‹ Etudes d'histoire religieuse [microform]Chapitre 4 sur 64 · LES ÉGLISES DE LA PALESTINE · texte numérisé non relu

LES ÉGLISES DE LA PALESTINE

Demandons-nous maintenant quelles espérances messianiques ont nourries les disciples palestiniens de Jésus, quel rôle ils ont joué dans l'insurrection contre Rome.

Il résulte des traditions rapportées dans le Nouveau Testament que les premiers disciples, ceux qui avaient vécu dans l'intimité du Maître, ou du moins une partie d'entre eux avaient, comme les pèlerins qui étaient à Jérusalem aux' fêtes de Pâques, compté sur le rétablissement de la <rloire et de la puissance du royaume de Salomon. "■ Nous lisons, en effet, dans le 3o Évangile» que les apôtres, ceux qui avaient été ses compagnons, témoignèrent leurs déceptions après sa mort. " Nous avions espéré, disaient-ils, que ce serait lui qui délivrerait Israël, et voilà déjà trots jours qu'il a été mis à mort." D'après les Actes\ quand Jésus ressuscité se montre à eux, l'espoir renaissant alors

i Oriffène, Contre Celse, liv. II, ch. 1 et 2. ' . , , r, i. j •

. s Munk, PalesUne, p. 567, note. "Voyez, dit-il, le tra.té du Synhednn fol. 43. édition de Venise. Dans la plupart des éditions du Talmud ce passage a été supprimé par la censure. "

« 3« Évangile, XXIV, 21. x „ ^' - »i '^.

* Actes, I, 6 : Kvpte, el h tû xpôva> Toita, ànoxaôtaxavei; xr^v pa^O.etav tco Icrpar.X,

LE RÉTABLISSEMENT DU ROYAUME d'iSRAEL.

dans leurs esprits, ils demandent au Maître aussitôt : " Ne sera-ce pas maintenant que tu vas remettre Israël en possession de son royaume? " Remai»quons qu'il est dit royaume d* Israël, terme précis qui évite toute équivoque.

A cette question qui trahissait leur inquiétude et spécifiait l'objet de leurs espérances, l'auteur ne fait pas déclarer par Jésus : "Vous ne m'avez pas compris. Ce n'est pas un royaume national, celui que les prophètes ont annoncé et qu'attend le peuple juif que je dois établir. " Tl lui fait simplement répondre : " Vous n'avez pas à savoir le temps choisi par mon père pour la réalisation de la Promesse. " Ces paroles permettaient donc d'entendre que, malgré sa mort, les disciples pouvaient continuer à compter sur le rétablissement du royaume d'Israël tel que les Juifs l'espéraient et devaient l'espérer; seulement que l'heure de la délivrance n'était pas exactement fixée.

Il eût été cependant difficile de gagner des adeptes par des promesses dont ils n'eussent pas du voir la réalisation ; de telles promesses auraient été sans valeur. Aussi faisait-on dire au Maître * : " La génération présente ne se passera pas sans que le Royaume ait été établi. "

Ces aspirations se trouvent incontestablement manifestées dans V Apocalypse. Le prophète exhale sa haine contre Rome: "Traitez-la comme elle vous a traités 2, dit-il aux siens; rendez-lui au double ce qu'elle vous a fait. " Il croit voir Rome détruite, et dans son enthousiasme il s'écrie^ : "Malheur! Malheur! la grande cité en une seule heure a été réduite en désert. 0 Ciel ! réjouis-toi, et vous aussi, saints, apôtres et prophètes, car Dieu a exercé ses jugements sur

1 1er Évangile, XXIV, 34; 3« Évangile, IX, 27; 4<» Évangile, XXI, 22.

« Apoc, xvm, 6.

