "Sicut indignissimum videbatur Diem Solis venerationis suae celebrem altcrantibus jnrgiis etnoxiis partem contentionibus occupari, ita gratum et jucuiidum est, eo die qnae snnt maxime votiva compleri." — Cf. Julien, Les Césars, in fme, et Le roi Soleil, 19-20.

des flambeaux de cire blanche. A son passage, tous s'incli- • naient et adoraient. Cette cérémonie se renouvelait chaque année ; et après sa mort le même usage demeura longtemps en vigueur ^

Pour symbole de sa puissance souveraine et quasi divine, quand il sortait, on portait devant lui des luminaires. Chez tous les grands fonctionnaires se voyait le portrait de l'empereur placé sur une table et entouré de flambeaux. Ses édits étaient déclarés divins^.

Au milieu du forum de la nouvelle Rome, avait été élevée une énorme colonne de porphyre, haute de cent vingt pieds. Au sommet dominait une colossale statue en bronze, qui fiiîurait Constantin sous les attributs du Soleil. Il tenait un sceptre de la main droite, le globe du monde dans la gauche; sur sa tête brillait une couronne de rayons lumineux 3.

C'est évidemment ce caractère divin et solaire officiellement attribué à Constantin dont Eusèbe était imbu quand il le comparait au Soleil levant qui répand la lumière dans le monde ^. Numini ejus était la formule consacrée dont on se servait en parlant de lui ; c'est elle qui se lisait dans les inscriptions placées en son honneur sur une foule de monuments; et on peut la voir encore dans la notice qui fut gravée à Rome sur le marbre à l'occasion de la restauration qu'il avait faite de l'aqueduc de VAqua Virgo'\

Si les chrétiens ont eu intérêt à revendiquer Constantin

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1 Chronicon Paschale, édit. Ducange, Venise, 1729, CCLXXVII» olympiade, p. 227. — Cf. A. Banduri, Commentarii in antiq. Constant., liv. I, art. 35.

* Chronicon Paschale, loc. cit., ôià Ôstoy aùxoO tuttou.

3 Chronicon Paschale, ibid. — Socrate, Hist. eccL, liv. I, ch. 16, p. 38; cb. 17, p. 39; Annotations, p. 8. - Zosime, Hist. rom., liv. II, p. 679-680. - Cf. Tillemont, Hist. des emp., t. IV : Constantin, art. 59.

* Eusèbe, Vie de Constantin, I, 3.

B Duruy, op. laud., t. VII, p. 57.

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pour un des leurs, ils le purent faire jusqu'à un certain point, mais seulement au môme titre que les mystes de Bacchus, d'Isis ou Mithra. Qu'ils adorassent le Christ dans le soleil visible avec les manichéens ou dans le nouveau soleil invisible et attendu, ils pouvaient prétendre que celui dont le monarque se disait le parèdre était le leur. D'un autre côté, par la puissance dont il était revêtu, il était le surveillant ou Vévêque, kidrf,zzzz, de toutes les religions pubUquement professées dans l'empire^; et à ce titre il intervenait avec autorité dans les querelles des églises; ses décisions y faisaient loi; il pouvait ainsi en paraître le chef et un des dignitaires.

Rien, toutefois, n'eût certainement paru plus indigne de créance aux contemporains de Constantin, que le bruit de sa conversion au christianisme, c'est à dire sa soumission exclusive aux dogmes et aux rites du culte chrétien, et de la répudiation de tous les autres 2. 11 leur eût été impossible d'admettre qu'il fût devenu humble disciple des évêques, cet empereur-pontife qui, de l'Euphrate à l'Atlantique, se faisait lionorer, on peut dire adorer, comme le tout-puissant

et invincible collègue du Soleil, le vrai dieu et maître de l'empire romain.

^ Cf. Eusèbe, Vie de Conslantin, I, 44. 2 Cf. Reugnot, op. cit., t. I, liv. I, ch. 4.

Aussi dans l'apothéose ofricielle et publique qui lui fut décernée sous ses lîls, Constantin est-il représenté revêtu du manteau sacerdotal et monté dans le char solaire*; quatre coursiers le portent au ciel où lui est tendue, en signe d'union, la main droite du Dieu à côté duquel il va se placer :

Quem patrv omnipotens inter cava nubila raptum Qnadrijiqfo curru radiantih\(s intvlit astris^.

» Agostini, op. cit., car. 17. - Cf. Cohen, op. cit.,t.\l : Constantin I", n^^ 5G8- 2 Ovitio, Afélum.. IX, 271. 272.

•Il

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