3 Apoc, XIX, 20.

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elle! " Alors seront réalisées les espérances : '' A celui qui aura vaincu et qui pratiquera mes œuvres jusqu'à la fin, je lui donnerai puissance sur les nations. Il les conduira avec une verge de fer et les brisera comme des vases d'argde^ " Or ces espérances messianiques sont exactement celles qui se trouvent exprimées dans le livre des Psaumes^^. Dieu y dit à Israël : " Je te donnerai pour héritage les nations et ton domaine s'étendra jusqu'aux bouts de la terre; tu les conduiras avec une verge de fer, et tu les briseras comme un vase d'argile. "

Nous devons toutefois remarquer qu'en contradiction formelle avec les exhortations de Y Apocalypse qui annonçaient le triomphe des Juifs et la destruction de Rome, les Évangiles prétendent que les disciples avaient été détournés de toute tentative d'insurrection par les avis et les prophéties du Maître qui leur en aurait montré les dangers et les suites funestes. Examinons donc ces prophéties.

D'après le 1^^ Elvangile^ Jésus s'adressant au peuple réuni autour de lui aurait dit : " Faites ce que vous enseignent les scribes et les pharisiens, mais n'imitez pas leur conduite. " Puis il aurait apostrophé ceux-ci en termes violents : "Malheur à vous, scribes et pharisiens hypocrites! Tai voulu réunir tous les enfants de Jérusalem comme une poule réunit ses poussins sous ses ailes, et vous m'en avez empêché. Bientôt votre temple va devenir désert!'' Les auditeurs, peuple et scribes, restent muets et le chapitre est clos. Au chapitre suivant*, l'évangéliste nous dit : " Comme Jésus sortait du Temple et s'en allait, ses disciples appelèrent son

1 Apoc, II, 20, 27.

2 Psaumes, II, 8, 9.

3 ier Évangile, XXIII.

« l«r Évangile, XXIV.

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attention sur la masse de ses bâtiments. Et Jésus leur répondit : " Vous voyez tout cela, eh bien! je vous le dis, il ne restera pas une pierre sur une autre; tout sera jeté bas, " Là encore, les disciples ne manifestent aucune surprise, aucun étonnement de cette prédiction de la ruine du Temple.

Or, depuis la captivité de Babylone, jamais la cité de David n'avait été aussi florissante. Hérode l'avait embellie de magnifiques monuments. Le nouveau Temple était dans tout l'éclat de sa jeunesse. C'est même cette situation prospère qui contribuait à entretenir chez les Juifs cette prétention à secouer le joug des Romains, à étendre leur domination de l'Euphrate au Nil; et moins que jamais, la possibilité de la destruction de Jérusalem n'aurait pu entrer dans l'idée des fils d'Israël. Aussi, même aux derniers jours du siège, quand, mourant de faim, ils n'avaient plus la force de tenir leurs armes, les défenseurs répondaient par trois fois à Josèphe envoyé vers eux par Titus pour traiter de la capitulation : ^'Tu sais bien que la ville de Jéhova ne pourra pas être détruite i. "

Des paroles telles que celles qui sont attribuées à Jésus n'auraient pu laisser indifi'érent le peuple qui les écoutait. Une prophétie était toujours une chose sérieuse en Israël, et le sinistre personnage eût attiré sur lui toutes les fureurs d'une foule fanatique. Figurons-nous un marabout venu à La Mecque à l'époque du grand pèlerinage, et devant une assemblée de dévots, de prêtres et de tous les gens qui vivent du

1 Josèphe, Guerre des Juifs, liv. VI, ch. 8, 30, 31. — Nous ne nous arrêterons pas à ce que Josèphe rapporte sous le titre de Prédictions de la ruine de Jérusalem. Il ne cite et ne pouvait citer aucune prophétie juive. D'autre part, il est improbable que les chefs de partis et les zélateurs aient permis à des individus sans autorité de venir jeter le découragement parmi les défenseurs de la ville. Josèphe reconnaît d'ailleurs qu'elles n'eurent aucune influence sur l'esprit du peuple, dont l'enthousiasme et la confiance dans la victoire demeurèrent inébranlables jusqu'à la dernière heure.

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temple, s'écriant : " Parce qu'elle n'a pas voulu m'écouter, La Mecque sera détruite! Je lui jette ma malédiction, et il ne restera pas debout une seule pierre de la maison de Dieu, de la Beith Allah! " Pourrait-il ne pas lui arriver malheur? Il n'est pas non plus admissible qu'il eût été donné à un Galiléen de dire publiquement à Jérusalem, dans le Temple, en pleine période pascale, alors que la ville était remplie de dévots pèlerins accourus de toutes parts : "Votre Temple, robjet de votre orgueil patriotique et religieux, sera détruit parce que vous ne voulez pas voir en moi le Messie qui vous a été promis ! " Et cela sans être traîné hors des murs et lapidé sur-le-champ. Eùt-il été une force capable de le sauver, une autorité essayant de le faire?

Quand l'évangéliste nous montre la foule, les scribes et les pharisiens impassibles, on pourrait dire respectueux, en entendant la prédiction, on reconnaît un auteur qui se trahit et suppose que ceux qui auraient alors écouté Jésus devaient être, comme ceux à qui il s'adresse, des hommes qui ont perdu leurs illusions, qui ont vu Jérusalem en cendres et qui ne peuvent s'étonner que sa ruine ait été prédite. Les disciples de Jésus n'eurent donc aucune prophétie qui leur annonçât la prochaine destruction de la cité de David. Ils n'en pouvaient pas avoir.

Selon les apôtres juifs, leur Maître avait été un -vrai fils d'Abraham, il n'avait jamais transgressé la Loi, il n'avait point quitté la Palestine et il avait enjoint de n'annoncer la Bonne Nouvelle qu'aux enfants d'Israël. Après sa mort, ils s'étaient établis à Jérusalem, fréquentaient le Temple, se montraient de pieux Juifs et vivaient en bonne intelligence avec les habitants. A eux s'étaient joints la mère de Jésus, ses frères, àB6Açc{, et ses parents, îs^rd^uvs',. Ceux-ci exerçaient

LE Rétablissement du royaume d'israel. 25

une grande influence sur la communauté et dans la ville ^ L'un d'eux, Jacques, frère du Messie, devint le principal chef de la communauté, et Simon ou Siméon, autre frère ou parent, lui succéda. Or, Simon et d'autres probablement avec lui avaient reçu la qualification hébraïque de cananite, v,Tn^^!^r,ç, OU de zélote, ;r;Au)ro;, qui en est l'équivalent grec^. Ceux qui étaient ainsi désignés refusaient de reconnaître d'autre souverain que Dieu et firent preuve d'un ardent fanatisme contre les Romains. Remarquons encore que Jean et son frère Jacques étaient appelés les fils de la foudre^.

Aussi M. Reuss déclare, avec la légitime autorité qu'il a en pareille matière, que '' dans le principe les espérances de la jeune communauté chrétienne ressemblaient on ne peut plus à celles de la Synagogue^ ".

LA CONDUITE DES DISCIPLES JUIFS DURANT l'INSURRECTION

Quand, en l'an 65 de notre ère, le soulèvement de la Judée éclata, la confiance dans la victoire était si grande chez le peuple, que l'on vit la crainte d'être devancés et exclus de ses profits plus préoccuper les partis que les soins de la guerre elle-même. Tous accouraient dans la ville sainte avec leur fanatisme et leurs haines mutuelles. Même en présence de l'ennemi, les défenseurs se livraient entre eux des combats meurtriers. Avant d'avoir vaincu les Romains, chaque chef voulait être seul maître, se faire reconnaître pour le

* Tillemont, Mémoires pour servir à l'Histoire ecclésiast., 1. 1 : Saint Jacques et t. II : Saint Siméon : " Saint Chrysostôme, écrit-il, dit aussi que les parents du Seigneur s'étant rendus admirables par leurs vertus, furent longtemps respectés partout, quoique nous ignorions aujourd'hui leure noms. On marque particulièrement deux qu'ils eurent beaucoup de part à Télection de Simeon a Jérusalem, vers l'an 02. On les connaissait par le titre de parents du Seigneur. "

« 4" Évangile, X, 4 ; 2« Évangile, Hl, 19; 3« Évangile, VI, 46. - Actes, I, 43. 8 2« Évangile, 111, 47.

♦ E. Reuss, toc. cit., liv. IV, ch. III.

Messie à qui était réservée la gloire de délivrer Israël. Il serait ainsi inconcevable que les disciples juifs de Jésus qui attendaient le rétablissement du royaume de David, n'eussent point pris part à r insurrection. L'espoir du succès et rintérêt de leur cause exigeaient qu'ils se trouvassent eux

aussi sous les armes.

Il était d'ailleurs impossible à l'habitant d'une ville ou d'une bourgade de la Judée de conserver la neutralité, de se désintéresser des événements. Le danger était grand d'être suspect aux patriotes; il l'était aussi de paraître ennemi de Rome; il fallait donc choisir, il fallait inévitablement être avec ou contre le parti de l'insurrection.

Or, les débuts de la guerre semblèrent ne pas permettre de mettre en doute les succès du peuple de Dieu; le parti national paraissait le plus fort et devait rallier les indécis. Ceux, en effet, qui n'auraient pas payé de leur personne, qui auraient craint d'exposer leur vie ou leurs biens dans cette lutte suprême, ceux-là qui n'auraient pas été aux périls, n'auraient point été admis à la gloire, au partage des droits de la victoire. Tout donc doit faire supposer que les disciples juifs de Jésus ont été nécessairement amenés à combattre sous les murs de Jérusalem, et l'on ne voit pas pour quelles raisons ils ne l'auraient pas fait.

Mais par contre, quand toutes les illusions furent perdues, quand le Temple fut détruit, quand Jérusalem ne fut plus qu'un monceau de ruines, il arriva, ce qui se voit toujours en pareil cas, que chaque parti se défendit d'avoir été la cause des malheurs du peuple, d'avoir provoqué les rigueurs de Titus, et voulut en rejeter la responsabilité sur les autres. Telle a dû être aussi Tattitude ultérieure des disciples de Jésus vis-à-vis de leurs compatriotes, des Gentils et du gouvernement romain.

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Leur ligne de conduite était si formellement dictée par la force des circonstances, qu'il nous semble difficile d'admettre qu'elle n'ait pas eu les deux phases successives que nous venons d'indiquer.

Mais comment les constater?

Les auteurs romains ou juifs qui ont parlé de ce soulèvement et du terrible châtiment infligé aux révoltés, ne font et ne pouvaient faire mention de chrétiens ; car la qualification de ypiav.Tfzi, christiani en latin et chrétiens en français S ne fut jamais appliquée qu'à des non-Juifs ou Gentils, et ceux-ci n'ont certainement pas pris part à la lutte. D'ailleurs à ce moment moins que jamais, cette qualification d'hommes du Messie n'aurait pu spécialement désigner aucun groupe quand tous obéissaient à des Messies 2.

Pour déterminer le rôle qu'ont joué les disciples de Jésus, nous ne pouvons nous servir que des documents qu'ils ont eux-mêmes conservés dans le Nouveau Testament; et les récits qui forment ce recueil ont été composés, au moins pour la plupart, après les victoires de Titus, c'est à dire à une époque où les divers partis se défendaient d'avoir follement causé la ruine de Jérusalem. Mais c'est précisément dans les raisons que les disciples de Jésus donnent pour établir qu'ils n'ont pas porté les armes contre Rome, que l'on trouve, croyons-nous, l'aveu de leur participation à la lutte. C'est ce que nous allons essayer de montrer.

On lit dans le 1" Évangile ces paroles attribuées à Jésus ^ : Vous entendrez parler de guerre et de bruit de guerre; ne vous en troublez pas, car il faut que toutes ces choses

* On disait au xvi* siècle : Christian. C'était plus correct.

î Études au sujet de la persécution des Chrétiens sous Néron, ch. III.

» 1" Évangile, XXIV, 6, 7, 15.

ifl:

arrivent; mais ce ne sera pas la fin. Une nation s'élèvera contre une autre nation, un royaume contre un autre royaume; il y aura des famines, des pestes, des tremblements de terre en divers lieux; mais tout cela ne sera qu'un commencement de douleurs... Vous verrez dans le saint lieu l'abomination de la désolation dont a parlé le prophète

Daniel. "

Et dans le 3» Évangile * : " Quand vous verrez Jérusalem entourée par les armées, sachez que sa désolation est proche. Alors, que ceux qui seront dans la Judée s'enfuient dans les montagnes; que ceux qui seront dans Jérusalem se retirent; que ceux qui seront dans la campagne ne rentrent point; car ce seront des jours de châtiment afin que les Écritures s'accomplissent. Malheur aux femmes enceintes et à celles qui allaiteront, car en ces jours-là une grande calamité se répandra sur le pays, une terrible colère atteindra les habitants. Ils tomberont sous le tranchant de l'épée, ils seront amenés captifs parmi toutes les nations, et Jérusalem sera foulée par les étrangers jusqu'à ce que les temps de ceux-ci soient accomplis à leur tour. "

A ce sujet, Bossuet* fait observer avec beaucoup de raison « que ce n'était pas chose aisée à deviner " et il nous montre « la merveille de la prophétie " dans son accomplissement avec une étonnante précision jusque dans ses moindres détails, par les épisodes de l'insurrection, l'investissement de la ville et sa prise par Titus. Avec son incomparable talent, il nous fait voir dans les Évangiles " toute l'histoire du siège et de la désolation de Jérusalem ", les pestes, les famines, les tremblements de terre désolant l'empire romain à la mort de Néron; il nous explique comment on doit

1 3« Évangile, XX, 20. •• u vvii

î Bossuet, Discours sur l'histoire universelle, 2« partie, ch. XXU.

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entendre comme " Tabomination " mentionnée dans les prophètes, les aigles des légions qui entouraient la cité sainte; il nous montre le premier siège par Cestius, le second par Titus; il nous fait voir, dans le tableau prophétique et émouvant, la ville entourée de fossés et de forts, les fuyards se retirant dans les montagnes, les dangers de leur fuite, les effroyables misères des assiégés et la destruction de Jérusalem.

Nous prenons grand plaisir à Técouter. Cependant, nous ne pouvons nous laisser persuader que cette prophétie ait été faite, comme il rassure, " pour que les Juifs qui avaient reçu l'Évangile ne fussent pas confondus avec les autres, et qu'à des signes certains ils pussent reconnaître quand il serait temps de sortir de cette ville réprouvée ". Loin de nous émerveiller avec lui de cette précision dans les faits prédits, de leur complète réalisation, nous acquérons au contraire la conviction que nous n'avons sous les yeux qu'une œuvre écrite postérieurement au siège de Jérusalem. C'est évidemment, sous la forme d'une prophétie, le récit des événements passés, et l'essai de justification de la conduite de ceux qui se disaient les disciples de

Jésus.

Or il résulte de cette déclaration que la présence de ceuxci dans les murs de Jérusalem était incontestée et incontestable; mais qu'ils soutenaient que loin d'avoir été égarés par quelque Messie, loin d'avoir par un aveugle fanatisme bravé imprudemment les forces de Rome, ils avaient quitté la ville avant qu'elle ne tombât au pouvoir de Titus.

Plein de foi dans la tradition de l'Église, Bossuet fait sortir les disciples de la ville lors de la levée du siège et de la retraite de Cestius. Il déclare que la prophétie ayant dû avoir un effet utile, si les disciples n'avaient pas profité de

ce moment, ils n'auraient plus eu la possibilité de quitter Jérusalem quand Titus Taurait cernée.

Mais quand l'armée romaine, mal conduite par Gestius, avait failli périr tout entière dans les défilés, quand elle venait de laisser aux mains des Juifs victorieux tous ses bagages et ses machines de guerre, l'enthousiasme redoubla; on ne douta plus que l'heure de la délivrance fût venue et de tous côtés les défenseurs accouraient dans les murs de la Ville Sainte, persuadés qu'ils venaient prendi-e part aux profits de la victoire. On ne saurait donc admettre comme probable que ce fût précisément à un tel moment que les disciples juifs de Jésus aient songé à fuir.

D'autre part l'armée d'investissement ne mettait pas d'obstacle à la sortie des assiégés; elle ne poursuivait l'épée dans les reins que ceux qui se proposaient de constituer au dehors des corps de combattants. Les généraux romains ne cessaient au contraire de provoquer l'arrivée à leur camp de ceux qui voulaient faire leur soumission. Le plus difficile, pour ceux-ci, le plus dangereux à toutes les époques du siège, fut de franchir les portes de Jérusalem; on ne laissait sortir aucun homme valide; celui qui tentait de s'échapper était impitoyablement massacré ^

Le chef, d'ailleurs, des disciples de Jérusalem à cette époque, celui qui les aurait déterminés à quitter la ville et les aurait conduits sur les bords du Jourdain, était, dit la tradition, Siméon le zélote.

Il faut aussi remarquer que le nom de Galiléen, sous lequel ils furent communément désignés, était celui que portait un des partis les plus ardents dans la lutte contre Rome et les plus confiants dans la victoire.

i Josèphe, Guerre des Juifs, liv. V, ch. 26; liv. VI, ch. 34.

LE RÉTABLISSEMENT DU ROYAUME d'iSRAEL.

Ainsi, d'une part, les disciples palestiniens de Jésus n'ont pas eu des aspirations contraires à celles des autres Juifs au milieu desquels ils vivaient, et, d'autre part, rien n'autorise à penser qu'ils n'aient point partagé le patriotique enthousiasme de la nation pour l'affranchissement d'Israël et le rétablissement du royaume de David.

Les évangélistes n'en font-ils pas l'aveu quand ils font dire à Jésus* : "J'ai voulu réunir tous les enfants de Jérusalem comme une poule réunit ses poussins sous ses ailes, et vous m'en avez empêché... Bientôt aussi votre temple va devenir désert! " C'est, pensons-nous, proclamer que si les défenseurs de la ville n'eussent pas refusé de se joindre aux disciples, d'écouter leurs chefs, Jérusalem n'eût pas été

détruite.

Nous voyons, en effet, que les évangélistes revendiquent Zaccharie, fds de Baruch, pour un des leurs. Ils font de ce personnage un juste dont le meurtre motiva la colère de Dieu contre Jérusalem; et ils disent aux autres partis juifs^ : ''Sur vous retombe tout le sang innocent qui a été répandu sur la terre, depuis le sang d'Abel le juste jusqu'au sang de Zacharie, fils de Baruch, que vous avez tué entre le temple et Vautel, "

Or, quel était ce Zacharie? Josèphe nous l'apprend 3. C'était parmi les défenseurs de Jérusalem un des chefs les plus importants. Ses adversaires, qui redoutaient son influence, résolurent de le perdre et le traînèrent devant un tribunal formé de soixante-dix juges, l'accusant d'avoir entretenu des relations avec Vespasien. Il se disculpa et osa à son tour reprocher au parti dominant son usurpation et ses

1 IT Évangile, XXIII, 37.

« 1" Évangile, XXHI, 35.

> Josèphe, Guerre des Juifs, liv. IV, ch. 19.

crimes. L'assistance jetait des cris de fureur et voulait l'égorger avant tout jugement. Mais le tribunal, animé d un remarquable courage civique, renvoya Zacharie absous a l'unanimité. Alors les fanatiques le massacrèrent aux pieds

des juges, et ceux-ci durent quitter leurs sièges sous les

liuées, les insultes et les coups.

Si les disciples de Jésus s'étaient désintéressés de la guerre .

nationale et du sort de Jérusalem, les évangélistes n'auraient

certainement pas glorifié Zacharie comme un juste cheri de

Dieu.

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